LA VIE DE DES
nAUUEALX, iG'.i-j
vrir. évilail les foiidrcs de riiHjiiisilion '. Colle deniièrc traitait les philosoplics avec Jnenveillance tant qu'ils ne sortaient pas du domaine spéculatif. Le système de Crémonini, en écartant toute démonstration scientifique et ens'appuyanl exclusivement sur la discussion scolastique, contrilnia encoi'e à développer chez le jeune N'allée cette ha])itude de disserter sur des matières abstraites que Théophile avait déjà qualifié de bagatelles philosophiques".
Le séjour de Des Barreaux à Padoue eut le même résultat que celui de Théophile à Leyde^ ; il perdit la foi, si ce n'était déjà fait, dans cette Italie que Xaudé a appelée « un pays de four])erie et de superstition ^ » L'enseignement de Crémonini Y contribua néanmoins. Son exposé de la philosophie i)éripatéticienne se gardait de conclure explicitement, mais il était facile d'en déduire (|ue l'âme ne faisant (pi'un avec le corps (lisj)ai'aissait en même temps que lui, la conception d'un Dieu inerte ^ etc., etc.
De Padoue, Des Barreaux se rend à A enise. Avec la légèreté française, il ose lever la couverture d'une gondole. Cet acte était considéré comme un crime dans cette République. Sa cpialité de conseiller au Parlement de
(i) M. Mabillcau a (irfoiHlii (hvinoiiini du irpidclic d'iiyponisio on de duplicité; cette distinction de la vérité j)liilosopliiqne et de la veillé religiense était courante chez tons les pliilosoplies du xvi' siècle.
(2) Lettre de Tliéophile à François Luillier. voir p. i:il^.
(3) Voir Le Procès de Théophile. T. 1, p. 10. {^) Naudseana, \-n[\. p. lo'j.
(5) Nous renvoyons pour l'exposé de la piii;os(>plii(^ deCrénionini à l'ouvrai' de M. Mabillcau : Elude hislorique sur la ])ttiloS(>iihif de In lieiuUssnnce en Italie, (Gosar Crémonini). Paris. 1881.
l36 LA Ml- DE DES BAUUEVLX, iGaS-lGSl
Paiis (|iril iii\ ()(|iia ne l\Miij)èrlia j)as dVHi'c bien l)allii. Go lui (Ml ccWc r(Miconli'(>-là. ra|)j)()i'l(> Tallcinanl, (iiTou dit pour la proniièro lois eu llalic : 0 pavera Frnncin, mal co]i^i(jIiala !
La vie de Des Bari'eauv s'écoulera uiaiiiLenanl sans incidents notables ; mais sa réputation de liliertin ira sans cesse en «irandissanl. Bient(M on le désignera sous le nom de rillustre débauché. Jusqu'à sa mort, en 1678, il sera le Prince des libertins ou plutôt le premier des libertins de France.
Il étend ses relations à tous les grands buveurs et les sceptiques de l'époque : Polel, conseitler au Chatc^ct, Jacques Bordier, seigneur du Raincy, Picot, Mi ton % trésorier des gardes écossaises, grand joueur, etc. Il se lie, dans l'entourage de l'infortuné duc de Montmorency, avec quelques gentilshommes de Gaston d'Orléans, aussi libertins que leur maître : Bois-Yvon% un de ses cham-
(i) Historiettes de Tallemant, T. IV, p. 52 ; sur Raincy, id., p. 378 ; sur Picot, id., p. 52, note ; siir Miton, voir Perrens : Les libertins en France au XVII" siècle, 1899, p. ï38.
(2) Bois-Yvon, clianibollan de Mgr. (ils de France, frère unique du Roi en 1O37 (Pièces originales J9G, 1). 3o, Bibl. nationale).
(( Ce Bois-Yvon (tout comme Miton) cstoit un liomme persuadé de la mortalité de l'àme et quand on luy voulut parler de se confesser, il s'en mocqua el dit qvi'il luy restoit trente solz qu'on donneroit à des porteurs, qui, dans leur chaise, le porleroientà la voierie. Il mourut ainsy, et on n'en put obtenir autre chose. Estant malade une autre fois, je ne scay quel jeune moine luy parloit fort de Dieu : « Frère Jean, luy dit-il, ne me parle point tant de Dieu ; lu m'en dégoustes ». Des Barreaux luy amena un confesseur: «11 n'est pas de ma croyance », dit-il. Il luy dit aussi : « Faire ce que vous dittes n'est pas de la vie que j'ay faitte, et ce que vous faitles n'est pas de la vie que vous menez».
L\ VIE DE DES liAIUlEAU.V, 1 632-1 633 107
l)cllans, impie jjarini les impies, auquel à sa mort, sans succès d'ailleurs, Des l^arrcaux ameua un confesseur, Claude Cliauvigny de Blot', le mordante! ironicjue chansonnier, etc.
Il eut de nombreuses maîtresses ; les « Roquentins de la Cour' », avant d'énumérer ses succès féminins, font d'abord allusion aux tristes inœurs qu!on lui prêtait :
Du vilain plaisir de la vie
Que l'on nomme sodomie
Le conseiller Des Barreaux
Y sçait tous les plaisirs nouveaux
ils citent ensuite ses relations avec M"'" de Mesliant et de La Chapelle ^ Combien d'autres gentes dames sont passées sous silence !
En écrivant sa cynique a Réponse » à Théophile qu'il avait depuis longtemps oubliée, Des Barreaux ne se doutait pas qu'elle dût servir un jour à moliver la suppression du « Traité de l'immortalité de l'àme » du Poète de Boussères. Peut-être n'a-t-il jamais connu la curieuse édition, faite en terre papale, des « OEuvres du sieur
Bois-Yvon comme on lui parle de Dieu, dit : « Dieu est si grand Soigneur, et moy si polit compagnon que nous n'avons jamais ou do communioalion onsombic. » (Hislorietles de Tullemant, T. II, p. 228)
(i) Voir sur Blol la notice que nous avons mise on tète de ses poésies liberlinos, T. II des Disciples et successeurs de Théophile.
(2) Bibl. nationale, Ms. 12491. fonds fr., p. i34.
(3) Bibl. nationale, Ms. 12491, fonds fr. : i634, et p. i37 pour Mademoiselle de Mesliant, et : iG35, p. i4i pour Mademoiselle de La Chapelle.
i38 i.\ viK DE DiiS bAimi:AU\, iG33
Tli(''()|)liilc (le \i;ui. coi'iiniM's |);ir Mcssirt' Esprit Aiihcrt, chanoine de Triilisc P.irochiallc (sic) et coUc^ialIc (sic) (le saiiicL (iciiic/, diidicl A\iun<)n ' ». mais, si elle lui csl tonilx'c sons les Ncnx. il a ccrlcs (''prouve ([iiciqui' surpj'iso en \()\anl son propre Icxlc snl)slitu('' à celui (le l'adaplalion du « IMu'don » de son ami. I.e morceau est trop dr(Me pom' n'eu pas cilei' <piel(|n<'s lignes :
Di; L'iMMor.TAi.iri^ de l'ame
« Pour piir^^er ciilicicnioiit ccl Aiilhciir de tous les ef!brs de sa l)luine liborliiie, jay osté le Iraiclé de riminorlalité de rAiiie connue erroné et conlie noslre crovance, veiimcsines qu'un grand lioniine de Justice (Des lianeanxl) le laxe d'a\(jir ciilrejirins cet inutile Labeur, disant :
» 0 que In (Irrrols cslrc iiuiiidennid iiu'/nofdlif cl iiitihticur de Ion Sonvilc. lors (jii'il rsloil en prison ! Je l'opiielle lien, ven quil y a (/nel(/ae lenijts (jne pour le purger du ci'iine d'Epieiire, lu choisis le Irnirlé de Phdon. en la /nori de Soer<de esl deserile, ponr le Irndnire en noslre Inntjne : Mais, ronmieid Irniluire! e'esl pluslosl Iruliir le sens de Plalon dont In es plns/osl le IriulHenr (/ne le Irndnelenr, pour nscj' des termes du Poêle du lU'llny. (jw ayant pris le beau discours de Socrale à traduire, lu le fais parler coidrc son gré d'un slile Poëtifjue
(i) C'est le lilre doiiiié dans le (c-xlc do l'Approbalioii des frères Maxiiniliaii le Kevrc et riaii(;ois r.(v.ard, religieux do l'Ordre des Frères Mineurs el Docteurs en saincte Tiieoiogic en l'Liiiversilé d'Avignon, datée du 20 février i(j'S'j. Voici maintenant le litre imprimé : (Kuvrcs || dvi sieur || Théophile || de Mau, Il divisées || en trois parties. 1| Reveuës, corrigées, augmentées, et mises en II un meilleur oidre que les précédentes || impressions: comme il se verra Il es Tables de chacune l'arlie. || Dédiées a Monsieur || de Montagu. || En Avignon, || De l'iniprimeric de I. Bramereau, || Imprhueur de sa Saincteté, de la Ville || et IJnivcrsilé. || M.DC.WXill. ( .(j.iS) || Avec Permission, et Privilèges. Il In 12 de 80 p., 3o2 p. et 100 p. Nous consacrerons à cette édition diminuée, corrigée et augmenlée, qui est celle d'un Théophile de Viau à l'usage de la jeunesse et des familles, l'article qu'elle mérite. Nous ignorons si ce travail d'Ksjjril Auherl a été déjà cité; pour noire ])art, malgré nos recherches sur Théophile de \iau, nous ne l'avions jamais rencontré; il esta ajouter à la liibUo'jrajihic de cet auteur voir le Procès de Tliéojiliilc, T. II, p. 257;.
LA VIE DE DES BAUUEALX, l633 iSq
et exlravdtjdiil, iloiil ce Philosoii/ie ii'eusl peu user saiia deschoir de sa docte grucité, et sans alj(Uardir tant de Ijettes considéntlions, dont il soulaye ses (iinis déplorez de sfi prochaine mort, (liiosc e.drangc ! que pour acquérir le tiltre de disert, ta l'acquiers celai d'un infidèle Jiderprètc, et que pour Joiiyr d'un bien iniaijin(dre, ta ayesfnl le mal si évident. Joincl que si nous n (niions que cesle seule aalliorilé de Socrate pour preuve de l'immortalité de nos âmes, tu aurois eu raison d'en entreprendre la version et la paraphrase. Mens tcuil s'en faut que ce Discours serve pour faire une telle preuve, que mesmes il est fondé sur diverses resveries et idolâtries, lesquelles tu augmentes de beaucoup d'autres impies et absurdes, au grand préjudice du sens et jugement de Platon. Tu n'as donc gueres avancé si tu pensois osier du monde l'ombrage qu'ils ont de ta mescreance, pour fuir la vive poursuilte d'une telle accusation ; Tu as cherché un pauvre asyle pour afferm'ir ta foy ; Tu as recours à un Aullieur Infidèle, au lieu de te servir de belles et scandes raisons, dont la Théologie est armée pour triompher de l'impiété '.
» Voilà de la façon qu'il parle de iiostie Authcur : Mais pour le contentement du Lecteur, et pour le développer de celte opinion Payenne. j'ay mis en place cette vérité Chrestienne. touchant l'Immortalité de nostre Ame (suit la démonstration de l'iinmortalilé de l'àme par Esj)rit Aubert, près de 8 p.). >
Ce que tait le bon chanoine, c'est qu'il a inséré dans son édition la plus grande partie des vers de Théophile, épars dans son « Traité de l'Immortalité de l'àme » sous les litres suivants : Contre un médisant, contre un hixurieu.r, contre un cjJoulon, description d'un philosophe, fruicls de la philosophie, contre Vavarice, contre la volupté, débilité des sens corporels, mort des tjons, que la terre n'est rien en comparaison du Ciel, description des quatre fleuves injernau.v,
(i) Responce de Tircis à la plainte de Tkêopkile prisonnier. A l'arii. M.DC.WIll ri023J. Petit iii-S'-de i 11. pour le titre, l 'i p. el i 11". bl. Nous eu avons donné le texte intégral, p. 80.
l'jO LA Vlli DK DES BAlUlliALX, 1 633-1631
clc. ('le. 11 ollVc' ce spcclarlc hizarrc ([ifiinc (l'iivi'O coii- Iraire à la docli'inc clirélicniH» dans s(>s litiiics uriuM'alcs (lovieiil une source d'édilicalion 1 Nous dcNoiis ajoulor (|u'Es|)ril Auhcj'L |)roressail pour Tiié()])hUc un vérilablc ciilti^ : u . .. Cai" sans olïeiiser laiil crOrfées rhresticns ([iii lloiiiisseiil par la France, nul ne 1(? surpasse, soil en rinvenlion ou en la (lis[)osilion. De soj-le ([ue si TElo- (pu^nce s'esl auli'elbis assise sui' les Irvres de Periclès. la Poésie a choisi celles de Théophile pour son Temple sacré '. »
Esprit AulxM'l était Fcclio de ses contemporains; on n'a pas lail encore à Tlicopliilc la pari cpi'il mérite dans riiisloire poéti(pie dn xvn siècle.
Des Barreaux rencontra Marie de E'Orme' au cliàleau de Bave^ elle devait avoir div-neuf ou vingt ans, ses parents la destinaient à la vie religieuse. De liante mine, avec de grands }eux, le nez un peu acpiilin, le teint de
(i) Avis Aux Lecteurs.
(2) Marie de Lon de L'Orme, née à l'aris lo 3 octobre iGi3, étail lo cinquième enfant (sur douze) de Jean de Lon, sieur de L'Orme, et baron de Baye, président des Trésoriers de France en Champagne (Jal).
(^) Voici un passage relatif à un des séjours de Marion de L'Orme, au château de Baye (iG'ioj: ((Nous passâmes par Baye, maison de Madame de Lorme, où nous nous arrêtâmes un jour, en fort bonne compagnie, dont la célèbre Marion de Lorme n'était |)as ce qu'il y avoit de moins agréable. Elle étoit alors dans sa grande beauté; mais tous ses charmes ne la mirent pas à couvert de la fureur du maréchal de La Meilleraye dont elle me conta l'histoire, en nous promenant le long du canal de liaye. Si elle avoit été aussi sage que sa sœur (Madame de Maugeiouj le fut ii l'égard de ce Maréchal, à la ruine de sa famille, elle auroit laissé d'elle une plus belle réputation. «(Mémoires de l'abbé Arnauld (Antoine;, fils aîné d'Arnauld d'Andilly, 1706, in-12).
LA VIE DE J)ES lUlUlEAUX, 1 633-1 63 ^| I ^| I
roses et de lys, elle était belle et faisait tout de l)omie liTcice. Sans avoir Tesprit vif, elle eliaiilail a.mvablenicut et jouait bien du théorl)e. Des Barreaux, plus %é qu'elle de Ireize ans, était toujours le ])riJlant gentilhomme dont Théophile a célébré le charme, le spirihicl causeur, le délicieux convive; il i)ossédait les dons appréciés des fennnes. De son côté la jeune fille ne laissait guère pressenti r la courtisane, sa réserve, sa retenue en imposaient au viveur, au Don Juan qui avait fait ])alpiter taid de cœurs. Tallemant connue toujours a exagéré la note. Heureusement les i)oésic\s de rillustre débauché adressées à Marion montrent leurs amours sous un tout autre jour, elles sont le témoignage vrai d'une passion sincère et désintéressée.
Avant de laisser la i)arole à Des Barreaux, produisons une curieuse figure, celle de son confident de la première heure. Alais, sieur de Beaulieu. accueilli en même temps que lui au château de Baye mais non au même titre ; c'était probal)lement le a maître d'écriture » des filles de M. de L'Orme, car il appartenait à une famille de calligraphes. Peut-être Des Barreau v l'a-t-il emi)loyé à transcrire les premiers balbutiements de son amour à la jolie Marie : une plainte touchante, un tendre appel ont d'autant plus de chances d'être mieux goûtés qu'ils sont doublemenl bien écrits ; la grosse cursive de Vallée ne se prêtait guèi-e aux alexandrins. Alais a été le cœur ami dans lequel il épanchait le sien, le confident indispensable à tous les amoureux. Des Barreaux avait, à ses yeux, le pr(>stige que lui donnait la MuscMd le pauvre Mais ne doutait pas
i\-2 lA Mi: m; ni:s i!\iuUv\lx. i()33-iGo/j
(ju'il ircùl icru (lu Ciel le moine don. i'OiW conrorinilé de tiDÙIs il (lu renujin-ei- à sci'n ii- plusieurs (ois de messager entre le Vovic el sa helle. Va\ loul cas elle lui a suiif^éré rid(''e hizai're de liniailler à nouveau la eonipiaiide de Théophile à Des lîaiTeaux el la r(''|)onse deeelui-ei'. Il a fail mieux eneore : paralh^'IeuuMd à Vall(''e il a ehanlé leurs amom's. })arlanl lour à lour au nom de Mai'ion elau nom de Des lîarreaux. \ oiei (pielcpies slro])hes du retour de (( La l'ronienade de (larise jnce son amanl' » :
L'AiiKinf.
La iiiiicl sorlaiil de dessous l'ondi; ^ iciil peu à jicii (le son maiiteau (Couvrir les rais du ^raiid llambeau Qui ("claiioil laiilosi le iiioiidr.
Ilàloiis le |;as, clièi'c Caiis(>, Car le Soleil va se coucher :
Je crois qu'il craiul à se cacher Que tu lie sois où je l'ai prise.
Cjtr'ise.
Mon clieraniy, n'allons si viste, Car sans nienUr je n'en puis plus :
Il n'est pas tard, c'est un ahus Que le Soleil déjà nous quitte.
(i) \ tilio docuiiionl.'iirc, nous axons lopioduil les pièces en question au T. II du Procès de ThéopltUc AJais de Bcanliru cl. Tlu'ophile (iG34), p. 210 cl 2i4 cl d'auliTs po(!'sies failes au nom de Tlicopliile el de Des lîarreanx.
(2) Diverlissement j)()éii(]ue (l'Alais, sieur de Beaulien, Paris, Denys Langluis, M.DC.XXXIV (K'i.'i'i], pel.in 8. L'épîlic d(>dicaloire esl adresst'c à M. de Lorinc, père de Marion.
LA vu; Dii Di:s hauhkaix. i(j.').*)-i ();;'( i \:]
L'Ainniil.
Etbic'ii, vcux-lii venir à Tombro Nous reposer un peu Ions deux :
Je te (liray quels sont mes vœuv Quand nons serons dans ce lieu sombre.
Carisr.
Je le vcu\ bien, niais i)renons ^ai'de Que cet endi-oit oi'i nons irons" Et les ])laisirs cpie nons prendrons Rien cpie nons denx ne les regarde.
L'Aniii/il.
C'est un lieu relire du monde, Oîi rien ne va qne les oiseaux, Où l'on n'eidendque les ruisseaux Qui vont roulant leur petite onde.
Tiens le voicy, se peul-il faire Qu'on puisse voir un lieu plus Ijcau .^ \oY ce sentier le long- de l'eau, Peut-on rien V(jir |)bis solitaire.^
0 que mon ame est à son aise Dans l'union de nos deux cœurs !
Te y les yc^ix de ces pasteurs Ne peu\ent Aoir si je te baise.
Approclie donc, Garise, approche ; Quoy ? tu te ris, ne veux-tu pas ?
Si tu ne viens entre mes bras, Tu as un cœur plus dur que roche.
Carise.
Ouy, mon Dartis, il est basse heure, Ne tardons plus longtemps icy :
Je croy que tu n'as plus soucy De me remettre à ma demeure.
LA ME DE DES BAUUl'ALX, l()o3-l63/i
VAX hii'ii. luaiiN ;iis, ([ui' \('u\ lu faire, No sçais-lu j)oiiil donc daulre jeu ?
Corlcs qiiclquun l'aura bien veu, Quoi ? faut-il donc ainsi k plaire P
Vrayment tu as fort bonne grâce, Tantost tu me hastcs bien fort :
Et maintenant tu fais le mort En me pressant dessus la face.
Mon clier Darlis, la nuict s'a|)proclje. Allons-nous en, une autre fois Nous serons plus dedans ce bois ; Et puis je crains quelque reproche.
LWjiKtnl.
Sus. c'est bien dicl, ma clieic amie, Lève-toy donc, basions le ])as ;...
Yoy le berger et la bergère Qui ramènent tous leurs trou])eaux :
Entends un peu leurs cbants nouveaux Qu'ils ont aj^pris souz la fougère.
Ouy des ovscaux le doux ramage, Il annonce la fin du jour :
Voy que pour mieux faire l'amour Ils se rengenl souz ce feuillage.
Imitons-les. chère Carisc Du moiïis enlrechérissons-nous :
Se peut-il rien qui soit plus doux Que le ])laisir dont je t'avise!'
Entends là bas dans ce bocage Ce jdaisant rossignol chanter :
Vous diriez qii'il vient d'inventer Pour nostre plaisir ce ramage.
LA VIE DE DES TîARHEAtiX. rG34 l/ji"
Dieu 1 que je sens mon âme atteinte Du doux accent de ses fredons :
Ouy qu'il change souvent de tons Pour faire aggroer mieux sa plainte.
Diroit on pas que dans sa gorge Il y auroit quelque pipeau Dont il gazouille en un ruisseau, Et que d'eau tout son corps, regorge
Mais quittons ce charmeur d'oreille, Il nous feroit icy coucher :
Car je ne pourrois étancher Ma soif de si douce merveille.
Et bien, Carise, es-tu point lasse?
Soulage-toy dessus mon bras :
Va le plus fort que tu pourras Car sans mentir le jour se passe.
Desjà le Ciel prend son noir voile Le bruict s'enfuit, et la nuict vient...
Sus prend courage, ma Carise, Nous voicy à la fin rendus :
Nous ne nous sommes pas perdus, Carte voicy où je t'ay prise.
Il ne s'est pas borné à ce petit tableau champêtre, on lui doit encore une élégie : Les amours de Dariis et de Carise et un Reproche de Dariis à son amante. Si les vers sont exécrables, ils ont l'avantage de montrer notre cynique épicurien sous un aspect imprévu.
Un poète doublé d'un calligraphe a toutes les audaces : Alais en i63''i, c'esl-à-dire au lendemain des épancliements de Des Barreaux, insère toutes les pièces en ques-
lion dans son u Divciiisscnicnl j)()(''li([ne (Paris. Denys Lanyiois) » en dédiant son ouvrai^c an porc même de Marion : « A M. De Lornic. >> Il csl à jx'iiser qn'Alais, en dépit de l'épitre dédiealoii(\ a\ail partai»é le sort de Des BaiTi'anx à (pii la l'aniilU^ de Marion avait imposé uiw séparalion (pTclle \(ndait rendre défmilive, mais qni n'a élé (jne momcnlanée.
Les loisirs (|ne laisse à Des I^arreauv Téloi^nement de Marion Ini pcM'mellenl d'assister, en décembre iGS/i ou janvier 11)35, à nn(> re])résentation an théâtre dn Marais (récemment inslallé d;ms une salle de la rue Vieille du Temple entre les rues de la IVrle et (l(\s Cultures Saint- Gervais", sous la direction du célé[)i'e Mondori) d'ujie tragédie en cin(| actes « La Soplionishe'. » 11 iTen ])cut ci'oire ses oreilles. Les vers (ju'il entend il les coimaît depuis longtemps, Tliéopliile les lui a récités. La niise en vente de l'édition originale de cette pièce de Mairet chez le liliraire
(i) Henri Chardon : La rie de Holroti inleti.r eoninie, 188/1, p. 89. — Eng. lUgal, Le Théâtre français avant la période cla.'^sique, lyoi, p. 70.
(2) La \\Suphonisbe\\ tragédie \\ de Mairet\\dédiée,\\ à monseiijnenr \\ le garde des seaux (s\c)\\ A Paris, \\ cliez Pierre Pocolet, an l^alais en la\\y(dterie des Prisonniers, aux armes de la Ville. \\ ]LD(:. XXXV. \\ Avee privilège du I{oy.\\ In-.V' (le /i IT. pirl. cl 1 1 '1 p. l/nrliovi'' d'inipriiiior est du mardi 22 mai iG35. La Sophonisbe 11c fij^Muc p;is dans le Mémoire Malielol qui donne la liste des pièces représentées à ccllr épM(|ne à rilùlolde lioiirgogne, elle a donc élé représcnlée au tliéàlie du Marais. Quant aux assertions de Moidiy dans son «journal» manuscrit du Tliéàlre français (Bibl. nat., fonds fr. ()'vi() a ()2.'5ô) nous les considérons comme inexistantes, ce joniriai est remi)li d'erreurs et de mensonges, de Mouliy copie ou invenle, voir Alexandre Hardy et le 'ihèdlre français de M. Kug. Higal, 1889, in-8, p. 688.
La vie de des 15VIUŒAUX, iG35 1^7
Pierre Rocolet dans les [)reiniers jom-s de mai, dissipe toiUe incertilude. L'aneien ami de Tliéophiie, celui qu'il avait rencontré cliez le dinde Montmorency à Chantilly et chez le comte de J^élhuiie à Selles en Herry. auquel M. de Montmorency avait remis les papiers du malheureux: banni ai)rôs sa mort, s'était approprié le bien d'autrui. Des Barreaux est indigné, son indignation fait long feu, Chorier (jui a dû en recevoir l'expression en iG'ii pendant le séjour de Vallée à Vienne, nous en a apporté le témoignage ' :
(' Il (Des Barreaux) racontait cl répétail de Thcopliile nombre d'anecdolcs qui méritent d'être retenues ; car dès son adolescence il avait vécu avec lui familièrement en ami très intime. La fermeté de son ame et l'élévation de son esprit le rendaient, airirmait-il, supéiieur à tous ses contempoi-ains.
» La tragédie de Sophonisbe circulait partout sous le nom de Mairet excitant l'admiration de tous les gens qui pensaient bien. L'entretien tomba un jour sur cette tragédie. Des Barreaux accusa Mairet de plagiat et en loua fort l'auteur Théophile. Il racontait qu'il avait entendu lire par Théophile lui même nombre de vers de celte tragédie. Il s'emportait A-ivement et en termes injurieux contre Maiiet qui a\ait dérobé à Théophile la gloire qni devait naturellement lui revenir d'un si excellent i)oème. Car à Paris et dans les plus grandes villes de la Gaule, oi^i elle avait été jouée, elle avait obtenu un succès éclatant. Si unanime avait été l'approba-
(i) Chorier. Vie de Pierre de Baissai (en latin), /6W^. Ce téinoi'jftiago de Chorier est confirmé de la manière la plus catégorique par Ménage dans son Anli- Baillet ou critique du livre de M. Bailtet inlilnté Jugements des sarants : « .l'ai ouï dire à une personne qui avoit connu Théophile très |)arliculièrement qu'il éloit l'auteur de la Sop/to7iJ67>e de Mairet, et que Mairet la lui avait volée ; et qu'il en avait ouï réciter des vers à Théophile, comme étant ses vers... ». Quelle était cette personne dont parle Ménage ? nous répondons Des Barreaux de qui Ménage avait noté ce détail que « Théophile mourut à Paris dans ril«')lel « de Montmorency (je l'ai ouï dire à Des Barreaux (jui le vil mourir)... » Il n'y a donc pas seulement, sur le i^lagial de Mairet, l'allégation de Chorier, mais celle de Ménage que M. lîizos a ignorée.
l48 LA VIE DE DES BARREAUX, 1 635
tion et du peuple cl des Grands, si nombieux les applaudisseinenls qui l'avaient accueillie, que nulle autre à notre époque n'en avait autant obtenu. C'est Des Barreaux qui nous a alFirmé lui-même rauthcnticité de ce plagiat'. »
Ce témoignage n'est pas à dédaigner, Des Barreaux, non plus (pie Chorier, n'avait de griefs contre Mairet et on aurait grand tort de ne pas tenir compte de sa protestation d'autant que le besançonnais lui-même semble avoir essayé d'y répondre indireclenieid.
Pourquoi, en elï'el, s'avise-t-il, en iG3(), au lendemain de la représentation de la « Sophonisl)e », de pul)lier les détails suivants sur réj)ocpie de la coin position de ses pièces dans VEpislre dédicaloire coiuiffnc etjatiiilicre placée en tête de sa comédie « Les Galanteries du duc d'Ossone, vice-roy de Naples » ?
(( Ce fut, écrit-il à .Vnthoine Brun -, rauclacicuv désir de porter mes pas sur les vostres qui me persuada de changer comme je fis à rage de seize ans l'air de Besançon à celui de Paris où, presque en arrivant, je rencontray par une heureuse témérité la protection et bien-veillance du plus Grand, du plus Magnifique et du plus Heureux de tous les hommes de sa condition que la France ait jamais porté... J'ay commeucc de si bonne heure à faire parler de
(n M. i)i/.o.s dans .sa tlù-sc sur Jean de Muirel. (Paris, 1N77) n'a lenvi aucun compte (le la prolcslalion de Des Barreaux, il a eu torl de ne pas chercher à en démontrer le peu de fondement. S'il avait approfondi celle cpicstion, il se serait montré beaucoup moins catégorique, voir la note i delà p. i '17 et note 2, p. lôo.
Corneille a reproché également à Mairet d'avoir vole à Théopliile le dialogue de Philèiie et Sylrie inséré dans sa Sylvie, tragi-comédie pastorale, 1G2S, et ([ui avait paru séparément sans nom d'auteur l'année précédente. Corneille était incapable d'inventer une accusation aussi grave s'il n'avait eu la certitude du larcin.
(2) Sur Antiioine 15run, poète et diplomate, voir noire BLhli.ofjraphie des recueils collectifs de poésies pubUés de 1097 à 1700. T. I. On y trouvera les premiers vers de ce diplomate qui ont été ignorés de ses biographes.
LA. VIE DE DES BAUIŒ.VLX, l(î'd7) I^Q
moy qu'à ma vingt sixiesme année je me trouve aujourd'huy le plus ancien de tous nos poètes dramatiques. Je composay ma Chriséïde à seize ans, au sortir de Philosophie, et c'est de celle-là et de Silvie qui la suivit un an après que je dirois volontiers à tout le monde : Delicla inventaris nix ne reminiscare. Je fis la Silcanire à 2i . Le Due d'Ossone à 23, Virginie à 2h, Sophonisbe à 25 : Marc-Anthoine et Soliman à 26. De sorte qu'il est très vray que si mes premiers ouvrages ne furent guère hoiis, au moins ne peut-on nier qu'ils n'ayent esté l'heureuse semence de beaucoup d'autres meilleurs, produits par les fécondes plumes de Messieurs de Rotrou, de Scudcry, Corneille et du Rycr que je nomme icy suivant l'ordre du temps qu'ils oiU commencé d'escrire après moi. »
Ces détails, personne ne les demandait à Mairet et il avait un but en les donnant, et surtout en les donnant à ce nionient-là d'une façon inexacte. Ce n'est pas à seize ans que Mairet avait composé la Chriséïde mais à vingt et un ans en 1626, et la Sylvie ne datait pas de 162 1 , mais bien de 1626 % de son séjour à Selles en Berry, chez le comte de Béthune, en compagnie de Théophile de Viau. En plaçant la Sophonishe en 1629, après la mort de Théophile, entendait-il défendre cette dernière pièce contre l'imputation de Des Barreaux qui était venue à ses oreilles ? C'est possible. Quoiqu'il en soit, la déclaration de Mairet est étrange, elle révèle une préoccupation secrète, elle est l'indice d'une conscience troublée. M. Gaston Bizos s'est porté garant de sa correction,
(i) Sur cotte (iiiestion de la tlale île cdiiijjo.sition de la Sylvie, coiisidter la remarquable introduction de M. .Iules Marsan |)lacéc on lèl(^ de lédilion critique qu'il a donnée de cette pièce dans la (j>Ueclion de la S>iii'lé des Tealcs français modernes. Paris. 1906.
M. Marsan a fixé les dates des pièces de Mairel avec une précision (jui ne laisse place aujourd'hui à aucune incertitude.
l5o LA vu: DE DES BAUUE.VLX, l035
nous craignons foi'l (jii'il no so soit lroni})é '. N'oublions pas (TajoiiUM' (|U0 Maire! axouo lui-inènuMlans la Préface (les u Nom elles (eii\res du l'eu sieui' Théophile, id'ji » avoir pei'dii une |)aiiie des |)oésies de son ami qu'il tenait de M. de Moidnioi'iMicN '.
(i) (l.'isldri Hi/.os : lllude sur la tHC et les <euvres de Je<m de Mairet. l'.iris, 1877. iii-8" <i Le Meiuuiinna nous îippiond que (lliorior, dans riiisloire (lu'il a composée (le la vie dî' l*ieire de lioissal, dil cpie d'après le rappoii de Des lîarreanx, Tliéopliile serait le véiilable autenr de Sophonisbe. il fa\it se liàter d'ajonler tpie le Mennijiniui n'alliiliue avec raison aucune importance à une si odieuse iinpiilalioii. lui elTel, ([u'elie \ienne du voluptueux et peu sûr Des Barreaux, ou du beaucouj) moins estimable encore C^liorier, que sa mauvaise conduite réduisit à une extrême misère, et dont les livres, au style incorrect, manquent complètement d'ordre critique et de bonne foi, une telle accusation portée conlie un noble esprit et une âme généreuse ne mérite que le dédain ». M. Bizos oublie (jne dans VAnli-BalUel, Ménage a conlirmé les dires de (Miorier.
(•i) Extrait de l'Avis au Lerleur des ?\(>nvelles (vnvro^ de J'en Théophile, iG'ii : <( Il y a déjà Tort longtenqis que le dernier liéros de cette illuslnî maison (de Montmorency) me lit dépositaire de deux livres, couvcrtsde velin blancavec des rubans rose seiclie, cont(Miant plusieurs pièces rares de mon autlieur, escrites de sa propre main, entre lescpielles il me souvient (pie j'avois clioisi son épistre d'Acléon comme une pièce qui tient beaucoup du caractère de la vraye poésie, à dessein de l'insérer aux (i;uvres lyriques qui sont en suitte de ma Sylvie, selon (jue peuvent tesnioigner ceux mesmes qui l'ont distribuée ; mais quelques considérations m'en enq)esclièrent. Je marque cette circonstance pour faire voir que le trésor (^ue je te donne est véritablement de Théophile, et queje tel'aurois descouvert plustost si je ne l'avois perdu moy-mesme, il y a longtemps, entre les mains d'un gentil-homme de mérite et de condition nommé Soudeilles, à qui je l'avois preste. A la fin la fortune m'ayant fait esgarcr ces manuscrits originaux, j'en ay pour le moins trouve quelques copies, mais, à la vérité, moins correctes et moins entières cpie je ne l'eusse souhaité, tant pour ta satisfaction et la mienne que pour la gloire de mou autheur, y trouvant à dire ([uanlité de i)ièces en prose et en vers que j'avois leues dans les deux livres que feu Monseigneur de Montmorency m'avait fait l'honneur de me donner, entre autres un Traité de l'amitié de (Jieeron... »
Les explications ci-dessus maruiuent de netteté. En cherchant quelques renseignements sur ce Soudeilles, nous avons trouvé à la Hibl. nat. un reçu daté du 20 mars iGaô d'un Soudeilles, seigneur du dit lieu (paroisse de Darnes, ressort de Tulle;, portant sur une somme de 800 livres pour le voyage qu'il avait fait de Montpellier à Paris sur l'ordre de M. ûv Montmorency comme porteur de dépèches adressées à Sa Majesté (P. ()., 2719. dossier 6().")8i, Soudeilles;. Ce Soudeilles doit être Anne de Soudeilles, seigneur du dit lieu, de Lesteric, de Fessac, etc., marié par contrat du ao avril 1G27 avec Antoinette de l'arges et qui fut tué à la bataille de Saint-Yricr. 11 était fds de
LA VIR DE DES BAIUIEAUX, l635
M. de L'Orine et sa leimne entouraient Marie d'une atîeclion jalouse, ses sœurs n'avaient pas vu non plus sansdéi)iirimpression (ju'elle produisait sui- le séduisant Vallée. Les deux aînées Isabelle (depuis Madame de Mauj^erou) et Marguerite (depuis Madame de La Montagne) d'accord avec un de leurs frères, Henri ou Etienne, se chargeaient iour à tour de la tàclie d'épier les amoureux. A peine pouvaient-ils se voir, encore moins se parler. Sur le rapport de ses filles, M. de L'Orme avait mis un terme aux promenades sentimentales de Carise. Le malheureux Des Barreaux après onze mois de sé})aration, dans une élégie ' pleine de délicatesse et de grâce, engage (( son Ange » à n'aimer rien que lui et à rendre inutile par son adroite flatterie et son aimable douceur la surveillance des siens. »
Un amant aJJJigé dans un triste séjour, Elo'ujîié des beaux yeux qui luy donnent te jour,
Gabriel, ôcuycr. seiyiipur de Soudeilles, marié au cliàfeau de Vouliet en Poilou le 30 janvier 1587 avec Madeleine d'Xubusson, fiUede François d'Aubusson, seigneur de Vouliet, de La Feuillade, etc., et de Louise Tôt de Rhodes. Cette dernière, veuve en i6oô. lesta en faveur de son fils le 7 mai iGao.
On i)eul se demander pouniuoi Mairet ne parle pas de la mort de Soudeilles, ce qui eut été une explication de son silence ; il était sûr, en tout cas, de n'être contredit ni par Soudeilles. ni par M. de iMontmorency !
En résumé, toutes les apparences se réunissent pour mettre Maire! en mauvaise posture devant l'accusation formulée par Des Harreanx, conlirmée deux fois, par Ménage et par (>horier.
(i) Le début de cette élégie se rencontre avec celui d'une élégie de riiéoi)hile (OEuvres, II' p., i6a3, p. 157).
Proche delà saison où les plus vives lleurs Laissent esvanouir leur Ame et leurs couleurs.
LA VIE DE DES BARUE.VUX, l635
Et de ce Jeu sacré qui J'ail vicrc sajlàme. Ayant la mort au sein et le poiijnard dans l'àme, D'un vif ressentiment qu'arrachent les douleurs, Soupiroit, languissant sa vie et ses malheurs, Au milieu de Paris, où son inquiétude Ne trouve de douceur que dans la solitude, Après avoir jette mille pressants soupirs, Entretenoit ainsi C objet de ses désirs.
Mon Ange ', mon soucy, s' il est vray que mon âme Sçcdt soupirer pour toy d'une si sainte Jlâme, Que dans le doux poison que m'ont donné tes yeux Je ne sens rien qui soit l)rutal ou vit'ieux; Mais un désir réglé, qui sans extravagance Porte tous mes desseins à ton obéissance. S'il est vray que mon cœur épris de ta t)eauté, Soupire avec respect après sa liberté, Pourquoy faut il, ô Dieux ! qu'une injuste défense De tes cruels parens, malgré ton innocence.
In amant désolé, melancholique, sombre, Jaloux de son chemin, de ses pas, de son ombre Baisoit aux bords de Loire, en flattant son ennuy, L'imape de Callste errante avecques luy. Rcsvant auprès du fleuve, il disoil à son onde, Si tu vas dans la mer qui va par tout le monde, Fay-la ressouvenir d'apprendre à l'Univers Qu'il n'a rien de si beau que Tobject de mes vers...
(i) C'est probablement à Des Barreaux que Tépigramme suivante du Rec. de Sercy, I" p., i'" éd., iG'û^ (page loi), fait allusion :
Epigramme d'un poète qui appelloit sa Maistresse un Ange :
Nostre Poète s'est vanté
Qu'une incomparable Beauté
V forgé le nœud qui le serre.
Qu'on le va rendre égal aux Dieux, Et pour ne plaire qu'à ses yeux, Qu'un .Vnge est descendu sur terre.
Mon étonnement en est grand, Le sexe est-il donc différend Aux créatures immortelles ?
J'ay longtemps erré dans ce cas.
LA VIE DE DES BAUUEALX. l635 153
Malgré la pureté de tes feux et des miens.
Aille rompre le nœud de ces sacrez liens ^ ?
Onze mois sont passez qu'un astre peu propice,
Laisse courir sur nous toute leur injustice ;
Ils nous ont défendu la voix cl le pcwler.
Et pour n 'avoir rien plus dequoy nous consoler,
Psostre condition tous les Jours devient pire.
Jusques sur les regards estendant leur empire,
Ils veulent empêcher, cruels, injurieux !
Ce commerce sacré de deux cœurs par les yeux.
Qui faisant d'un regard un messager fidelle,
Sçavent s'entr'assurer d'une ardeur mutuelle;
Mais si tu as d'amour tous les vrays sentimens,
Qu'imprime ce grcmd Dieu dans le cœur des amans ;
Si tu sçcds avec choix faire une confidente.
De qui l'humeur discrète et l'âme assez sçavante,
Te puisse adroitement soulager dans les soins,
Où le secret ne peut admettre de témoins.
Qui lorsque tu voudras me parler ou m' écrire,
Puisse empêcher des yeux surveillans de nous nuire.
Qui soit toujours au guet, et dont l'œil éclairant
Aille les actions des autres découvraid.
Si tu sçais de ta part entretenir ta mère -,
Luy rassurer l'esprit, luy passer pour chimère,
Que ma foy je ne croyois pas Que l'on vit des Anges femelles.
Il doit en être de même de la chanson de Sarasin : Nommer un Ange \\ Vostre Philis...
(i) Les amours de Pyrœmon (Des Barreaux) et de la belle Vênérille (Marion) par Marcassus :
Hélas ! combien de fois cette amante suivie
De celle (sa mère) dont le soin s'oppose à son envie.
En allant visiter les saints Temples des Dieux.
Et voyant par hazard cet amant glorieux,
A-t-elle ressenty la violente atteinte,
Et d'une courte joye, et d'une longue crainte ?...
(3) Marie, fille de messire Annct Chastclain. épousa vers iGai ou lOo', Jean de Lon, sieur de Lormc (Jal).
i54 i.v mi: di: i)i:s uauuealx. i6.'î5
Tant (le raporls confus, lanl de (ILscoiirs incnlears,
Doiil tu es tous les jours en huile aux iinpusleurs.
Si lu srais comme il f nul gu'jncr le a cur d'un frère ^,
Pour n'avoir point ses yeu.r cl su buKjuc coidrairc :
Si pour bien mcnaf/er l'cspril de les dcu.r s(curs -,
Tu sçais faire valoir les ainiahlcs douceurs.
Si tu sçais par discours, par présents, jhw caresse,
Jusques sur tes valets employer ton adresse :
Si pour voir réussir nos assitjnalions,
Tu sr(ds adroitement JJfdter les espions :
Bref si tu sçais aimer, celle Jhunmc subtile
Rendra de tous les tiens la recherche inutile :
Leurs yeux seront trompez et leurs pas diligens.
Pour marcher sur les tiens se trouveront trop lens.
Mais las ! pendant rpi'épris d'une fureur divine.
Je verse dans ton seui l'amoureuse doctrine,
Mon Afuje, ne crois pas que d'un conseil trompeur
Je tâche à te voler le respect et la peur.
Dont la Jeune vertu combat mon espérrnice,
Et donne lanl de peine à ma persévérance :
Ce secret enlrrlirn dont f attaque tes sens.
(^e n'est rien qu'un tableau de pcnsers i/uioce/is.
Un portrait de ma main, où tu verras sans feindre,
Les plus saines couleurs dont l'Amour se peut peindre.
Amour, ce pidssant lloy des hommes et des Dieux, Ce déni(,n qui tjouverne et la terre et les cieux. Qui dissipa l'horreur de la masse pi emière, Oui tira du chaos l'éclat de la lumière.
(i) Marion avait deux frères aînés: IIcDii, ne le 0 mars iGii, Klionnc, le 28 juillet ir)ia(Jal).
(2) Le Ciel d'autre succès eust été le lesinoing,
Si Pliiiis cl Cloris n'eussent paru de loing, Philis, n\inpli<> en aniour à Vcnorille esgale, Et sur tout de tout lenips, sa haine et sa rivale...
ff.es Amours de Pyneinon...J
Pliiiis cl Cloris : Isabelle cL Maigueritc, scrurs aitiées de Marion. Elles se tnarièrenl aux dcuv frères ou cousins : Isabelle, née le u8 octobre iGo5, depuis Madame de Maugcrou ; Marguerite, née entre août lOoCi et juin i G 10, depuis Madame de La Montagne (Jal;.
LA VIK DE DES BARKE.VUX, lG35 l55
Quijil voirie Soleil de bi ferre amoureux, Qui nous rendit son sein Jeeondenienl heureux. Qui peut non seulement sur tout ce qui respire. Mais qui ne connoist point de Ijorne à son empire. Qui hrùle dans les eaux, et qui donne à l'aimant La vertu d'attirer son insensifyle amant.
Mon Ange, c'est ce Dieu, c'est luy qui donne aux âmes Des désirs si brûlants qu'on les nomme des fiâmes : (y est Iny qui s'est rendu le maistre de ton cœur. Mon Ange, suis la loy d'un si puissant vainqueur. Suis ses impressions plustost que d'une mère. Qui pour une raison te conte une cfdmère. Et contre les ejjorts de ces feux dévorans. Allègue le respect que l'on doit aux parents. Il est vrcd qu'engageant ton cœur dedans ses chaînes. Tu te fais un tissu de soucis et de peines : Que tu as cent Argus dont l'esprit et les yeux, Rendant à C éclairer des soins malicieux. Sont éternellement occupez à détruire Le bienheureux repos oà nostre amour aspire. Que le Ciel nous envie et regarde irrité. L'union de mon cœur, avecque ta beauté : Mais qui plus Justement doit picquer un courage. Que le dessein qu'on a de luy fcdre un outrage. C'est par leur vain effort, par la difficulté. Que Je veux irriter ta générosité :
Hélas ! si Je pouvois d'une plume assez J'orte. Suivre les moiivemens du feu qui me tr(uisporte : SiJ'avois de l'esprit autant quej'ay d'amour. Tu serois dans mes vers plus belle que le Jour, Tu ne verro'is de moy partir fine des louanges. Qui metlro'ient ta beauté dessus celle des Anges. Pour te bien figurer, Jeferois ton tableau De tout ce que /lature a de rare et de beau : Où, pour te dire plus, tu verrois ton image, Comme elle est dans mon cœur peinte dans mon ouvrage, Je dirais ta Jeunesse avec tous ses attraits. Je peindrais ton visage avecque tous ses traits.
l56 L\ VIE DE DES liAKUEMX. l633
Tu te livois pur tout. Mais avec quelle audace
Verroit-on in'fia:arder de décrire la grâce
De ton teint, de tes yeux? un si liardy dessein
Surpasse les ejjorts de ma débile main.
Il faudroit un crayon de couleurs immortelles,
Pour peindre avec éclat tes beauté: naturelles.
Je ne veux point toucher à ces rie lies trésors.
Qui ravissent mon cœur, et qui parent ton corps.
Je veux reprendre icy ma route délaissée.
Et ne prétends, sinon que mettre en la pensée.
Qu'il n'est rien de si beau (pie l'esprit (jénéreux.
Qui vivement touché d'un désir (unoureux,
Ne voit difficulté, ne craint de violence,
Qui puisse un seul moment étonner sa constance.
Et qui ne c on noist point de persécution,
Qui puisse faire effort à son affection,
Qui .souffre également les rigueurs d'une mère,
L'envie d'une sœur, les menaces d'un père.
Sans que son cœur en soit seulement combatu.
Que cette fermeté lient bien de la vertu.
Que de gloire la suit et qu'une âme bien née,
Méprise avec honneur toute autre destinée.
Mon Ange, c'est icy, que fermant ce discours. Mon amitié fi de lie implore ton secours, Et met, malgré l'effort d'une si longue absence. Tout lespoir de son bien en ta persévérance : Persiste, Je te prie, à n'aimer rien que moy, Ne me laisse Jamais en doute de ta foy. Que ce même destin qui sépare nos fiâmes. En éloignant nos corps rejoigne mieux nos âmes La tienne est un miracle, et ses perfections, Qui ont comme tes yeux, mes inclinations. Font bien voir que le Ciel en rien ne fut avare. Lorsqu'il voulut former un mérite si rare. Mais las 1 pour mon bonheur si tu as entrepris D'en relever la gloire et d'en croislre le prix, Notre destin t'en donne un sujet msez ample. Si ta fidélité se trouve sans exemple,
LA VIE DE DES BARREAUX. l635-l63G
Si tu as de constance aillant rjne de l)eauté, Si avecqiie l'éclat tu joins la fermeté. Diamant sans pareil, t)eau parangon délite. Pour ta juste valeur la terre est trop petite.
Ainsi dit Alexis, dont l'esprit emporté Vers cet aymable objet plein de divinité, La crut estre Dieu même, et sans idolâtrie Acheva sa journée en adorant Marie ^.
Des Barreaux à trente-cinq ans tenait le langage d'un soupirant de vingt ans, il était tombé dans l'emphase habituelle, exploitant les thèmes dont les poètes de cette époque ont usé et abusé : il reproche au Soleil de retarder sa venue parce qu'il craindrait la concurrence de Marion, assez généreuse cependant pour réserver tout son éclat au seul des Barreaux !
Bel Astre des mortels, Soleil, Père du jour, Qui te tient si longtemps dans ce moite séjour ; Pourquoi retardes- ta ta grâce accoustumée ? Fais revoir à mes yeux ta clarté tcmt aimée, Et dissipant la nuit, et sa noire pasteur, Viens redonner à tout, la vie et la couleur. Mais tu ne parois point ; ta teste lumineuse. Qui sur les nostres luit, si fière, et si pompeuse , Qui sert mesmes au Ciel de gloire et d'orne/ncnt, A peine de cpiitter cet humide élément. Etjeignant de dormir au sein d'une maistresse, Pour excuser sa honte accuse ta paresse.
(i) Ce vers reproduit celui de Théophile qui termine son Klégic : Proche de la saison on les plus vives Jlears {Œuvres, U' p., p. iri7)
.Vchrvo sa jnurnéo en adorant Calisle
i58 IV Ml. i)i: ni:s baurkalx. iGoô-iGSô
Alt ! siins (l(Hil<\ In srais Ion cniploy. iiKiinlcrKinl,
Inutile (iiij- niork'ls, coninic à loy peu sctinl :
Une plus ccldlunlc, cl plus vive lumière.
Une jeune lieuuUK des beauté: lu première,
Un eseltit tout divin, un Asire sans piu'eil.
Qui le J'ail aujoitrd'/iuy cesser désire Soleil,
Poussfud lumière cl Jeu d'une source féconde,
VienI cudtrascr les cccurs. cl luire à tout le monde.
L'Aurore (/ne lu suis, (/ui dcrancc les pas.
L'ayant vcu ce nudin luire ((vcc l<uil d'apas.
A jutjé de combien sa splendeur te surmonte.
Et rebroussa/d chemin pour empcscitcr ta honte,
Avec estonncfne/d est venue l'avertir,
Que sans ton deslionneur lu ne pouvo'is partir,
El (jucn efdrcprcn(uil les roules ordoiaiécs,
Tu perdais en an jour l'Iioniicur de bud d'imnces.
Mais elle l'a trompe, car ce divin Jlantbciai,
Dont iescbil (uijourd'huy si puiss<ad. cl si beau.
Semble avoir renverse l'ordre de la mdure.
Ne pré l end conune loy de luire à l'aventure,
El respandre sa/is choi.r, cl sans discrétion.
Une lumière duc à num a[]ccHon.
Viens doiu; recommencer ton travail ordinaire,
Monte sur l'horison, va luir pour le vuUjaire ;
Pendant (pie ces beaux yeu.r, d'une pareille ardeur,
Esclaireront les miens, et brusleront mon cœur.
Pour moy seul aujourdluiy, cet Astre incomparable
Fait esclaler son feu si beau, si favorable ;
Pour moy seul, aujourdliuy, ce Soleil Jait le jour
De rayons allumez aujlambeau de l'Amour.
et se ])lainl de ce que ses yeux trahissent son amour
J'avois donné charge à mes yeux
I)e pouvoir ,^euls pcœler, et dire,
Le mal <pieje ressens, 6 miracle des deux ;
Mais ils parlent trop haut de mon cruel nua-tyre.
Ces imprudens l'ont foil connoistre à tous.
A Dieu, je les purùs en m'éloujnant de vous.
L,V vu: DK DKS HAlUUvM \. I (i,).") I (I.SO I OQ
Des Barreaux Irioniplie enlin des ohsf.icics rlcvrs au château de Bave par Iv |)ère cl la inèic. [es livres cl les sœurs tic Mariou et... laissons-lui la jku-oIc:
.lOLISSANCi; IMI'AHFAITE
Dieux ! quels sacre: embrdssemeiis Ont encor mon àine l'arie ?
Quels délicals allouchemens, ' Dont tant de douceur est suivie.
Quels transports, quels ravissemens Me donnent la mort et la vie ?
Baisers jnirs, baisers innocens.
Ah ! souvenirs mes seuls complices De tant d'agréables délices.
Ou se sont e/nporté mes sens.
Hélas ! que vous estes puissaus Pour mon bien el pour mes supplices.
Par vous je gousle des jUaisirs, Quun mortel ne devroit attendre ; Par vous Je brûle de désirs, Oh mon cœur n'oseroit prétendre, Et qui s'exalent en soupirs.
Après l'avoir réduit en cendre.
Ali ! que ce désir limité
Menace mon cœur de martyre.
Belle fleur de virginité.
Pour qui justement je soupire ;
Après tant de Jélieité,
Est-il bonheur ou je n'aspire ?
Taisez-vous, proJane vouloir.
Meurtrier de llionneur de ma Demie, Son innocence, et mon devoir.
M'ont mis tant de respect (huis lame
l6o LA VIE 1)1- l)i:S BAUREVLX. 1 G.>5- 1 G3()
Que Je vous en déjeus l'espoir, Sur peine de noircir ma Jlâine.
Voudriez-vous, 0 fureur estrange.
Corrompre tant d'intégrité ?
Le Ciel tient un foudre qui range
Une telle infidéidé.
Non, non, gardez sa pureté.
Sçaehez que vous aimez un Ange.
Un matin la coquette s'éveille, Marion montre quelque Iroideur, Des Barreaux s'en prend aux yeux de sa maîtresse :
Trompeurs miroirs des cœurs, infidelks lumières, .Ah 1 tjeaux yeux, estes-vous si traistres et si beaux? Quoy, c'estoient donc pour moy de funestes fambeaux Que ces feux innocens brillans sous vos paup'ières !
De Nature et cV Amour, o miracles nouveaux. Astres doux et bénins, vos fiâmes sont meurtrières, Vous promettez de l'heur, et creusez des tombeaux. Trompeurs miroirs des cœurs, infidelles lumières.
Oiiy, vous estes trompeurs, mais vous estes si beaux, Que Je vous tiens des Dieux, quoy que vous soyez faux ; Hélas! faut-il qu'au lieu de vceux et de prières,
Je sois contrcdnt dédire à la honte des Dieux,
Aux plus beaux et plus clairs des Astres et des Cieux.
Trompeurs miroirs des canirs, infidelles lumières.
Les deux amoureux ne i)euvent longtemps cacher leurs relations Iro]) tendres, M. de L'Orme enmène sa fille. Avant de partir Marion qui ne veut pas laisser son amant sous l'impression de sa froideur lui promet son portrait,
LA vu; DE DES HAUHKALX. lG33-l(330 l6l
Ta seule peinture est un ouvrnge ininiorlel, Non, je n'espère point, 6 Beauté sinyulièrc. Que tu puisses donner à ma sainte prière. Ce gage précieux d'un amour éternel.
Mon Ange, ne crois point gue la main d'un mortel, Travaille dignement en semblable matière. Qui peindroit ta beauté, pourroit au naturel. Tirer l'esclat du jour, et peindre la lumière.
Pour te voir ressembler ne clierche po'mt ailleurs. Je garde ton portrait d'immortelles couleurs, Sans maistre, scms pinceau, tout pur de la nature ;
Mais ne festonne point d'un prodige si beau. De ce rare portrait, sans art et sans peinture. Tes yeux en sont le peintre, et mon cœur le tal>lcau.
Désolé de la séparation, il crie sa douleur dans un sixain et dans des stances :
Déchiré de mille douleurs.
L'âme en sang et les yeux en pleurs,
J'abandonne ceux de ma belle.
Et si je ne meurs point dans cette extrémité. C'est que mon cœur est joint à sa beauté. Et sa beauté, s(ms doute, est immortelle.
SUR Uy ADIEU
Faut-il que je te die (ulieu .
Faut-il que tu quittes ce lieu, Faut-il qu'une si longue absence, Coupe avec tant de cruauté Ce doux lien de l'espérance.
Qui joint mon âme à ta beauté.
Et que je conserve la vie, En perdant les yeux de Marie ?
l62 LA VIF. DE l)i:S HAUUEAIX, I Ga.")- 1 (')3G
Ao//. //'//• un riolcnl ('(J'orl
Il faut <iueje cherche lu iiiorl.
Et Je trouve dans mon ctnindjc
Asse: pour finir ma lamjueur.
Mais je respecte Ion inuc/e.
Que Je porte enijirainle en mon cœur I\e ])()uvanl criminel allenler à ma ri(\ Sans loue/ter au porlrail des heaule: de Marie.
Je veux donc vivre pour l'aimer,
Mais toy, qui m'as sceu enjlaminer
D'une passion toute extrême,
Apprens de tonjldel Amant,
Que je ne vis plus pour moy-même,
M(ds pour l'aimer funfa'itement, Et pour souffrir consliuil le reste de ma vie. Ces traits tous pleinsi de J'en des beaux yeux de Marie.
Mon Aiuje, Je le /'l're icy, Ce doux et ce cuisant souey.
Dont tes yeux ont remply mon àuie, Qu'aucun outrage du destin IS'esteindra Jfunais celle Jlâme.
(Jue lu allumes (hais mon sein :
Le ilernicr soupir de ma vie Formera le nom de Mai'ie.
L'isolcincdl lui {x'sc il j)n.ssc sos jours dans la Iristesse, et Iratliiil ses sciiliinciils dans des vers ])assi()nné8 susee})lil)les de louchei- le e(eiirde Mai'ioii el d'eidj'eleiiir son anioni".
Sacre: (u-hiires du deslin.
D'icux. (h>nl les hant.r Joars sont s(ms fin. Dont le tjo/dif'ur Jamais ne change, Quoy que vos Ire .sort soit si doux, La'issez-moy l'mnour de mon Ange, El Je suis plus heureux que vous.
h\ VIE DE 1)1
S HAïuu-Ai x, iG3.j-i(J3G iGo
Je Jure soit Iciiil cl ses yeux, Oiir J'adore et (jue j'ayme mieux Mi/le fois que rostre service.
Qu'on verra ros < m tels un jour Mfi/Kjuer ptitstost (te sacrijice.
Que mon c(eur pour elle d'amour
Car quiconque fera dessein De me le tirer hors du sein.
Fera des efforts inutiles.
Il pourroit bien plus aisément A rracher ces feux immotnles.
Qui s'attachent au firnuunenf.
Quelques grandes difficulté:.
Qui s'opposent aux liljertez, Que soupire une âme (unoureuse, De voir, d'ou'i'r, et de parler.
Ma passion vietorieuse S'en sçaura fort bien démêler.
Je n'appelle pour mon secours, L nique support de mes Jours, Que Ion courage et ta constance, Et conjure icy ta pitié, De ne refuser l'assistance.
Que tu dois à /non and lié.
Pourveu que ton affection Seconde un peu ma passion, Que ton âme me soit ouverte, Terre, Ciel. Astres, Eléments, Conjure: ensendde à ma perte.
Me verront sans et on ne m en t.
La seule douleur que je .sens.
Est le coup de ces traits perçants.
Que tes yeux m'ont tid.sse: d(uis t'àme Et le déplaisir (te n'avoir,
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