‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 31 sur 96 · L\ VIE DE DES BAUHEAIX. CONCLUSION · texte numérisé non relu

L\ VIE DE DES BAUHEAIX. CONCLUSION

la raison ooinimiiu'. 11 a v\ô allirc' comme Vollaire a été tU'ïste. ooninio M' llomais csl lii)i('-|)('ns(Mii'. i]\\oz Des Barreaux el Vollaii-e c'est rori^iieil qui cojiuiiaude leur allilude, chez la léi>ion iiiuornbi'able des Honiais c'est la sottise ' : inaisor^iuMl ou soKise eu l'occurrence se valent. Sur ce leri-aiu. réiialiléesl de l'i^ueui'. Voici le juLi'euieid de Havle :

(( 11 (Boursaull) a raison de dire que ce seroit la dernière extravagance d'adresser des prières à une Divinité qu'on ne croiroit point- ; mais je ne sai si Des Barreaux a jamais fait cette folie. S' Paul semijle supposer qu'une telle extravagance ne se trouve point parmi les hommes. Comment invoqueront-ils, dit-il, celui auquel ils n'ont point cru ? Il me paroit assez possible que ceux qui n'ont rien déterminé positivement, ni sur l'existence, ni sur la non existence de Dieu, lui fassent des vœux et des prières à la Acue d'un grand péril. Or c'est l'état de presque tous les incrédules. Ils doutent s'il y a un Dieu, il ne connoisscnt pas clairement son cxislence, mais aussi ne connoissent pas clairement qu'il n'existe point. Mr. l'Evéque de Tournai commence par cette pensée ses Réflexions sur la Ueligion. Il est naturel que de telles gens aux aproches de la mort prennent le parti le plus sûr, et que ad majorem caulelam, ils se recommandent à la grâce et à la miséricorde divine. Ils espèrent quelque chose de leurs prières en cas qu'il y ait un Etre qui les entende et qui les puisse exaucer et ils n'ont rien à craindre en cas qu'il n'y ait pas un tel Etre. Mais si quelqu'un étoit parvenu à un tel degré de mécréance, qu'il se fût fermement persuadé le pur Athéisme, et qu'il demeurât dans cette persuasion pendant qu'il seroit malade dangereusement, je ne conçois pas qu'il soit possible qu'il invo([uat Dieu au fond de son

(i) Qu'on 110 se iiu'prciino pas sur noiro ponsi'C, loule couviclion lénérliic csl iTspoctaljlo, mais les 0})inions lonles l'ailos tic la gfnf nioulounit-ro cpii répclc que co qu'elle eiilend dire contre le senlimenl religieux sans chercher à en coniprcndic la grandeur morale et l'impoilance sociale no nous paraît mériter que le mépris.

(a) Voir p. 9.34, lettre de Boursault à Des Barreaux.

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cœur. N'allons donc pas nous imaginor que Des Barreaux tombât clans l'extra vagaiicc qu'on lui impute, d'invoquer Dieu sans croire qu'il y eût un Dieu. Disons plutôt que sa coutume de l'invoquer dans ses maladies est une marque ou qu'au temps de sa sanléil ne doutoit point de l'existence de Dieu ; c'est ce qu'on assure dans le Mémoire qui m'a été communiqué, ou cpic tout au plus il mettoit cela en problème, mais en problème dont ilembrassoit l'afTirmalive quand il craignoit de mourir. L'inclination à la volupté lui faisoit reprendre sou premier train, son premier langage lors que la santé étoit revenue. Cola ne prouve point qu'en efTct il fut athée. Cela prouve seulement, ou qu'il rejcttoit presque tous les dogmes particuliers des Religions positives, ou que par un principe d'orgueil il craignoit qu'on ne le raillât d'être déchu de la qualité d'Esprit fort, s'il ne conlinuoit pas à parler en libertin. Il est assez apparent que ceux qui aflectent dans les compagnies de combattre les véritez les plus communes de la Religion, en disent plus qu'ils n'en pensent. La vanité a plus de part à leurs disputes que la conscience. Il s'imaginent que la singularité et la hardiesse des sentimens qu'ils soutiendront leur procurera la réputation de grands esprits. Les voilà tentez d'étaler contre leur propre persuasion les difficultez à quoi sont sujettes les doctrines de la Providence et celles de l'Evangile. Ils se font donc peu à peu une habitude de tenir des discours impies, et si la vie voluptueuse se joint à leur vanité, ils marchent encore plus vite dans ce chemin. Cette mauvaise habitude contractée d'un côté sous les auspices de l'orgueil, et de l'autre sous les auspices de la sensualité, émousse la pointe des impressions de l'éducation, je veux dire qu'elle assoupit le sentiment des véritez qu'ils ont apprises dans leur enfance louchanl la di\inilé, le paradis, et l'enfer ; mais ce n'est pas une foi éteinte, ce n'est qu'un feu caché sous les cendres. Ils en ressentent l'activité dès qu'ils se consullent. et principalement à la vue de quelque péril. On les voit alors plus Iremblans que les aulrcs hommes. Ils passent jusqu'à la superslilion : le souvenir d'avoir témoigné plus de mépris qu'ils n'en sentoicnt pour les choses saintes, et d'avoir lâché de se soustraire intérieurement aussi à ce joug, redouble leur inquiétude. On n'a presque jamais vu qu'un homme grave, éloigné des voluptcz et des vanitez de la terre, se soit amusé à dogmaliser ])our rini[)iélé dans les compa-

Q(Î0 I.V vie de DE^; BARUEVUK. CONCLUSION

«^rnicp. encore qu'une longue suite de inédHalions profondes, mais mal conduites, lait précipite dans la rejection intérieure de toute la Ueligioa. Bien loin qu'un t(>l homme voulût ôlcr de Tespril des jeunes gens les doctrines qui les peuvent préserver delà débauche, bien loin qu'il voulût inspirer ses 0])inions à ceux qui eu jiourroient abuser, ou à ([ui elles ponrroient faire perdre les consolations que l'espérance d'une éternité heureuse leur fait sentir dans leurs misères, il les foilifieroit là dessus par un principe de générosité et de charité. Il garde ses sentiments, ou pour lui seul, ou pour des personnes qu'il suppose très caj)ables de n'en pas fairciin mauvais usage. Voilà ce que font les Athées de système, ceux que la débauche ni l'esprit hCdileur n'ont point gCde/. Le malheur d'avoir été trop frapez d'un certain principe, et de l'avoir suivi avec trop de gradations de conséquences les a menez à une certaine persuasion. La grâce de Dieu les en peut tirer à la vue de la mort, mais sans cela ils persistent dans leur indolence au milieu des maladies, et des tempêtes, et s'ils se conforment aux cérémonies mortuaires de l'Eglise c'est pour épargner à leurs parents les suites fâcheuses de la rejection du l\ituel. Cela porte à croire que les Libertins semblables à Des Barreaux ne sont guères persuadez de ce qu'ils disent. Ils n'ont guères examiné, ils ontapris quelques objections, ils en étourdissent le monde, ils parlent par un principe de fanfaronnerie, et ils se démentent dans le péril... »)

On ne reprochera pas à Pierre Bayle d'avoir apporte un parti-pris de dénigrement dans l'appréciation du libertinage de Des Barreaux !

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