‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 48 sur 202 · Nouveau Utr cure galant, novembre · texte numérisé non relu

Nouveau Utr cure galant, novembre

Qu'en si beau chemin je m'arreste, Et que pour comparer vous et vôtre Patron, Je prenne sur un autre ton, Ce que la Lég^ende me preste.

M'y voilà. Commençons par le Saint quaujourd'huy Notre Mère la sainte Eglise Ordonne que Ton solemnise, Et voyons quel rapport vous avez avec luy. Ou je m'y connois mal, ou vous n'en avez guère,

Point du tout même à parler franc L'Evangéliste et vous; plus je vous considère,

Et plus je vais du noir au blanc.

Avoir pu de Sathan éviter tous les pièges, Avoir esté dun Dieu le Disciple chéry, Jusqu'à la fin des temps voir les glaçons, les neiges.

Faire place au Printemps ileury.

Privilège, qui seul vaut tous les privilèges,

N'est pas. selon moy, ce qui fait De l'Apôtre et de vous toute la différence :

Et l'Apocalipse est un trait

Qui, fussiez-vous un Saint parfait,

Gâteroit fort la ressemblance.

0 ! qu'heureuses auroient esté

Quantité de doctes cervelles, Si Saint-Jean eût écrit avec la netteté Qui, jointe au tour charmant, aux grâces naturelles,

Rend vos tendres Chansons si belles!

Mais que fais-je! où m'emporte un enjouement outré?

Comparer un Livre sacré

A de prophanes bagatelles!

De telles libertés trouvent plus d'un censeur Qui, charitablement, en fnit un mauvais conte. Evitons un danger qui n'est jamais sans honte.

Peut-être chez le Précurseur

Trouverons-nous mieux nôtre compte.

Essayons. Ah! c'est encor pis.

^'ous n'êtes en rien parallèles :

11 preschoil au désert, et vous dans les ruelles, Une peau de chameau faisoit tous ses habits. Vous donnez volontiers dans les modes nouvelles; Il se désalléroit dans un coulant ruisseau,

Se nourrissoit de sauterelles :

Vous ne quitteriez point les ortolans pour elles : Et je me trompe fort, ou vous n'aimez que l'eau Que boivent à longs traits les neuf doctes pucelles.

Vous le voyez, j'ai beau chercher.

Tourner, approfondir, passer d'un Saint à l'autre,

loi

102 MADAME DESnOUMÊRES, POÉSIES

Nous n'avez rien du tout, soit dit sans vous fâcher,

Du Précurseur ny de l'Apostre.

J'enrag^e cependant avec mon bel esprit. Aussi pourquoy faut-il, tourné comme vous êtes,

Porter un nom qui ne fournit Rien d'agréable à dire aux plus sçavana Poètes; Et sur qui, si j'osois en croire mon dépit,

Je reviendrois aux Epithètes?

Demeurez-en d'accord, ce n'est pas sans raison

Que de vôtre nom effrayée,

Je me suis d'abord écriée :

Que dirois-je sur un tel nom?

J'ay prévu l'embarras; quand je fais quelque ouvrage

Jetâte toujours le terrain.

Ah! que maudit soit le parrain Qui vous alla donner ce beau nom en partage.

Il étoit sans doute en courroux.

Et vouloit vous faire une injure.

Fut-il jamais un nom d'un plus mauvais augure?

Croyez-moi, débaptisez- vous!

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