‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 29 sur 96 · SO\.\ET · texte numérisé non relu

SO\.\ET

Tout ii'csf plein icv ho^ que de vaine apparence, Ce (funn donne à s(i<jes;se est conduit par le sort, L'on monte et l'on descend avec pareil effort. Sans jamais rencontrer l'estat de consistance.

Que veiller et dormir ont peu de différence.

Grand maistre en l'art d'aimer, tu te trompes l)ien fort,

En nonunant le sommeil l'imafje de la mort,

La vie cl le sommeil ont plus de ressemblance.

Comme un resvc en son lict. resver en la maison, Espérer sans succès, et craindre sans r((ison. Passer et repasser d'une à une autre envie.

Travailler avec peine et travailler sans fruit, Le dirav-je. ] for tels, (ju est-ce (pie cette vie ? C'est un soitfjc (pii dure un peu plus (pi'uuc nuil.

SUR LA MORT

SONNET

Dieu, Nature ou Destin, que tu nous Jais (jrand tort! De peine et de chagrin toute la vie est pleine. Au lieu de ton amour tu nous montres ta haine, Qui que tu sois des trois qui conduises le sort.

On pleure, l'on gémit, l'on souffre, etjoifjleetjort. Pendant le cours fatal d'une vie incertaine, Par quels fascheux chemins au cercueil on nous traîne, Pauvreté, maladie, et puis survient la mort.

La Nature le veut, il faut que tout périsse, La plante, l'animal, la pierre, l'édifice, En ayant prononcé l'irrévocable arrest.

Tu ne nous donnes rien, traîtresse de Nature, Tu nous prestes la vie. ouv. mais à grande usure. Nos maux font qu'on t'en paye un trop gros intérest.

POESIES LIBEUTINES DE DES BAUUEVLX

SLR LA MOUT

SONNET

Mortel, (/(li que lu sois, n'aye plus à frémir De l'horreur de la mort et de la sépulture, Ce n'est qu'un dou.r repos où tombe la Nature, Dont l'insensible estxd ne doit j aire (jémir.

Nos senss'éteiynent tous quand on vient à périr, De l'âme avec le corj)s ne sejait point rupture, Ce n'est ({u'eA-tinetion de chaleur toute pure ; Donc est-ce un si (/r<(nd m(d que d'avoir à nmurir ?

Peul-estre iu)slre mort sera-t-etle impréveiie, Peut-estre pourra-l-etle échapper nosire veile, Par l'insensible ejjét d'un violent transport.

C'est pourquoy de tout point contentons nostre envie, Dureste, cJiers amis, laissant faire le sort, Des pensers de la mort n'a fjligeons point la vie.

SUR LA MORT

SONNET

loy qui braves la mort, ci qui d'un grand courage Concluant en trois mots, fais sonner hautement : On naisl, on vil, on meurt, c'est l'Homme entièrement ; La mort comme la vie est de son apanage.

Nous n'appréhendons point la mort, mais le dommage Qu'apporte le non estre ; et ce fatal moment Qui nous porte à la triste horreur du monument Doit estre justement appréhendé du Sage.

Il faut estre bien fat, slupide ou malheureux Pour n'avoir pas douleur de ton sort rigoureux Qui t'oblige à la mort du jour de ta naissance.

Mais pour n'en point jetter d'inutiles soupirs. Et n'avoir pas toujours cet objet en présence, Jette-loy comme moy dans le sein des plaisirs.

POESIES LIBKUTINES DE DES BAHUEAUX

SUR LA MOUT

SONNET

Que 1(1 condilioii de noire sortes! dure. Lu uu>rl nwissoiine (oui, el suus rien épurifiier, Du monde se verru déIndre lu slruelure, Pur lu suile du temps (/uij'uil suns retourner.

Hclus f poun/uoy mourir, Iruilresse de Nature, Toy (fui nous osles tout, et send>les tout donner : (Jue nos muuj- sont réels et nos l)iens qu'en peinture, Puis(ju'un jour il les fuul du tout uhundonner !

Que sert-il de eherrher siw terre el sur \eptune, L'abondance des biens, réélut de tu fortune, Même les roluptés uvecque tant d'effort :

(Jue l'on denu'ure en pui.v, que l'on uille ù lu (pierre, Que l'on monte sur mer, que l'on marche sur terre, On ne fuit pus un pus <pi'on ne court à lu mort.

SUR LA MORT

SONNET

Que ta condilion, MoiicL me scmhle dure,

Tout ee qui luiisl péril duns ce nusle séjour,

El la vie s enfui l, sans espoir de relour :

Sus donc, employons bien le lemps pendant qu'il dure.

Prenons tous les plaisirs que permet la \ature. Pendant que nous royons ta lumière du Jour. On ne hoit point là-bas, onnc fait point l'amour. Dans celte lonfjue nuit qui suit la sépulture.

La mort estant un nud (pie l'on ne peut guérir. Bien que j'uyc douleur qu'il me faille mourir. Cette douleur en moy de plaisir est suivie,

Et pour me consoler je ne fais point d'effort.

Car je ne connois point plus grand heur dans la vie,

Que d'avoir grand sujet d'enrager de la mort.

POK81ES LinEUTlNES DE DES lîAnllEALX

SUR LA MOKT

SONNET

Ruine (les huiiKiins. à morl (ihoiniiKihlc ! Sous lu cruelle l'a u.v lu Juis loul Iréhueher. El puis le fond (les euu.r. une fosse, un hùehev, Reçoieenl du rtdsseuu le débris déplondde.

Mois elle n'enlend rien, elleesl iiw.roruhle, Quaiul son heure esl venue, allons, il Jdul nuireJier, Au ]nilieu des plaisirs, elle nous vienl ehereher, El nouss<:ail hien Irouver au lil el à la Udde.

Elle allaque leforl. le sage el le seavanl.

Elle prend par derrière, elle prend par devanl,

Contre cet ennenivje ne eoy rien qui m'aide.

Quelques-uns me diront, pourquoy s'en affliger, Pourquoy s'en tourmenter, c'est un m(d sans remède Et c'est cela, morbleu, qui me fait enrager.

STANCES

SLR l'affection DE LA VIE

Mon Dieu, que Ui liunicrc esl belle, Mais on n'en eoil qu'une étineelle ; On n'esl pus sorlv du berceau, Que l'on eouii à lu sépulture :

Que les froides nuils du lombeau Fonl d'oulrayes à la nature !

De toutes ces beaulez célestes, \oyez les misera 1)1 es restes, Dans ce lit coujniun des humains.

Où Dieu veut que toujours on dorme.

Ces beaux yeux et ces belles mains N'ont plus ny mouvement ny forme.

Hommes illustres en vos àijes, Habitans de ces noirs rivages, Pâles omtjres de l'Ac héron.

Corps de fumée, images sombres, Lorsque vous êtes chez Charon, A grand'peine estes-vous des ombres.

Quelle injustice, quelle injure.

Quelle indignité de nature !

256 rOKSIF.S Lini.UTlNES DE DES HAUllEAU-V

fJcslrc du plus houunc de bien y'cM qu'un peu de rire (ilhunée, Donl le Irépds ue fuisse rieu.

Qu'un peu de eeiulre el de fumée.

De tous les nuiu.r de eelle rie, Lu paurrelé. lu nuihnlie.

Rieu ue me peul fuire frémir Que riiorreur de la sépullure, Mais quand il me faudra périr, Périsse avee moi là luilure.

J'aime eel Empereur de Rome, Qui se luanl en (jalanl homme, Eusl roulu du mcbue rouleau Donl il se fit playe profonde.

Faisant de sa main son tombeau.

Défaire aussy de tout le monde.

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