A MADAME LA PRÉSIDENTE DE CHEVRIÈRES
Charmante, rare et divine (3rnacieus,
Que le Ciel list pour le plaisir des yeux ;
Foy de cousin, je ne puis m'en dédire,
Un mal pressant me force de vous dire
Que vostre absence et vostre éloignement
Ont déconfit tout mon contentement.
Depuis le temps que vivez en Rouryog^ne
Mon pauvre groin fait si piteuse trogne,
Si toutefois trogne nommer je dois
Le noir chagrin qui gist sur mon minois,
Qui. chaque jour, tout noir qu'il est travaille
A barbouiller ma barbe de grisaille.
Qui, sans cela, aeroit possible encor
Teinte en ébéne ou jaune comme l'or.
Car chacun sçait qu'il n'e.sl point d'homme au mond,
Qui ne soit noir, rousseau, cliâlain ou blond.
De tout cela si le voulez sçavoir,
Corlainemenl Nalure me (it noir:
Mais je vois bien, n'en déplaise à Nature.
Qu'elle eut pour moy très mauvaise teinture,
Puisque ce noir devient déjà plus gris
Qu'un cordelier frocqué dans ses habits;