Hagotter, grogner
2. Voir sur le Président de Périgny, notre Bibliographie des recueils collectifs de poésies publiées de 1597 à 1700, t. IH.
dans plusieurs de ses lettres. En voici un exemple pris dans une lettre adressée à M"" de Lionne :
Mais j'écris plus qu'une rogue Cigale
Ne chanteroit dessus un arbre sec,
C'est que parfois je m'arrose le bec.
Bec dont usoit un homme incomparable ;
De qui la voix n'eust jamais de semblable,
Nommé Niert, mais hélas ! il est mort.
Non est, non est, non est, non est qu'il dort.
Il ne dort point, je jugerois qu'il veille;
Qu'en ce moment il vous tient par l'oreille,
Et vous prônés qu'on ne sçauroit nier,
Quonc ait esté si fameux chansonnier :
J'en dis de mesme, et s'il est vray qu'il m'aime.
Je tiens mon sort dans un bonheur extresme.
Il m'aimera, si vous y consentez;
S'il obéit, c'est à vos volontez;
Qu'il m'aime donc, que dame Anne d'Autriche
De ses bienfaits ne luy soit jamais chiche;
Je sais vraiment que vous Niertisés,
Mais on m'écrit que vous Varennisés*.
Et que tlambeau de torche nuptiale
Brusle son cœur d'une ardeur conjugale:
J'en suis ravy, car cet amy m'est cher
Bien plus qu'à vous le péché de la chair;
J'entends Phœbus qui doucement m'annonce,
Que chair et cher n'ont pas mesme prononce.
Mais vous voies comme comparaison,
Cy cloche en rime et non pas en raison-.
Le Ms. de Ghaulne contient les deux lettres suivantes adressées à Pierre de Niert :
A MONSIErR DE NIERT
Dans ce climat où la fiebvre à la Fronde
A fustigé près des deux tiers du monde
Que Saturnus menace de la harl
Par un malin et funeste regard.
Où chaque jour mainte nouvelle bière
Caste la taille au dos du cimetière;
i. Si nous coniprenfiiis la pcnstc de Claude, il dit que M' de Lionne courtisait une des femmes de chambre de la Kcine : Aiinc Andrieu, devenue dame de \'arcnncs, avant 1644.
2. A M. de Lionne rencontre près de Tain en revenant de Rome : Depuis Sidon jusqu'aux parles de Tyr.
310 CORRKSPONDAMS DE CL. DE CIIAULNE
Bref dans cet air par le pourpre* infecté
Je n'ose vivre et boire à ta santé;
Car comme escrit Déjanire à Hercule,
Pourpre n'est pas un mal trop ridicule.
Je sçay qu'on rit <|uelquefois en pétant,
Mais dans le pourpre on n'en peut faire autant;
Que sy quelqu'un s'aventure d'y rire,
C'est dans la rage ou bien dans le délire ;
Or quand debvrois en délire tomber,
l'^t soubs la faux de la Mort succomber,
A ta santé de double chopinette
J'humecteray la gaie chansonnette,
Puisque il est vray qu'un diapentason
Est sec et plat sans le jus d'un llacon.
Que pour Ireuver plus de creus en la basse
Il faut premier voire celuy du Tasse,
Et que l'on fait de plus justes accords
Lorsque l'on a bien aviné le corps,
Maistre Apollon, ce grand flusteur des Muses,
Dieu des rebecs, fifres et cornemuses,
One ne chanta, ne fifra ny flusta,
Que leur santé premier il ne pinta.
Ainsy sa voix n'avoit rien de timide,
Son instrument estoit toujours humide.
Et le nectar aussy de nouveaux sons
Donnoit la grâce à toutes ses chansons.
Or voudrois bien, mon amy dous et tendre,
Que du nectar quelque Dieu voulust vendre;
Mais à defFault de ce piot divin.
Pauvre mortel j'auray recours au vin
Pour entonner un Ciglio siravagnnte,
En cl medes en el medesniu instante ;
J'ay maintefois cet endroit essayé.
Et dans le vers mesme j'ay bégaie
Bien à propos pour trouver sa mesure.
Mon cher Monsieur, enlin le temps me dure.
Puisque mon sort veut que j'en use ainsy.
De ne te pas escrire un grand mercy
De ta si charmante lettre, que je regarde
Bien mieux qu'un Roy ne l'est par halebarde
D'homme portant braiette en un endroit
^)ui dans ma grègue à peine est jamais droit.
]^e mois de may y perd souvent les frimes^,
Pour te monstrer à quel point je l'estime
1. La petite vérole. Les épidémies, c«jmme ou le verra plus loin, de « pourpre et de peste étaient très fréquentes alors dans le midi de la France.