‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 30 sur 202 · Poésies de madame Deshoulières, 1688, p · texte numérisé non relu

Poésies de madame Deshoulières, 1688, p

2. Phèdre et Hippolyte. Tragédie. Par M. Racine. Paris, Claude Barbin, 1677. In-12. Frontispice. Edition originale en 74 pp., représ, à l'Hôtel de Bourgogne.

3. Phèdre et Hippolyte. Tragédie. Par M. Pradon. Paris, Jean Ribou, 1677. In-12. Représ, à l'Hôtel Guénégaud. L'épitre dédie, est adressée à la duchesse de Bouillon.

4. Cette interdiction est précisée par Pradon dans ses Nouvelles remarques sur

incident avait créé l'atmosphère de bataille dans laquelle se déroula la première représentation des deux Phèdre et Hippolyte. Du côté de Racine, une sorte de dépression due à Fintervention royale; du côté de Pradon, la mobilisation confiante des forces cornéliennes sous la direction d'Anne Mancini et de madame Deshoulières. Les amis de Racine ayant un pied dans les deux camps et les indiiïerents s'abstinrent le 1" janvier 1677 de paraître à THôtel de Bourgogne de peur de contrarier la duchesse de Bouillon et le duc de Nevers; le 3 janvier, au contraire, à l'Hôtel Guénégaud, la certitude de la victoire. Le résultat : échec complet de Racine et vif succès de Pradon. On connaît l'esprit moutonnier du public. Point n'est besoin d'expliquer l'incompréhension momentanée d'un chef-d'œuvre par l'anecdote de la duchesse de Bouillon louant, pour les six premières représentations des deux Phèdre et Hippolyte, les premières loges de l'Hôtel de Bourgogne dans l'intention d'y faire le vide et celles de l'Hôtel Guénégaud afin d'y acclamer Pradon. La version de Louis Racine et le récit de mademoiselle Deshoulières se contredisant formellement, sont à rejeter. Quoiqu'il en soit, dès la troisième représentation de Phèdre et Ilippolyle à THôtel de Bourgogne le sonnet suivant, attribué au duc de Nevers, circulait dans les ruelles :

Dans un Fauteuil doré, Phèdre tremblante et blême, Dit des vers où d'abord personne n'entend rien; Sa nourrice lui fait un sermon fort chrétien Contre l'affreux dessein d'attenter à soi-même,

Hippolyte la hait presque autant qu'elle l'aime; Rien ne change son cœur ni son chaste maintien; La nourrice l'accuse, elle s'en punit bien; Thésée a pour son lils une rigueur extrême.

Une grosse Aricie', au cuir rouge, aux crins blonds, N'est là que pour montrer deux énormes tétons. Que, malgré sa froideur, Hippolyte idolâtre.

tous les ouvrages du sieur D'". La Haye, lG8o. — En tête de sa tragédie : Régulus, qui resta trente ans à la scène, il dit :

Phèdre qu'on élouffoil même avant que de nailre Par Vordre de Louis sut se faire connaître Voilà une afErmation dont il serait ridicule do ne tenir aucun compte. Louis XIV n'était pas mort en ITOU et Pradon n'aurait jamais osé rappeler l'interdiction de 1677 si cet acte du roi était une invention de sa part. 1. Mademoiselle d'Ennebault jouait ce rôle.

Il meurt enfin traîné par ses coursiers ingrats; Et Phèdre, après avoir pris de la mort-aux-rats, Vient en se confessant, mourir sur le théâtre*.

Ces quatorze vers, improvisés- en réalité par madame Deshoulières. étaient certes une action blâmable, mais dans l'ardeur de la bataille on frappe sans regarder oîi portent les coups. La riposte outrageante faisait encore moins d'honneur à son auteur :

Dans un Palais doré, Damon. jaloux et hlême, Fait des vers oîi jamais personne n'entend rien, Il n'est ni courtisan, ni guerrier, ni chrétien. Et souvent, pour rimer, il s'enferme lui-même.

La Muse par malheur le hait autant quil l'aime; Il a d'un franc poète et l'air et le maintien; Il veut juger de tout et ne juge pas bien. Il a pour le Phéhus une tendresse extrême.

Une sœur vagabonde aux crins plus noirs que blonds. Va par tout l'Univers promener deux tétons. Dont, malgré son pays, Damon est idolâtre.

Il se tue à rimer pour des lecteurs ingrats; L'Enéide, à son goût, est de la mort-aux-rats, Et, selon lui, Pradon est le roi du Théâtre^.

Il était difficile de grouper un faisceau aussi serré de perfidies en reprochant au duc de Xevers d'éprouver, quoiqu'italien, un amour incestueux pour sa sœur, une coureuse^ et de n'être ni courtisan, ni guerrier, ni chrétien.

Nous jugeons inutile de nous étendre sur cette querelle*. Elle

d. Ce sonnet a été imprimé pour la première fois, croyons-nous, dans le Portefeuille de L. D. F. Carpentras, Dominique Labarre, 1694, in-)2 et il se lit seulement en 1705 dans léditiondes Poésies de Madame DeshouUères. Paris, Jean Villetle,2 vol. in-8.

2. Elle les fit, d'après sa fille, au souper qu'elle donna dans son logis, à quelques amis (dont Pradon), au sortir de la première représentation de la pièce de Racine.

3. Ce sonnet a été imprimé pour la première fois, croyons-nous, dans Le Portefeuille de L. D. F.. Est-il de Racine ou de IJoileau? En tout cas, ils l'ont désavoué; Brossctte en a attribué la paternité à plusieurs de leurs amis : le marquis d'EflQal, de Manicamp, le comte de Fiesque étant à table tournèrent les huit premiers vers et d'autres 'que Brossette ne nomme pas) les deux derniers tercets.

4. Le dernier article publié sur cette querelle est celui de M. G. Mongrédien 'Revue Bleue, 15 janvier, 5 février 1921); c'est incontestablement le moins exact. M. Mungrèdien affirme que Pradon ment quand il dit que sa pièce a tenu trois mois; c'est M. Mongrédien qui abuse du droit de se tromper. Elle a bien été représentée

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se termina en mettant aux prises Tllôtel de Bouillon et rHôtel de Gondé. Trois ans plus tard madame Deshoulières en subira le contre-coup. On a exagéré en attribuant à la chute de Phèdre la détermination prise par Racine de renoncer à la tragédie. Son mariage et linfluence de Port-Royal Téloignèrent de la scène.

Le Nouveau Mercure y niant de 1677 publie de madame Deshoulières les idylles des Moulons et des Fleurs, toutes deux imprégnées des idées de Des Barreaux contre la Raison * et sur la Mort :

CONTRE LA RAISON (Les Moutons)

Celte fière raison dont on fait tant de bruit, Contre les passions n'est pas un seur remède. Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit, Et déchirer un cœur qui l'appelle à son aide,

Est tout l'eiret qu'elle produit.

Toujours impuissante et sévère l'allé s'oppose à tout et ne surmonte rien.

Sous la f^arde de vostre chien Vous devez beaucoup moins redouter la colèi'e

Des loups cruels et ravissans.

Que sous l'autorité d'une telle chimère,

Nous ne devons craindre nos sens...

pendant trois mois, etc., etc.. Il attribue à Pradon l'hpîlre .1 Alcandre qui est du duc de Nevers. La tlièse de M. Mon},'rédicn est dune sini})licité qui désarme. Racine a le génie et toutes les vertus, Pradon est un imbécile, un sot, un colomnialeur, etc., etc.... il l'accable sous les qualificatifs les plus durs. Par moments l'indignation de M. Mongrédien est telle à l'égard du pauvre poëte qu'il s'écrie « Est-il bête? ». Le public seul, suivant M. Mongrédien. est capable de discerner le chef-d'œuvre; il applique le suffrage universel aux productions littéraires. 1. \'oici un sonnet de Des Barreaux sur la raison :

L'Homme a dil dans son cœur sol et audacieux, Je suis maistre absolu de la terre habitable, Des plus fiers animaux je suis victorieux, Et la raison sur tous me rend considérable.

Que pour le regarder tu prens de mauvais yeux, Animal fastueux autant que misérable !

Cannois les propres maux, et plus judicieux Ne te vante point tant d'estre si raisonnable.

Le regret du /)asse, la peur de l'avenir.

Le chagrin du présent, penser qu'il faut finir,

Qui nous livre en vivant les assauts les plus rudes.

Les crimes que commet le fer et le poison. Les larmes, les soupirs et les inquiétudes. Ce sont les beaux présents que te fait la raison.

SUR LA MORT (Les Fleurs)

Quand une fois nous cessons d'estre,

Aimables Fleurs, c'est pour jamais !

Un redoutable instant nous détruit sans réserve : On ne voit au-delà qu'un obscur avenir. A peine de nos noms un léger souvenir

Parmi les hommes se conserve :

Nous rentrons pour toujours dans le profond repos

D'oià nous a tirez la Nature*, Dans cette affreuse nuit qui confond les héros

Avec le lâche et le parjure...

Sans passer inaperçues, ces idylles ne suscitèrent aucun commentaire fâcheux.

Ce même Nouveau Mercure galant apporte une touchante élégie de Dehénault à madame Deshoulières- :

Je suis vieux, belle Iris, c'est un mal incurable,

De jour en jour il croisl, d'heure en heure il accable,

La mort seule en guérit^ mais si de jour en jour

Il me rend plus mal propre à grossir vostre cour.

Je tire enfin ce fruit de ma décrépitude,

Que je vous voy sans trouble et sans inquiétude,

Sans battement de cœur, et que ma liberté

Près de tous vos attraits est toute en seureté.

Tel est l'heureux secours que reçoit des années

Une âme dont vos loix régloient les destinées.

Non que je sois encor bien désaccoutumé

Des douceurs que prodigue un cœur vrayment charmé;

A ce tribut flatteur la bienséance oblige,

Le Mérite V impose, et la Beauté l'exige.

Nul âge n'en dispense, et fût-on aux abois,

Il faut en fuir la veuë, ou luy payer ses droits;

Mais ne me rangez point, alors que j'en soupire,

Parmy les Soûpirans dont il vous plaist de rire.

Ecoutez mes soupirs sans les compter à rien.

Je suis de ces Mourans qui se portent fort bien,

Je vis auprès de vous dans une paix profonde,

Et doute quand j'en sors, si vous estes au monde.

1. D'un sommeil éternel, ma mort sera suivie J'enlre dans le Néanl quand je sors de la vie...

Sonnet de Des Barreaux : Mortels qui vous croyez quand vous venez à naistre.

2. Le Nouveau Mercure ffalant de janvier 1678 rci)roduit un sonnet de Dehénault adressé également à madame Deshoulières : A des cœurs délicats, l'Amour fait trop de peine: et celui de juillet 1579, la réi)unsc de niadanio Deslioulières : Généreux Licidas, Amy sage et fidèle Voir Les Œ-Aivres de Jean Dehénault, p. xxxiii et xxxv.

Pardonnez-moy ce mol qui sent le révolté. Avec le cœur peut-estre il est mal concerté; Vos regards ont pour moy lousjours le mesnie charme, M'offrent mesmes périls, me donnent mesme alarme, Et je nespérerois aucune (juérison, Si Vâge esloil chez vous mon seul contrepoison. Mais grâces au bonheur de ma triste avanlure, A peine ay-je loisir d'y sentir ma blessure. Grâces à vingt Amans dont chez vous on se rit, Dès que vostre œil m'y blesse, un autre œil m'y guérit. Souffrez que je m'en flatte, et qu'à mon tour je cède, Au chagrinant Rii^'al qui comme eux vous obsède, Qui leur fait presque à tous déserter vostre Cour, Et n'ose vous parler ny d'Hymen ny d'Amour. Vous le dites du moins, et voulez qu'on le croye, Et mon reste d'amour vous en croit avec joye; Je fay plus, je le voy sans en estre jaloux, A vostre tour, m'en croyez-vous^ ?

Elle sollicite et obtient, sans Tutiliser, le 19 juin 1078 un privilège pour la publication de ses œuvres. Travaillant alors à la composition de sa tragédie Genséric^ représentée sur le théâtre de Tllôtel de Bourgogne le 20 janvier 1680, elle négligea de les réunir. Cette tragédie de Genséric lit-elle quelque bruit? Baron a parlé de quarante représentations, nous n'oserions l'affirmer. Reconnaissons-le, au point de vue dramatique, madame Deshoulières est inférieure à Pradon ! Racine s'empressa de lui rendre la monnaie de son sonnet sur sa Phèdre :

La jeune Eudoxe est une bonne enfant, La vieille Eudoxe une grande diablesse; Genséric est un Roi fourbe et méchant, Diqne Héros d'une méchante Pièce.

Pour Trasimond, c'est un grand innocent; Et Sophronie en vain pour lui s'empresse. Huneric est un homme indifférent Qui comme on veut et la prend et la laisse.

Sur tout cela le sujet est traité.

Dieu sçait comment. Auteur de qualité.

Vous vous cachez en donnant cet ouvrage^; C'est fort bien fait de se cacher ainsi :

1. Le A'oHueaii Mercure (jalanl contenant les nouvelles du mois de may, 1677, t. III, p. 97, anonyme. Il n'est pas douteux que celle pièce api)artieiine à Dehénault.

2. Genséric, tragédie, par madame '". Paris, Claude Barbin, IBSO. In-12.

Mais, pour agir en personne bien sage.

Il nous fallait cacher la Pièce aussi*/

Après avoir commencé une seconde tragédie, Jule-Antoine dont le sujet était pris dans Cléopâtre-, roman de G. de Gostede La Galprenède, elle eut la sagesse d'y renoncer. Il en subsiste des fragments.

La naissance du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, fournit à madame Deshoulières l'occasion d'attirer l'attention du Roi et du Dauphin. Son Idylle sur cet heureux événement fut particulièrement appréciée par la Dauphine; mais un envieux ou un ennemi lui décocha, à ce propos, cette épigramme :

Pour immortaliser V Enfant qui vient de naistre; Et qui gouvernera dans soixante ans peut-esfre, La Deshoulières a fait cent vers tant mal que bien. Que lui donnera-t-on pour un si long ouvrage?

Si fen estois cru, ma foi, rien.

Pour immortaliser et sa Chatte et son Chien, Elle en a fait bien davantage^.

En 1682 elle voit mourir, réconcilié avec l'Eglise, après avoir reçu le viatique la corde au cou^, son ami Dehénault. Une telle conversion ébranle ses convictions libertines et la prépare à revenir à la foi de son enfance.

En janvier 1684 madame Deshoulières dans une ballade dont le refrain était : On n'aime plus comme on aimait jadis s'attaque aux nouvelles mœurs de la Gour. Gette" ballade, coïncidant avec l'opéra à'Amadis-^ occasionna une véritable joute poétique : La Fontaine, de Losme de Alontchesnay, Pavillon et le duc de Saint-Aignan y répondirent. Ge dernier s'avoua vaincu.

En achevant le 20 février 1683, dans la maison de Saint-

1. Ce sonnet a parn, pour la première fois, dans le Portefeuille de M. L. D. F. ,1694.

2. Cléopàtre. Paris, GuillHiime de Luyne, 1ôi7-16b8, ii vol. petit in,-8, par Gautier de Coste de La Galprenède. in>

3. Allusion aux pièces de madame Deshoulières strr. «on \épagneul vflas et sur sa chatte Griselte publiées dans le Mercure (falanU et\dans le, A'oyvea^iV^^ure gra/ani. L'extraordinaire du Xouvenn Mercure du 15 janvier l()79 avait reprqduii L'Histoire des Amours de Griselte. chatte de madame DesHouliéres. ^ ' * ' > >

4. Voir dans les OKuvres de Dehénault, la fin de la notice biographique.

5. Amadis de Gaule, tragédie lyrique en 5 actes et un prologue par Quinaalt, musique de Lully, lo janvier 1684. " '■ ' ' ' '

Lazare, la première partie de ses Mémoires^ précédée d'une épîlre dédicaloire en vers à madame Deshoulières, Loménie de Brienne y ajoutait un « Epilogue » également à son adresse. N'est-il pas touchant ce double hommage de l'ancien Secrétaire d'Etat chez qui dix années d'internement n'avaient pu effacer le souvenir des jours heureux?

Voici l'Epilogue :

J'ai fini ce volume avez assez de peine,

Belle Iris, le vingt féurier Cette année bissextile où je traînai ma chaîne Encor à Saint-Lazare en attendant Berrier Qu'on y doit amener, dit-on, cette semaine. Vous savez qu'il est fou, mais fou non comme moi. Mais autant que Barré, Girard et Saint-Mélenne, Dont Vun se croit un prince et Vautre un sage roi. Le troisième V esprit de Dieu même en personne. Pour moi bien qu insensé, belle Iris, je raisonne Encore de bon sens en dépit de mes fers Et dis ce que je veux en prose ainsi qu'en vers. Mais avec tout cela je n'en suis pas plus sage. Lors que je vous dédie un ennuyeux ouvrage Et pouvant dans la cour me choisir des patrons Tels que sont les Fléchiers ou bien les Mascarons, Je préfère à ces noms si connus dans la France L'ne simple bergère en qui j'ai confiance, Et qui jugera mieux que tous ces fanfarons Du mérite du livre où son nom est en tête. \'ous me verrez demain dans mon habit de fêle . Enfler ma cornemuse à Ventour du hameau. Iris, où vous menez paître votre troupeau. Mais pour cela je voudrais être libre Pour vtnis servir ainsi que je faisois IJuand vous m'aimiez et que je vous plaisois Autant et plus que le pasteur du Tibre, Que quelquefois vous trouviez fort plaisant Quand Saint-liéal^, ce faune bien disant, Vous expliquait les vers de VArioste, Et moi Pétrone, assez semblable à lui, Qui des garçons bien plus souvent s'accoste Que du beau sexe, hélas! qui n'est plus aujourd'hui Si l'on l'en croit, dans la Cour à la mode, Excepté vous et l'aimable Chloris

i. L'abbé de Saint Real.

Qui toutes deux savez mieux faire une ode

Que tous Messieurs les beaux esprits Qui sont fort peu prisés maintenant à Paris; Et comme l'on m'a dit que j'en élois du nombre,

Moi qui seul ai fait plus d'écrits Pour me désennuyer dans cette prison sombre Queux tous mis bout à bout fussent-ils quatre cents Et que le nom d'auteur est un nom offensant; Je vous prie humblement, charitable bergère, D'effacer de leur liste un nom qui vous est cher Car encor que Je sçache un clavecin toucher

D'une main sçavante et légère, Je ne veux point pourtant être au rang des Conrarts, ' Des Malherbes et des Ménards,

Des Gombaulds et des Gombervilles.

Des JSegrais et des Mallevilles, Mais seulement, Iris, au rang de vos bergers

Qui plus que tous ces grands poètes

Sont dans vos parcs et vos vergers Couronnés en tout temps de bouquets d'orangers. Et font mieux résonner leurs champêtres musettes Que ces maîtres de l'art bouffis de leur sçavoir

Xe font bourdonner leurs trompettes

Quand ils ont l'honneur de vous voir.

Loménie a-t-il fait passer à madame Deshoulières une copie de la « Dédicace » et de ï « Epilogue » et, dans l'affirmative, comment y a-t-elle répondu ? On ne sait.

Par une délibération du 14 septembre 1684, l' Académie des Hicovrati de Padoue l'admet au nombre de ses membres el Charles, le fils du mordant Guy Patin, est chargé de l'en aviser.

En juin 1 68o elle décide sa fille — ondoyée en 1656 — à recevoir solennellement le baptéme^ et cela pour permettre à son frère Jean-Alexandre, âgé de dix-neuf ans d'être, à son tour, baptisé-. La cérémonie a dû se passer dans une stricte inti-

1. ■< Du 23 juin 1685. Antoinette Thérèse, a reçu les cérémonies du baptême, fille de M" Guillaume de la Fon de Boisguérin, Ch" seig:neur des Ouillères et de dame Antoinette (le la Garde, son épouse; née le dernier de mai de l'an mil six cent cinquante six à Rocroy, en Thierasche, el baptisée le lendemain par le curé dudit lieu; le parrain Pierre du Ruisseau, gagne denier, la marraine Françoise Œuillet. tous deux pauvres mendiants, demeurans tous rue Saint- Honoré en cette paroisse, lesquels ont déclaré ne savoir signer. » (Registre des baptêmes de la paroisse Saint-Roch pour l'année 1683, cité par labbé A. Fabre).

2. « Du 23 juin IS'iD, Jean Alexandre a été baptisé, fils de messire de La Fon de Boiguérin, chevalier, seigneur des Oulières et de dame Antoinette de la Garde, son épouse, né le vingt cinq novembre de l'année mil six cent soixante six; demeurant rue

5d MADA5IE DESHOULIÈRES

mité. Le parrain et la marraine de mademoiselle Deshoulières furent deux pauvres mendiants el ceux de Jean- Alexandre, son oncle maternel et sa sœur.

Ces deux actes constituent le désaveu de son incrédulité de jadis, un gage en quelque sorte intérieur et familial de son nouvel état d'esprit; elle offre un autre témoignage de son attachement à la religion catholique et celui-là public, en félicitant Louis XIV de la révocation de TEdit de Nantes :

L'Erreur féconde en attentats Qui traÎMoit la discorde et l'org-ueil à sa suite, Ne répand plus enfin dans tes vastes Etals Le poison dont l'arma llMifer qui la produite; Ta piété, grand Roi, pour jamais la détruite.

Quelle Hydre viens-tu d'étoulTer?

l'in vain les grands Ayeux osèrent la combattre;

Ces Héros ne purent abattre Le Monstre dont sans peine on te voit triompher. Par combien de forfaits, de batailles, de sièges,

Son orgueil s'est-il signalé?

Que d'Autels ont senti ses fureurs sacrilèges! Le Trône oii l'on te voit en fut même ébranlé. Tu le sçais, et tes soins toujours prom|)ts, toujours sages, Préservent nos neveux d'un désastre pareil; Tu finis les discords que formoienl ses orages.

Ainsi voyons-nous le Soleil, pour faire de beaux jours, dissiper les nuages. Le plus rude sentier sous tes pas s'applanil. Prince heureux, les Destins sonl pour Toi sans caprices. • Contre une Hydre indomptée un seul ordre sullit, A la voix sont lombes les nombreux édifices

Où se nourrissoient ses fureurs ; ,\ ta voix elle rentre en ce goulfre d'horreurs

Destiné pour punir les vices.

A de si grands succès tout le Ciel applaudit; De longs gémissemens l'Abîme retentit; Que d'âmes Ion secours dérobe à ses supplices? .\h! pour sauver ton peuple, et pour venger la Foi, (^e que tu viens de faire est au-dessus de Thomme.

De quelques grands noms qu'on te nomme. On l'abaisse; il n'est plus d'assez grands noms pour Toi,

Royale, en cette paroisse. Le parrain, messire .Teaii du Lis^ner delà Garde, clievalier, seipncnr de Fontiiine, al)l>é de Sainl-Léfjcr, la marraine, demoiselle Anloinctte- Tliérése de Moi.-»{,'uériii, fille du dil sei^Mieur des Oulières, demeurant tous susdites rue et paroisse. « (Cité par l'abbé A. Fabre).

Mais dans les bras de ta victoire Plains-toi de ton bonheur, crains l'excès de ta gloii'e, Vois le sort qu'à ton peuple elle va préparer.

Ta main puissante et secourable Tire ce peuple aimé d'une erreur déplorable, Et par une autre erreur tu le vas égarer.

Instruit par cent et cent exemples Qu'à de moindres Mortels on a bâti des Temples, Contre ta modestie on ose murmurer.

Oui, si ta piété n'y mettoit des obstacles,

Tes jours fertiles en miracles.

Nous forceroient à t'adorer*.

Madame Deshoulières traduisait, en 1685, le sentiment de la quasi-unanimité des Français ^ !..

Les fortifications de Guyenne terminées (vers 1682), Vauban avait envoyé son mari dans les villes de Flandres. Leur proximité relative permettait à ce dernier de venir assez souvent visiter sa femme. Comme les deux frères de Madame Deshoulières lui étaient fort attachés, que si son fils lui causait du souci, sa fille l'entourait d'une profonde alTection, elle eût été heureuse sans les vives souffrances d'un cancer au sein. Cette terrible maladie avait débuté quatre années auparavant.

Elle ressent une grande joie à la nouvelle que l'Académie française décerne à mademoiselle Deshoulières le prix du concours de poésie de 1687 : Sur le soin que le Roi prend de VéducHlion de sa Noblesse dans ses places et dans Saint-Cyr. Au début de l'année suivante, elle se décide à publier ses propres œuvres sous la sauvegarde du privilège du 19 juin 1678 et réserve au Nouveau Mercure calant ses productions d'actualité.

En mars 1689 l'Académie d'Arles l'appelle à remplir une de ses places vacantes et, en 1690, l'Académie française décide à l'unanimité, moins la voix de l'abbé Testu, que son Epitre à Mgr le duc de Bourgogne sur la prise de Mons sera lue dans la séance du 25 août. Racine, sur l'ordre du Roi, fut chargé de ce soin. Ne voulant pas être agréable à madame Deshou-

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