SUR LA PREMIÈRE ATTAQUE DE GOUTTE QUE J'EUS
Le destructeur impitoyable' Des marbres et de l'airain, Le Temps, ce tyran souverain ^ De la chose ^ la plus durable, Sappe sans bruit* le fondement De notre fragile^ machine; Et* je ne vis plus un moment Sans sentir quelque' changement Qui m'avertit^ de sa ruine.
Je touche aux derniers momens' De mes plus belles années ; Et déjà de mon printemps Toutes les fleurs sont fanées.
Je regarde, et n'envisage Pour mon arrière-saison*^, Que le malheur d'être sage Et 1 inutile avantage De connoître la Raison,
Autrefois mon ignorance Me fournissoit des plaisirs ; Les erreurs de l'Espérance Faisoient naître mes désirs A présent l'Expérience M'apprend que la jouissance De nos biens les plus parfaits Ne vaut pas l'impatience, Ni l'ardeur de nos souhaits.
La Fortune à ma jeunesse
Offrit l'éclat des grandeurs :
Gomme un autre avec souplesse
J'aurois brigué ses faveurs;
Mais, sur le peu de mérite «
De ceux qu'elle a bien traités,
J'eus honte de la poursuite
1. .\ouv. choix de pièces de poésie, 1715, 1" p. : Var : Destructeur impitoyable.