‹ Disciples et successeurs de Theophile de ViauChapitre 75 sur 96 · ET MADEMOISELLE AN M", DE LA VIGNE · texte numérisé non relu

ET MADEMOISELLE AN M", DE LA VIGNE

Le pauvi-e Sain t-Pa vin perclus — il fallait lo porter en chaise' — n'ayant pins (|ne son amie de Livry, Des Barreaux s'élant l'eliré à Chaloi!-:^ur-Saone. l'ecluM'clie la fré- (pientation de ceux que, comme lui, le temps avait assagis, tout en gardant précieusement l'amitié des rares survivants des jours lieui'eux. Tl a la bonne chance de se lier avec le huguenot (^^nrarl cl <le (M)idinuer ses relations épistolaires avec le vieux marquis de Jarzay^.

Les manuscrits de Conrart, conservés à la Biijliothèquc de l'Arsenal, renfeiunent une partie des lettres échangées de mars à juillet i(')()(S o]i\vv Conrart. Saint-Pavin, mademoiselle Anne de La \ igné, le marquis René de Jarzay

(1) << Pour celui (l'cl.'il) (lu |)ainr(' (;iicvalior, je iie m'y accoutume pas. Quoi P ce visage de jeunesse et de sauté ! (pioi ? cet âge qui ne sort qu'à peine de la première jeunesse, esl conq)alii)Ie a\ec l'impossibilité de marcher! On le i)nrte comme Saint-Pavin !...))(I.etlr(' de madame de Sévij:ué du mercredi 1" août i(j85, Tome VIII, p. 437;.

(2) \o'ir SUT Jarzay ou .Jnrzr les ///.s/or/c/Z^'x de Tallcniaid des idéaux el les Mémoires du temps relatifs à la Fronde.

et le comte de Magdaillan, c'est une petite page tle l'iiistoire des dernières années de notre épicurien. Elles nous apportent le témoignage de la considération dont iljouissait, le prix qn'on attachait à son amitié, les preuves de sa fidélité à ses amis dans la mauvaise fortune, en un mot, elles nous le montrent comme un noble caractère.

Conrart lui sert d'introducteur près de mademoiselle de La Vigne ' et son mérite est grand de présenter un homme qu'il estime capable de le suj)planter dans le cœur delà poétesse, mais il était difïicile de résistera Saint- Pavin. il savait louer avec tant de fmesse que le compliment même excessif semblait répondre à la réalité.

Il avait raison d'ailleurs de flatter Conrart. Anne de La Yiofue mérite aussi notre reconnaissance de s'être laissée aimer par ces deux aimables vieillards alors que des jeunes gens comme Fléchier. le futur évéque de Nimes. autre protégé de Conrart. papillonnaient autour d'elle, sans d'ailleurs compromettre sa réputation'.

Xous donnons ces lettres dans l'ordre chronologique :

(lonrarl à Sainl-Paviit, 'i mars KIGS'-^:

Vous m'avez faille plus grand plaisir du monde, en m'appreiiant que je lay de jolis sonnets avec tant de facilité. Je ne m'en estois pas aperceu sans doute parce que je n'en avois jamais fait avec vous. Que ne m'épousiez vous sur le Parnasse, il y a vingt

(i) Anne de La Vigne ('iC3/t-i084), fille du médecin de Louis XIH. fut l'une des plus célèbres précieuses du temps. Fléchier, comme Conrart, lui a adressé des lettres galantes ; voir La jeunesse de Fléchier par l'abbé Fabro.

(a) La jeunesse de Fléchier, par l'abbé A. Fabre.

(3) Publiée par Kervilor dans son Vnlentin Conrart, iSSi.

ans, nous eussions fuit ensemble des enfans assez spirituels et notre communauté cust esté bonne des profils de vos propres'. Mais je n'estois pas un assez bon parly pour vous. Et puis, vous n'avez jamais aymé le mariage, peut estre parce qu'il vous eust fait perdre vos bénéfices- et peut estre pour quelqu'autre raison. Cependant comme il n'est pas défendu à un aljbé galant et discret d'avoir une Maistresse, j'accepte de tout mon cœur la faveur que vous me faites de me choisir pour la vostrc, et je vous promets, en récompense, que je vous reconnoistray toujours pour mon Maistre. Au reste j'ay fait voir nostrc sonnet (je l'appelle ainsi puisque vous voulez qu'il passe pour un finit de nos amours) à beaucoup de connoisseurs, qui en ont tous esté fort contens. L'homme de la Cour qu'on estime le plus critique, non seulement n'y a rien trouvé à redire, mais il est demeuré d'accord que, depuis longtemps, il n'a rien vu de si juste, ni de si agréable en ce genrelà. Cest beaucoup dire, et principalement pour luy. Je croyois vous avoir répondu dès hier, mais de tout le jour je ne fus pas un moment seul, et quoy que j'eusse force choses à faire je me couchay à minuit sans avoir rien fait. Mon premier soin dès que j'ay esté levé a esté de vous écrire. Le mot de prises ne m'ayant pas tout à fait pieu, je songeay d'abord à celuy de choses^ ; mais je n'osay vous le proposer de peur qu'il ne vous parustun peu vague. Tout le monde le trouve pourtant fort bien. Il est venu un petit scrupule ou deux à quelqu'un que je vous diiay, mais ils ne me semblent pas considérables. Âymez moy toujours bien, je vous en conjure, et soyez persuadé qu'il n'y a point de maîtresse qui soit plus soumise (et plus dévouée !*) à ses ani:ints. que je le suis pour

vous. 1)

(i) Kcrvilor avait laissé ce mol en blanc.

(2) Ce passage de la lellre tle fionrarl pronvc que Saitil-Pavin n'a jamais élé prèlre et n'a poinl eu le « eaiaclèie sacré ». 1/Eglisc c si peu tendre aux dillormités physiques » n'a [)as accueilli « ce jjelit monstre bossu par derrière et [)ar devant », elle ne lui a pas « donné l'abbaye de Livry » (pji appartenait à M. de Coulanges, cl « elle n'a pas eu à regretter son exceptionnelle tolérance tpiand elle se vit si mal récompensée » comme l'a allirnu'' M. j'errens : Lrs f.Ujrrtiiis en France au XVII" siècle.

("3) Nous n'avons pas trouvé de somiet de Saiiil-I'aviii (jui conlienne ces dvilx mois. Le texte ici a été rogné.

LA VIE DE SAIVr PAVIN, iGGS /|35

(lonrarl à Mademoiselle de Ld Vif/ne en liiy envoyniil un madrigal de Saint-f 'avili, du 17 mars KUiS f ;

Après ce que je fuys anjonid'liiiy, vous ne devez pas douter que je ne sois le mcilleui- ainy du monde, mais je crains bien que la qualité de bon-amy ne ni'allire celle de mauvais galant. Je sers de confident au[)rès de vous à un homme (Saint-Pavin) dont le mérite est si giand que vous n'auriez garde de lui refuser voslrc estime et peutestre quelque chose de plus. Je souhaiterois pourtant bien qu'il se conlenlast de vosfre estime et que vous me gardassiez ce quehpie chose de plus. ^lais s'il faut qu'il entre dans votre cœur, faites, qu'il ne m'en chasse pas. Il ne tiendra qu'à vous que nous n'y vivions bien ensemble et si nous n'y avons les premières places, faites du moins que nous y en ayons de commodes, car vous savez que des gens comme nous ont besoin d'estreàleur ayse. Mais y peut onestreavec une personne faite comme vous et que sait-on ce qui en arrivera puisque ma prophétie est accomplie !

Mandez moy, je vous prie, si vostre sortie d'hier ne vous a point fait de mal; je serois au désespoir si j'avois part à un malheur que je crains si fort ; et je ne souhaite rien tant jamais que devons annoncer une parfaite santé, si je ne suis pas assez heureux pour vous la procurer.

Conrart à Sainl-Pavin, du 18 mars :

u Je vous envoyé la réponse à vostre madrigal -. Vous voyez comme on vous paye conq^tant et en bonne monnoye. Vos

(i) Publié par Kcrvilor.

(2) Id.

M. l'abbé Fabrc : La jeuiu'ssc de Fléchier, pense que ce madrigal de Saint- Pavin n'est autre que celui-ci :

(Juoyque la jeune Iris dans son lit retenue

Languisse et souffre nuiet et jour.

Et que sa lieauté diminue.

Sans nousjiatter d'un prompt retour.

Amans, qui la plaignez dans cesl estai funeste.

Ne craignez rien pour ses appas.

Elle en aura lousjours de reste ; Tremblez pour ses rigueurs qui ne finiront pas.

436 LA vu: de saim-pavin, iOGS

aflaiies vont, ce me semble, assez bien, avec celte aymable Pcvsonne: mais je crains lîien qu'il n'en soit pas ainsi des miennes', et que je ne me sois fait préjudice en vous servant auprès d'elle-. Je me rcjouïs de la bonne fortune de mon aniy ; et j'ay de l'in quiétude pour mes inlérests. Travaillez [)f)»ir inoy comme j'ay travaillé pour vous, et faites valoir notre conunnnanté encore mieux que je n'ay taché de faire. Mandez moy mais sans rien iléguiserje vous prie, ce qu'il vous semble d'un méchant impromptu qui me vient de tomber de la plume. Je n'exprime jamais bien à mon gré ce que je sens ; mon esprit csl un valet paresseux, et mon cœur un maîtie mal o])év. »

(lonraii à Mdde/iioisel/c de La lif/iw. du diciiw Jour -^ :

Tirsis (Sainf-Pavin) vous a mieux reconnue à vostrc Madrigal qu'à votre sanlc. .Je viens de recc\oir la réponse qu'il m'a faite et je ne fay point de difRculté de vous l'envoyer (juoi qu'elle vous puisse faire trouver celuy qui l'a écrite assez galant homme pour vous imaginer que vous luy feriez tort, si vous ne m'en faisiez à moy, qui le suis beaucoup moins que luy. ISéanmoins, je me fie à vostre parole, et si je ne vous ay pas si bien louëe cjue luy, je ne cède ni à luy, nia personne, en l'estime et en la passion de vous honorer. Je pense si souvent à vous et avec tant d'application, que quand j'auray le malheur d'estre encore deux ans sans vous voir, il ne m'arrivcra jamais de ne vous pas reconnoisti'c. Mais

Si l'on ne vous rcconnoist i)as Avec tons vos nouveaux appas, Iris, il n'y a rien du vostre ; Vos galans ne sont pas si fonx Que de vous prendre j)Our une autre Ou de prendre une autre pour vous.

(i) Kervilcr a omis : Vos affaira vont ci: nie scnilile a.ist'z bien, avec celle aymable personne.

(a) Madeinoispllo Anne iU^ \m \ ignc

(3j Publii- par Kervilcr.

Conmrt à Mademoiselle de Ut \ifjne, du •2-2 mars (KUiS)^:

On ne sauroit s'attirer de plus fâcheuse allairc que celle de vouloir éviter d'en avoir avec vous et je ne suis pas si mauvais politique que d'entreprendre de justifier Tirsis (Saint-Pavin) sur cet article. Vous jugez bien que je m'oflriray encore moins à luv servir de second, dans le demeslé dont on le menace sur vostre sujet, car outre qu'il n'en a jamais besoin, je ne saurais prendre d'autre party que le vostre sans me faire beaucoup plus de préjudice qu'à vous. C'est mesme une grande grâce que de me choisir pour vostre chevalier: et il me sendjle qu'en me donnant cette qualité, vous m'avez inspiré tant de valeur que les défis et les cartels de tous ces braves qui se mettent sur les rangs avec tant de confiance ne me font aucune peur. Ils diront, sans doute, après leur défaite, que ce sont vos yeux qui l'ont causée, en ne leur estant pas favorables ; mais ce .sera me l'estre beaucoup, que d'avoir produit un si grand effet en ma faveur. Sur ce fondement ne me scra-t-il pas permis d'expliquer à mon avantage le dépit que vous auriez qu'un autie que moy eust fait l'impromptu que je vous envoiay hier. Je devine donc qu'il vous cnrageroil que ce ne fnst pas l'homme du monde qui, je croy, vous honore le plus, qui s'est dit cette vérité <( qu'on ne vous sauroit vous pi-endre pour une autre et qu'on Jie sauroit prendre une autre i)our vous. » Et je vous asscure en récompense que cette douceur, quand mesme ce ne seroit qu'une llatlerie, m'a beaucoup mieux pénétré le cœur que si elle me fus! venue de toute autre que vous.

(i) Rep. par Kerviler.

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