‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 178 sur 202 · DUCHESSE DE CH AULNE 3 4 S · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE CH AULNE 3 4 S

Et ne seroit sans double à trépasser

Sy l'oubli vostre avoit peu l'effacer.

Ah! pied mignon, pied mignart, pied d'ivoire,

Que ne peux-tu passer de ma mémoire

Jusqu'à ma bouche, et mes maux appaiser

Par les transports d'un amoureux baiser!

Que la colère icy ne vous eschappe,

L'on baise bien la pantoufle du Pape,

De qui les pieds saints et canonisés

N'en ont jamais été scandalisés.

Je n'ay pas moins de respect pour le vostre,

Que pour les pieds d'un successeur d'Apostre,

Et je diray jusqu'à mon dernier jour

Que vostre pied m'a donné de l'amour,

Qu'il est l'objet de toutes mes pensées;

Un autre objet les rend tristes, forcées,

Il n'en est pas un autre assez charmant

Pour les pouvoir occuper un moment.

Sans la blancheur qui brille en ce beau membre,

Je le croirois tout de musc ou tout d'ambre;

Sans cette odeur je croirois qu'il est fait

Avec l'ivoire et la neige et le lait.

Ce composé de tant d'aymables choses

N'est qu'un amas de jasmins et de roses,

Mais mon destin ne veut pas consentir

Que je le puisse ou baiser ou sentir.

Que mon amour a de la defliance:

11 est jaloux quand il suit la cadence.

Et quelque part que le portent ses pas,

Il meurt d'ennuy de ne le suivre pas.

Je suis confus d'estre en estât de vivre,

Et n'estre pas en estât de le suivre.

Que tout lencens qu'on doit aux Immortels

Embaume l'air aux pieds de leurs autels.

Ma passion sans scrupule et sans crime

Veut autrement immoler sa victime,

Et je vous otFre en vers estropiés

Un los brûlant sur l'autel de vos pieds.

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