‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 34 sur 202 · LES FLEURS · texte numérisé non relu

LES FLEURS

iDVr.LE,

Que vostre éclat ejst peu durable Charmantes tleurs, iionneur de nos jardins ! Souvent un jour commence et finit vos destins,

Et le sort le plus favorable Ne vous laisse briller que deux ou trois matins. Ah! consolez-vous-en Joncquilles, Tubéreuses : \'ous vivez peu de jours, mais vous vivez heureuses ! Les médisans, ni les jaloux Ne g-esnent point l'innocente tendresse Que le Printemps fait naistre entre Zéphire et vous :

Jamais trop de délicatesse Ne mesle d'amertume à vos plus doux plaisirs. Que pour d'autres que vous il pousse des soupirs,

Que loin de vous il folâtre sans cesse : Vous ne ressentez point la mortelle tristesse Qui dévore les tendres cœurs.

Lors que pleins dune ardeur extrême On voit l'ingrat objet quon aime Manquer d'empressement, ou s'engager ailleurs.

1. Ces vers ne sont pas sijriu's dans le .Yoi/ip;ih Mercure fj.ihinl. ocl<il)rc 1677. On n'en connaît pas l'auteur.

Pour plaire, vous n'avez seulement qu'à paroistre : Plus heureuses que nous, ce n'est que le Irépas

Qui vous fait perdre vos appas.

Plus heureuses que nous, vous mourez pour renaistre, Tristes réflexions, inutiles souhaits,

Quand une fois nous cessons d'estre.

Aimables Fleurs, c'est pour jamais !

Un redoutable instant nous détruit sans réserve : On ne voit au-delà qu'un obscur avenir. A peine de nos noms un léf^er souvenir

Parmi les hommes se conserve :

Nous rentrons pour toujours dans le profond repos

D'où nous a tirez la Nature, Dans cette afl'reuse nuit qui confond les Héros

Avec le lâche et le parjure, Et dont les tiers destins, par de cruelles loix.

Ne laissent sortir qu'une fois.

Mais hélas ! pour vouloir revivre,

La vie est-elle un bien si doux?

Quand nous l'aimons tant, songeons-nous De combien de chagrins sa perle nous délivre? Elle n'est qu'un amas de craintes, de douleurs,

De travaux, de soucis, de peines *.

Si nous voulons gouster ce qu'elle a de douceurs,

De nos plaisirs on fait nos peines^.

Pour qui connoist les misères humaines.

Mourir n'est pas le plus grand des malheurs !

Cependant, agréables fleurs.

Par des liens honteux attachez à la vie

Elle fait seule tous nos soins,

Et nous ne vous portons envie Que par où nous devons vous envier le moins'.

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