LES AMOURS DE PYKJIMOX ET DE LA BELLE VÉNÉRILLE
Muscs ((ui présidez sur les bords de la Seine
Redonnez de la force à ma mourante veine,
Et souffrez que mes vers chantent d'un plus haut ton
L'aymablc Vénérille et le beau Pyrœmon ;
Yénérille, beauté que la faveur céleste
Voiia, dès son enfance, au saint culte de Veste,
Et Pyraînion, l'honneur des plus chers nourrissons
A qui Phoîbus apprit ses plus belles chansons.
Vénérille, beauté dont la tresse flottante
Ravit d'aise et d'amour le Zéphir qui l'éventé,
Et dont les noirs chaisnons traisnans à longs replis
Couvrent un sein plus blanc que la neige et le lys ;
Vénérille, beauté que le flambeau du monde
Ne voyoit qu'avec honte en se levant de l'onde,
Et qui dans la douceur d'une profonde paix
Gardoit le feu sacré qui ne s'esteint jamais.
Pyraîmon. ce Berger dont la bonne fortune Ne se rendit jamais qu'à peu d'autres commune. Ce bien-heureux Berger que Vénus et l'Amour Rendirent autres-fois l'arbitre de leur Cour ; L'un et l'autre arrivez à la fleur de leur âge Dans les champs oti la Seine estend son beau rivage. L'un et l'autre formez pour le plaisir des yeux. Et pour l'estonnement des Nymphes et des Dieux ; L'un et l'autre pressez par ces charmantes flammes.
(i) Les Muses illustres de Messieurs Malherbe, Théophile, VEsloile, Tristan, Baudoin, Colletet le père, Ogier, Marcassus, La Menardierc, Carneau celestin, L'AJfemas, Boisleau, Liniéres, Maynard le fils, Colletet le fils et plusieurs autres Antheurs de ce temps. Paris, Louis Chanihoudry, IGijl^, in-12. Ce poème est signé : Marcassus. IMcrre de Marcassus, né on ïôH\ à Ciinont, en Gascogne, mort en décembre iG64, à Paris (Voir p. 228).
DES BVRRE\LX : APPENDICE. LES AMOLUS DE PYR EMOX ^f)b
Dont un mesinc désir va consommant elcu\ àmcs;
L'un et l'autre enflammez de cette belle ardeur
Qui remplit les esprits d'une noble fureur,
Si c'est une fureur de se laisser surprendre
A ces feux dont Amournous peut réduire en cendre,
Une fureur aux Dieux de laisser s'enflammer.
Une fureur de mesme aux Déesses d'aymer.
En la fleur de ses ans la belle Yénérillc, Dans une gaye humeur, et paisible, et tranquille. Sans jamais s'ennuyer passoit les jours entiers A construire d'ozier de merveilleux paniers ; Pyrœmon tout de mesme, et sans inquiétude, A méditer des vers s'appliquoit à l'cstude. Et faisoit retentir au fond d'un beau vallon Ses divins chalumeaux qu'il tenoit d'Apollon ; Quand par l'heureux effet d'une douce surprise. Tous deux en mesme temps perdirent leur franchise, La Bergère ayant veu trois fois son Pyra.'mon xVnimer ses pipeaux du vent de son poumon, Et trois fois le Berger ayant veu la Bergère Ardente à son travail sur la verte fougère.
La Bergère, amoureuse en ses plus jeunes ans. Occupe à la garder le soin de ses parens ; Mais ces soins assidus qui veillent à sa garde Ne peuvent destourner le sort qui la regarde : Il ne fut jamais rien d'impossible à l'amour, Tout tremble devant luy, tout cède et luy fait jour, Ou la force, ou la ruze augmente sa puissance, Et nul d'entre les Dieux ne luy fait résistance ; Du destin qui nous suit, les décrets peuvent tout. Et si ce n'est luy-mesme aucun ne les dissout. Aux caprices du sort nostre vie est sujète, Et pas un des mortels ne vit comme il souhaite ; L'amour sans se mouvoir nous void vivre ou mourir ; Et les maux qu'il nous fait luy seul les peut guérir.
Dans la secretle horreur des forests ombrageuses. Ce jour si favorable aux âmes langoureuses, Pyrœmon enflamé d'un grand embrazement.
Conte les maux qu'il sent dans son nouveau tourment; Soit que l'astre du jour se lève ou qu'il se couche Le nom de Vénéiille est toujours dans sa bouche, Il chante incessamment sa grâce et ses appas
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Mais son chanl ainoui'oux iio le soulai^i^ ])as.
La Bollc, (l'aiilic part, soud'ie d'uiio ardeur s('iul)lablc
A celle (|ui le brusle et le rend misérable.
Amour Un fait sentir comme à luy son i^uvoir ;
Elle en veut estre vcuë et désire le voir ;
Deqiiov sert la rigueur dont elle est poursuivie,
Tout ce qu'on luy delVend augmente son envie ;
Leurs souliails mutuels aspirent aux elTets
Qui peuvent quelque jour les rendre satisfaits ;
Mais du cruel destin la fatale puissance.
Par ses empescliemens augmente leur souffrance,
La fierté dont il traite, et l'un et l'autre Amant,
Augmentant leurs ennuys, augmente leur tourment.
Cependant mesmes seings occupent leurs pensées. De désirs mutuels leurs Ames sont pressées. L'ardeur qui les consomme au milieu de leurs feux. Toute grande qu'elle est, est moindre que leurs vœux. Plus grande toutesfois que la cbaleur ardente Oui brusle les sablons de l' ATrique brûlante. Quand les soleils d'esté, du liant du lirnianuiil. Espandent par les champs un vaste cmbrazoment. Que les fleuves à sec montrent leurs fonds arides Et que la terre alfreuse en ses profondes rides. Dans une estrange soif semble se plaindre aux Dieux Du mal qu'elle ressent du clair flambeau des Cieux.
Hélas ! combien de fois, cette Amante suivie De celle dont le soin s'oppose à son envie ^ En allant visiter les saints Temples des Dieux, Et voyant par iiazardcet Amant glorieux, A-t-elle ressenty la violente atteinte.
Et d'une courte joye, et d'une longue crainte? Combien de fois aussi le mcsme événement Agita-t'il l'esprit de ce fidclle Amant? Après celte rencontre, hélas ! quelle espérance Sçauroil-ellc rester à leur impatience, Ailleurs ils ne sçauroient se parler en secret. Ailleurs tout les traverse, et tout leur est suspect, Les Temples à leurs feux sont un puissant a/ile Oîi l'Amour au\ humains se rend moins dillicile;
(i) Marie do L'Orme, sa mère, fille de Aiiuel (^tiaslclain.