‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 134 sur 202 · ODE A L'HONNEUR DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

ODE A L'HONNEUR DE LA RELIGION

Inédit.

Quel spectacle nouveau tient mon âme enchantée? Par quel pouvoir est-elle aujourd'huy transportée Loin du globe connu qu'elle avoit habité? Elle a franchi les murs qui terminent le Monde, Elle arrive, où des biens est la source féconde, Et le trône éternel de la Divinité.

Quel éclat se répand dans cet espace immense ! Quelle tranquillité! Quel ordre! Quel silence Règne dans ce séjour de la félicité!

Là, l'on ne connoit point la fuite des années; Là^ celuy qui du Monde a fait la destinée, Seul faisant tout mouvoir, n'est jamais agité.

Mais que vois-je? à ses pieds humblement prosternée,

D'une troupe innombrable elle est environnée.

Dont elle offre l'encens et présente les vœux;

C'est la Religion, de la race mortelle

Auprès du Créateur, protectrice fidelle,

Qui de leur alliance a sçeu former les nœuds.

Accourons, je l'entends, c'est sa voix qui m'appelle,

Viens, favori du Ciel, approche, me dit-elle,

Et tu seras instruit de toute vérité.

Assez et trop longtemps mon cœur en vain soupire,

De voir que la discorde entrant dans mon empire,

En a du Culte pur banni la sainteté.

Que pensent les mortels? quelle fureur les guide ? L'un pour mes intérests devient cruel, perfide, L'autre par piété renverse des autels; II semble qu'agité d'une noire manie

Chacun avec malice à son prochain envie

Le droit de rendre à Dieu des honneurs immortels.

Cet Etre universel, qui du rivage môre Promène ses regards aux climats de TAurore, Qui, de l'Ourse au midy fait sentir ses bienfaits, Ne veut point qu'à son culte on donne des limites; Il prétend qu'il s'étende autant que ses mérites, Et qu'au lieu de la guerre, il apporte la paix.

De tant d'Etres, vois-tu la divine structure? Les divers mouvemens qui sont dans la Nature, Depuis le fond des mers jusqu'aux célestes corps, De leur variété, qu'on peut dire infinie, Il se forme un concert dont l'heureuse harmonie Jusqu'au trône divin porte ses doux accords.

Ainsi quand les mortels remplis d'intelligence, Qui différent de culte et non de dépendance, S'adressent à celuy qui gouverne les Gieux, Des soupirs enflâmes de leurs âmes brûlantes. Du mélange confus de leurs voix différentes, Il se forme un concert encore plus précieux.

Tout hommage est reçeù pourveu qu'il soit sincère, Les hommes sont nés tous enfans du même père; Dès que leur cœur luy parle, ils en sont écoutés. Le Ciel verra plutost éteindre ses lumières, Et la Terre tarir le cours de ses rivières, Qu'ils ne verront la fin des divines bontés.

Mais comme le Soleil dans le centre du Monde Animant les ressorts de la machine ronde, En fait toute la gloire et toute la beauté; De même la raison, qui les hommes éclaire, A la Divinité les rend dignes de plaire : Elle est le fondement de leur félicité.

Loin de moy ces esprits foibles ou fanatiques, Sectateurs malheureux de vertus chimériques, Sur qui le vray ne fait aucune impression. Qui pensent que ce sont les choses impossibles Et les événemens les moins compréhensibles, Qui font le digne objet de la Religion.

Chacun a dans son sein une vive lumière. Qui de l'Esprit divin porte le caractère ; Tout ainsi que Dieu même il la doit révérer; Que sans cesse à ses pas elle serve de guide,

Qu'à tous ses mouvemens elle seule préside, Elle luy montrera ce qu'il faut adorer.

Les Cieux, la mex-, la terre et tout ce qu'elle enferme, Et la fuite du temps qui les porte à leur terme, D'un Dieu, maître de tout, montrent la Majesté. L'abondance des fruits, l'eau qui court des fontaines, Le doux jus des coteaux, la richesse des plaines, De ce Dieu bienfaisant annoncent la bonté.

Il n'a point de ses dons enrichi la Nature,

Pour en priver l'espoir de l'humble créature,

Qui n'a d'autre désir que de suivre ses loix ;

Servez-vous de ses biens, c'est luy qui vous l'ordonne;

Sa libéralité qui vous les abandonne.

Vous en donnant le goût, vous en permet le choix.

Que si quelqu'un prenant une injuste licence, Abuse des présens de sa magnificence, Ou qu'il ose en joiiir sans en chérir l'autheur ; Luy même devenu le martyr de son vice, Jusques dans ses plaisirs rencontrant son supplice, Il n'en recueillera que trouble et que douleur.

Heureux, qui respectant la Majesté Suprême,

Se livrant tout entier aux mains d'un Dieu qu'il ayme

Aux loix de sa raison accorde ses désirs;

Jamais dans ses besoins le Ciel ne l'abandonne,

La Volupté le sert, le calme l'environne.

Et toute la Nature a soin de ses plaisirs.

Va, retourne aux mortels révéler ces mystères

Fais qu'ils soient annoncés dans les deux hémisphères,

Bannis-en, s'il se peut, l'esprit d'illusion.

Et publie en tous lieux d'une voix redoutable.

Que de tous les abus, l'abus le plus coupable

C'est celuy que l'on fait de la Religion.

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