‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 21 sur 96 · L.v VIE DE i)i:s i5vuK!:vi \. iGoy-iG^o · texte numérisé non relu

L.v VIE DE i)i:s i5vuK!:vi \. iGoy-iG^o

où s'alxindoiineid tous mes sens,

Deinciirci toujours iruioce/is.

Et ne soLijJvc: pus que nui Ijouehe

7'rahi.sse erinnnelteiiien t

LU secret qui si fort vous touche.

Le silence et lafoy sont les pierres de touche. Qui font coiuioistre un l'éi'itatde amant.

Mu Ifouche. soye: donc Jldelle, Tout aut(ud que Sylvie à mes yeux paroist f)elle,

]'ous le serez parfcdtement , El soupirant pour elle une éternelle Jlànie, (Jonservez-là, s'il se peut, en mourant.

Laisse: le penser à mon âme, Mais ne dites jamais, pas même en expirant,

.fe suis vainqueur d'une mtustresse.

Que seule j'estimo'is digne de mes soupirs.

Et quoy qu'elle (dt l'orgueil d'une Déesse, J'esteins dans son beau sein le feu de mes désirs.

Après cette illustre victoire,

Dcms ces transports délicieux, Je meurs, je ressuscite, ô grand maistre des Dieux, Amour, quej'aypar toy de plaisir et de gloire '.

Les parents de Marion perdent toute illusion sur la conduite de leur fille, ils quittent soudainement Baye espérant la rjiieux i^arder à Paris. Des Barreaux gémit de l'absence de sa maîtresse.

Gémissant sous le faix d'une triste avanlure. Désespérant de voir celle poui- qui je meurs, Je m'en fais un tut Aeau pour tromper mes douleurs. Des plus vives couleurs qu'ait formé la nature.

Je voy dans le Soleil ses regfwds en peinture ', L'éclat de son beuu teint dessus t'énudl des fleurs.

(i) Ce vers roprodiiil le cinquième vers du soiiiict de Tliéophile : Chère Isis tes beautés ont Iroahlt- la ndlure (Œuvres, 11"= p., ilr.ùh : Voyant dans le Soleil...

i6S L.v vu; DK ni-s hauhk.vlx. Uioy-iG/io

Sa jeunesse ])(troi.st (huis la belle verdure.

Que produit le i>riuleiu])s jmr ses douces eludeurs.

.Mais ee rapport au lieu d' allé (jer mes ennuis, .\ejait rien ipi'auymenier les peines oi't je suis. En donnant plus dardeur au désir ipii me presse ;

\'ous <pn la /ailes roir areeque laid d'appas,

Fleurs, printemps, beau Soleil, rendez-moi ma maistresse.

Ou si vous ne pouvez, ne me la montrez pas.

et so r<)iis()l(MMi la AONaiil ru sono-e :

.4// ! J'ay veu cette nuit ces sources de lumière, ^>.s* beaux yeux m'ont paru au travers du, bandeau (Jue porte le sommeil, el sous son noir manteau J'ay découvert du Ciel la beauté toute entière.

Quel éclair, quel retjard, quelle Jhunme meurtrière, Trop heureux qui pourroit en faire son tombeau, Januds homme nmrtel ne vit un feu si beau. Eclat trop lundneux pour ma foible paupière.

.le la vis sans la voir. Je l'ouïs sans parole,

Je la suis, je la tiens, .son image s'envole,

Et dans ce doux transport mes sens ont éprouvé

E' erreur délicieux oh le sommeil nous plonge . Mais que je suis heureux de n'avoir que rêvé, Ilélas 'j'en serois mort si ce n'esloit en songe!

Marioii li()iii|)('à Paris la surveillance dont elle csl l'objcl, (Ile Mi rciioiivcr (les Jkrreaux dans une maison du lauljuurii- Sainl-\ iel(jr, ayant un grand jai'din, fort bien

LA VIE DK DES BARUEAUX. 1 6.57-1 6^0 169

meublée par son amant (jiii appelait ce lien l'île de Chypre '. Le cardinal de Richelieu la rencontrant un jour chez la spirituelle Ninon de L'Enclos, sa rivale en lil)ci'tina<2:e, frappé de sa radieuse l)eauté, eut le désir de la posséder seul, il la lit venii" au Palais ('ardinal '. Sachant que le jeune Cinq-Mars n'était ])as insensible à ses charmes, il chargea Boisrobert de s'informer jusqu'où allaient les conq)laisances de Marion de L'Orme pour le maître de la Garde-Rol)e du Roi K Le plaisant et officieux abbé lui apprit que la vanité y avait plus de part que l'amour mais que toute sa tendresse était pour Des Barreaux. Richelieu envoya Boisrobert proposer à l'Illustre débauché de lui céder sa maîtresse, en échange il lui offrit sa protection et l'assurance d'aider à sa fortune. Richelieu espérait une réponse favorable d'autant qu'il venait de tirer récemment Des Barreaux d'un assez mauvais pas. Celui-ci, étant un jour en débauche, vit passer un petit père jésuite qui lui plut. 11 lui voulut faire quelque insolence ; ses supérieurs se plaignirent à Sublet des Noyers'*,

(i) Tallemant, Historiette de Des Barreaux et ChenniUes, T. I\ , j). '17.

(2) M. Paulin Paris, dans une dos notes de l'édition dos Hist. de Tallemant, T. IV, p. 53, a écarté coniplètcnienl le récit de ^ anel (Sandras de Courlilz ■•) dans ses Galanteries des rois de France, T. II, p. j65. Cet ouvrage est peut-élrc rempli d'inexactitudes, mais on ne peut douter de la rivalité de Richelieu et de Des Barreaux, elle a été l'objet des stances de ce dernier : « Sur ce que l'auteur esloit mieux auprès de sa Maistressc que Monsieur le Cardinal de llichelieu qui esloit son rival », voir p. 171.

(3) D'après une quittance de Cinq-Mars, datée du i4 janvier i64i, de 2366 livres i3 sols 4 deniers pour ses ga^es de mai à décembre i638, il était depuis mai iG38 maistre de la garde-robe du Uoy (Basserie : La Conjuration de Cinq-Mars, 1896;.

(4) François Sublet, sieur Des Noyers, secrétaire d'état, surintendant des bâtiments, se relira en i6'|3 à Dangu.

lyo IV Mi; DE DES BAUREVIX. llK^yiO/lO

prolcch'iir de la ("()nl|),•^u'^i«^ (|iii alla dcMiiaiKUM- jiislicc au (".aidinal. Kicliclicii. au lieu (!«• sr\ii'. cuvova (|urrii- eu si'rivl Dt's HaiTcaux cl le |ti'ia de lui raconler coinnuMil Tatïaiiv s'ôlait passôc. Nolic rpicuiicu a\()ua. Vj)rrs uu(> léuvrc réprimande. Kichclicu lui |u-(ip()sa de se luocjuiM' enseud)le de M. DesNoNers: pour cela il Tiuvila à se Irouvei- le leudeniain dans le jardin de sa maison de Ruc^il où il sei-ail lui-niènie à une heure (pi'il lui fixa. Des Barl'eaux iTeul ^arde iV\ manquer. I^e ('ardinal s'étant promené avee M. Des Noyers lui parla de reffronterie du lihciliii (pii se j)roposail d(> se | )i'ése nier devant son acciisaleiuapiès ce (|u'il a\ail lail.Suret^ il l'appela et l'admonesta lé L:èremenl : mais, eonnne ils étaient convenus la \eille. Des Barreaux nia loul. I^iehelieu. faisant senihlanl de ei'oire à sa |)roleslalion, se tourna vers M. Des Novers en lui déelaranl (pfil avait t>i'and tort d'éeoutei' les moines et (pTil n'aui'ait jamais ])onne opinion de lui taid (piil ajout<'rail loi à leurs dénoneiations '. Vallée tenait troj) à sa Marion pour envisager une rupture, rnéme au |>ri\ de sa pi'opi'e l'ortime: il répondit en ])laisantaid aux oii\(ilures de Kielielieu, teignant de le croire incapaMc (rinic telle l'aihlesse". I^'rsuadéde la fidélité de Marion. il se donna la satisfaction de célébier cette petite victoire amoureuse.

(i) Bib. nat.. Ms. iioiiv. a((|. IV. V")^!). P- ^[)- Ccllo anecdote est à rolciiir, ollc prouve les relations de Hiclieiieii el de Des lianeaiix et précise l'attitude du Cardinal à l'égard des moines.

(2) ^ancl: fialtuderiea fies rois de France, lOy'i, T. H, p. ifif), dit cpic Des liarrranx était bien lait de sa pcisoinic, d'un esprit vif et de conversation enjouée, mais déitauclié el itupie an dernier f)oint.

LA VIE DE DES BARREAUX, lÔSy-lÔ/lO I7I

SLR CE QUE L AUTEUR ESTOIT MIEUX AUPRES DE SA MAITRESSE QUE MONSIEUR LE CARDINAL DE RICHELIEU QUI ESTOIT SON RIVAL

J'aime une beauté sans seconde,

A qui même les immortels

Ont soin de dresser des autels, Laissant pour la servir la conduite du monde : J'ay de puissans rivaux, mais Je dis devant tous,

Je n'en suis point jaloux :

Tout ce qu'elle soumet, tant d'illustres victoires, Sont autant de trophées élevez à ma gloire.

L'éclat de leur haute fortune

N'ébranle point sa fermeté,

Sa grande générosité Passe les sentimens d'une vertu commune : Et sans faire le vain, j'en suis bien assuré,

Son cœur me l'a juré.

Sa bouche me l'a dit, cette bouche fidelle, Qu'elle mourroit plustost que de m'estre infidelle.

Je l'adore avec le silence.

Et conserve parmy mes feux

Des désirs trop respectueux.

Pour trahir un secret de telle conséquence, Ma rcdson me défend de cette vanité

La sotte liberté.

Et de ce même trcdt dont son bel œil me touche, Elle m'ouvre le cœur et me ferme la bouche.

Cette pièce était encore de nature à lui aliéner le cardinal de Riclielieu qui a dû la connaître !

LA vu: DD DES BARUE.VUX. lt)37-lG'|0

|^)isi'()l»('ii a\ ail rKlrlciiHwil rciisciyiir son niaîlrc : mais Iccd'ur (les (■('luincs t'sl cliani^caiil : le hcl adolcscciil de (li\-ii('iir ans (|ii\''lail ('.iiuj-Mai's nv dcvail pas lai'dci- à r('ini)()il('r sui- Des lîan'caux. Marion fail plus (|ii(' pirlcr roicillc à st's «calants |)roj)os. lo inallu'UJ'ciix \ allrc s'illiisioiiiif. il dit — c'est UD(' façon de inrnaycr son aniourl»ro|)i(' — {jii'il a été desservi j)iès de la l)elle et (jn'il se refuse à demander justice.

(Jnoi (jue mes ctinemis (Vune noire malice Ayciil fuit réussir leur lasche trahison. Je (jarde avec respect l'honneur de ma prison. El ne demande point qu'on me fasse justice.

Quoi que ma déïlé dédcùqne mon service.

Je ne veux point pourtcml chercher ma quérison,

Et sans examiner /ly conseil ny raison.

Je veux mourir ptusfost que majltunme périsse.

IS honneur île la servir m'est si fort précieux, Que pour me rebuter d'adorer ses beaux yeux, Elle n'(niraj(unais assez d'inqratitude,

Et quand en cet amour je n'aurois que douleur, J'rùme mieux quelle soit cause de mon malheur, Que toute autre le soit de ma tiéat'Uude.

Après celt<' fière déelai-alion il essaye de ramener l'infidèle. ()ue pouvaient les tendres récriminations, les brûlantes pioleslalions d'amour traduites dans de beaux vers en ]>resence de rèelatante jeunesse de Cinq-Mars qui,

LA VIE DE DES BARREAUX, iGSy-lGIo 178

d'ailleurs, n'hésite ])asà proiiietlre le mariage à Clarion ; Des Barreaux |)er(lail son temps et... ses rimes :

Toy, qui portes mon cœur dans l'air de ton visage, Quifais tout mon destin d'an seul trait de tes yeux, Ne te verray-je plus, objet délicieux, Ange, du Dieu vivant la plus parfaite image ?

Astre de mon bonheur, sois-le de mon naufrage, Que je meure par vous, regards délicieux. Lumière, feux, êchdrs, si doux, si furieux, Tuëz-moy, l)rùle:-moy, consomme: vostre ouvrage.

Je sçay cjuej'en mourray, l'excès de mon amour, Si je revoy vos yeux, me privera du jour, Beaux yeux dont la lumière et me plais t et me lue,

Achevé:, achevé: mon triste désespoir.

Et s'il faut de ma mort acheter l'ostre veiie.

Je veux bien (juc ma mort soif le prix de vous voir.

La i)romesse de C^inq-Mars à Marion arrive aux oreilles de Marie de Fourcy, maréehale d'Eiïîat'. Profondément atteinte dans son orgueil maternel, effrayée du scandale d'une pareille union, elle dépose contre Mari on de L'Orme une plainte en rapt et séduction. Richelieu est disposé à rap})uyer ; elle l'intéressait au douille titre de protecteur de Cinq-Mars et de soupirant évincé de Marion. Le nouveau favori lui devait sa fortune chaque jour grandissante'. En le reconnnandant ;\ Louis XllL le Cardinal

(i; Madame d'Efliat (Marie de Fourcy) eut peur qu'il n'espousàt cette fdlc et eut des défenses du I^arlenieut (Talleniaut, T. II, p, 353).

(2) Les lettres de Henri Vrnauld, évè([ue d'Angers, au Président Harillon (Blbl. nat., fr. 2o63i à aofi^ôi datées de iG.^g à i(3'i:<. pernicllent de sui\re pour ainsi dire jour par jour l'histoire de la faveur el de la chute de (anq-Mars. Le

I'y4 I.A VIR VE Di:S liVKKKAl X, lCy.\-J-lC)^\()

avait rencoiili'é une cciiaiiic ivsislîmcc'. I.cs services rendus par le [)ère. le jn.iiveluil d'Elïial. (|iril iiivoqiiail, étaient coni])attus dans Fespiil du monarque ])aj' la réputation de li])erLin du jeune d'Efïial. L'insistance de Riclielieu (inil pai- Irionipiiej-. Cin(|-M{us le tenait deimis au courant des ])ensées inlinies de son inailre', p;i\ant de la sorte sa delte de reconnaissance.

Dès le *;•() novend)re iG3(), le Parlement remtait l'ordonnance sur les inaiiaues clandestins : le (Cardinal espérait-il par cette ordoiuiancc déhiclici- Million de (jn(|- Mars (jui venail de |>rél»'i' sei-nicn! ( i (> n()\( inhrc) connue Grand-Ecu\ei' de Krauce^ ') C'est probable, mais il fut trompé dans ses calculs. Le Favori n'était j)as liomme à se priver des plaisirs de son àf>e pour complaire à un roi cacoclivme donl l'adcclion a\ail un (■ai'aclérc pai' Iroj) démonstratif. Richelieu, irrité de son insuccès et voulant en terminer, fait avertir Louis XIII par La ChesnayeS valet de chambre du roi, qui était également le confident

luercrodi 9 novciubro iG^ç) il t^ciil : « Il ne s'csl jamais vcu une plus grande faveur que celle de M. de Sainl-Mars (sicj, celle de lous ses prédécesseurs n'eu ont jamais approché. Le Roi le présenta vendredi à la Heine, lui en dit mille biens et pour conclure que M. le Cardinal lui en avait ré])ondu. »

(i) Le Roi n'avait eu jusque-là que de l'anlipathie pour Cinq-Mars parce qu'il passait pour léger et libertin. (Louis d'IIaucour : Consitiration de Cinq- Mars, iQo5J

(2) Le favori donnait au Ministre comiaissance des pensées les plus inlinies du Roi et le Cardinal favorisait M. le (iraiid le plus possible près de son maître. (Louis d'IIaucour, id.)

(3) Le roi Louis XIII avait pris sur ses menus 100.000 écus pour payer à M. de Bcllegarde la charge de Grand Ecuyer qii'il oITrail à Cinq-Mars. (Lettres de H. Arnauld au président Barillon, 9 nov. 1639)

(4) Ce La Chesnave avait déjà desservi Mademoiselle de Haulcfort sur les ordres de Richelieu.

lA \ii: i>i; i)i;s uviuuvvi \, iG,*)-; iG'jo i-5

de r:iu(|-M.iis. (1rs iv!;ili()iis de Marioii cl du (irand- EciiNcr'. Cv dniiici'. rniiciix d(>s rcinoiilraiKU's de son ]iiailit'. s'apeiroN ani du doiiMc jeu d(> |,a ClîOsna\(\ en <>l»li<'iil l<' r<'ii\()i. Kichclicii ne dcvail jainais Ir lui pardoiiiicj" '.

Des lîai-|-('aii\ iTaNail |)ii onhiici' Maiion. Trois mois apivs la Irahisoii de l'inlidrlc. il lui cinoic niic rl<\iîir dans la(|iii>ll<- il «xlialc sa ((ilrrc. lui icpii .clic son inconslancc ri sa Irj^rrrh'-. loul en cunslalanl (pic a son Cd'ur csl mal a\ ce s( mi ('N|ni| »>.

Ti'dilrrssc. csl il ilmic rruy. (fiif Ion àiiir iicr/idc Mrnarr nosirc amour d'un suti'jltinl purririilc ? Est-il (h)nr vruy. f/u'rnjiii d'un Jiiriru.r cJJ'ort Tu inr roirs Ion rwur. cl nie donnes lu niori ? \s lu fu) liirlir/nriit ('loujjrr celle Jlànw . (Jui hrillnil dti/i.s les yeu.r, cl hrùloil dans mon ùme ? lié '. luiil lie dicu.r en ruin i) lénutins upitelle:, l'u/d de sermens jure: {luc loy, mais viole:,

(i) Il (La fMjcsiiayo) mronl,) ;'i Louis Mil (^nlio aulrcs clios(^s (jiic M. k^ firaud ('iail ('■pordnmriil (-pris de Marioii de LOnnr ol qu'il so rciuLiil k; soir l)rt'.s d'elle de S.iiid-( ieniiaiii à Paris, abandomiaiil ainsi son poslc la nuit. Le Hoi fut d'autant plus dispost- à le croire (^l'il lui (-lait arrivé d'avoir demandé son favori ai.n-s niiiniit et qu'on lui avait souvent n'-pondii (ju'il dormai!. (Louis d'Haucoiir;

(a) Mercredi 38 mars iC'io : (( Il y a de l'obscurilt^ dans l'alFairc de La Cliesnaye que le temps esdaircira, les plus entendus croycnt qu'elle s'est faite sans que M. le Cardinal le sceust... » Dimanche 2 avril: «Nonobstant tout cela plusieurs qui croyent péta-trer bien avant dans le secret du Cabinet demeurent fermement dans l'opinion qu'ils ont que La Chesnayc est toujours bien avec M. le Cardinal, si cela est on en verra bientôt la suite. » (Lettres de II. Arnauld au président Darilloii)

A'onf donc pii t'empèclirr de faire nue injustice.

Qui crie au Ciel venycanee, à la terre un supplice?

Mais je te jure outré du plus vij sentiment,

Qui peut jamais piquer un véritable cunant,

Je jure maintenant que ma jus te colère

Va perdre pour jamais le soucy de te plaire :

Que mes plaintes, mes cris éelcderont si haut.

Que ton front rougira de ton lâche défaut :

Car pourquoy teflcder? non, tu n'es plus mon Ange,

Tu n'es plus cet oljjet si digne de loïmnge,

Pour quij'ay eu toujours également ouverts,

Mon cœur par mes soupirs, mon esprit dans mes ven

Je ne te connois plus, tu n'es plus qu'une image.

Qu'un portrait effacé de ce divin visage.

Tes lâches cruautez, tes crimes ont éteint,

Et l'éclat de tes yeux et celay de ton teint.

Ah ! que depuis trois inois que ton ingratitude

Réduit au désespoir mon humtjle .servitude :

Ah : que depuis trois mois ton visage changé.

Peu semblable àceluy qui m'avoit engagé,

Fait voir, qucmdje devrois le d'ire avec blasphème,

Et de corps et d'esprit que tu n'es plus toyniéme.

Quand d'un si doux effort tu pris ma liberté,

Ton visage portoif dans sa jeune l)eauté

De la faveur du Ciel les glorieuses marques.

Tes yeux ((voient sur moy la puissance des Parques

D'un seul de tes regards, Mais tresse de mon sort,

Ta pouvois me donner ou la vie ou lu mort.

Mais maintenant, hélas ! que tu n'es plus si belle

Voudrois-tu m'otjliger à t'estre aussy fidelle ?

Et maintenant pourquoy ne changeray~je pas ?

J'ay veu devant ma foy mourir tous les appas.

Et mes yeux avec peine ont reconnu les traces.

De tant et tant d'attraits, de tant et tant de grâces,

Eh I je jure pourtant, ce serment solemnel,

Que te fit mon amour, de se rendre éternel,

Que ce beau teint terny, ces lumières es teintes,

A ma fidélité nont point donné d'atteintes :

Ce n'est pas là d'où vient le vray contrepoison.

Qui perdant mon amour a sauvé ma raison.

Tu es trop belle encor, et sans te faire outrage,

Je ne sçaurois nier que ton divin visage

Ne possède toujours d'assez riches trésors,

Si tu avois du cœur pour faire aimer ton corps :

Mais tes légèretez, les défauts de ton âme,

M' ont fait rompre mes fers et es teindre maflàme :

C'est là pour mon malheur, c'est là pour mon tourment

Que je te voy changée, ô Dieux, quel changement I

Es-tu pas devenue inconstante, légère.

Lâche, doufjlè de cœur, perfide, mensongère ?

Trop aimable pourtant ! Dieux ! qu'est-ce quefay dit ?

Et que mon cœur est mal avecque mon esprit !

Trop ay niable pourtant ! pousse, pousse, ô mon âme,

Dans ce dernier soupir les restes de ta flâme.

Désespéré, il n'envisa-^e plus que le repos et la mort :

Hâ ! que je souffre de tourments Quand je retourne ma pensée Sur tous ces bienheureux moments De ma félicité passée !

Rage, Dépit, Amour, Regret, Qui d'un ver cuisant et secret Rongez mon âme tourmentée, A quoy tant de divers retours.

Pour un seul cœur de Prométhée Faut-il tant et tant de vautours?

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