‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 65 sur 202 · SUR LA PREMIÈRE ATTAQUE DE GOUTTE QUE J'EUS · texte numérisé non relu

SUR LA PREMIÈRE ATTAQUE DE GOUTTE QUE J'EUS

Le destructeur impitoyable' Des marbres et de l'airain, Le Temps, ce tyran souverain ^ De la chose ^ la plus durable, Sappe sans bruit* le fondement De notre fragile^ machine; Et* je ne vis plus un moment Sans sentir quelque' changement Qui m'avertit^ de sa ruine.

Je touche aux derniers momens' De mes plus belles années ; Et déjà de mon printemps Toutes les fleurs sont fanées.

Je regarde, et n'envisage Pour mon arrière-saison*^, Que le malheur d'être sage Et 1 inutile avantage De connoître la Raison,

Autrefois mon ignorance Me fournissoit des plaisirs ; Les erreurs de l'Espérance Faisoient naître mes désirs A présent l'Expérience M'apprend que la jouissance De nos biens les plus parfaits Ne vaut pas l'impatience, Ni l'ardeur de nos souhaits.

La Fortune à ma jeunesse

Offrit l'éclat des grandeurs :

Gomme un autre avec souplesse

J'aurois brigué ses faveurs;

Mais, sur le peu de mérite «

De ceux qu'elle a bien traités,

J'eus honte de la poursuite

1. .\ouv. choix de pièces de poésie, 1715, 1" p. : Var : Destructeur impitoyable.

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