‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 177 sur 202 · DUCHESSE DE CHAULNE · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE CHAULNE

Françoise de Neuville, fille aînée du maréchal de Villeroy, et veuve de Juste-Louis de Tournon, avait épousé en secondes noces, le 3 mai 1646, Henry-Louis d'Alberl, vidame d Amiens, puis duc de Chaulne, mort le 21 mai 1653, laissant deux lilles. La duchesse de Chaulne ne mourut qu'en 1701, âgée de soixanle-seize ans.

Madame de Chaulne aimait les lettres, elle l'ut une des quatre jurandes dames qui intercédèrent, à la demande de Benserade, près de AP de Chasteauneuf, nommé en 1650 garde des Sceaux pour la seconde fois, dans le but de faire rétablir la pension attribuée au vieux poète Jean Ogier de Gombauld.

Le Ms. de Chaulne contient les deux lettres suivantes adressées à Françoise de Neuville :

A MADAME LA COMTESSE DE TOURNON, MADAxME LA DUCHESSE DE CHAULNE

Dame de qui bouche vermeille esclatle Autant ou plus que ne fait l'escarlatte Dessus le dos du guerrier jouvenceau Quand il en porte ou roquet ou manteau ; De qui le sein, plus blanc que n'est Talbastre, Se rit du fard et se mocque du piastre; De qui le teint sans soin mais ravissant A la frescheur du plus beau jour naissant; Dont les cheveux aussy noirs que lébène Ont fait cent fois et ma joie et ma peine; Dont le beau corps qui fait tant d'envieux Est le plaisir et le charme des yeux; De qui les yeux plus doux que cassonade Font mon esprit inquiet et malade, Quand ces tyrans dun regard irrité Donnent le fouet à ma témérité.

La Renommée en chantant leurs louanges En a conté des choses bien estranges : Elle publie hautement que chez eux L'on peut trouver toutes sortes de feux;

342 CORRESPOiNDANTS DE CL. DE CHAULNE

Qu'ils ont le feu des esclairs de la foudre;

Qu'avec ces feux ils mettenl l'âme en poudre ;

Qu'ils ont des feux brillants dont la beauté

Fait papillon le cœur plus révolté ;

Qu'ils ont le feu dont le Dieu de lumière

Rend les objets à toutes les visières.

Et ce feu doux dont les embrasements

Font des brèches dans les cœurs des amants;

Qu'Amour parfois par un heureux caprice

Y fait brûler quelque feu d'artifice,

l)es feux de joie, alors que ses beaux yeux

L'ont, à son gré, rendu victorieux.

Messieurs les yeux, mais qu'il ne vous desplaise

Que vous soyez ou de ilanie ou de braise,

Que vous soyez ou chandelle ou (lambeau,

Ce n'est pas vous qui creusez mon tombeau;

C'est vostre pied, Dame, pour qui souspire'

Mon triste cœur et qui n'ose le dire.

Et c'est à luy tout seul que sont olFerts

Ces vers en prose et celte prose en vers :

Pied merveilleux, prendrez-vous point envie

D'un mouvement moins fatal à ma vie,

Et voulez-vous avancer mon trépas

En m'esloignant des traces de vos pas.

Mon cœur seroit en fine sépulture

S'il ne porloit vostre aymable peinture,

i. Dans sa pazctle (Du Jardin : L'on voit ici/ lu blonde et la hrunette] k Foucquet, Cl. de Chaulne revient longuement sur le pied de la comtesse de Tournon : (^e que je puis, pressé île ma disgrâce, C'est de baiser de son beau pied la trace. Pied merveilleux que la Nalure a fait De la couleur des roses et du lait.

Quand j'cscriray cesle gazette en prose Monsieur le lail précédera la rose, Pied dont la poin'e es( toujours en dehors, Pied le soutien d'un trop aimable corps. Pied dont mon C(eur, sera, je vous assure. S'il plaist au.\ Dieux léiernelle chaussure: Quand il feroit elTort pour en sortir Ma passion n'y sçauroit consentir.

Il m'a permis de l'aymer et le dire.

C'est pour ce pied que mon Ame souspirc. Si tous mes vers estoicnt faits de tels pieds L'on n'en ^•er^oit jamais d'estropiez; Car un beau pied, soil tpi'il marche ou qu'il danse, Ne peut quitter la grâce et la cadence. Les autres pieds que l'on voit en ces lieux Sont tous pieds plats, qui font horreur aux yeux, Dont la vapeur parfois les nez assiège, Qui font les grands sur un amas de liège. Et qui pourtant semblent dire aux calçons : u tlélas. Messieurs, changez-nous en chaussons »....

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