‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 27 sur 96 · LA RAISON FAIT LE MALHEUR DE L HOMME · texte numérisé non relu

LA RAISON FAIT LE MALHEUR DE L HOMME

SONNET

Ce n'est qu'un vent furtif que le Inen de nos jours, Qu une fumée en l'air, un songe peu durable ; Nostre vie est un rien, à un point comparable, Si nous considérons ce qui dure toujours.

L'Homme se rend encor luy mesme misérable, Ce peu de temps duquel il abrège ses jours Par mille passions, par mille vains discours, Tant la sotte rmison le rend irraisonnable.

Plus heureuses cent J'ois sont les bestes sauvages, Cent fois sont plus heureux les oyseaux aux bocages Qui vivent pour le moins leur âge doucement.

Ha ! que naistre comme eux ne nous fait la Nature, Sans discours ny raison, vivant à l'avanture, Nostre mal ne nous vient que de l'entendement.

246 POÉSIES LIBEUTINES DE DES BAUREAUX

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SONNET

Mortels, qui vou^ croyez quand vous venez à naislre, Ohlufez à Nature, 6 quelle triiJmon !

Se montrer un nionienl, pour jamais disparaistre, Et pendant que l'on est, voir des maux à foison.

Tenant plus du néant que l'on ne fait de l'estre, Je l'ay dit autrefois et t>ien moins en saison, Estudions-nous plus à jouir qu'à connoistre, Et nous servons des sens plus que de la raison.

D'un sommeil éternel ma mort sera suivie, Centre dans le néant quand je sors de la vie. 0 déptoniljle estât de ma condition !

Je renonce au bon sens, je hay l'intelligence, D'autant plus que l'esprit s'élève en connoissance, Mieux voit-it le sujet de son affliction.

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