A MADAME POTEL. RESPONSE
Helle Galin, des Catins la merveille,
De qui la bouche est riante et vermeille,
Et dont les yeux plus brillants qu'un beau jour
M'ont tant de fois fait redouter l'Amour,
Ne croyez pas que par ce mot je boute,
Ou mette Amour dedans une redoute.
Jà n'est mestier de le fortifier.
Dans vos beaux yeux, il est fort, il est fier.
Pour se parer des coups de la Fortune
De bastions, remparts ou demy-lune
l^eu luy chaudroit, et selon mon advis
L'ingénieur feroit autre devis :
Il ne voudroit que quelque ouvrage à corne ;
ALnis le respect est une estrange borne,
Et l'amitié qu'on doit au cher Potel,
Ni vous, Galin, ne voulez rien de tel!
Pour mon bonheur c'est assez que je voie
Un souvenir qui fait toute ma joie.
G'est trop pour moy de la belle moitié
De vous servir du terme d'amitié,
Ainsy qu'appert par là vostre Missive
En doux propos, en bonté excessive,
J'en ay compté pour le moins cinq ou six
Dont je vous dis autant de grands mercia
Que dans les Cieux on voit briller d'estoiles, Que sur les mers on voit blanchir de voiles, Autant qu'on voit de feuilles dans nos bois, Plus que le lait ne fait couler de pois; Car pois en pot dessoubs les cheminées Roulent nombreux auprès des eschinées; Plus que Rozier', par la grâce de Dieu, Grand chansonnier, et seigneur de Beaulieu, N'a fait noter dedans ses chansonnettes De mots nouveaux, quolibets et sornettes; Plus qu'il ne sort de latin et de grec De Marcassus- dont la musique a bec; Plus qu'il ne rend de visites au signe Nommé Mouton^, son cabaret insigne; Ihef plus encor que nostre cher Bastien^, Appréhendant messe de Requiem, N a souspiré par léclipse fatale De la boisson dont il est le Tantale!
Quelle bonté dont ma peu retenir Chère Catin, dans vostre souvenir; Quel sentiment y conserve une loge Au malheureux et chétif allobroge; Le sentiment est vrayment généreux.
Puisqu'il est vray que je suis malheureux, Digne de vous, sur qui lointaine absence, Qui me forçoit à garder le ï^ilence.
N'a jamais fait aucune impression Au détriment de mon affection.
Ah ! que souvent les yeux de ma pensée Ont veu souvent ma peinture elTacée, Va, sans mentir, je lay justement craint, Je n'y estois que légèrement peint, l^t je craignois mesme que la desbauche Seule en eust fait en destrempe lesbauche ; Mais je voy bien maintenant que ma peur N'estoit qu'un songe, qu'une noire vapeur, Dont ma raison, de soucis accablée.
Avoit la veuë ou trop faible ou troublée.
\. Ce musicien a publié plusieurs recueils de chansons sous le titre : Les Libériez de André de Rosiers, sieur de Beaulieu (16IU-1S38 et î 631-1654). Un amphigouri : Le Galimatias du sieur Deroziers Beaulieu, Iragi-comédie (en 5 actes, el en vers). Paris, Toussainct Quinel, 1639, ne doit pas être d'André de Rosiers.
i. Pierre de Marcassus, poète, romancier et traducteur, né en 15S4 à Gimont, petite ville de Gascogne, régent de collège, professeur, historiographe. Il mourut en 166i.
.3. Le cabaret du « Mouton ». Il y avait, à celte époque, deux cabarets du « Mouton » : le premier était situé près du cimetière Saint-Jean; l'autre dans l'Ile du P;ilais. \'<iir les Œuvres libertines de Claude Le Petit, pp., ;223, 225 et 227.