ODE CONTRE L'ESPRIT
Source intarissable d'erreurs.
Poison qui corromps la droiture Des sentimens de la Nature, Et la vérité de nos cœurs; Feu follet, qui brille pour nuire ^, Charme des Mortels insensés, Esprit, je viens ici détruire Les autels que l'on t'a dressés.
Et toi, fatale Poésie,
C'est lui, sous un nom spécieux.
Qui nomma Langage des Dieux
Les accès de ta frénésie ;
Lui, dont tu pris l'autorité
D'aller consacrant le mensonge,
Et de traiter de vérité
La vaine illusion d'un songe.
Encor, si telle qu'autrefois Toujours modeste en sa parure, L'Eglogue faisoit la peinture Des Bergers, des prés et des bois'' ;
1. Le texLe de cette stance est celui de 1733 ; il a été transformé dans ]'éd. de 1750 :
Ah ! que ce fameux personnage, Qui ne connut de loix que celles du bon sens,
Des Yveteaux, en notre temps, Pensa d'une manière et plus haute et plus sage !
Jusques à la fin de ses jours, Il porta constamment panetière et houlette ;
Et, dans les bras de ses amours, Kxpira mollement au son de la musette.
C'est lui qui, par de doux accords,
Pour descendre chez les morts,
Scût se faire une route aisée ; Et. sensible aux plaisirs, à son dernier soupir, Fit d'un affreux moment un moment de plaisir,
Qui le mena dans l'Elysée.