LETTHE DE M. DE NORD
C'esl trop rester, la pierre en est jellée, Allez, mu Muse, en donzelle croUée.
En supplinnle offrir de nosire pari.
Mais attendez, vous courez trop d'hazard ; Affront sanglant suivrait vostre message Et paroistroil moult peu prudent et sage. Que d'envoyer carmes impertinens A cil qui vient d'avoir des Sainl-Aignans, Par la morl-hieu on ne fut tant en doute, Mais quoi/, Gascon, quelque chose redoute, lia! je fais tort au pays d'Adiousias, Allez mes vers, allez, mais de ce j)as Sans d'un moment différer la partie, Allez trouver ni lustre La liâlie\ Et paraissez plus hardiment au jour Qu'un Escolier ou qu'un page de Cour.
Que si de vous il ne /aisoit pas compte Parce que vers n'estes })eau.r ny d'un Comte, S il vous laissnit par mépris choir des doigts, Penommez-vous de par dame la (Jroix'-.
Dites : « Par loy qu'elle-même a prescripte : » Sommes mandez pour vous rendre visite. » A ce beau nom il se radoucira, Et bon accueil sans doute il vous fera, Ayant appris que la belle Angélique Avec vous quelque/ois communique,
2. Madame de Hevel, lu'e Jeanne An^rt-lique «le la ("roix de Clievrières.
AMOLNE DE iNORD 317
Qu'esclave suis de cet objet charm<int,
Et qu'il croira volontiers aisément.
Car quand n'auroit la dame, aimable et génie,
JJivins appas plus de deux mille et trente.
\y point d'esprit, toujours je l'aimeroy
Estant (iascon à cause de la Croix,
De celle gent est tant si tost aymée
Que partout qrande en est la renommée.
Que ne fait-elle affm de rattraper
Dont quelques-uns ne peuvent esc/iapper?
Malheur à ceux qui par destin tragique
Sont croix en main morts en place publique ;
De telle mort ne crains point de finir.
Mais bien de mort dont amour sçait punir
Esprits qui sont langoureux pour la belle
Dont Paris a une grande séquelle.
Ceste Croix-là feroit bien des larrons,
En bonne foy d'autres que de Gascons.
Mais le Diable est, qu'en vain est l'adventure.
On n'y fait rien que de l'eau toute pure.
Et pour sy peu qu'on bazarde une fois
C'est qu'on y peut, dés lors, faire la Croix.
Il n'est Arien. Luthérien. Calviniste,
Gens dont la foy suit fort mauvaise piste,
Bref ne connoist ny le quart ny le tiers
l^ui ceste Croix nembrassast volontiers .
Mais laissons-là et la croix et la pille.
Et nous dirons en un mot comme en mille :
C'est peu pourtant de ne dire qu'un mot,
Je finiroy ma légende trop tost.
Bien, m'a-t-on dit, mainte fois en ma vie
« Que meilleure est la plus courte folie : »
Et sans mentir folie est bien à moy
D'escrire vers à tel autheur que toy.
Quel rimailleur du moins à la douzaine
Qui ne beul onc de celte eau d'Hipocresne,
Par qui l'esprit humain se rend divin,
Douce et claire eau qui vault du petit vin.
Ce, diras tu, me viens rompre la teste.
Ces Gascons-là se font toujours de feste.
Ne fumetis car nous ne sommes pas,
Grâces à Dieu, tant mangez par les rats ;
Pour cest effet voies nostre peinture :
Gresle de corps, d'assez haute stature,
Mez un peu court ce qui nous fait grand tort.
Et le proverbe en a menty très fort.
Au demeurant pour nos deux luminaires
A leurs regards Dames neschappent guères^
318 CORRESPONDANTS DK CL. DK CHAULNE
De couleur bleue, et gros el bien fendus. Enfin je crois qu'ils en valent bien deux ; J y humeur active et qui toujours trémousse. Cheveux châtains et la barbe un peu rousse, Et ce de poil dictuin nesl pas nouveau, Qu'on en voit peu qui se couche dans l'eau. Ma bouche n'est ny trop peu ny trop grande, Tranchantes dents el la langue friande.
Bref, tout en gros je tiens à mon advis Et du guerrier el du camp pour Philis. Vingt-et-sept ans durant je fus ingambe. Mais depuis trois je boite d'une jambe; Veux-tu sçavoir et comment et pourquoy : C'est que Neptune enragé contra moy.
De voir qu'un jour parmy les canonades Je fisse encor doux yeux à ses nayades. Tout furibond marqua la chasse au pied, Et du depuis je suis estropié.
En peu de mots je te trace l'image D'un cap de dious qui te rend son hommage, Que si lu veux sçavoir plus amplement Et qui je suis et mon tempérament, Si ton esprit à l'apprendre je pousse, Un chevalier nommé de La Marconsse Dont tu connois si privémenl sa sœur\ Que quand tu veux tu t'en donnes au cœur, Joie s'entend, tesmoing grande lignée; Le touilleau-, dis-je, amy de mainte année. T'assurera que suis bon pellerin De qui l'esprit n'engendre point chagrin : Buveur, joueur, friand de la mignonne.
Bref Vallemaud el Roche fort de Bonne^, T'attesteront de noslre bonne humeur Au tribunal du céleste Sauveur:
En attendant d'y faire les Eloges, De t'establir le chef des Allobroges, Jusques au jour du jugement final Le verre en main, en propre original.
I. Il fait allusii)n ici à la femme de Claude de Cliaiilne, iille de Ji)achim de Chissé, seigneur de La Marcoussc cl de Diane de Leslan^f. Le chevalier est donc un de ses beaux-frères et il en avait cinq : Pierre, mort jeune; Joachim qui mourut, en 1083, célibataire, laissant tous ses biens à l'Hôpital général de Grenoble; Octavian, mestre de camp d'un régiment de cavalerie; Cliristophlc, mort à Casai, et Joseph, mestre de camp de cavalerie étranpcre.
'2. Touilleau, nous n'avons pas trouvé le sens exact de ce mot. Dans Richelet, t<iuillaud signifie gaillard, é\eillé. ceUii qui aime les femmes et les sert vigoureusement.
3. Nous ignorons qui est ce Vallemaud; Rochefort, c'est le comte de Rochefort de La Baume de La Suze; de Bonne est misici pour de Baume,