‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 31 sur 202 · Poésies de madame Deshoulières, 1688, p · texte numérisé non relu

Poésies de madame Deshoulières, 1688, p

2. On a considérablernenl exafîéré les conséquences regrettables de la révocation de l'Edit de Nantes : il est enfantin d'aflirmer que la Prusse leur doit sa prospérité. F, es Germains pouvaient se passer du concours des Français et certes il leur a été utile et profitable, mais il n'était pas indispensable. L'Allemagne d'hier n'aurait été ni plus ni moins puissante si l'Edit de Xantes était resté en vigueur.

Hères — on en sait la raison — il pria Dangeau de le remplacer et de retrancher le passage de VEpitre en l'honneur de Louvois. Nous avons Técho de ce curieux incident* dans la chanson suivante dont les deux derniers couplets figurent seuls, et pour la première fois, dans les Œuvres de madame Deshoulières de 1747 :

De VEpistre de Deshoulières On /ail icy beaucoup de bruit, Auprès de ces vives lumières Aucune lumière ne luit.

Par ce qui suit

Par ce qui suit On voit que sur quelques matières Trop bien louer quelquefois nuit.

De par iabbé Testu qu'en mitre Ne verront jamais ses amis, On a convoqué le chapitre De nosseigneurs les Beaux Esprits

Qu'il a repris

Qu'il a repris Moins pour avoir lu cesle épislre Que pour n'en avoir rien obmis.

Ce jour-là d'humeur si mutine Se trouva le docte troupeau, Qu'à sa fatuité hlondine On cria dans chaque bureau :

Dans le panneau

Dans le panneau Qu'a tendu le dévot Jiacine Il a donné comme Dangeau.

J.ors qu'un vent de cabale souffle, Il est bon et demeure droit, Testu, ce doucereux maroufle, Se trompera s'il ne me croit.

Mieu.v luy vaudrait

Mieux luy vaudrait Qu'encor de quelque autre pantoufle On luy couvrist certain endroit.

i. Le récit de cet incident est-il exactement rapporté par la chanson? Nous ne savons. Racine a t-il osé résister à l'ordre du roi et se permettre d'attaquer ouvertement Louvois, le puissant ministre? Le doute est de ripucur.

Cette histoire est trop ridicule Pour ne la pas faire sçavoir.

II offrit à dame incrédule Sa chandelle et la faisoit voir.

Sans s'esmouvoir

Sans s'esmouvoir La follette tira sa mule Et la fit servir d'esteignoir.

Au lieu de venger cette injure Les amours, à malice enclins, Riaient entre eux de l'aventure Du doyen des abbés blondins.

Ces dieux badins

Ces dieux badins Se disoient, vois-tu la coiffure Qu'on a mise au Dieu des jardins?

Un ami de ïestii ou de Racine y répondit en termes peu

galants :

De celle chanson que l'on chante.

Testa, l'on ne fait pas grand cas ; Elle est sotte, elle est impudente Et sent le Diable de cent pas,

Et les es hais

Et les estais Que cette ■aieille impertinente Se donnoit du temps de Galas ^.

La grande renommée de madame Deshoulières, les distinctions de tout genre dont elle avait été l'objet tout en honorant son caractère et en proclamant son talent, suppléaient insuffisamment à la modicité de ses ressources. Son mari — il contribuait dans une faible mesure aux charges du ménage, s'il y contribuait — meurt le 3 janvier 1 693 ^. Ses enfants renoncèrent

1. Mathias Gallas, général de l'Empereur, né à Trente en 1589, mort à Vienne en 1647. Il se rendit célèbre par sa cruauté dans la guerre de trente ans.

2. « 5 janvier 1693. M" Guillaume de la font (sic) de Bois Guérin chevalier, seigneur des Houliers {sic) ancien lieutenant du Roy de la ville et citadelle de Doulan (sic), âgé de soixante et onze ans et demy, décédé le trois du présent mois, rue de la Sourdière a été inhumé en cette église, prcsens M" Jean Alexandre de la font de Bois Guérin fils dud. deffunt, M" Jean de Ligiaire (sic) de la Garde, chevalier seigneur de Fontaine, beau-frère dud. deffunt dem. tous deux susd. rue. (Signé) Deshoulierres (sic), Duligier de la garde » (Saint-Roch). Cité par Jal.

Mademoiselle Deshoulières a composé sur la mort de son père des stances qu'elle a intitulées : Réflexions chrétiennes : A u milieu des ennuis, au milieu des allarmes, dans l'édition de 169b, et postérieurement : Réflexions chrétiennes sur la mort de M. Deshoulières, Maréchal de bataille, et lieutenant du Roy de la Ville et Citadelle de Dourlans, 1693.

62 MADAME DESHUULIÉRES

aussitôt à sa succession en faveur de leur mère. Six jours après, le 9 janvier, Louis XIA' lui accorda une pension de 1.000 livres*. En novembre 1093 mademoiselle Sophie Chéron-, peintre et poète, fit son portrait. Il ne porte nulle trace d'une déchéance physique quelconque; elle avait cependant cinquante-six ans et devait succomber moins de trois mois après. Les stances qu'elle adresse à cette demoiselle Chéron : Réflexions mondes sur ienvie immodérée de faire passer son nom à la Postérité s'inspirent des admirables vers que Dehénault lui adressait en 1653 sur le néant de la Renommée ^ Ce retour sur le passé est significatif, c'est tout ce qu'elle avait gardé des enseignements de son ancien maître. Ayant réclamé elle-même les sacrements de l'Eglise, elle meurt en bonne chrétienne le 17 février 1094. Son corps fut inhumé dans l'Eglise Saint- Uoch. Sa tille lui consacra les stances touchantes que voici :

Icy, Muses, icy, que venez-vous chercher? Sous CCS sombres Cyprès hélas! qui vous appelle? Vous n'y trouverez point cette illustre Mortelle, Dont les doctes Chansons avoient sceu vous toucher.

La Déesse sourde et cruelle,

De mes bras vient de l'arracher.

En vain pour garantir une teste si chère, J'ay mille fois du Ciel imploré le secours; Au précieux devoir de sauver une Mère,

J'ay sacrifié mes plus beaux jours; Mais le cruel Destin qui m'accable toujours. Des larmes que produit une douleur amère,

Redouble sans cesse le cours.

Le Ciel à mes ennuis n'a point marqué de terme, Et du plus foible espoir j'ignore les douceurs. Sans cesse en proye à de vives douleurs. J'appelle à mon secours cette âme grande et ferme, El qui, d'un œil égal au milieu de mes pleurs, Envisagea la mort sans craindre ses horreurs.

1. Le Roi clanl à \'ersailles, le 9 janvier 1603, « vouIhuI j;ratifîcr et traiUer favorablemeiil la d* Des llonlières. tant en consirlcration des services de son mari que de son mérite personnel » lui accorde une pension de mille livres (Bibl. nat. Ms. Clair., n» 560. pièce ii}.

i. Klisabetli Sophie ("héron étail peintre cl poète: elle avait public : Psaumes nuul'ellenienl mis en vers français, enrichis de figures. Pari», 1693.

a. Lettre à Saplio. ÙEuvres Je Deliénault, p. dT.

Maïs que me sert, hélas/ de Vinvoquer sans cesse,

De me représenter ce qu'elle a comhatu,

Et dans tous ses malheurs quelle fut sa sagesse?

Je m'abandonne à ma foihlesse.

Et je n ay rien de sa vertu.

Muses, ne cherchez plus cet esprit admirable. L'honneur de nostre siècle et du sacré vallon.

De cette perte irréparable.

Chargez les fastes d'Apollon ;

Allez aux bords de l'Hypocrene, Par des torrents de pleurs célébrer son trépas,

Et si ma douleur vous rameine, Respectez mes soupirs, ne me consolez pas.

Louis XIV accorda à mademoiselle Deshoiilières le 5 mars 1694. en mémoire des services rendus à TEtalpar son père, une pension de 40U livres, portée le 29 août suivant à 600 livres ^ Son frère était mort le 12 août précédent.

La disparition de madame Deslionlières ne passa pas inaperçue. La manifestation la plus éclatante est celle de mademoiselle Lhéritier; elle composa une plaquette, dédiée à mademoiselle de Scudéry, sous le titre : Le Triomphe de madame Deshoulières reçue dixième muse au Parnasse^.

Madame Deshoulières, dixième Muse, la postérité s'est montrée moins enthousiaste!

i. o mars 1694. Brevet et ordonnance de 400 livres de pension pour D"* Antoinette des Houliéres, en considération des services de son père, » (Ms Clair., 06 1, p. i80). Le 20 août 1694 le Roi augmenta de 200 1. la pension de M"* Des Houliéres » (Ms. cité, p. 65S).

-. Le Triomphe de madame Des-IIouliàres. receue dixième Muse au Parnasse. Dédié à Mademoiselle De Sciideri. l'ar Mademoiselle Lhéritier. .\ Paris, chez ("laude Mazuel, Imprimeur et Libraire, rué S. Jacques, proche la rué de la Parclieminerie, au Bien-Aimé. M.DC. XCIV (i694). In-8. Titre et 24 pp. chiiïr. (en vers et en prose).

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