‹ Disciples et successeurs de Theophile de Viau (volume 5)Chapitre 68 sur 202 · du manège · texte numérisé non relu

du manège

6. Id. : Et je vois que je suis dupe de la Fortune | Comme je rélois de l'Amour.

C'est là, que jouissant de mon indépendance, Je serai mon Héros, mon Souverain, mon Roi; Et de ce que je vaux la flatteuse ignorance Ne me laissera voir rien au dessus de moi.

Tout respire à la Cour l'erreur et l'imposture : Le Sage avant sa mort doit voir la vérité. Allons chercher des lieux où la simple Nature Riche de ses biens seuls fait toute la beauté'.

Là, pour ne point des Ans ignorer les injures, Je consulte souvent le crystal d'un ruisseau; Mes rides s'y font voir : par ces vérités dures J'accoutume mes sens à l'horreur du tombeau.

Cependant quelquefois un reste de foiblesse Rappellant à mon cœur quelques tendres désirs^. En dépit des leçons que me fait la Vieillesse', Me laisse encore jouir de l'ombre des plaisirs.

Nos champs du siècle d'or conservent l'innocence : Nous ne la devons point à la rigueur des Loix; La seule bonne foi nous met en asseurance, Et le guet ne fait point le calme de nos bois.

Ni le marbre, ni l'or n'embellit nos fontaines ; De la mousse et des ileurs en font les ornemens; Mais sur ces bords heureux, loin des soins et des peines, Amarylle et Daphnis de leur sort sont contens.

Ma retraite aux neuf Sœurs est toujours consacrée; Elles m'y font encor entrevoir quelquefois Vénus dansant au frais, des Grâces entourée. Les Faunes, les Sylvains, et les Nymphes des bois*.

Mais je commence à voir* que ma veine glacée Doit enfin de la rime éviter la prison. Cette foule d'esprits dont brilloit ma pensée Fait au plus maintenant un reste de raison**.

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