MADAME DE LA BAUME CHASTEAUDOL'BLE
Pernetle Scarron. femme de Pierre de La Baume, seigneur de La Rochette. Panaray et Chasteaudouble, conseiller au Parlement de Grenoble en I60O sur Li requesle de son [)ère, et conseiller d'Etat en 1653. Pierre de La Baume était le second lils de Jean Pierre de La Baume et de Catherine de La Croix, lille de Jean de La Croix qui fut plus tard évêque de Grenoble.
Pernette, cousine du poète Scarron, fille de François Scarron, sieur de Pri\'as, receveur i^énéral des Finances à Lyon, qui avait épousé Catherine Lempereur, eut pour frères : Jean Scarron, chanoine de Chamarier de risle Barbe, et Antoine Scarron, seigneur de Privas.
Le Ms. de Chaulne contient la lettre suivante adressée à madame de La Baume Chasteaudouble.
A MADAME DE LA BAUME CHASTEAUDOUBLE Response.
Je, des Barbons le plus caduc, Dont le dos se courbe en diphtongue.
Dont la passion est plus longue Que celle de monsieur Saint-Luc:
Qu'on vient de charger de respondre Aux lettres que vous avez fait, J'ayme mieux maller faire tondre Que d'entreprendre tel prix fait.
Me tondre seroit difficile.
Car dès l'an six cens dix et neuf
Poison de vérole subtile
Me rendist plus chauve qu'un œuf.
Depuis ce temps ma noire nuque, Qu'un mal si violent troubla Ou s'all'ubla d'une Perruque, Ou de Perruque s'alfubla.
Mais la fausse plaisanterie, Et que j'ay l'esprit de travers !
Je parle de ma chauverie Au lieu de respondre à vos vers.
Par mon âme, dame Pernette Plus belle cent fois que le jour, Et de qui l'endroit que Ion lette Feroil un amoureux tambour;
Si vous en vouliez la baguette, Je fais serment par vos beaux yeux.
Qu'on verroit Claude sans Irompette Desloger bientost de ces lieux.
Mais hélas! je n'ose prétend i-e
A vous servir de la façon,
Et d'ailleurs j'ay beaucoup de tendre.
Et dans l'âme et dans le calçon.
Que si ce mot vous scandalise, Du moins ne le tesmoignez pas.
En faveur de ma barbe grise Qui pour vous a fait tant de pas.
Dans ce souvenir qui me trouble, Et qui me suit incessamment.
Je me defîends de (^hasteaudouble.
Mais c'est un peu bien faiblement.
Je songe en faisant cette lettre A vos bons vins, à vos melons.
Et je voudrois me pouvoir mettre Ce qu'avoit Mercure aux talons.
Le cheval du brave Persée, Celuy du gentil Paccolet, Vont en prose dans ma pensée Plus viste (ju'un l*>sprit folet.
Et bien que je ne sois pas digne, Je puis le dire sans mentir, Vos perdreaux m'ont déjà fait signe De déloger et de partir.
Je pars, ils ont trop bonne grâce, Le bon Dieu les puisse bénir, Les charmes de la belle race Ne sçauroient plus me retenir.
MADAME DE CHASTEAUDOUBLE 353
Fcy tout ce qu'on me propose Ne satisfait point mon désir, Et mon cœur ne veut qu'une chose Mourir auprès de vous de joye et de plaisir.
Vos yeux, ces fameux conquérants Dont les Amours ont fait leurs trosnes, Ne voyent point de soupirants Qui soient plus à vous que Ghaulnes.
Madame Potel doit être la femme de Sébastien Potel, frère de Potel, sieur du Parquet, dit Potel Romain. Tous deux étaient lils de Jean Potel, secrétaire ou j^^reffier du Conseil.
Madame Sébastien Potel mourut vers 1652, dit Paulin Paris, au moment delà vogue du Ballet des Romans qui a été imprimé avec une curieuse relation adressée à Scarron de la façon dont il fut plusieurs fois demandé et joué devant le Roi au Louvre, chez Monsieur au Luxembourg, chez la duchesse de Chevreuse à la place Royale et chez madame de Launay-Gravé. Potel, le frère aîné de du Parquet, devoit y jouer, mais ne put le faire, dit Loret, à cause du malheur qui venoit de lui arriver :
On conduisit nostre équipage
Dix carrosses et davantage.
Pour tous les danseurs du halet Dont le nombre n'estoit complet, Car la mort qui ne fut onc bonne, Et qui jk n'espargne personne.
Par un rhumatisme tel quel Enleva Madame Potel, Qui gist sous marbre, plomb ou bronze.
Sans cette mort ils étaient onze :
Car Monsieur son filz y manquoit, Non pas le seigneur du Parquet, Mais celuy que partout on nomme L'aisné Potel, ce galant homme, Qui croyait danser en effet :
Car despense grande avoit fait Pour paroistre dans cette danse...
Car il dansoit dans ces romans Un des Aymons, un des amans...
Le Ms. de Chaulne contient deux lettres adressées à madame Potel :
Trop belle et charmante Catin, plus belle mille fois que celle
Dont les songes chaque matin Font la peintui'e en ma ruelle.
Loing de vous j'ay le groin plus blesme, Que celuy qui premier osa Chanter sur le ton du caresme Stabat mater dolorosa.
Vostre incompai'able Potel, Ne pouvant soulFrir son veufvage, M'a fait coucher dessus lautel Où mourut vostre pucelage!
Je l'y cherchay, je vous l'avoue, Amour, tapy soubs le rideau, Riait, ou me faisoit la moue.
Et le couvroit de son bandeau.
Moy, pauvre niais, que ce lutin
A t'ait l'objet de sa malice.
Je m'en allay dès le matin
De crainte d'un nouveau supplice.
Depuis, il m'a rendu visite, Et soubs un minois contrefait.
Par une douleur hypocrite M'a dit l'affront qu'il m'avoit fait.
Je luy juray par ces beaux yeux Dont de Sève' a fait la peinture, Que si j'avois même adventure.
Malgré ces soins jaloux, j'en userois bien mieux.
Le drôle qui fait ses plaisirs Des obstacles qu'ont mes désirs.
Sans vouloir avec moy raisonner davantage, Me jura son âme et sa foy, Que vous aviez un nouveau Pucelage, Mais qu'il ne seroit point pour moy !
Je fus sensible à cette injure.
J'en perdis le pouls et la voix, Le respect estouffa les désirs que j'avois De vous solliciter de le rendre parjure.
t. Le peintre Gilbert de Sève; ce portrait de madame Potel ne paraît pas avoir été gravé.
356 COBRESPONDAMS DE CL. LE CIIAULNE
\'oyez en quel estai mon âme pouvoit estre,
Jug-ez de Texcezcle mes maux, L'amour et le respect y paroissoient esgaux, Et chacun d'eux pour vous vouloit régner en maistre.
L'un m'ordonne que je souspire L'autre me le delTend, et ce commandement Me gesne si cruellement Qu'à peine ay-je peu vous le dire.
Tous deux me parlent de vos loix 1^1 je ne sçay quel party je dois suivre ; Si vous n'en failes pas le choix Ordonnez-moy de ne plus vivre.
Que si tout ce discours vous a mis en colère Kl que vous m'en donniez le tort, Sçachez Gatin qu'après ma mort, Je seray forcé de me taire, De la cruauté de mon sorl.