DES BARREAUX : APPENDICE LES AMOURS DE PYR.EMON
L'un adtlresse les vœux aux Dieux dont autreslois Les cœurs se sont soumis aux amoureuses loix ; Et l'autre les addresse à ces grandes Déesses Qui de ces Souverains ont esté les Maistresses ;
Tous deux en ces Saints lieux pour de pareils succez Jettent mille soupirs, et font mille souhaits; Mais soupirs et souhaits, de qui la violence N'ozent paroistre au jour ny rompre le silence ; A peine leurs pensers en ozent-ils parler A ce Dieu tout puissant qui vient de les hrusler, Mais le temps change tout et le sort en colère Apprend par la prière àn'cstre plus sévère, Toute fière qu'elle est, la Fortune fait voir De sa légèreté l'admirable pouvoir, Au fort de son courroux elle arreste sa roue, Et nous cslève au Ciel du milieu de la boue ; L'on ne sent pas tousjours les durs coups de sa main, Tel est triste aujourd'huy qui ne l'est pas demain; Si la prière a lieu, la prière est capable D'adoucir un Esprit le plus inexorable ; Que ne peut la douleur qui tourmente un beau corps. Sur qui le Ciel propice a versé ses trésors. Et qui peut persister à demeurer farouche, Lors qu'il entend souvent plaindre une belle bouche? Le Père de la Belle ' en ses plus foibles jours, De soixante saisons avoit fourny le cours. Quand avec tous les maux dont la fièvre est suivie Le Trespas attaqua sa languissante vie.
Et pour exécuter le triste arrest des Cieux D'un sommeil éternel luy vint fermer les yeux -.
On dit que Pyréemon, de peur que la tristesse Ne troublast le repos de sa chère Maistresse, Se plaignit du Destin qui luy ravit le jour. Et le creut mesme un temps fatal à son amour ; Mais ayant veu depuis la Belle désolée,
(i) Jean deLon, sieur de L'Orme.
(2) Marcassus a masque la vérité en représentant le père de Marioii comme le seul obstacle à la réunion des deux amants. Malheureusement Jean de Lon mourut trop lard (i3 juillet i63f)), quatre ans au moins ai)rès la chute de sa fdlc. Le poète a voulu ména^^er la susceptibilité des divers mend^res delà famille de Marion.
\Ç)S DES BAUUEVLX ! APIMCNDICE. — LES AMOLUS DE l'VU EMON
Par l'espoir à venir (loiu'ciueiil consolée. Sa sensible douleur n'alla pas plus avant, 11 revint de sa peur pins guay (pi'auparavant ; Veit un Argus esteinl en la mort de son Père, Kl n'appréhenda plus la garde de sa Mèrc^.
Depuis, le sort qui suit les grands contentemens Augmenta de leurs coMirs les doux embrazemcns, Chacun d'eux à l'envy cherche le temps propice A se conimunicpier leur amoureux su[)plice, Et ce que les parens avoient tant delTendu, Leur est par la Fortune heureusement rendu ; L'eau nourrit les moissons, la chaleur diminue Lors que Pondue des Monts en la plaine est venue. On trouve le sommeil au frais d'un wiol gazon. Le Zéphir adoucit la plus rude saison.
Les arbres émondez ont souvent Padvantage De porter jusqu'aux Cieux leur verdoiant feuillage. Un doux calme succède à la fureur des vents, Et la mort d'un seul homme a sauvé deux vivans.
Après avoir quitté tous ses attours funèbres, Et préféré le jour à l'horreur des ténèbres ; Après qu'en apparence elle eut un an phMiré Le rigoureux destin de son Père expiré, Comme quand le Soleil sort d'une obscure nuë, On la voit de son deuil plus belle revenue, Ou telle que l'Aurore en son riche appareil Aux portes d'Orient devance le Soleil, La douceur de son front, et l'air de son visage, Luy donnent l'amitié des Nymphes du rivage, Elle s'en voit chérie, et fréquente leur Cour, Elle en est l'ornement et la gloire et l'amour; La mère en est ravie, et la voyant plus belle Que les Nymphes du lieu qui dansent avec elle. Elle llatte son ccuurdans son ravissement Du choix qu'elle fera de quelque illustre Amant; Elle en void desja mille ardents à sa concjueste, Et les contemplans tous, Pyr.emon seul l'arresle ; Pyra^mon luy paroist le plus charmant de tous, Il est riche, il est beau, son entretien est doux.
(i; Marie Chastelain, fcnunc de Jean de Lon, sieur de L'Orme.