Epilre à M. de La Karc qui m'avait demandé mon portrait
3. Mélamorphnses d'Ovide en rondeaux imprimez el enrichis de figures par ordre de Sa Majesté, et dédiez à Monseigneur le Daupliin. A Paris, de l'Imprimerie roya.le. M.DC.LXXVI {1676). In-4 de 7 IV. dont le frontispice, 463 pp. cliiff. et 4 ff. pour la table et le privilège général accordé à Sébastien Mabre-Cramoisy, imprimeur et directeur de l'Imprimerie Royale (le titre de l'ouvrage n'est pas mentionné}, daté du 19 juin 1676.
deau annonçant l'avènement prochain de mademoiselle de Ludre et rappelant les persécutions dont elle avait été déjà l'objet de la part de madame de Montespan :
lo* EN Déesse.
N'est-ce pas l'ordre, après tant de chagrins De voir un peu le malheur sur ses fins Et que d' lo la misère finisse?
Hélas! faut-il toujours quelle mugisse Et paisse Vherhe aux lieux circonvoisins ?
Elle essuya tous les mauvais destins, Et de Junon tous les efforts malins, Méprit sa forme, et ne fut plus génisse, N'est-ce pa^ l'ordre'^
L'on parsema de fleurs tous ses chemins, Et dans l'Egypte, ou devers ses confins Journellement on luy fait sacrifice; Au plus puissant des Dieux rendant service Elle parvient à des honneurs divins N'est-ce pas l'ordre?
Ce rondeau était complété par trois autres rondeaux ascrostiches : deux sur le nom de madame de Ludre et un sur celui de Louis XIV. Placés dans les derniers feuillets et précédés d'une note énigmatique -, ils précisaient l'intention de Benserade et expliquaient l'intervention du roi.
Madame de Montespan n'entendait pas céder la place sans se défendre, Benserade est violemment attaqué par les amis de la maîtresse encore en titre : c'est à qui s'acharnera sur les Métamorphoses. Chaulieu a-t-il brûlé tout de suite ses vaisseaux ? On hésite à le croire. En tout cas, on doit à Prépetit de Grammont le plus spirituel des rondeaux qui virent le jour à cette occasion :
A ta fontaine où l'on puise cette eau Qui fait rimer et Racine et Boileau,
i. Madame de Montespan.
2. « Chiffre. Les lellres capitales de chaque vers du Rondeau qui suit {Ma. passion est que Ion nom chanté), composent un sens mystérieux, et qui porte ailleurs que sur Monseigneur le Dauphin : les Lecteurs tâcheront, s'il leur plaist, à le trouver, et l'Auteur est trop discret, pour user l'expliquer luy-niesme ». A la suite de ce sonnet, au milieu du feuillet ; Suile du même chiffre, et, au verso, le second sonnet acrostiche sur le nom de madame de Ludre {Moy n'ay-je pan de quoy le disputer). Le sonnet acrostiche sur le nom du Roi est précédé également d'un avis sans intérêt.
Je ne bois point ou Lien je ne Lois guère.
Dans un besoin, si fen avois affaire
J'en boirois moins que ne fait un Moineau.
Je tirerai pourtant de mon cerveau Plus aisément, s'il le faut, un Rondeau, Que je n'avale un plein verre d'eau claire A la fontaine.
De ces Rondeaux un Livre tout nouveau A bien des gens napas eu Vheur de plaire : Mais (juant à moi, fen trouve tout fort beau Papier, Dorure. Images, Caractère, IIi>rmis les Vers qu'il fallait laisser faire A La Fontaine.
Les trois rondeaux de Ghaulieu sont assez cruels, ne citons que le premier :
Pour des Rondeaux, Chant-Royal et Balade, Le temps n'est plus; avec la Vertugade On a perdu la veine de Clément :
G'étoit un Maître ; il rimoit aisément ; Point ne donnoit à ses Vers l'estrapade.
Il ne faut point de brillante tirade, De jeu de mots, ni d'équivoque fade, Mais un facile et simple arrangement Pour des Rondeaux.
Cela posé, notre ami Benserade, N'eût-il pas fait beaucoup plus sagement De s'en tenir à la pantalonade, Que de donner au Public hardiment Maint quolibet, mainte turlupinade, Pour des Rondeaux?
Benserade fui puni d'avoir joué la mauvaise carie. Le triomphe de mademoiselle de Ludre aurait certainement changé toutes les critiques en éloges !
Les Vendôme : le Duc et son frère le Grand Prieur, ne pouvaient, comme tant d'autres, se soustraire au charme qui se dégageait de Ghaulieu. Get épicurien avait tout ce qu'il fallait pour plaire à de jeunes princes qui réunissaient en eux le sang de Henri IV et celui deGabrielle d'Estrées, et combinaient, dit Sainte-Beuve, au plus haut degré leurs qualités et leurs vices.
Le désordre des affaires de la maison de Vendôme, causé par le jeu et de folles dépenses, engagea les deux frères à le choisir comme intendant. En celte qualité, il accompagna le Duc prenant possession de son gouvernement de Provence (1680). Nous en avons la preuve dans la réponse du poète ^ à l'épître adressée par le duc de Xevers à M. de Vendôme. Chaulieu prit-il au sérieux son rôle et fut-il un administrateur scrupuleux? Nous éviterons de nous prononcer. Il fut congédié en 1699 sur Tordre du roi, ému de la détresse financière de MM. de Vendôme, et non par ses maîtres qui, au contraire, luifirent une pension de 6.000 livres. Il eut pour successeur Grozat Taîné. beau-frère du comte d'Evreux, mais n'en resta pas moins le commensal et Tinlime du Grand Prieur.
Pendant le règne de Gliaulieu le Temple, c'est-à-dire l'Hôtel Boisboudran et le château d'Anet, devinrent le rendez-vous de tout ce qu'il y avait d'aimable et de distingué à la Gour et dans le monde de la finance et des lettres. La société du Temple, dont il a été le poète préféré, fut un des îlots où Tépicurisme régnait sans partage, un épicurisme nullement agressif, tourné plutôt vers les excès de table que vers les audaces de la pensée. La grivoiserie habituelle frisait exceptionnellement Tobscénité. Dans une lettre de Gliaulieu au marquis de La Fare, datée de Fontainebleau le 13 octobre 1701, il est parlé du Temple :
« Depuis que vous êtes parly, une suite de bons et de grands repas m'a bien laissé le temps de penser à vous, mais non pasceluy de vous écrire : vous crovez peut-être que parce que nous ne vous avions point, vous qui depuis la destruction du Paganisme avés pris la place de Cornus, et vous faites adorer sous le nom de La Fare, il ne nous était pas permis de faire quelques soupers : Nous en avons pourtant fait, ne vous en déplaise, de merveilleux chez monsieur de Mesme, nous en avons fait chez monsieur le duc de Nevers où nous avons rejoint les grâces de la maison de Mortemart, à l'imagination et à l'esprit de toute la maison de Maiicini : vous croyés aisément que les ennuis n'ont point volé autour de la table; le luxe et la magnificence ont brillé partout, mais vous sçavez que j'en suis si ennemy qu'il a itWxx tout l'esprit et le goût des convives pour m'empescher de sentir le dégoust de l'abondance: au milieu même de tout cela, je n'ay pu m'empêcher de m'écrier :
Ah ! cher amy Quand verray-je ma pauvreté Honorable, et voluptueuse,
1. Réponse à M. le duc de Nevers : Excuse, fjrand .Verers, /a lenteur fie ma veine.
Te donner avec liberté
Un souper où la propreté
Fait, loin d'une foule ennuieuse,
Une chair délicieuse
De beaucoup de frugalité?
Là le nombre et l'éclat de cent verres bien nets Répare par les yeux la disette des mets,
Et la mousse pétillante
D'un vin délicat et frais,
D'une fortune brillante Cache à mon souvenir les fragiles attraits.
Quelle injure à l'Abondance, Lors qu'avec volupté ton appétit glouton
Borne son intempérance
A lépaule de Mouton;
Et qu'avec des cris de joye
On voit toujours sur le tard
Venir l'omelette au lard, Qu'au secours de ta faim le Ciel propice envoyé !
Alors l'imagination
Par ce nouveau mets éguisée,
De mainte nouvelle pensée
Orne la conversation,
A des maximes de sagesse
On mêle de joyeux propos,
Et l'on jette sur quelques mots
Ce sel que produisoit la Grèce,
Qui nous fait la terreur des sots.
Mais, hélas ! le Temps fuit avec tant de vitesse, Que parmy ces discours de Morale et d'Amour, Nous attrapons bientost la naissance du jour. L'Aurore, pour nous voir, prend sa face riante ; Elle rougit, de peur de troubler nos plaisirs, Et, pour nous plaire mieux, met sa robe éclatante Faite des mains de Flore et des jeunes Zéphirs.
Pour honorer la Déesse Nons n'allons point semer des fleurs sur son chemin;
Mais chacun avec allégresse
Court pour y répandre du vin :
On voit ces jours-là le Soleil
Sortir plus brillant de l'onde ;
Et la rose aux yeux du monde
En a le teint plus vermeil ;
Le lis quitte sa face blême ;
La violette elle-même
En a perdu sa pâleur; Et cette liqueur divine Ne fait plus germer de fleur Que de couleur purpurine.
» N'est-il pas vray que cela se passe ainsy souvent au Temple? Messieurs les Poètes de la Cour, vous devriez répondre à des pauvres poètes de la ville ; voilà un cartel que je vous envoyé de la part de tous mes confrères. Adieu, monsieur le marquis, aymez-moi toujours et ne me faites pas de réponse si vous ne voulez..., »
D'ailleurs on rencontrait les Vendôme autre part qu'à l'Hôtel Boisboudran ou à Anet ; rappelons la campagne de Rrovence, 1694, et celle de Catalogne, 1695-1096. Plus tard Saint-Simon a prêté au duc de ^^endôme des goûts scatologiques. Sans nier la véracité de Saint-Simon, l'attitude de Vendôme recevant sur sa chaise percée est facilement explicable. Voici ce que dit Saint-Simon de la santé du Duc en 1699 :
« Le Roi Tavoit pressé de penser à sa santé que ses débauches
avoient mise en fort mauvais état... Il prit publiquement congé du roi, de Monseigneur, des Princesses et de tout le monde pour s'en aller se mettre entre les mains des chirurgiens qui l'avaient déjà manqué une fois... Au lieu d'Anet il fut à Clichy, chez Grozat pour être plus à portée de tous les secours de Paris. ïl fut près de trois mois entre les mains des plus habiles qui y échouèrent. Il revint à la Cour avec la moitié de son nez ordinaire, ses dents plombées... »
Vendôme était donc syphilitique. Or cette affection détermine , chez certains sujets, une diarrhée soudaine et incoercible à laquelle le malade ne peut résister. Vendôme s'y soustrayait par le moyen qu'on lui a reproché. Il y avait là simple débilité intestinale masquée, nous le reconnaissons, grâce à un certain cynisme.
On a donc bien à tort représenté ce salon — le Temple n'était autre chose qu'un salon — comme une antichambre de la librepensée. Que des propos libertins y aient été tenus, il serait ridicule de le contester ; il n'y a pas de bonne compagnie où ne fusent dans la conversation des traits de ce genre, mais entre ceux-ci et la parlotle des Ilomais, il y a un abîme. L'ironie et la raillerie sont deux armes de l'esprit français, dont il use et abuse. Chaulieu fit assaut de rimes plus que légères avec le chevalier de Bouillon, le comte d'Mamilton, le duc de Nevers, les marquis de Saint-Aignan, de Dangeau,
etc., tous grands seigneurs que la Muse avait touchés. Il a été, comme eux, un aimable épicurien chantant la volupté et la bonne chère avec une pointe de grivoiserie qui est dans les mœurs du temps. Dès 1700, il incline franchement vers le libertinage. Ses poésies nous permettent de suivre l'évolution de son esprit. A tous les voluptueux, la pensée de la mort est insupportable et empoisonne leurs plaisirs'. Ghaulieu a traité ce sujet capital en trois épîtres : la première écrite en IGOo, la seconde en 1700 et la dernière en 1708.
La première, celle de 1 695, a l'accent d'un déiste chrétien qui garde les formes extérieures du christianisme; la seconde, de 1700, n'est ni d'une orthodoxie parfaite, ni d'un incrédule;, la dernière de 1708 est d'un panthéiste : tout en reconnaissant l'existence de Dieu, il nie la Providence-.
Entre temps Ghaulieu, après le décès de Charles Perrault, eut l'espoir d'entrer à l'Académie française. Les sollicitations du duc de ^'endôme avaient réussi à lui en entrouvrir les portes lorsqu'à l'instigation de Tourreil, poussé par quelques prélats hostiles au poète, le premier président de Lamoignon fut élu. Vendôme, furieux de la volte-face de ses amis, alla trouver Lamoignon et obtint de lui la promesse de refuser l'honneur qui venait de lui être fait. Cet incident décida l'Académie à n'admettre désormais à l'élection que des personnes présentant leur candidature. Nous avons là l'origine de la visite obligatoire. Ghaulieu comptait triompher au prochain scrutin, mais Louis XH, auquel on avait parlé des opinions libertines de Ghaulieu. ordonna à son grand aumônier, Armand Gaston de Rohan, de se mettre sur les rangs. La Belle Eniinence, comme on appelait ce dernier, se trouva académicien par obéissance.
Grassement rente : près de 30.000 livres, ayant obtenu de nombreux bénéfices : l'abbaye d'Aumale, les prieurés d'Oléron, de Poitiers, de Ghenel et de Saint-Ktienne, Gliaulieu se partagea entre le Temple, résidence du Grand-Prieur, Saint-Maur au Duc, son frère, et Sceaux où la duchesse du Maine tenait sa cour, et resta jusqu'à la fiji de sa vie ce qu'il avait toujours été : empressé et galant avec les femmes, spirituel avec les hommes.
\. \'oyez les sonnets de Des lîarrcuiix. Le Liberlimxje au Al'//' siècle. Disciples et successeurs de Théophile : Des Barreaux {lo9!f-l67:i) et Suiut-I'avin [1595-1670). 2. On trouvera ces trois épitres, pj). lia, 150 et 170.
Il eut de nombreuses amitiés féminines, plus que des amitiés. Parmi les femmes qu'il a aimées, citons madame d'Aligre et mademoiselle Hocliois. Cruellement tourmenté par la goutte, atteint d'une affection des yeux qui devait aboutir à la cécité, il conserva sa belle humeur et sa gaité. A soixante-quinze ans, aveugle, il offrit à mademoiselle de Launai (madame de Staali, dit Lemontey, sa table, son carrosse, ses cheveux blancs, sa goutte et ses serments d'amour écrits par son petit laquais. L'ingénieuse soubrette qui accepta tout s'est tue sur les conditions. Malheureusement pour cette idylle, mademoiselle de Launai, impliquée dans la conspiration de Gellamare, fut enfermée à la Bastille et. quand elle en sortit, elle trouva Chaulieu mourant qui la reconnut à peine. « Et je remarquai, dit-elle, combien dans cet état, ce qui nous est inutile nous devient indifférente »
Peu de jours après, le 27 juin 1720, Chaulieu, comme tous les libertins, fit une fin chrétienne. Voltaire — il n'est pas suspect en la matière — nous en apporte le témoignage, confirmé d'ailleurs par l'acte de décès- et le testament de notre épicurien :
Peut-être, les larmes aux yeux.
Je vous apprendrai pour nouvelle
Le trépas de ce vieux Goutteux,
Qu'anima l'esprit de Chapelle.
L'éternel Abbé de Chaulieu
Paraîtra bientôt devant Dieu ;
Et si d'une Muse féconde
Les Vers aimables et polis
Sauvent une âme en iautre monde,
Il ira droit en Paradis.
L'autre jour, à son agonie.
Son Curé vint de grand matin
Lui donner en cérémonie,
Avec son huile et son latin,
\. Sainte-Heuve a trouvé que Lemontey était trop sévère; il a insisté sur les lettres de Chaulieu adressées A mademoiselle de Launai >• pleines de sentiment, de ^râce et de vive estime. »
2. « L'an mil sept cent vingt, le 28 juin, le corps de Messire Guillaume Anffrie de Chaulieu, abbé commcndataire de labbaye d'Aumale. prieur d Oleron, de Poitiers, de Chenel et de Sainl-Estienne, décédé le jour d'hier en son hostel, âgé d'environ quatre vingt-quatre ans, muni des SS. sacrements de l'église, a été transporté de cette paroisse en la paroisse de Fonlenay, sa terre, en présence des soussignés : Louis-Joseph AnlTrie de Chaulieu. chevalier de Saint-Louis et lieutenant aux gardes françoises du Roy, son neveu , Signé :) Vc. Armand Jean-Baptiste Durrcst, prieur et curé. »
In passeport pour l'autre vie.
Il vit tous ses péchés lavés lyun petit mot de pénitence, Et reçut ce que vous savez Avec beaucoup de bienfaisance.
Il fit même un très-beau sermon, Qui satisfit tout i Auditoires- Tout haut il demanda pardon D'avoir eu trop de vaine gloire.
C'étoit là, dit-il, le péché Dont il fut le plus entiché; Car on sait qu'il étoil Poêle, El que sur ce point tout Auteur, Ainsi que tout Prédicateur, N a jamais eu l'âme bien nette.
Il sera pourtant regretté Comme s'il eût été modeste.
Sa perle au Parnasse est funeste :
Presque seul il étoit resté D'un siècle plein de politesse.
On dit qu'aujourd'hui la Jeunesse A fait à la délicatesse Succéder la grossièreté, La débauche à la volupté, Et la vaine et lâche paresse A cette sage oisiveté Que l'étude occupait sans cesse*.
1. Celte or.aison funèbre si désinvolte est extraite «riine i-pilre an duc de Sully datée de Paris, du 18 août 1720; il est curieux de la rai)proclier de la lettre suivante, écrite par Voltaire <• à son maître » quatre années auparavant (iO juillet I7l6) :
« Vous avez beau vous défendre d'élre mon maître, vous le serez, quji que vous en disiez. Je sens trop le besoin que j'ai de vos cou.^cils ; et d'ailleurs les Maîtres ont toujours aimé leurs disciples, et ce ncst pas là une des moindres raisons qui m'enffajft-nt à être le votre. .le sens qu'on ne peut {?uère réussir dans les {grands ouvrafies sans un peu de conseils et beaucoup de tlocilité. Je me souviens bien des critiques que M. le Grand Prieur et vous, vous me files en un certain soupe chez M. l'abbé de Bussy. Ce soupé-là Ut beaucoup de bien à ma Tragrédie; et je crois qui! me sulïiroit pour faiie un bon ouvra^^e de boire (pialre ou cinq fois avec vous. Socrate dunnoit ses icvf>iis "" li!,ct vous les donnez à table ; cela fait que vos leçons sont sans duule plus craies que les siennes. Je vous remercie inliniment de celles que vous m'avez données sur mon Epîtrc à Son Altesse M. le Duc d'Orléans; et quoique vous me conseilliez de louer, je ne laisserai pas de vous obéir.
Malgré le penchant de mon cœur, A vos conseils je m'abandonne.
Quoi! je vais devenir Flatteur?
El c'est Chaulieu qui me l'ordonne !
■• Je ne puis vous en dire davantajçe, car cela me sourit.
u i^ suis, avec une reconnaissance infinie, Monsieur, Votre, etc. sig. Arouet ».
Avant de mourir, Chaulieu avait préparé une édition de ses Œuvres dont la Préface est curieuse. Il ne semble pas, au moment où elle a été écrite, que nous soyons sous la Régence. On en jugera par l'extrait suivant :
«.... Je n'ai pas voulu qu'ils (les honnêtes gens) pussent être choqués d'un manquement apparent de bienséance dont j'ai toujours été esclave, ou qu'ils soupçonnassent de libertinage, des choses que la chaleur dune imagination trop vive m'a dictées, et que je n'ay jamais pensées. Ce que j'ai fait ne s'appelle point des Ouvrages; il m'en a trop peu coûté pour cela; c'est un amas confus des sentimeiis de mon cœur, quand les différentes passions les ont fait naître, ou des caprices de mon imagination, quand elle s'allumoit par mon enjouement naturel, loccasion, la gaieté de la table, la galanterie, et plus que tout cela, par l'envie de plaire à des Princes, à tant d'illustresamis que j'ai eus, plus distingués par leur agré ment et par leurespi'it que par leur naissance et leur dignité, et tous en semble aussi libertins que moi. L'applaudissement de tant de gens d'esprit, et le malheureux amour-propre, dont il est impossible de se défendre, qui rehausse le prix de ce que nous possédons, me persuada alors que je pouvois tenter tout ce que l'étendue d'une imagination brillante et féconde pouvoit mettre au jour : cette pensée me flatta. Je crus posséder quelque partie de ce trésor inestimable : séduit par ces erreurs plutôt que guidé par la raison, je voulus faire quelque chose de singulier; je m'abandonnai tout entier à mon génie. Je pensai que l'imagination portée à un certain degré, pouvoit égayer ce qu'il y a de plus triste, conserver les ornemens de la Poésie parmi ce qu'il y a de plus sérieux, et jetter des fleurs sur ce qu'il y a de plus sec et de plus aride, C'est dans cette idée que j'ai composé les Trois façons de penser sur la Mort. Il faut plaire aux esprits bien faits, disoit monsieur Pascal, et je les conjure de ne pas me condamner sur les apparences, et de n'aller pas prendre pour mes Opinions, ce qui n'étoit en effet que des Essais de Poésie. J'ai fait la première façon de penser sur la Mort dans les principes du Christianisme et de toute l'étendue de la miséricorde de Dieu, seul asyle des Pécheurs comme nous ; et je l'ay faite sans être, par malheur, dévot. J'ai fait la seconde dans les principes du pur Déisme sans être Socinien ; la troisième dans les principes d'Epicure, sans être impie ni athée. C'est ainsi que j'ai chanté les .Amours et le \'in, toujours voluptueux et jamais débauché. Ferme dans les principes de ma Religion, je n'ai jamais prétendu dogmatiser le libertinage ; j'ai cherché seulement à faire voir jusqu'où l'abondance de la rime, la fécondité de l'imagination et la facilité du génie pouvoient aller.... »
L'explication de Chaulieu de ses Trois façons de penser sur la mort prouve que le diable s'était fait hermite. Les dates qu'il a mises à ces trois pièces écartent toute idée d'un simple exercice littéraire; il a simplement exprimé son état d'esprit à des époques différentes.
Par son teslainenl en date du l""" juin ITiîO passé par devant M® Brunet et son confrère, notaires à Paris, Chaulieu léf,^uait à l'église de Kontenay « une somme de quatre mille livres une i'ois payée, sur laquelle somme » néanmoins il entend être prélevés les frais funéraires* et que le surplus » appartienne à ladite fabrique à la condition de faire dire un service )) solennel pour chacun an à perpétuité en ladite église à pareil jour que » celui du décès dudit sieur testateur tant pour le repos de son ànie que » de celui de ses ancêtres ». Son domestique Pierre llebeol, dit Denis, recevait deux mille livres.
\'oici un document {(ui nous fait connaître une partie de son mobilier et de sa fortune :
L'inventaire des hiens cl effets découvers après le deceds de M. Guillaume Anffrie, abbé de Chaulieu, datte au commencement du trois juillet qbll'^ vinr/l a esté fait par Pierre Porlier, Esc^, sieur de Rubelle, bailly général du Temple de Paris, à la requeste de M. Jacques Anff'rie, Chevalier, Marquis de Chaulieu, seul habil à se dire et porter her^ dudit S. altbé de Chaulieu, son frère, duquel m«''* a esté extrait et collalionné ce qui suit :
Ensuit la vaisselle d'argent.
Item trois bassins à potage dont iwi challc et deux octogones, deux jattes longues, deux saucissières godroiuiées, douze manches de couteaux, dix-huit assiettes godroniiées, douze plats dont quatre d'entrées et huit d'entremets, deux cuUières à potage, douze cullièies et douze fourcliettes, six cullières h caffé, le tout d'argent blanc, poinçon de Paris, avec cent jettons aussi d'argent le tout pesant ensemble cent dix sept marcs sept onces prisé à raison de quatre vingt cinq livres le marc à juste valeur et sans crue comme vaisselle plalte revenant lad. quantité au prix de dix mille dix-huit livres dix sols, cv.