‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 76 sur 96 · PAVLN ; SON TESTAMENT, SON ELOGE PAR FIEUBET, ETC · texte numérisé non relu

PAVLN ; SON TESTAMENT, SON ELOGE PAR FIEUBET, ETC

Le marquis de Jarzay en 1G68 nViail plus le l'ival heureux: de Gaston d'Orléans près de mademoiselle de Sainl- Mégrin ; il avait oublié son projet fantastique, sinon inspiré tout au moins favorisé par Condé, de se substituer à Mazarin dans le eœur d'Anne d'Autriche, projet qui avait abouti à la plus cruelle mortification et à son éloignement de la Cour. Demeuré homme de bonne compagnie, sa réponse n'est pas indigne de son correspondant.

Le comte de Magdaillan ' nous apparait comme un indiscret qui communiquait à Gonrart les lettres qu'il recevait de Jarzay, mais malgré les reproches de Jarzay dont il fait part à l'académicien, celui-ci n'en est pas la dupe. En tout cas cette petite incorrection nous a valu des

(i) Louis de Mafrdaillan ou Madaillan, marquis dcMonlalairc, qui avait épouse en i65i, Suzanne de Viparl, fille de Guillaume de Mparl, marquis de Sainte- Croix, il fut le père du célèbre marquis de Lassay.

LA VIE DE SAINT PAVl.N, I GG8 ^SQ

lellros cliarinaiitcs où il est loiiiiLieiiienl ([uoslioii do Siiiiit- Paviu ; lettres qui ont d'autant j)lus de j)ri\ que les seiitimenls qu'elles expriment sont d'une sincérité absolue.

Du marquis de Jarzay à Sainl-Parin ' :

Depuis longtemps, sans en menlir, Je ne sentis plus de plaisir, Que d'avoir appris que l'absence >i'a près de vous nulle puissance, Et que toujours dans vostre cœur, En dépit d'elle et du mallieur Qui me talonne et me terracc, Vous m'avez conservé ma place.

Hélas, mon pauvre vieil Amy, Le temps n'en est plus, et parmy Tant de gens de ma connoissance, Qui faisoyent cas de ma présence.

Vous rn'estes quasi seul resté Tout tel que vous m'avez esté.

Cher Pavin, ce n'est plus la mode, Et je croy mesme que le Gode Condamne à quelque parisi, Quiconque en ose user ainsi.

Ainsi , j ustemen t j 'appréhende De vous payer cette amende.

De plus, mon ancien amy.

Je n'ay plus desprit qu'à-demy,

Et neuf années de Province

Me l'ont rendu tellement mince.

Qu'on voit le jour tout-au-travers,

Mais plus aussi, je ne m'en sers.

(i) Inédit. Roc. Comarl, Tome XllI, in-folio, p. 287.

/J4o LA vu: ni: saint -I'avin, iGGS

Qu'aux beaux jours et qu'aux graiulcs foslcs,

Afin d'en ménager les restes.

Ainsi, je crois qu'il ira loin,

En ayant très peu de besoin ;

Car le voisin et la voisine,

M'ont conscnty ceste lésine.

Cbez eux on vil t(jut doucement, Sans façon, et sans compliment.

On y dit peu de joli'choses, Et n'estoicnt les Métamorphoses, Qui font souvent notre entretien, Souvent nous ne nous dirions rien.

Quelquefois, pourtant, sur [\As(rée, >ous roulons quelque après-disnéc.

Admirant, chacun à son tour. Les elï'ets du parfait Amour.

Ainsi, sans donner de l'envie.

Je passe ma chienne de vie ; Ainsi, puisqu'il a pieu au Roy, ^ous nous tiions, le temps, et moy.

Mais, Paviii, contre ma souiïVance,

Ce qui railcrmit ma constance.

C'est que chacun sans contredit.

Du plus grand jusqu'au plus petit

Me renie et crisme et batesme.

Sans pourtant faire de l)lasj)hème.

Que ce n'est plus icy mon temps.

Et que n'eusse je que vingt ans,

J'userois et bien et jeunesse,

Sans avoir plaisir, ni liesse,

Dignité, prolit ou honneur,

Et qu'un homme de mon humeur.

Dans cet heureux siècle où nous sommes,

Est le plus fat de tous les hommes.

Le plus propre à mal-réûssir,

Le plus propre à rien devenir.

LA VIE DE SVINT-I'WIN, 1668 Vl 1

Soutenu de cette espérance, Pavin, je pille patience, Gomme l'on dit, en enrageant, Et d'heure en heure vieillissant ; Et cher Pavin, est-ce le diahle Et ce qui mon esprit accable.

Ainsi je dis, sauf révérence.

De vous et de votre Révérence, Puis que le destin l'a voulu.

Cher Pavin, que tout est foutu.

Du marquis 'le Jarzay au comte de Magdaillan, du 7 aviil IflGS^ :

Vous ne vous rebutez point de m'écrire, sans recevoir de réponse et je trouve en cela quelque chose d'assez satisfaisant pour moy ; Mais vous ne vous rebutez pas aussi de montrer mes lettres, et cela détruit tout le beau, et tout l'obligeant de vostre procédé. Je vous l'avois dit fort sérieusement, mais s'il ne me reste plus, pour vous confirmer ce que je vous en ay dit, qu'à jurer Dieu, je le jure et le rejure, que vous me déplaisez fort. Après cela, soyez assez charitable pour ne pas consentir que je me damne sans profil et sans plaisir, c'est-à-dire ne montrez mes lettres qu'à celuy à qui je les écris. Je vous en conjure ; car enfin parlons raisonnablement : Est-ce que vous croyez me radoucir sur la manière dont vous en avez usé, par la copie du billet que vous a écrit M. Conrart. Nullement, sachez sans vous ofï'enser, que je le connais, sans pourtant luy avoir jamais parlé, tout aus«i bien que vous. C'est un homme qui a toute sa vie eu deux grandes afiaires dans la teste; mais qui toutes deux, l'ont récompensé des soins qu'il en a pris, par le succès qu'elles ont eu. 11 n'a travaillé et ne travaille qu'à faire du bien, ou a en dire tout au moins de ses amis, et même de ceux qui ne le sont pas ; et qui. encore, n'a jamais fait, ni dit mal de personne, ni mesmc souffert qu'on en dist. quand il a pu honnestemcnt l'empescher. Je compte avec luy sur ce pié-là, et ne me méconi[)te point. Il voit donc que vous vous

i) Inédit. Ilec. Coiirarl, T. XIII, in-folio.

4^2 LA vu: Di: saint-pavin. i6G8

estes ridic'uleimnt cMiciipiicié de inoy : il ne veut pas, leste pour teste, choquer vos soiitiiiiciis, et cela est de son inclination naturelle, de son estude, de rainilié qu'il a pour vous, et du bon-sens. Entendez-vous bien cela, notre cher am\ !' si vous ne l'entendez pas à votre mal-heur, je ne sçaui'ois aous l'expliquer mieux. Pour le cher Pavin, c'est une autre atîairo : il m'ayme depuis long-temps, et m'a toujours aynic. dej)uis ([u'il me connoist; l'absence n'a point eu de pouvoir sur luy, n(jn ])lus (pic mes disgrâces ; et s'il m'en arrivoit encore de plus grandes, il m'aymeroit encore mieux. Il a l'âme encore plus belle que l'esprit, et jamais vicieux n'eut tant de vertu. .le luy souhaite dans l'autre monde quand il y sera, autant de plaisirs qu'il en a cherché en celuy-cy, tant qu'il y a esté. Adieu, Monsieur l'Indocile. Voicy donc la dernière fois que je vous écriray, par ce seulement que vous estes Indocile. J'oubliois de vous dire que le sonnet de Saint-Pavin, que vous m'avez envoyé, est, en eflet, de Saint-Pavin. C'est tout ce que je puis vous en dire, à l'imitation de celuy auquel on commis, à Ipre, le soin de faire lépitaphe de Jansénius, et que j'y ay liie ; il la fit attendre trois mois, et, à la fin, après y avoir bien travaillé, pensé, et repensé, il écrivit sur sa tombe :

IJic jacel Janséiilns % Salis § dlxi.

Sainl-Pavin an marquis de Jarzay i ;

Marquis, j'ay receu ta léijendr ;

Elle m'a pieu, quoy quun peu grande ;

Chacun dit que les longs discours

Ae réjouissent pas toujours :

Mais tu 1)1 us fait voir le coi t traire ;

Car tes vers sont d'un caractère

Si galant, si doux, et si fin.

Qu'on craint toujours d'en voir la fin.

C'est une merveille à ton âge,

D'écrire avec tant d'avantage ;

(i) Inédit. I\cc. Conrart, T. Mil, in-folio.

Et Je voy par ce que la fuis.

Que r esprit ne vieillit jamais ;

Le lien à la délicatesse

Joint la force de la Jeunesse ;

Et f/uoy quon l'ait dit de la Cour,

Si tu voulais y J'aire un tour,

Au premier ranq, chez les plus belles.

On te verrait dans les riielles,

Y faire garder les manteaux .

A mille petits Jouvenreauj' ;

Mais ce te serait peu de (jloire,

Man cher Marquis, veux-tu me croire,

Ne quitte Jamais ton château ;

Paur te le faire trouver beau,

Sange qu'an t'y respecte en maistre ;

On vit heureux quand an peut festre ;

On se met au-dessus des laix.

Reçois le Code, toutefois,

L'ordonnance m'en paraist banne,

Puisqu'il défend qu'on emprisonne.

Chez toy, libre des sains cuisa/is.

Qui tourmentent les Courtisans,

Tu pourras dessus la fougère

Aller courtiser la Bergère,

Mesme, si tu veux, le Berger ;

Je n'y trouve pas grand danger :

Guéry ton esprit des fatigues

Que te causèrent les intrigues ;

Et te donne entier aux plaisirs

Qui seront selon tes désirs ;

X écoute guère la Morale ;

La Nature plus libérale.

Nous accorde le plus souvent

Cent choses que l'on nous déj'end.

Elle seule, dans son grand livre,

Nous enseigne comme il faut vivre ;

Suivons le donc, et cependant.

Je finis, en te denifuidaid

'|4'| I.V \ IK DE SAINT-PAMN. l()GS

Qiiel(/ifc }Kirl en /es bonnes yràces ; Tasauranl que (juoy que luj'aees, je suis (tuhud ton serviteur.

Que je le fus dans tu Juveur.

lin nianjuis <lc .htrray fUi comte de MiKjdddhui, du .'i uiai ll'dUS ' ;

... J'ai un certain caractère de })laisai)terie dont je ne nie puis dél'airc qui vous abuse ; car vous ne demeslez point mon sérieux d'avec luv. et c'est ce qui me f>aste. Car en fin j'ay ])our M. Conrart toute l'amitié et l'cslinie qu'on peut donner à un si excellent homme, toute la vénération que son mérite exij^e de ceux (jui en sont persuadez comme moy, mais je ne veux faire pour luy ([uc des vœux secrets, et je veux enfin que ce que je pense de luy et ce que je suis pour luy, soit un mystère entre vous et moy. Traitiez donc de luy à moy sur ce pied-là, et soyez moy une fois de votre vie et contre votre ordinaire un confident secret. Adieu, j'ay Icû et releû la réponse de l'amy Pavin. C'est une réponse sérieuse à une lettre burlesque. Je ne m'estois pas tourné de ce costé-là. Mais, en vérité, tout ce qu'il dit et tout ce qu'il écrit, est tousjours si spirituel que je trouve, en quelque façon mauvais, que M. Conrart attende de vous ce que vous jugerez de l'une et de l'autre. Prenez bien gaide de vous décrier auprès de luy et ne laissez pas à votre amitié l'avantage de pouvoir deshonorer vostre jugement.

Connirl à Monsieur de Mar/dfdllan, du 30 mai KIGS- :

Vostre incomparable Marquis a beau jurer et lejurer que vous lui déplaisez fort quand vous faites voir ses lettres, il a trop de lumière pour en vouloir estre creû, et vous n'estes pas homme à doimer dans ce paneau. Je jurerois bien mais sans crainte d'estre parjure que s'il est jamais damné pour cela ce ne sera pas sans plaisir. Il me fait souvenir d'une de nos Princesses (Altesses) modernes fort dévote qui prenoit Dieu à témoin qu'en promettant

(i) Inédit.

(2) Publié par Kervilcr.

avec de grands sermcns une chose foil importante à un homme qu'elle haïssoit. et dont elle avoit affaire, elle n'avoit pas eu intention de la tenir et qu'on ayant demandé avis à son confesseur qui estoit Jésuite, il Tavoit assurée qu'avec cette direction d'intention, elle pouvoit jurer et ne pas exécuter sa ])romesse en bonne conscience.

Ce que je vous puis dire des deux portraits en petit (jue vous m'avez lait voir dans la dernière lettre de votre excellent amy, c'est que sa manière ne me semble pas moins admirable en tout ce qu'il a écrit que celle de Beaubrun ou de Mignard en tout ce qu'ils représentent. Celuy de M. de S' Pavin est si ressemblant et si naturel qu'il est plustost luy mesme que sa peinture et il s'est si bien reconnu et s'est trouvé tellement à son gré que je ne l'ay jamais veu plus ayse qu'il fut en se voyant tout vivant dans cet agréable portrait. Pour le mien, je le compare à ceux qu'a fait Beaubrun qui sont fort tlattez mais qui ont pourtant de la ressemblance, .l'avoue donc qu'il y a quelque chose de moy de ce qu'il y a remarqué et que j'ay du moins l'inclination à faire du bien si je le pouvois et à ne faire mal à personne quand il me seroit possible.

Mais il oublié à son dommage de marquer le point le plus important de deux grandes affaires qu'il dit que j'ay toujours dans la teste qui est quand je dis du bien de quelqu'un, je suis persuadé qu'il est en luy, et que si je ne l'y croyois pas, je me contenterois de m'en taire, de sorte qu'il n'a pu douter de ce que je vous ay dit de luy sans nous faire tort à vous et à moy : à moy comme ne me tenant pas sincère et à vous comme m'ayant aydé à le tromper. Cependant c'est une chose assez surprenante qu'il ayt pu deviner de si loin ce qui se passe dans le cœur d'un homme obscur comme moy et qui a si peu de ])art à tout ce qui se fait dans le nnonde. Mais puisqu'il a le don d'une si grande pénétralion et qu'il sayt tant de mes nouvelles il ne doit pas ignorer ce que je pense de luy. C'est pourquoy je ne m'amuse point à vous supplier de luy mander avec combien de respect et d'admiration je suis son très humble et très obéissant serviteur mais je me contente de vous assurer que j)ersonne n'est plus que moy. Monsieur, le vostre très acquis et très passionne et très obéissant serviteur.

J'ay fait tous mes ("fforis |)()ur engager le cher Pavin à me faire

'i 'i() i.v mi: i)1' sai\t-i»avin. iGCxS

lin porliî'.il (le M. le marciiiis de .lai/ay aussi rosseiiil)laiil que cchiy que M. de Jar/ay a fail de liiy mais je ne l'y ay pu faire résoudre. Sa raison esl (jiril ne poui-roit aller jusqiies là et qu'encore (|u"il (iisl une iii(il!('tiic inalicre. il n'y donneroit pas une forme dij^ne d'elle: à quoy il ne se \eul pas exposer. Il peut y avoir de la paresse dans celle excuse; mais il y a sans doute aussi de la bonne fov.

Coiirarl dit nuirfjuis de .htr:(iy à J(ir:tiY, iln '2 juin HU'iH^ :

.le ne m'étonne |)as laid (pie vous, Monsieur, de ce que M. de Ma^daillan a eu de la ])eine à comprendre coque vous lui avez écrit sur mon sujet. Il me connoit mieux (pie vous ne me connoissez parce qu'il me voit tous les jours et ne trouvant pas en moy le bien que vous nous imaginez, il a raison de ne vous pas croire si facilement et en cela, iMonsieur, permettez moy de vous dire sans man([uer au respect que je vous dois qu'il est plus sincère que A'ous... Cependant comme l'amour-propie est le tyran du monde et qu'il accommode toutes cboscs à son j)oint je ne suis pas mairy (pie \ous ayez eu ce petit demesié avec M. de Magdaillan puisqu'il m'a valu le billet obligeant que vous m'avez fait Tlioniieur de m'écrire. Je ne me defens pas mesme de l'estime dont vous m'bonorez (pioique je m'en reconnoisse fort indigne. Je suis fort ayse de la joye que vous m'assurez avoir sentie de ce que j'ay écrit de voslre amy (Saint-i^aviu) puisque cette estime etcette joye peuvent estre des degrez à nu; faire parvenir jusqu'à voslre amitié (pii est le souverain bonbeur où j aspire. M. de Saint-Pavin ne m'a pas jugé indigne de la sienne, d(jnt vous connaissez le prix et quand son cœur auioit fait en cela quelque tort à son jugement vous en fisles ])ien moins au vostre en faisant une faute où vous aurez son exemple pour excuse. Mais à vous parler tout j\ lait sincèrement. Moiisieui', je ne désespère pas de me voir quelque jour élevé à un si liant rang, car si les qualités de l'esprit me maïKpienl pour vous plaire autant que je le soubaiterois, je ])ense en avoir (jueU^ues unes de l'àme que vous ne croirez pas méprisables, (piand vous les connoislrez par vous mesme. En

(i; Puhlié par !\pr\ilpr,

attendant que je sois assez henicux pour cela, j'ose vous conjurer, Monsieur, d'ajouter foy à ce que vous en diront les deux personnes que je vous ay nommées, et de croire sur leur parole, que je ne vous tromperay jamais, ni en vous parlant du respect et de la vénération que j'ay pour votre personne et pour vos vertus, ni en vous protestant que personne n'est plus véritablement que je le suis, vostre très humble, très obéissant et très passionné serviteur.

Saint-Pavin a dû envoyer à Gonrart ou à Jarzay la mordante épigramme qu'il fit sur la nomination simultanée au grade de maréchal de France du duc de Crequy, du marquis de Bellefonds et du marquis d'Humières ' :

Si tost qu'on eut svjné la paix, Cent braves, flattez d'espérance, Prétendirent pour leurs hauts Jaits Deve/dr nmreschaux de France.

Le Roy consulta quelque temps, Enfin pour les rendre contents.

Il s'avisa d'un tour de maistre :

De ce grand nombre, il en fit trois ; Après avoir fait ce beau choix Qui pourroit prétendre de l'eslre.

Saint-Pavin passa tranquillement les deux dernières années de sa vie à Paris ; il mourut le 27 ou ^28 mais 1G70, comme le témoigne son acte de décès ^ :

« Le lundy 3i mars 1G70 Messire Denis Sanguin de Saint- Pavin, àg-é de soixante et quinze ans, abbé commendalaire de l'abbaye de \. D. de Grestaiii. a esté pris rue de Limoges le Samcdy

(i) Journal des bicnfnils de Roy de i)(\n<iCi\u (I?il)l. iial., >Is. fr. 7(mi). (2) Nous avions di-jà donné ccl acio dans lo Tome 1\' de nolro niblioijmitliie des recueils collecUj's de poésies publiés de i'm^- à 1700.

vingt-nculdu i)rc.seii( mois ol iiijiiimc dans Icgliso (Saint Mcolas des Champs) après avoir chanté vcsprcs des morts à son intention avec l'assistance de Monsieur le Curé et de tous ses prestrcs et le hmdy 3o a le service chanté pontificalemcnt par M^r l'évesque de Senlis ' en la dite église... en présence de M*" Jacques Sanguin cydevanl seigneur de Livry son neveu et d'Anlhoine Sanguin, grand prevost de Cliahlis, son neveu. »

On remarquera que eel aele ne le désio-ne ni comme conseiller et aumônier du Roi. ni eonime piieur de Saint- Gosme près Meulan.

Guy-Patin a commenté sa disj)arilion flans sa lettre du 1 1 avi-il ' :

(( 11 est ici mort depuis peu de jours un grand serviteur de Dieu, nommé W de Saint-Pavin, grand camarade de Des Barreaux, qui est en outre fort illustre Israélite, si credcre J'as est...

« Le curé de Saint Nicolas n'a pas voulu donner l'absolution à M. de Saint-Pavin, qu'il n'ait auparavant jeté dans le feu son testament, à cause de la vie scandaleuse qu'il a menée et qu'il n'ait fait des legs pieux du bien ([ui lui restoit. »

\ous d'ait^nons fort que (niv-Patin n'ait pris son désir j)()ur une réalité : le l)énélice de (jreslain ' échut le a avril

(i) Denis II Sanguin, évôquo do Senlis, depuis le i A janvier iG52.

(2) Lellres de Guy-Palln, éd. lieveillé-Parise, Tome III, p. 740.

(.'i) Dans les pièces relatives à l'abbaye de (irestain il ne subsiste ])osl('rieu renient à la mort de Saint Pavin que la quittance suivante : « Nous, evesque de Senlis et abbé conmiendataire de Nostre Dame de (îreslain. consentons que M. Suard, notaire et secrétaire de la Gourde Parlement de llouen, remette es mains de dom .lean Le Paintcur, prostré, prieur claustral de nostrc dite abbaye, la somme do quatre cens livres qui a été mise en ses mains le treize de mars mil six cent soixante et dix par le sieur Desliayes pour et au nom du fou sieur de Saint-Pavin, cy-devant abbé de ladite abbaye, pour les causes contenues en son récépissé. Fait à Senlis en nostrc hostel épiscopal, le 'jii février 1G7.S. Signé Denis Sanguin, evesque de Senlis (Arch. du Parlement de Rouen, Roquestes, aimée i()7.")j. (^Public par M. Ch. lîréard). Consulter également l'ouvrage de M. Rréard sur V Abbaye de Grestnin, j)Our la liste des pièces existantes de l'administration de Saint-Pavin, p. 109.

LA VIE DE SAIM-PAVIN, 1G7O 44û

1G70 à son neveu Denis II Sanguin, évêque de Senlis, qui dut aussi hériter de sa maison de Livry ; c'étaient les deux gros morceaux de sa succession ' .

Saint-Pavin fut certainement regrelté de tous ceux qui l'avaient connu et fréquenté; Fieabet' en a fait le plus délicat éloge :

Sous ce tombeau gît Saint-Pâvin, Donne des larmes à sa fin. Tu fus de ses amis peut-estre ?

Pleure ton sort et non le sien ; Tu n'en fus pas ? Pleure le tien, Passant d'avoir manqué d'en être.

et madame de Sévigné a associé son souvenir aux jours heureux qu'elle avait vécus à Livry :

(I J'ai trouvé plaisant, comme vous, tout ce que nous avons pensé et senti sur notre petite al)bayo (de Livry). Ce tour d'imagination tout pareil est une chose rare ; vous l'appelerez enfance, folie, foiblcsse, tout ce que vous voudrez ; mais il est vray que ces Sanguins, ce Villeneuve, l'idée du vieux Pavin, ces anciennes connaissances se sont tellement confondues avec notre jardin et noire foret qu'il me semble que c'est une même chose, et que non seulement nous la leur avons prêtée, mais qu'elle est encore à nous par l'assurance d'y retrouver encore nos meubles, et les mêmes gens que nous y voyions si souvent. Enfin, mon enfant, nous élions dignes de cette jolie solitude par le goût que nous avions et que nous avons encore pour elle ^. »

(i) Son fils naturel Denis Sanguin a dû mouriravant 1GG2, voir p. .\o'i.

(2) Gaspard de Ficubct, né à Toulouse en 1626, mort le 10 septembre 1694. Il fut successivement conseiller au Parlement de Toulouse, chancelier de la reine Marie-Thérèse d'Autriche, et conseiller d'état ordinaire. Pour ses poésies voir notre Bibliographie des riecucih coUecliJs, T. III, p. 332. Il fut du nonibro des personnes auxquelles la Chambre de Justice, instituée sur l'initiative de Colbert, fit restituer une partie des sommes indûment perçues.

(3) Lettre de madame de Sévigné et de Cli. de Grignan à madaniedeGrignan du it décembre 1G89 (Tome IX, p. 34'i)-

45o LA VIE DE SAINT-PAVIN, T67O

Elle écrivait ces lignes le ii décembre 1689, dix-iieuf ans après le décès du vieux Pavin el au moment où l'abbaye de Livry, qui avait été donnée à la mort de l'abbé de Coulanges en 1687 à Seguier, ancien évéque de Nîmes, devenue vacante, venait d'être attribuée à Denis Sanguin, évêque de Sentis, le neveu de Saint-Pavin.

LES POESIES LIBERTINES DE SAINT-PAVIN

Nous avons longtemps hésité avant de nous décider à publier une partie des poésies libertines inédites de Saint- Pavin', ce n'est pas qu'elles dépassent en obscénité celles du Cabinet salyriqiie, des Délices saiyriques, et du Parnasse satyriqiie, mais simplement parce qu'elles ont trait à un vice particulier que les contemporains de Saint-Pavin accolaient à son nom. Les ignorer, c'est ignorer Saint- Pavin lui-même, c'est ne le connaître que sous un jour favorable en négligeant les ombres de sa vie. Il a droit d'être jugé impartialement sur ses qualités et ses tares et on ne peut pas plus exhalter les unes que dissimuler les autres. En essayant de constituer les dossiers des libertins du xvn* siècle, de ces précurseurs des philosophes du xvnf, nous sortirions de notre rôle en retranchant une seule pièce. De là la nécessité pour écrire leurs vies de se servir exclusivement de leurs œuvres et de documents indiscutal^les. Ces peu glorieux ancêtres de la libre-pensée ont

(i) On ne trouvera aux poésies libertines de Saint-Pavin que dix-sept des dites pièces incdiles.les dix-neuf autres ne peuvent être reproduites ici à cause de leur obscénité. Il en est fait un tirage à part, qui ne sera donné qu'aux personnes qui le demanderont pour compléter l'œuvre libertine de Saint-Pavin.

452 LES POÉSIES LIBEUTINKS DE SAlNT-l'AVIN

eu des mœurs aussi libres que leurs idées, on ne peut les en séparer.

Dans quelle mesure leurs nKcurs plutôt eondanniables ont-elles j)ropagé leurs idées, c'est afïaire d'appréciation sur les conséquences sociales de ces mœurs. Saint-Pavin, au xvu' siècle, a été une exception tout comme Des Barreaux, et cela parce que le teri'ain avait été déblayé par le procès de Théophile de Vian. Du moment c[ue h profession avouée d'alhéiste et de libertin pouvait faire courir des risques sérieux, elle ne rencontrait que de rares adeptes, elle restait l'apanage de quelques joyeux viveurs que leurs relations protégeaient dans \um certaine mesure et qui cherchaient à se distinguer de leurs coidemporains, à les surpi-endre, à les étonner. Saint-Pavin et Des Barreaux en mourant chrétiennement sont rentrés dans le rang. La comédie finie, ils oubliaient k;urs blasphèmes et leurs turpitudes de la Abeille. Le titre de lil)re-penseur dont on les pare à notre époque, si toutefois il répond à la réalité, ils n'en ont eu nulle prescience, ils se souciaient fort peu de contribuer, même indirectement, au progrès de la raison et de la soi-disant libération des esprits. La grande masse des Français, le nombre, ne les préoccupait guère; ils méprisaient le populaire et seraient fort étonnés aujourd'hui d'avoir contribué à lui ouvrir les yeux. Ce qui leur importait c'était, en bonne santé, une existence exempte de soucis, de tracas et d'ennuis, passée dans la bonne chère et la volupté.

Saint-Pavin a échap})é ])resque complètement dans ses poésies libertines à l'influence de Théophile ; leur seul

LKS POÉSIES LIUEKTINI-S DE SAINT-I'.VVIN (^(53

caractère commun est d'avoir adhéré tous deux à Fépicurisme. Des Barreaux, au contraire, s'était assimilé quelques idées du poète de Boussères, mais en les développant avec une logique inflexi])le.

Ses imprécations contre la raison :

L'Homme se rend encor luy-mesme misérable Ce peu de temps duquel il abrège ses jours Par mille passions, par mille vains discours, Tant la sotte raison le rend irraisonnable.

Plus heureuses cent fois sont les bestes sauvages, Cent fois sont plus heureux les oyseaux aux bocages Qui vivent pour le moins leur âge doucement.

Ha I que naistre comme eux ne nous fait la Nature, Sans discours ny raison, vivant à l'avanture, Nostre mal ne nous vient que de l'entendement •

découlaient du passage suivant de la Satyre première de Théophile :

Heureux auprès de toy les animaux des champs,

Ils sont les moins hays, comme les moins meschants.

Nature, douce mère à ces brutales races,

Plus largement qu'à toy leur a donné des grâces ;

Leur vie est moins sujecte aux fascbcux accidens

Qui travaillent la tienne au dehors et dedans:

La beste ne sent point peste, guerre ou famine.

Le remors d'un forfaict en son corps ne la mine ;

Elle ignore le mal sans en avoir la peur,

Ne cognoist point l'effroy de l'Acheron trompeur,

(i) Voir ce sonnet p. 2^5 : Ce n'est qu'un vent furtif (lue le bruit de nos jours, les précédents et les suivants.

454 LEi> POÉSIES LIBERTINES DE S.VIM-PAVIN

Elle a la teste basse, et les yeux contre terre,

Plus près de son repos et plus loing du tonnerre.

L'ombre des trespassez n'aigrit son souvenir,

On ne voit à sa mort le desespoir venir ;

Elle compte sans bruict et loing de toute envie

Le terme dont Nature a limité sa vie.

Donne la nuict paisible aux cbarmes du sommeil

Et tous les jours s'esgaye aux clartez du Soleil^

seulement Théophile s'était arrêté à nii-clicinin !

Saint-Pavin n'a pas ijerdu son temps à récriminer contre la Nature et il avait, certes, de meilleures raisons que Des Barreaux pour la traiter de marâtre !

Non plus que l'Illustre débauché il n'a été inquiété ni par l'Eglise, ni par le gouvernement royal, ni par les Jésuites et cependant la législation d'alors frappait durement les athéistes et les sodomites. On voit i)ar cet exemple, ou qu'il y a avec le Ciel des accommodements, ou qu'on a exagéré les persécutions dont la libre-pensée a été l'objet au xyu" siècle.

Quoiqu'il en soit, Saint-Pavin et Des Barreaux avaient de grandes qualités', une vive intelligence, un esprit alerte, primesautier, un réel talent poétique^. Qu'en restet-il .^ Le souvenir de deux vies gâchées qui auraient pu être utiles à eux-mêmes vÀ aux autres et dont ils ont été les premières victimes.

(i) Œuvres de Théophile, 1621, Satyre première, p, 76.

(2) Saint-Pavin surtout, nous répélons ici avec plaisir l'iiommage que lui a rendu le marquis de Jarzay : « Il a l'àme encore plus belle que l'esprit ; et jamais vicieux n'eût tant de vertu », voir p. /j^a.

(?>) Il n'ciilre pas dans le cadre de notre travail d'examiner la valeur littéraire des poésies de Saint-Pavin. M. Ed. Turqucly l'a appréciée avec goût et esprit, voir BaUclin du Dihlionhile, 1861. p. G3i.

LES POÉSIES LlBl-iniNES DE S.VINTPAVIN /|55

Maintenant nous allons dire un mot de l'ori^^inc des poésies libertines de Saint-Pavin et justifier leur allrihution :

Ces poésies se lisent dans le T. XIII du Recueil de Conrart in-folio, aujourd'hui à la Bibliothèque de l'Arsenal; elles sont, bien entendu, sans aucune signaluie, et se trouvent intercalées parmi cent quarante pièces également anonymes de Sainl-Pavin, sur cent soixante-cinq que compiend lédition Paulin Paris. Voici d'ailleurs l'ordre dans lequel elles se présentent:

\). io8() à II02, 27 soiniels n. s. de Sainl-Pavin.

p. iio3 à J120, pages blanches, lellre de m""'' de Goeslo à mad. de

ïoisy. Deux pièces n. s. de m''"'' de La Vigne :

Le Maronnicr d'Inde, cl VAccacia, métamorplioses, p. IJ2 1 à 1128, Vers libertins. — ■ i4 sonnets que nous attribuons à

Saint-Pavin.

p. 1 129 à 1182, Vers libres. — (3 pièces, id.

p. ii33 à ii38, Epigranimes Iradidtes de Martial. — iGépigrammcs.id. p. iiSg à ii/i2, Pages bl. l\e(i. de Jacques du Vivier, etc., à Colbcrt, p. 1143 à 114G, 4 sonnets n. s. de Saint-Pavin. p. 1147 à 1170, (io épig. et sonnets n. s. de Saint-Pavin. p. 1171 à 1194, La Marg ailler ie (de Marigny), lettre de madame de

Rohan, abbesse de Malnoue, etc., une fable de la

rose et de la violette, p. bl.

p. 1 195 à 1 199, 4 chansons et pièces diverses n. s. de Saint-Pavin. p. 1200 à 1242, pages bl., 45 pièces n. s., stances, etc., de Saint-Pavin.

A première vue cette disposition paraît étrange. Pourquoi Conrart n'a t-il pas réuni ensemble toutes les pièces de Saint- Pavin, puisqu'il en connaissait l'auteur, en y ajoutant le nom de son ami? Pourquoi les a-t-il à peine séparées par quelques copies peu imporlantcs? Nous pensons que celle disposition a été voulue ; il lui répugnait d'enlever à Saint Pavin ses vers libertins, de les isoler complètement de ses aulics poésies, il n'entendait pas non plus les lui donner trop oslensiblemcnt*. Pour laisser sa

(i) M. Kerviler (Valenlin Conrart, 1881) dit que Conrart a supprime los Priapées de IMaynard : « Mais, en môme temps qu'it (Conrart) corrigeait cl

456 LES POÉSIES LIIŒUTI.NES DE SAIM l'VVl.N

conscience en repos, il les a dispersés, comme on l'a vn, en ne mettant aucune signature ni sous les uns ni sous les autres de façon à permettre de les identifier facilement le jour où une âme charitable s'occuperait de reconstituer l'œuvre du poète. Si un doute subsistait, le style des 36 pièces que nous attribuons à Saint- Pavin le dissiperait; en les réparlissant parmi ses diverses poésies, il serait impossible de les distinguer et, sans elles, il n'aurait pas justifié son titre de Bol de Sodome^, titre qu'il revendique dans un des sonnets des Vers tiberdns :

A moy seul je m'abandonne,

Et je conserve le nom

Que tout le monde me donne !

L'ami de madame de Sévigné n'a cependant jamais été un sodomite, sa réputation lui est venue de ses vers et ces vers sont ceuxlà mêmes que Conrart nous a conservés. Enfin deux autres indications confirment notre hypothèse:

I" Dans le madrigal des Vers Hbres : Apprends l'état où je me vois, il fait allusion à ses infirmités,

Et nous vivons de telle sorte Que si je n estais tout perclus...

■2" Dans les Epigrammes traduites de Martial, celle : Pour ne point f... de p... est comprise dans les Poésies de Saint-Pavin du INIs. delà Bibl. nat. n" 1697, nouv. acq. fr., qui renferme plusieurs pièces inédites entr autres le dizain sur Des Barreaux Tirsis, trendjle, il est incertain.

Cette triple constatation qui vise les \ ers libertins, les Vers libres et les Epngrummes traduites de Martial, du Recue'û de Conrart ferait disparaître toute incertitude s'il pouvait en exister, mais nous estimons qu'il n'en existait pas auparavant.

revoyait les œuvres de ses amis, il se donnait aussi le droit de supprimer. Le poète Maynard, qui lui avait confié le manuscrit de ses Prlapées, recueil de vers dont le nom seul indique la licence, ne le revit plus. Conrart l'avait confisque. » Si .M. Kerviler a raison, pourquoi Conrart a-t-il copie les pièces sodoiniles de Saint-Pavin ?

(i) Voir p. l^2g.

POÉSIES LIBEIITINES DE SAINT-PAVIN 4^7

SONNET

Imprime

Jeune Iris, si vous étiez sage.

Vous seriez riche à bon marché, On nest jamais gueuse à vostre âge, Vous avez un trésor caché.

Ce vous est un grand avantage, Qu'à ce bien l'on n'ait point touché ; Mais ne le pas mettre en usage, Croïez-moy , c'est un grand péché.

La nature qui vous le donne

Veut quon s'en serve, amour t ordonne.

Il faut leur obéir enfin :

Jamais trop tost on ne l'employé :

Ce qui ne se perd qu'avec joye Ae se garde qu'avec chagrin.

SONNET

Imprimé

Iris, ainsy que les novices, Croit tout avec simplicité.

Fait les plaisirs comme des vices Qui sentent la fragilité.

Jamcds des amoureux caprices Son esprit ne fut agité, Les soins, les respects, les services.

N'ébranlent point sa fermeté :

Sa vertu partout est connue.

Mais j'en doute, après l'avoir veuë Pleurer aux pieds d'un confesseur :

De quoy se repent ceste belle ?

C'est asseurement que son cœur N'est pas bien d'accord avec elle.

458 POÉSIES lii5Ehtim:s de saint-payin

SONNET

Imprimé

Pourquoy venez-vous en ce lieu Importuner notre Madone ?

A quoy pour 2}0us est-elle bonne ?

Vous estes si bien avec Dieu !

Qu'esl-il arrivé depuis peu ?

Je sais que vous n 'aime: personne :

Le directeur qui vous talonne Vous force-t-il d'en faire un vœu ?

Ce fameux médecin des belles N'a Vémétique que pour celles Qui vivent libertinement ;

Vostre vertu le désespère.

Se conjesser et ne rien faire, C'est abuser du sacrement.

SONNET Inédit

Je vous ayme plus que moy mesme, Caliste, et ne suis point Jcdoux, De vous voir, beauté suprême, Gagner le cœur des jeunes fous.

Dans cette passion extrême, Je suis bizarre en mes ragoûts, Ce qui fait que chacun vous ayme, N'est pas ce que Je prise en vous.

Le galand qui vous importune Ne sçauroit nuire à ma fortune, Nos intérêts sont divisés.

Jlprétend ce que j'appréhende, \'ous m'offrez ce qu'il vous demande.

Et tous deux vous nous refusez.

POÉSIES LIBEUTIXES DE SAIXTPAVIN ^Sq

SONNET

Inédit

Calisle tu crains que la mère Voyant un jour grossir tes Jlancs i\e découvre nos passe-temps, Et pour moi Je m'en désespère.

Ce n'est cja une Jaute légère Aux fûtes d'avoir des en/ans.

Il est honteux qu'à cinqucuite ans Un bougre en ayt esté le père.

Dans la suite de nos plaisirs, Tu devois flatter mes désirs, Et moins donner à la luxure.

Consolons-nous dans ce mcd/ieur,

Et nous vengeons de la nature

Qui nous osle à tous deux l'honneur.

SONNET

Inédit

N'espère plus tromper personne.

Le temps a découvert le fait, L'enfant est né, chacun le scayt.

On m'en accuse, on me le donne.

Je ne croy pas qu'on nous pardonne Un si sale et 1 lo nie ux forfait, Dcuis Rome mon procès estfcdt.

Tout le monde icy l'ahcmdonne.

Scms que naguère on me surprit Avec ton frère sur un lit, Dadincuil à mon ordinaire.

Je me croirois perdu d'honneur ;

Je me sauveray par le frère

Du crime oh m'engagea la sœur.

46o POÉSIES LIBERTINES DE SAINT l'AVIN

SONNET

Inédit

Caliste, vous m'ay?nez et je n'en puis douter. Vos faveurs tous les Jours m'en rendent témoignage Mais si de votre amour, je n'ay quelque autre gage, Vous espérez en vain de pouvoir m'arrester,

Je ne suis pas dhumeur facile à contenter, Vous avez fcdl beaucoup, je prétens davantage. Ce que vous réservez est plus à mon usage, Mon bonheur en dépend et je veux l'emporter.

Ne pas tout accorder au galand qui vous ayme, C'est vouloir seulement vous contenter vous-mesme. Et ne pas témoigner assez d'emportement.

On se doit en amour relâcher l'un pour l'autre, Que j'en use à ma mode une fois seulement, Après j'en useray quatre fois à la vôtre.

SONNET

Imprimé

Deux belles s'aiment tendrement, L'une pour l'autre s'intéresse.

Et du mesme trcdt qui les blesse Elles souffrent également.

Sans se plaindre de leur tourment.

Toutes deux soupirent sans cesse, Tantost l'amant est la maistresse, Tanlost la mais tresse est l'aniaid ;

Quoy qu'elles fasserd pour se plaire, Leur cœur ne se peut satisfaire, Elles perdent leurs plus beaux jours ;

Ces innocentes qui s'abusent Cherchent en vain dans leurs amours Les pkdsirs qu'elles nous refusent.

POÉSIES LIBERTINES DE SAINT-PAYIN ^6

so^^■ET

Imprimé

Deux braves, mais différemment.

De taille et de mine peafière, A l'envy pressent fortement Une place sur la frontière.

Par devant vigoureusement L'un veut enfoncer la barrière ; L'autre, attaquant plus finement, La veut surprendre par derrière,

L'un et l'autre de ces rivaux Ont si bien poussé leurs travaux, Quelle est en estât de se rendre ;

On dit mesme qu'elle a traité.

Et qu'elle n'a pu se deffendre D'ouvrir d'un et d'autre cas té.

SONNET Imprime

Amarante, dans un ouvrage Fait pour Boissat nommé l'Esprit, Sur les plus sçavans de nostre âge L'art de bien escr'ire enchérit.

J'estime encore davantage Les vers que pour Flore elle escrit, Ils sont plus selon mon usage, Ta'une les douceurs quelle y dit ;

Tous deux, l'âme assez raisonnable, Nous courtisons nostre semblable.

N'aimant le reste qu'à demy :

Sans l'accuser d'une infamie, J'escris souvent à mon amy.

Comme elle escrit à son amie.

^52 rOÉSIES LIBERTINES DE SAlNT-rAVIN

SONNET

Inédit

Je nay pas le cœur assez bas PourJJatter fa nais sanlc flamme.

Je t'ayme trop, cl de la dame Ma Muse f ail Irop peu de cas.

J'ayme mieux avec les forçais Auil el Jour lirer à la rame, Qu'écrire en faveur d'une dame Quon f. , . el que je nef. . . pas.

Jadis le fameux Théophile

Pour gens de cour el gens de ville,

Faisait ce métier gahnnmenl.

Cesloil avec tanl d'adresse

Qu'il se payait dessus famanl

Des vers qu'il fil pour la Maîtresse.

SONNET Inédit

Pour se donner un peu de gloire. Et me Je lier dans le mépris, Calislepar tout a fait croire Quefeslois père de son fils.

Elle na pas bonne mémoire De la façon dont Je ni y pris, Je ferois lorl à mon histoire Si Je m'eslois si fort mépris :

Mal-aysément Je lui pardonne, La vanité quelle se donne De ni avoir soumis à ses loix.

J'ai connu cent filles plus belles, Qui ne se laissent pas toutefois De se vanter d'eslre pucelles.

rOl'siES LIBEUTIXES DE SAINT-PAVI.N 4^33

SONNET

Inédit

Qui sçaura le peu de mcriie De eelay qui fui Ion amanl Dira que de /n'avoir eiisuile Est Jbrl grij/ier au ehangemcnl.

Il te laissa si mal instruile Des plaisirs qu'on prend en. ayniant, Quil le faut ehanger de conduite, Et te tourner tout autrement.

Si lu me crois en toutes choses.

De ton beau teint les jeunes roses Reprendront leurs vives couleurs ;

Ta les perdis dans tes grossesses, Pour avoir soujjert mes caresses On ne perdit jeûnais sesjleurs,

SONNET Inédit

Calls te propre, et bien frisée, Forçant l'ordre de son destin.

Pour me venir voir un mcdin, S'estoit en page déguisée.

La petite assez avisée, Craignoit qu'en jupe de satin, A son teint délicat et fin La porte luyfut refusée.

A l'aspect de ses doux apas, J'cu-ray, je ne m'en défens pas ; Mais elle pcwut si gentille.

Que pour la sauver du soupçon, Je la traittay comme une fille Qui vouloit passer pour garçon.

464 POÉSIES LinrUTlNES DE SAINT-P.WIN

SONNET

liu'dit

Ma vie est plus réformée Qu'elle nestoitcy devant, Alidor est à l'armée Et Philis dans un couvent.

Ma main est là bien aymée Qui me sert le plus souvent, Le soir, ma porte Jermée, Seul, je m'en Joue en resvant.

i\e croy pas que je me pasme Au souvenir d'une dame, Ou de quelque beau garçon,

A moy seul je m'abandonne

Et je conserve le nom

Que tout le monda me donne.

STANCES

Inédit

Tircis, apprens mon bonheur, Je rentre dans ma vigueur.

Depuis quelque temps baissée :

Ce matin, à mon réveil.

La Nature, et le Soleil M'ont fait présent d'une arsée.

Tout le temps qu'elle a duré, Dans mon lit, j'ay soupiré.

Tu dois en savoir la cause, Je te la voiiay d'abord; Mais sa naissance, et sa mort Ont pj-esque esté mesme chose.

A force d' alloue hemens.

J'ai prolongé les momens

POÉSIES LIBEUTINES DE SAINT- PAVIN 465

De sa délicate vie, Toute languissante, enfin Quoy qu'ait pu faire ma main Elle s'est évanouie.

Mais ne t'en afflige pas, Mon amour, et tes appas Peuvent la faire renaître, Viens, approche, Je t'attens, Elle revient, je la sens, Je t'en veux faire le maistrc.

STANCES

Inédit

Poussés de mesmes désirs, Donnons-nous mesmes plaisirs, Qu'égal en soit le partage ; Si dans cet heureux instant, Je t'en faisois prendre autant, J'en aurois bien davantage.

Qu'il est doux de s'embrasser !

Pourquoy si fort nous presser ?

Cessons ensemble de vivre ; Meurs un peu plus lentement, Encore un petit moment Tircis, je m'en vais te suivre.

MADRIGAL

Imprimé

Iris tremble qu'au premier jour, L'himen, plus puissant que l'amour N'enlève ses trésors sans quelle ose s'en plaindre. Elle a négligé mes avis ; Si la belle les eust suivis.

Elle n'auroit plus rien à craindre.

466 POÉSIES LIBERTINES DE SAINT-rAVIN

MADRIGAL

Imprimé

Plus résigné qu'an capucin, Le front tout barbouillé de cendre, Je vous fais part de mon dessein, Il doibt sans doute vous surprendre :

Je ne veux plus penser à rien Quà devenir homme de bien ; J'aspire à la vie éternelle.

Insensé l Qu'est-ce que je dis?

Iris, si vous m'es tes fidelle Ne suis-je pas en paradis ?

MADRIGAL

Iiu'dit

Quand Philis me flatte et me txdse.

Je me sens soulever le cœur.

A-telle r/icdelne mauvaise Tircis l'a de meilleur odeur.

MADRIGAL

Inédit

On dit que Lise en compagnie Ne saytja?nais ce quelle dit.

J'en doute fort quoy qu'on en die, Teste à teste elle a de l'esprit ; Je passeroy mesme plus outre, Je la trouve habile en tout temps, Elle ne parle que def ....

N'est-ce pas parler de bon sens ?

POÉSIES LIBERTINES DE SAINT-PAVIN ^6j

ÉPIGRAMME

Inédit

Damon n'est plus ; Qiilleat de charmes

Que son esprit fut éclairé!

Après qu'il eut veu son Curé, Il mourut ferme et sans allarmes.

On fait preuve de sa vertu, Quand on meurt comme on a vescu.

ÉPIGRAMME

Imprimé

Silvandre, si je sais blessé Du trait que Philis m'a lancé Pourrois-lu le trouver estrange ?

Son esprit, sa beauté me plaist, Puis-Je pas l'aimer comme un ange ?

On ne sayt de quel sexe il est.

EPIGRAMME

Imprimé

Amour de diverses façons Brusla deux frères de ses flammes, L' un a soupiré pour les dames.

L'autre n'aima que les garçons.

S'il est vray qu'un d'eux se retire, De sonpesché las et honteux.

Il n'est pas malaisé de dire Lequel ce doiht estre des deux.

468 POÉSIES LIBERTINES DE SAINT-PAVIN

ÉPIGRAMME

Imprimé

Tircis qiiijat toute sa vie Dans les plaisirs très raffiné, Par zèle ou par bizarrerie Dans un couvent s'est retiré ; On fa mis parmy les novices, Pour le former aux exercices Qui tournent un esprit à Dieu, Qu'il est heureux dans ses caprices !

Il peut trouver en mesme lieu Et son salut et ses délices !

ÉPIGRAMME

Imprimé

Tous les matins dans son miroir Caliste se trouve si belle.

Qu'elle me met au desespoir ; Elle n'a d'amour que pour elle, Dans un commerce tout va mal Quand la maîtresse est le rival.

EPIGRAMME

Imprimé

La petite Aanon chagrine De voir que toujours son amant La vouloit baiser autrement Que l'on ne baise sa voisine :

Eh bien! dit-elle, vieux brutcd, A tes désirs il faut se rendre; Mais ne sçaurois-tu Jamais prendre De plaisir sans faire de mal?

poésies libertines de saint-pavin ^69

Epigrammes imitées de Martial

ÉPIGRAMME

Inédit

Si quand Ion page donne à boire On Jette l'œil sur sa beauté, Aussi tost dans une humeur noire Tu nous regardes de costé ; Est-ce une chose criminelle Pour nous traister de la façon ?

La nature nous déjend-elle De regarder un beau garçon ?

Croy moy, sois désormais plus sage Et quand tu fais goûter tes vins, Si tu ne peux souffrir qu'on regarde ton page. Donne à dîner aux Quinze-vingts.

ÉPIGRAMME

Inédit

Que fait à tous momens chez vous Certain jeune homme à blonde teste Qui sur votre femme sans cesse Jette des regards assez doux?

Vous dites : H fait mes affaires; Que vous avez peu de lumières !

Il f eût, ce beau mignon trcmsy.

Celles de votre femme aussy.

ÉPIGRAMME

Inédit

Desjà de six ou sept coquets Vous avez receu le service.

Ils estoyent Jeunes et bienfaits.

Et bons pour l'amoureuse lice ;

/iyO POÉSIES LIBERTINES DE SAINT-PAVIN

Peu après voyant leur vigueur Contenter foiblemenl votre lubrique envie. Avec d'autres mignons vous l'avez assouvie, Et vous voilà tombée en un mesme malheur, Prenez-moi de ces gens quune mine sévère

Fait craindre partout en censeurs, Peut-estre quils auroyent de quoy vous satisfaire, Mais chez eux comme ailleurs, il en est de trompeurs.

Lise, qu'il est difficile

A qui veut faire l'amour

De trouver dedans la ville

Un véritable Saucour !

ÉPIGRAMME

Inédit

Silvie avoit le mal de mère.

Et couchoit avec un mary. Si peu capable de Inen faire Qu'elle n'en eust Jamais g uéry ; Le bon homme aymoit sa Silvie, Et pour luy conserver la vie Voulut que son voisin luy fit.

Elle pleura d'abord, elle fit la badine, A ce remède enfin, la belle consentit, 0 la fâcheuse médecine !

EPIGRAMME

pour le père de Souscarrière, le duc de Bellegardc (Imprime)

Cy gisl un homme extr' ordinaire :

Quand tu sçauras ce qu'il put faire, Passant, tu seras bien surpris ; Il a fait comme Dieu le père.

Qui, sans avoir connu la mère.

Ne laissa pas d'avoir un fils.

POESIES LIBERTINES DE SAINT-PAVIN

SONNET

Inédit

Après deux ou trois mois d'absence.

Le V... plus mol que du coton.

Je fus hier oà Jeanncton Af attendait avec impatience.

Là, pour forcer mon impuissance, Tout d'abord je lui pris le c....

Et sans faire plus de façon Je la J.... comme je pense.

Jeanneton pour recommencer Sollicitoil mon v... darcer Mais trompant son attente vaine.

De dépit de le voir rendu,

Me dit, vrayment c'est bien la peine

De vous avoir tant attendu.

SONNET

Inédit

Caressant un soir Alison, Elle me dit toute en colère, Vrayment voilà bien la façon De me guérir du mal de mère.

Un novice, dans sa maison, Le pourrait bien souffrir d'un Père ; Mais avec may, c'est sans raison, Puisqu' autrement on le peut Jaire.

Conjus, je changeay de dessein.

Et luy mit mon v.. à la main, Pour le réduire à son usage.

Mais aussifost quelle l'eut pris Au lieu de la servir, de rage Il lui gâta tous ses habits.

POÉSIES LIBERTINES DE SAliNTPAVlN

SONNET

Inédit

F... seiirement, c'est la leçon Que je te donne la première, La seureté nest point entière Que chez l'antipode du c...

C'est rarement qu'un vieux garçon En use d'une autre manière, Je ne puis en cette matière, M' expliquer d'une autre façon.

Il faut venir à mon école,

Quoy que tu sois savant en tout,

Catien, Descartes, Bariole,

Cent fois relus jusques au bout,

Ne t'apprendront point comme on fout

Pour s'exenter de la vérole.

SONNET

Inédit

Jeanne qui fait comme je croy, Un autre métier que de coudre, Vouloit à Jean donner sajoy, Et craignoit Jean comme la foudre.

Pour rétrécir vous savez quoy, Sa mère cherchoit de la poudre, Quand la petite vint chez moy Ne sachant à quoy se résoudre.

En homme halnle et fort adroit, Je la pris soudain par l'endroit Qui peut se resserrer <fur l'heure.

Mais Jeanne, en soupirant, me dit, Jean est moins à craindre, je meurs, Que n'est ce remède maudit.

POESIES LIBERTINES DE SAINT-PAVIN

SONNET

Inédit

Cher Vigeon ^, que ta mort me va coûter de peines, Qu'un v... est mal-heureux cV arcer dans un païs Oà l'on punit du feu ces nobles appétits Qui ne sont condamnez que chez les souveraines.

Ordonnez pour le moins aux femmes d'estre saines,

Juges, si vous prenez quelque pitié des v...,

Ou faites que les c... deviennent plus petits,

Et qu'ils soyent désormcds sans fleurs ni mcU-semaines.

Bougres, qui l'avez veu, sans l'oser secourir. En chemise, tout nud, dcuis la Grève périr, Qui pourroit arrester vostre fureur lubrique ?

Au lieu de luy chanter tristement un salve, Vous deviez sur son Jeu venir branler la pique. Les armes à la main, sans doute, on l'eut sauvé.

(i) Ce Vigeon ou Le Vigean d'après le ftec. Maarepas, T. XXI, p. SaS et le Chansonnier Gaiynières, serait un maître d'école de Paris qui avait été auparavant valet de ctianibre du comte de Gramont. II fut condamné à être pendu et brûlé pour crime de sodomie avec des... poules.

Son supplice que l'on peut placer entre i045 et i65o donna lieu à une chanson qui compte cinq couplets dont les deux premiers et les deux derniers furent composés par le chevalier de Rivière, le troisième appartiendrait à Blol.

Le second couplet parle de Bautru, comte de Serrant, le troisième de Romainville et le quatrième du duc de Vendôme qui y est qualifié de grand marguillier de Sodome.

Le comte, puis duc de Gramont (1604-1678), passait pour le plus grand sodomite du royaume ; c'était également un libre esprit si on en juge par cette épigramme qu'on lui prête :

Mais puisque mon destin ne se peut reculer. Des sacremens, Monsieur, cessez de me parler.

Qui n'a plus un moment à vivre

N'a plus rien à dissimuler.

POÉSIES LIBERTINES DE SAINÏ-PAVIN

MADRIGAL

Inédit

Apprens Vestat oà je me voy, Tircis, Alidor vient chez moy.

Et nous vivons de telle sorte, Que si je n'estois tout perclus, Ayant cent fois pris ce qu'il porte J'aurois déjà fait beaucoup plus.

Philis, moins belle, et plus à craindre Que n'est cet aymable garçon.

Sans remuer, ni me contrcdndre, Me le f eût faire à sa façon.

Ah! Tircis, que je suis à plaindre, Je ne puis plus f. ... . quen c....

Il n'y va pourtant rien du vôtre, farce pour l'un quand je f... l'autre.

MADRIGAL

Inédit

Cher Tircis, le mal qui t'afflige Fit périr toute ta maison, Suis mon conseil et la raison, Fay-toy panser, et te corrige ; On ne voit que déjeunes gens Tomber en de tels accidens, Le sage prend une autre route.

Quitte le c..., il t'est fatal.

Il n'importe guère oà l'on f....

Pourvu qu'on s'exente du mal.

POESIES LIBERTINES DE SAINT-PAVIN

Epigrammes imitées de Martial

ÉPIGRAMME

Inédit

Caliste m'ayant anjourd'huy Surpris avec son Jeune frère, M'a reproché toute en colère Quelle avait un eu comme luy ; En vain, ay-Je dit, tu proposes De donner ce quont les garçons, Apprens à mieux nommer les choses, Pour nous les femmes ont deuxc...

ÉPIGRAMME

Inédit

Dès aussi-tost vieille Brienne, Que tu me prens le v..., et m'appelle ton cœur.

Je suis de si mauvaise humeur, Que je ne pense pas que jamais j'en revienne ; Ah ! que tu comprens mal comme il faut caresser !

Dis-moy, cent louis je t'apporte.

Sans jouer de la main, tu me verras arcer.

Branle moi le v.. de la sorte.

EPIGRAMME

Inédit

Je lejays trois fois en une heure A la beauté qui m'a rangé dessous ses loix

Mais en trois ans, Lise, je meure, Si je te lefaisois seulement une fois.

l'OESIES LIBERTINES DE SAINT-PAVIN

ÉPIGRAMME Inédit

Je ne veux point épouser Celimène, Pourquoy ? L'on en médit partout ; Tu ne says donc pas qui la /..., Qui ? Le chevalier de Lorraine ' ; Je veux épouser Celimène.

ÉPIGRAMME

Inédit

Lors que Tircis s'est veu du bien, Il n'a jamais connu de femme ; Mais mainlencml qu'il n'a plus rien,

Il s 'estjait unf. infâme ;

Voyez à quelle extrémité Nous réduit la nécessité.

ÉPIGRAMME

Inédit

Ne voyant homme ne garçon Lise, en modestie, en sagesse, Sembloit donner quelque leçon Mesme à la plus chaste Lucrèce ; Cependcmt la bonne bougresse S'en donnoit de belle façon ; On a découvert ce mystère.

Silvandre, et pour notre malheur On a bien veu qu'un adultère Se pouvait faire sans fouteur .

il) Fils de madame des Essarts et du cardinal de Guise, favori de Philippe, duc d'Orléans.

ÉPIGRAMME

Inédit

Philis, VOUS demandez poLirquoy j>: Tircis est le mieux avec moy,

i Qaoy que vous ayiez l'un et F autre,

î Un eu fait de mesme façon ?

l- Jl est vray, Philis ; mais le vostre,

A mon goust, sent un peu le c...

ÉPIGRAMME

Inédit

Pour ne point f.... de putain,

En crois-tu, pour cela, tes passe-temps sans crime ?

Bougre, tu tef... de ta main.

Ce plaisir est-il légitime ?

Si celui qui forma le plus grand des Romains,

Pour tout c n'eust eu que ses mains,

Voy de quel héros admirable,

Il aurait privé l'Univers ;

Songe que la nature en tes plaisirs pervers,

Te crie incessamment : Arreste misérable.

Ah ! c'est un homme que tu pers !

EPIGRAMME

Inédit

Quoy ! n'est-ce pas assez que le beau Ganimède

Passe avec vous toute la nuit,

Sans que l'ardeur qui vous possède,

Vous force à lui branler le v... ?

Aux garçons, plus que tout, la mainjait du dommage.

Elle efface la Jleur de leurs appas naissans.

Et hâtant le cours de leur âge.

Les fait hommes avant le temps,

La Nature discrète et sage.

Des mâles a fait un partage.

POKSIi:S I.IBEKTINES DK SAIM-l'AVIN

Elle en donne une jxirt à nos j<isfes désirs,

Aux Jenwies elle a laissé l'autre

Pour salisjaire à leurs ])laisirs ;

Danion, servez-vous de la vostrc,

ËPIGRAMMK

Inédit

SeayS'tu ee que fait Belize

Silost que de vin elle est grise ?

Elle fait à ehacun

Comme elle fait à jeun.

ÉPIGRAMME

Inédit

Tandis que le premier eolon Paraissoit dessus ton visage, Ta bouche infâme es toit le c...

De tous lesf de ton âge ;

Maiidenant que tes cheveux gris Des faquins font fait le mépris, Elle ne te sert qu'à médire ; Rentre dans ton premier employ, Tircis, en vérité, Je croy Que le dernier est beaucoup pire.

ÉPIGRAMME

Inédit

Tant que Tircis fat riche il ne f quenc...,

Maintenant pour gagner sa vie, Ilf... le vieux c. d'un cocu.

Que ne fait point la gucuserie.

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