Voici le dernier tercet
A voir ce qu'il fait en tout lieu, Louis est au dessus de l'homme.
Et c'est le chef-d'œuvre de Dieu !
MADAME DESHOULIERES
MADA3IE DESHOULIERES
La vie de madame DeshouUères, dix années après son mariage, se partage en deux périodes distinctes, insuffisamment délimitées par ses biographes :
La première, de 1662 à 1682, est celle de son libertinage d'esprit. Elève docile de Dehénault elle ne s éloigne pas trop de la mentalité de Des Barreaux, de Saint-Pavin, de Miton, etc., avec toute la différence qui existe entre le cynisme de ces libertins et la réserve d'une femme bien élevée, de mœurs irréprochables. Cette période est caractérisée par un fait brutal et indiscutable : son fils Jean Alexandre nest ni ondoyé, ni baptisé, et par la publication de ses idylles : les Moutons, les Fleurs, etc., visiblement inspirées de Des Barreaux.
La seconde période s'étend de 1683 à sa mort : Madame DeshouUères vient de voir s'éteindre son maître Dehénault, réconcilié avec l'Eglise en pleine liberté d'esprit et dont Vardeur combative n'avait jamais été bien grande; une cruelle maladie la frappe et sa fille subit l'influence de Fléchier. Son éducation chrétienne se réveille alors ; elle fait baptiser son fils et applaudit à l'Edil de Nantes. Des souffrances de plus en plus vives, supportées avec courage, la ramènent définitivement à Dieu. Il ne reste rien de ta libertine intellectuelle de Jadis, ses poésies religieuses en font foi.
Madame DeshouUères a parcouru les mêmes étapes que les libertins ses amis. La dignité de sa vie lui fait une place à part dans ce groupe de déracinés et c'est ce qui l'honore grandement.
Antoinette, fille de Melchior Du Ligie^^ seigneur de la Garde, chevalier des ordres du roi, et de Claude Gaultier-,
1. La Boissière de Chambors, capitaine dans le régiment Colonel-Général de Cavalerie, membre de l'Académie des Belles-Lettres, mort en 1743, qui avait été des amis de mademoiselle DeshouUères, dit dans son Eloge fiistorique de mailuine et mademoiselle Desfioulières que Melchior Du Ligier avait été d'abord Maître d hôtel de Marie de Médicis et ensuite d'Anne d'Autriche; cependant il ne figure pas avec ce prénom de Melchior dans les états qui subsistent des maisons de ces deux Reines. Nous avons seulement trouvé un Josué Du Ligier, sieur de la Garde, échanson d'Anne d'Autriche jusqu'en 1625.
2. Claude Gaultier était nièce de M. de Videville, intendant des finances sous Henri III, et président de la Chambre des Comptes.
vit le jour le 31 décembre 1G37* et fut baptisée le 2 janvier 1638. Elle eut deux frères : M' de Fontaine et l'abbé de La Garde.
Mademoiselle Du Ligier de La Garde, douée d'une vive intelligence, reçut une brillante instruction : elle apprit le latin, l'italien, l'espagnol et se familiarisa avec les grands auteurs dans ces trois langues. Au point de vue physique, elle était également favorisée : « La nature avait pris plaisir à rassembler chez elle les agréments du corps et de l'esprit à un point qu'il est rare de rencontrer : beauté peu commune, taille au-dessus de la moyenne, maintien naturel, manières nobles et prévenantes; quelquefois elle montrait un enjouement plein de vivacité, quelquefois du penchant à cette mélancolie douce qui n'est pas ennemie des plaisirs; elle dansait avec justesse, montait bien à cheval et ne faisait rien qu'avec grâce 2. »
A treize ans et demi, elle est demandée en mariage par un gentilhomme poitevin, Guillaume de La Fon de Bois Guérin^, seigneur Deshoulières, de la suite du prince de Gondé, et lieutenant-colonel de son régiment dit Le Petit Condé. Bien qu'ayant dix-sept ans de plus qu'Antoinette, sa recherche fut agréée par Melchior Du Ligier et leur union, grâce à une dispense de rOfhcial*, célébrée le 18 juillet 1651 en l'église Saint- Eustache. En présence d'une si jeune, trop jeune femme, Des-
i. L'année de sa naissance a été contestée. La Boissièrc de Chambors la fait naître on 1033 ou 1634 et mourir à GO ans. Nous avions tout d'abord accepté les dates d(> La Hoissièrc (voir notre notice sur Dehcnault ((liuvres, p. xii) mais en serrant la question de plus près pour composer cette biographie, l'acte de baptême et l'acte de décès qui concordent nous ont paru péremptoires.