‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 133 sur 202 · Id. : En vain on suit de Mars · texte numérisé non relu

Id. : En vain on suit de Mars

ODE XI DU PREMIER LIVRE D'HORACE Tu ne quaesieris...

Crois-moi, Leiiconoé, j^arcle-toi de chercher

Dans la connoissance des nombres.

Ce que la nuil des Temps a droit de nous cacher

Dans les plis de ses voiles sombres:

Soit que le Roi des Dieux faccorde cent hyvers,

Soit que Ihyver qui nous ennuie, Et qui glace à présent et la terre et les airs,

Soit le terme mis à ta vie.

Es-tu Sage ? avec moi viens goûter de ce vin,

Ferme ton cœur à l'espérance, Qui n'a presfjue jamais de raison ni de fin ;

Ne pense qu'à la jouissance.

Le Temps, cet envieux, par qui tout est détruit,

Pendant que je parle, s'envole.

Prêt à rentrer demain dans l'éternelle nuil : Qu'un moment heureux t'en console.

Malheur, beauté trop inconstante, Malheur à qui tu parois si charmante !

Pour moi, dans le port arrivé,

Je suis à l'abri de l'orage, Et j'offre de bon cœur aux Dieux qui m'ont sauvé

Tout le débris de mon naufrage,

ODE XI DU SECOND LIVRE D'HORACE Quid heUicosus Cantaher

Crois-moi, du Scythe et de l'Ibère,

Hirpinus, crains peu les desseins.

Songe à l'usage qu'il laut faire

Du Temps, qui t'échappe des mains.

Sa rapidité nous engage

A mieux profiter de notre âge,

Sans charger d'inutiles soins

Une courte et légère vie.

Dont la douceur nous est ravie

Lors que nous y pensons le moins.

Le feu brillant de la jeunesse, Le vif éclat de la beauté, Cèdent à l'affreuse vieillesse, Qui bannit toute volupté;

238 LA FARE, POÉSIKS

Des amours la troupe éperdue S'enfuira bien-tôt à la vue De la neige de tes cheveux :

El dans la nuit la plus tranquille, Pour un sommeil doux et facile, Tu feras d'inutiles vœux.

Les fleurs, honneur de la Nature, Ne sonl pas belles en tout temps, El leur agréable peinture Ne se découvre qu'au printemps; La Lune en son cours inégale, A souvent le visage pâle.

Comme nous elle a son déclin ; A quoi bon remplir une vie, Dont la course est si-tôt linie, De desseins qui n'ont point de fin ?

Que plutôt coui'onnés de roses, A l'ombre couchés au hazard, Ne quittons-nous le soin des choses, Où nous avons si peu de part?

Que des soucis et de la gloire, Dans le vin noyant la mémoire, N'usons-nous du temps précieux ?

Bacchus de tous plaisirs le père, Dissipe la douleur amère, C'est le plus aimable des Dieux.

Qui de vous, enfans, de mon verre l'^sl prêt à rafraîchir les bords :

Qui de la beauté de Glycère Me livrera tous les trésors ?

Qui de ma part ira lui dire, Que tout à l'heure avec sa lyre.

Elle apporte son enjouement; Qu'elle relève pour parure D'un simple nœud sa chevelure.

Assez belle sans ornement.

i':pitue satirique a monsieur l'abbé de chaulieu

Inédit.

Je ne me connois plus, moy dont l'Ame tranquille Estoit inaccessible aux noirceurs de la bile. Devenu misantropeà toute heure, en tous lieux, Je n'aperçois plus rien qui ne blesse mes yeux.

Ma Muse, qui féconde en riantes peintures,

Venoit m'entrelenir de douces aventures,

Peignoit Flore, \'énus, les charmes d'un beau jour,

Dont les tendres chansons ninspiroient que l'amour,

N'offre plus à mon cœur que de tristes images,

Et remplit mon espi'it de funestes présages ;

Je n'ay que du dégoût pour tout ce que je voy.

Et l'avenir encor est plus affreux pourmoy;

D'un si grand changement quelle est donc l'origine ?

Dois-je l'attribuer à ma seule machine?

Dont les yeux affoiblis et privés de clarté*

Ne peuvent des objets discerner la beauté;

Ou bien est-ce qu'enlîn ma raison épurée,

Aux erreurs de mes sens ne laissant plus d'entrée,

Ne sçauroit sans dégoût, sans des frémissemens

Du monde corrompu voir les égaremens.

Et qui pourroit souffrir ce honteux esclavage

Que volontairement s'impose un homme sage,

Qui, devenu flatteur, laschement asservit

Aux sottises d'autruy jusques à son esprit.

Qui pourroit sans frémir voir la raison plaintive

Demeurer dans les fers indignement captive?

Ce rayon immortel de la Divinité,

Dont Dieu même a fondé l'heureuse liberté,

N'ose plus au grand jour exposer sa lumière.

Et presqu'en tous les cœurs, souffre une éclipse entière.

Dans une épaisse nuict tout semble enseveli.

Des solides vertus l'exemple est aboli;

Où régnoit le bon sens, commande le caprice,

Et la vérité cède à l'indigne artifice.

De probité, de gloire et de religion.

En ce siècle on n'a plus retenu que le nom,

Sous lequel, de son cœur déguisant la malice.

Le plus grand scélérat met à l'abri son vice.

Mais où m'emportes-tu, Muse, dans ta fureur?

Prétens-tu donc de moy faire un déclamateur?

Dont les descriptions et les phrases usées

D'un jeune courtisan excitent les risées.

Je sçay trop de quel œil on regarde un censeur;

Eh bien, dira quelqu'un, quel est ce grand malheur

Qu'en vers pompeux icy déplore votre veine?

Telle fut de tout temps la destinée humaine;

Depuis que dans le ciel Astrée a remonté

Sur la terre tout est mensonge et vanité,

1. On sait que Chaulieu était devenu aveuple dans les dernières années de sa vie ; on n'a jamais parlé de celle inlirmilé, pour La Fare, faut il croire qu'il en a élé également alleinl ?

240 LA FARF, POF.sins

Ainsi l'a prononcé la divine Sajjesse.

Qui fait à ses desseins servir notre foiblesse

Et veut que sous l'erreur, le i;rnnd nombre abattu,

Luy serve ;i rehausser le jn-ix de la V^ertu.

Oûy, vous m'ouvrez les yeux, je vois que le mélange

Des bons et des méchants n'a rien qui soit étrange;

Aussi je ne veux point corriger l'Univers,

Ce n'est point au public que s'adressent mes vers;

C'est à ces Dieux du monde, à qui la Providence,

Adai^^né l'aire pari de sa loule-puissance,

Qui loin d'eslre pour nous de sages conducteurs,

Ont sçeu se faire un art de corrompre les cœurs.

Ils s'adressent, mes vers, à ceux dont la manie

Est d'avilir en eux le plus noble génie;

Pour plaire à des esprits d'un ordre inférieur,

Ils éteignent exprès les lumières du leur ;

Ils sont nés généreux et deviennent timides,

Vertueux par nature, et par leur art perfides.

Voilà, voilà quel est, .Ami, ce grand malheur,

Qu'un cœur comme le mien ne peut voir sans douleur,

Des véritables biens la soui'ce est corrompue,

A la teste est monté le poison qui nous tue;

Du monde tout entier l'air en est infecté,

Sans qu'on ose former des vœux pour la santé :

Se plaindre de tels maux est réputé un crime;

On riroil des elîorls d'une âme plus sublime,

(^)ui suivroil avec force et d un courage altier

De la pure vertu le pénible sentier.

Fin vain la Vérité s'efforce de paroislre

.Aux lieux où l'hypocrite a sçeu se rendre maistre,

Dont l'esprit agité d'un inquiet ennui

Sçait prendre dans le Ciel des armes contre luy.

Ainsi dès qu'un prélat d'une conduite pure,

A tâché d'élever notre foible nature.

Jusqu'à des sentimens qui soient dignes de Dieu,

Il ne luy restera d'azile en aucun lieu;

Rome malgré les Saints luy deviendra contraire,

Il ne trouvera plus en elle un cœur de mère,

Contrainte en dépit d'elle à le sacrifier,

Elle n'osera l'admettre à se justifier.

Ainsi de nos Cagots la trop humble grimace

Cache un sombre orgueil, une coupable audace;

Il n'est rien qu'ils ne soient résolus de tenter,

Rien que l'homme de bien ne doive redouter;

Que si, comme autrefois, honteuse de paroistre

L'hypocrisie encor se renfeimoit au cloistre;

Mais sous les toicls dorés, au milieu des salons,

,\ Tarlulfe une femme en feroit des leçons,

Sous un dehors flatteur, sous une humble parure, Ce n'est qu'ambition, que haine, qu'imposture; Elles se priveront de spectacles, de fard, Mais non de la douceur de médire avec art. Vous les verrez, suivant leurs pieuses maximes, Renoncer aux plaisirs pour commettre des crimes. Eh, quel astre ennemi! quelle fatalité.

M"a fait naistre au milieu de tant de fausseté? Sans cesse environné d'une foule servile. Je n'ose qu'en tremblant évaporer ma bile; Trop heureux de pouvoir, ami, te confier, Dans mon juste dépit ce périlleux papier.

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