PRÉSIDENTE DET CHEVRIÈRES
Car cordeliers sans froc et sans chemise
N'eurent jamais un lopin de chair grise,
Et cordeliers bien que de gris couverts
Sont volontiers sous la chemise verts,
Dont vous direz, madame et douce amie,
Qu'en ce point là cordelier ne suis mie,
Tant je me trouve interdit et perclus
Depuis le temps que je ne vous vois plus.
Nos cabarets ont fermé leurs boutiques,
Nos violons, presque paralytiques,
Ne donnent pas un pauvre coup d'archet :
Bref le plaisir est 4)ris au trébuchet.
Et nos prescheurs qui seuls osoieiit médire
Contre nos mœurs n'ont plus ce mot pour rire.
Dame Pandore a sa boiste crevé
Si que douleur tient le hault du pavé'.
Et l'on ne voit jamais gueule qui rie
Qu'incontinent elle n'en soit marrie.
En bonne foy vous pouvez bien juger.
Si ce n'estoit pour boire ou pour manger.
Qu'on ne verroit jamais la mienne ouverte
Tant je me vois sensible à vostre perte.
Tous nos soufflés désormais de relais
N'ont plus l'employ qu'ils auroient aux palais.
Nos plats portés, nos ragousls et nos sauces
N'oIVrent au goût que des délices fausses.
Dans ce malheur nos chansons seulement
Pourroient servir pour un enterrement.
Il faut pourtant que vostre fille sçache
Que sa naissance a donné du relasche
A nostre ennuy, qui ne seroit si grand
Si la fillette avoit autre devant;
Si elle avoit une autre pissotière
Nostre douleur seroit au cymetière.
Tant il est vray que ce morceau de chair
A tous les yeux est précieux et cher.
Pourmoy, je tiens l'opinion douteuse
De ceux qui l'ont nommé partie honteuse*;
Et n'en déplaise à celuy qui premier
L'osa couvrir de feuille de figuier :
Figue pour lui, il fit une sottise
Car il devoit d'un coin de sa chemise
Cacher l'endroit par lequel il pécha;
Aussy, fust-il après telle mesprise
Boulé dehors comme un péteur d'Eglise
i. Voir Les Œuvres libertines de Cyrano de Bergerac, t. I, p. 88.
D'un lieu dont plus ne trouva le chemin Ainsy que dit un livre en parchemin.
Une autre fois vous ferez autre chose Et vous mettrez l'espine où est la rose; Puisque le Ciel veut l'ordonner ainsy, Je vous en dis un pileux grand mercy, Mais Marion si vous estes sensible A nostre ennuy, et qu'il vous soit possible, Faites que les moments de vostre éloignement Coulent plus vistement.
MADAME DE CLERIEU
Madame de Clérieu doit être la veuve de François Octavien de La Croix de Chevrière, baron de Clérieu, enseigne de la mestre de camp du régiment des gardes dn roi, mort au siège d'Arras en 1640 et enterré à Amiens.
Le Ms. de Ghaulne contient une lettre adressée à madame de Clérieu.
A MADAME DE CLÉRIEU
sur le nombre quatre qu'elle aymoit extrêmement.
Deux fois un, deux, et deux fois deux font quatre,
Tel numéro pristes pour nous esbattre;
Ce quatuor dans vos vers accomply
Paroist si beau qu'il ne fait pas un ply;
Mais pardonne/ si je dis qu'il me semble
Qu'en vous un vaut mieux que dix mille ensemble,
Et ne croy pas qu'il se trouve Nissun
Qui n'ait estime et de l'amour pour l'un.
Des numéros jadis il fut l'unique,
Mais tant l'aima la dame Arithmétique
Que ce bel un elle multiplia
En millions ou mulla millia;
Bien entendu qu'en solennelle feste
11 marcheroit premier, seul, à la teste.
Et vous voyez encores aujourd'huy
Selon leur rang les autres après luy.
Aussy fust-il dans cet honneur extresme
Digne tout seul du faix du Diadesme,
Et tout l'Estat seroit en désarroy,
Près de périr, si un n'estoit pas Roy !
Bien qu'aujourd'huy madame Epiphanie
En fasse trois, c'est par cérémonie.
Qui, retranchés de ce nombre importun.
Ne furent rien quand ils en virent un
Qui, lors qu'il fist cette machine ronde.
Ou pour mieux dire alors qu'il fist le monde.
Qui, estant fait, luy parust bon et beau,
Pour l'esclairer ne luy fil qu'un llambeau !
I>e plus parfait oyseau delà nature.
Le beau Phœnix qui dans sa sépulture
A ce qu'on dit, voit naistre son berceau
Et de Phœiiix se refait Phœniceau,
Que je pourrois bien nommer Phœnicelle,
Car on ne sçait s'il est masle ou femelle,
Si Pline au moins ne nous a point menti,
Est fils unique et mesme bon parti.
Nature aussy ne voulust estre avare
Qu'en cela seul qui est parfait et rare,