‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 49 sur 202 · BALADE · texte numérisé non relu

BALADE

A caution tous amans sont sujets.

Cette maxime en ma tête est écrite. Point n'ai de foi pour leurs lourmens secrets; Point auprès d'eux n'ai besoin d'eau bénite; Dans cœur humain probité plus n'habite.

Trop bien encore a-t'on les mêmes dits Qu'avant qu'Astuce au monde fût venue : Mais pour d'effets, la mode en est perdue. On naime plus comme un ainiuil jadis,

Riches atours, tables, nombreux valets, Font aujourd'hui les trois quarts du mérite. Si des amans soumis, constans, discrets. Il estencor, la troupe en est petite.

Amour d'un mois est amour décrépite.

Amans brutaux sont les plus applaudis.

Soupirs et pleurs feroient passer pour grue. Faveur est dite aussi-tôt qu'obtenue.

On naime plus comme un aimait jadis.

Jeunes beautés en vain tendent filets ; Les Jouvenceaux, cette engeance maudite Fait bande à part; près des plus doux objets D'être indolent chacun se félicite.

Nul en amour ne daig^ne être hypocrite; Ou si parfois un de ces étourdis A quelques soins s'abaisse et s'habitue; Don de merci seul il n'a pas en vue.

On naime plus comme on aimoit jadis.

Tous jeunes cœurs se trouvent ainsi faits.

Telle denrée aux folles se débitent.

Cœurs de barbons sont un peu moins coquets.

Quand il fut vieux le Diable fut hermite;

Mais rien chez eux à tendresse n'invite.

Par maints hivers désirs sont refroidis.

Par maux fréquens humeur devient bourrue;

Quand une fois on a tête chenue.

On n'aime plus comme on aimoit jadis

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