‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 170 sur 202 · Louange · texte numérisé non relu

Louange

330 CORRESPONDANTS DK CL. DK CHAULNE

I/honneur que m'avez fait de me respondre

Sçail bien charmer, mais il Hçait mieux roiirondi-e.

Et mon respect, par mes yeux abaissés,

Vous dit pour moy Domine, c'est assés.

\'ous me parez avec bien trop d'usure.

Et vos bienfaits sans sujet, sans mesure.

Par leur excès et leur profusion

En les lisant font ma confusion.

Dans celte ^-^loire ;i peine puis-je dire

Va\ rimaillant un chétif mot pour rire.

l']t nostre Muse en a tant d'embonpoint

Qu'elle est sans nez et ne se connoit point.

Muse camuse, ou bien Muse camarde,

Cours vistement et ne sois plus musarde.

Ne cherche plus de secours pour t'olfrir

Puisqu'on te fait l'honneur de te soulFrir,

Ton vieux patois, ton latin, ton tudesque,

Ne choque point la licence burlesque.

De quelque aloy que tes vers soient forcez.

Ils sont traités en carmes mitigés,

l-lt nostre Comte en a fait tant d'estime

Que la rougeur passeroit pour un crime.

Ton cuir, dit-il, est plus doux qu'un salin

De la Gournay', tu portes le patin.

Tu as son teint, sa bouche, sa prunelle,

Dans les beaux jours on le prendroit pour elle,

Et le troupeau des nœuf Sœurs ou Sœurs neuf,

T'a fait l'employ des farceurs du Pont-neuf.

A nous n'appartient tant de braveries,

lui tout cela possible est raillerie,

N'iujporte! Il faut soubmis à ses bontés

I"]n révérer toutes les volontés;

S'il veut des vers il faut lui en escrire,

Sans façoimer, sans se le faire dire.

Je connois bien que cet abaissement

Hien qu'il soit juste, et que mon compliment

Dont la longueur est sans doute excessive,

Desrogeront à burlesque missive;

Mais vérité me force et je ne puis

Vous escrivant taire ce que je suis :

A mon regret ne suis que peu de chose;

.l'escris mal en vers, pirement en prose,

Ne laissant pas néaiilmoins d'ostimer

Qui fait bien prose et qui sçail bien rimer.

Et sans jacter les amourettes nostres.

Mes passions sont à peu ()rès les vostres,

1. Mademoiselle de (Jourtiay : Marie Le .lars, la lille d'alliance de Montaigne.

COMTF: de SATNT-AIGNAN 331

Le jeu, le bal. la musique, les vers,

Tournois, ballets, comédies et concerts.

Chasse, chevaux, chiens, chants, et chansonnettes,

Joieux devis, amoureuses sornettes,

Furent jadis tous mes amusemens ;

Et maintenant mes plaisirs plus charmans

Sont d'adorer, dedans vostre escriture.

De vostre esprit, l'aimable portraicture,

Il est si doux, si fécond, et si net

Que ne m'en puis distraire un tantinet;

Qui le feroit me rendroit misérable.

J'en souffrirois autant qu'un pauvre diable.

Mais en taisant ma joie et mes ennuis,

Examinons un peu si je le suis :

Diables, dit-on, ont la teste cornue,

Hommes d'Enfer ont leur fesse tondue.

Ils ont l'ergot et le pied comme un coq,

Les mains sans doigts, et faites comme un croc,

L'œil de souris, le nez d'une guenuche.

Le trou puant aussy noir qu'une autruche.

Car tapissier et peintre nous font veoir

Que tels oiseaux ont le trou du cul noir,

Et si d'ailleurs les choses ne sont fausses,

Ces beaux Messieurs ont grand'queues à leurs chausses,

Et qu'on pourroit traiter d'honnestes gens,

Xestoit qu'on dit « Ces diables de sergens, »

Ils ont le corps pareil à des Harpies

D'autres les font blanc et noir comme Pies,

Les Indiens les blanchissent ainsy,

Xous, aussy noii' que du noir à noircy.

Ils sont tous bien et, cecy n'est point fable,

On dit : « Il boit et mange comme un diable »,

Et lorsqu'on veut gratiner l'amy :

« Il fit cela comme un diable et demy ».

Bref cette gent a grande renommée

Selon le goût ou soulï'erte ou blasmée;

Ils craignent l'eau béniste et ne voudrois

Ainsy qu'ils font fuir devant la Croix.

Bien qu'en vos vers me nommiez de la sorte,

Que je sois diable ou non, peu vous importe

Que si de nous comme le croit chacun

De tels suivants en a pour le moins un.

Que sois le vostre et que parfois vous tente

Par mauvais vers et par lettres ennuyantes,

Vous respondant de charmer le soucv

Des diablotins de ce pays icv.

Ou je veux bien qu'autre lutin me tonde

Si l'on a peine à trouver que répondre.

C'est grand hazard et fameux accident Quand on y peut trouver le respondanl puisque pour nous avez daigné de lestre ^oyez toujours nio.iseigneur et mon maislre, m accordez à ma soumission L'honneur de vostre affection....

ABBÉ DE SADiT-FffiJMIN

Alphonse de Simiane, abbé de Saint-Firmin et de St-Signcnl, niorl à Paris en 1681, était fds de Claude de Simiane de La Goste, seigneur de Montbidos, ' conseiller, premier président au Parlement de Dauphiné, et de Louise Du Faure, fille de François, seigneur de la Rivière et de Tencin, président au même Parlement, et de Justine Dalphas. II a passé pour un esprit délicat. Ses vers, dit son contemporain Philibert Brun, ont un tour fin et spirituel. En même temps qu'il convertissait le protestant Samuel Dalliez, receveur général, Saint-Firmin écrivait à Le Pays le madrigal suivant sur son ouvrage : Amiliez, amours et amourettes {Grenoble, 1664).

L'Amour à r Auteur. Du prix de ce galant Ouvrage, Où ma gloire s'estalle avec tant d'ornement, Je rends moy-mesme icy ce fameux tesmoignage Pour donner à la tienne un digne fondement. De son charme secret on ne se peut deffendre : Rien de plus délicat, de plus doux, de plus tendre. Ne fit jamais connoistre un amoureux Auteur; Les Grâces, les Amours s'occupent à te lire Enfin toute ma Gour, tout mon charmant Empire, Te veut sçavoir par cœur.

L'abbé de Saint-Firmin n'a pas été épargné par les médisants. Une petite pièce les « Galanteries grenobloises » écrite vers 1662 lui consacre ce couplet :

Que Saint-Firmin se promène,

Tous les soirs, avec Juston,

Que souvent il se démène

Pour manier son téton,

Qu'il donne de iexercice

A l'écolier, au novice.

Je me ris de leur destin

Pourvu que j'aie du vin.

\. Claude de Simiane s'était marié le 15 septembre 1621, et il eut douze enfants dont dix filles ; il testa le 89 mars 1652.

Ces insinuations valent (irobablement tout tintant — c'est-à-dire moins que rien — que celles de Blol sur les nncurs des paj^es tle la maison de Gaston d'Orléans '.

Dans le recueil de Poésies daa chinoises s piiUlie pai' M'' de Terrebasse, on trouve un '.Diuloguc {en vers) de r Amour et de l' Hymen sur leZapate'de S. A. H. (son altesse roi/ale), [)ar labbé de Saint-Firmin.

Le Ms. de Ghaulne ne conlienl qu'une lettre en vers adressée à Alphonse de Simiane.

A UN ECGLKSIASTIQUE qui m'avoit escrit des douceurs en vers

I) une rouj^euf o//jn//JO pudibonde,

Parnassien le plus charmant du monde

Ton doux pinceau en los ^ indufécond

M'a fait monter le coloris au front;

De tes escrits je me vois si peu digne

Que n'en crois pas mériter une lij^ne;

Ton rare esprit pour moy trop libéral

Du double mont met à sec le canal,

Mais à tel point que les neuf doctes P'illes,

Sans pied mouiller y peschent aux dormillcs'',

Et ce plaisir les occupe si fort

Que leur secours pour moy semble estre mort;

Quand j'ai cuidé l'avoir pour le respondre,

Elles m'ont dit de maller l'aire tondre,

Etveu me suis, en dépit de mes vœux,

Ghauve de vers autant que de cheveux !

Quand je pourrois gober à lasse pleine

Cette liqueur qui coule d'Hy[)ocrène,

Pour en sentir les vapeurs au cerveau

Me conviendioit devenir buveur d'eau;

L'horreur que j'ay de ce mot dans ma bouche.

Me rend cent fois plus muet qu'une souche,

Souches pourtant dodonnoises^ jadis

De beaux propos ont chanté [)lus de dix,

Et n'eussent peu pour le moins sans miracle,

Et, ce faisant, prononcer un oracle.

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