‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 163 sur 202 · RESPONSE A LA LETTRE DE M. DE NORD · texte numérisé non relu

RESPONSE A LA LETTRE DE M. DE NORD

Illustre Nord de qui la Renommée

Fait plus de bruit qu'un attirail darmee,

Et dont l'éclat à peine a de pareil

Mesme en celuy dont brille le Soleil;

Si les momens où ta rare présence

S'est fait l'objeLde ma concupiscence,

Et si tous ceux qui m'ont veu convoitant,

De t'embrasser, marchant droit ou boitant.

Estoient comptés, ils feroient, ce me semble,

Un siècle entier s'ils estoient mis ensemble.

Tu me diras, sans cloubte, que je mens,

Que siècle entier a beaucoup de momens,

Mais je sousliens qu'il est permis de feindre

A qui pi'étend de rimer et de peindre,

D'oîi je concluds hardiment que tu feints,

Cardans tes vers tu rimes et tu peints.

Dans cet ergo, j'ay bien un peu de honle

De n'y treuver entièrement mon compte,

Mais c'est bien plus que je n espérois pas

D'estre estimé du plus aymable gas

One que le Ciel aye dessoubs sa cape,

Et qui puisse onc estre béni du Pape,

Le Pape, autour, ainsy comme je crois

Quand il bénit fait un sig^ne de croix;

Et je ne voy personne qui soit digne

Comme tu l'es de cet aymable signe,

Signe plus blanc qu'un cygne ne l'est pas.

Signe remply de charmes et d'appas.

Et qui seroit aux Cieux signe céleste

S'il eust eu en moins l'iniluence funeste.

Tout doux, beau signe, ah I n'en rougissez point,

Vous embrassez le moule du pourpoint.

L'on peut sçavoir du bon Claude de Chaulne

Quels sont vos feux et combien en vault laune,

Et ne sçauriés cuider qu'à Paris,

V^ous embrassiez mesme vos favoris

D'un feu si beau qu'ils ne peuvent se plaindre,

Et qu'en pissant vous n'oseriez esteindre;

Mais le respect dans un front sérieux,

Hochant la teste et clignotant des yeux,

Avec un chut de sa sévère bouche,

Me rend muet ainsy comme une souche.

Ce point icy me semble curieux,

Il a beau front, belle bouche, beaux yeux.

Mais chacun dit, et ce n'est pas merveille.

Qu'il est gascon puisqu'il n'a qu'une oreille,

320 CORRESPO.NDAMS DK Cf.. bli. CHALLNE

Qui n'est qu'ouverte aux discours innocens,

Et qui n'en peut soulFrir à double sens;

Fols entretiens, mois un peu f^ras. sornettes,

Carmes lascifs, et libres chansonnettes,

Jamais de luy n'ont favorable aspect;

Mais laissons-là ce monsieur le Respect :

Bien peu me chaut qu'il j,^ronde, qu'il se fasche.

Que contre moy sa colère s'attache,

Puisqu'aussy bien de bon cccur je le perds,

Si lu ne crois que j'adore tes vers;

Quand, cap de dious, puisqu'ainsy tu te nommes

Homme divin, parmy les autres hommes,

Car qui mettroit icy, homme divin,

Himeroit moins sur homme que sur vin.

Cher Desbauché, de la plus haulte eslime

Qui ne t'adore est coupable d'un crime.

Que mille muids ne sçauroient pas laver,

Quand on boiroit au delà d'en crever.

Bien mieux qu'aux vers où lu me Tas dépeinte,

Dedans mon cœur la li;j;ure est empreinte.

Tes yeux fendus et ton nez raccourcy.

Que je ne vois pourtant point trop ainsy;

Tes cheveux d'or et ta langue friande.

De mes amours recevront mainte ollrande :

Or, mes amours, pour te dire le fait.

Sont très souvent l'ornement du bulFet;

l^t quelquefois sur le dos de Neptune,

Je fus ravy en lisant ta fortune.

Que nos amours eussent foulé ce dos.

Cet inconstant, sans calme et sans repos,

Kl qui du vin n'auroil jamais l'usage

Sans les vaisseaux qu'ensevelit sa rage.

Il estoit saoul lors que tu fus blessé;

Dans le bon sens il n'y eût pas pensé;

\'oyant ton bras, ses escailles timides

Pour t'ajjpaiser t'olTroient cent héroïdes,

Ou bien possible il voulut sarrester

A voir un Mars comme là Jupiter,

Porter aux Cieux ses mâts, et de ses voiles

Envelopper la clarté des Estoiles;

Mais ce dessein coupable ou innocent

Est un malheur puisque Nord s'en ressent;

Et le Destin l'a voulu de la sorte.

De cent beautés l'amoureuse cohorte,

Si ce boulet eust porté autrement

L'auroit couru sans double vainement,

1,'auroit cherché et par mer et par terre.

11 seroil plus à l'amour qu'à la guerre,

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