‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 64 sur 202 · Var. 1733 : Il vient enfin ce Juge · texte numérisé non relu

Var. 1733 : Il vient enfin ce Juge

146 CHÂULIEU

Ni tous ces vains plaisirs qui passent comme un songe, Pussent être l'objet de tes sévérités; Et si j'ai pu penser que tant de cruautés Puniroient un peu trop la douceur d'un mensonge.

Eh quoi, disois-je, hélas! au fort de mes misères, Ce Dieu dont on me peint les jugemens sévères, C'est le Dieu d'Israël, c'est le Dieu de nos pères, Qui, toujours envers eux si prodigue en bienfaits, A pour les secourir oublié leurs forfaits ; C'est ce Dieu qui pour eux renversa la Nature,

Et qui pour leurs soulagemens,

Força même les élémens

A rompre cet ordre qui dure

Depuis la naissance des Temps; Et c'est ce même Dieu de qui la main puissante De ma frêle machine ajusta les ressorts,

El, dès lors qu'elle est chancelante, Rallume mon esprit, et ranime mon corps : Son souille m'a tiré du sein de la matière ; C'est lui qui chaque jour me prête sa lumière; Lui, dont, malgré mes maux, et l'état où je suis, Je compte les bienfaits par les jours que je vis : En ce Dieu de pitié j'ai mis ma confiance ; Trop sûr* de ses bontés, je vis en asseurance Qu'un Dieu, qui par son choix au jour m'a destiné', A des feux éternels ne m'a point condamne.

Voil.'i par quels secours mon âme défendue A banni les teri'eurs dont on l'a prévenue. Et, sans vouloir braver le céleste pouvoir, A fait céder la crainte aux douceurs de l'espoir.

Ami, de qui pour moi l'amitié tendre et sûre Fit que pour toi mon cœur n'eût jamais de détours, J'ai voulu te tracer la fidelle peinture Des mouvements de la Nature Au moment que j ai cru voir terminer mes jours : A ne rien déguiser cet instant nous convie : Et j'ai cru que c'étoit, Ami, te faire tort, Si, ne l'ayant jamais rien caché de ma Vie, J'avois pu te cacher mes pensers sur la Mort.

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