L.V JEUNESSE DE DES 1$AURE\U\. IJ99 l(3l
Il faut [jluslosl fdiir pcrir,
Ce qui m'eniprchc de guérir :
Faites qu'Amour perde son es Ire.
Mais comment le faire mourir,
] ous, beaux yeux, qui l'avez faU naislre ?
Amour e.sl (ils île la beauté.
Sans vous il neusl donc pas esté, Car ]'énus qui naquit de l'onde Comment l'auroit-elle enfanté Liiy qui met en feu tout le monde?
Puis qu'il est donc né de vos yeux.
Parlant d'un fds si glorieux.
Je parle de ce qui vous touche, Je parle du plus grand des Dieux, Et vous me fermeriez la bouche ?
I\'on, Caliste, il me faut parler A ussy bien pour me consoler Dans la fureur qui me consume :
Mon mal que je ne puis celer, Se fait éventer à ma plume.
Tant de charmes et si puLssans, M'ont si fort cdléré les sens, Que j'en deviens faiseur de rinws.
Et sites fous sont innocens, Je ne sçaurois J'aire de crimes.
}'ous parbud je perds la moitié Des lourmens de mon amitié, Je le fais pour mon allégeance :
Et si vous estes sa/ts pitié.
Je le fais aussy par vengeance K
(i) Slancps sur iinn (Ic'foiisp faite ;'i l'aullicur par sa maislrossp do luy parler d'amour.
LV JEUNESSE DE DES BARREAUX, l5r)9-l6l8 20
Le premier vers des stances ci-dessus répète à peu près celui d'une pièce de Théophile de la même époque. D'ailleurs nous aurons fré([uennnent à constater dans les })oésies de l)(*s lîarreauxdcs réminiscences de Théophile', ])lus lard il lui a pris quelfjuefois des vers entiers, non certainement pour les démarquer, mais parce ([u'ils se présentaient naturellement à son esprit ; il ne les distin- 2:uaitpas des vers provenant de sa propre inspiration et il était trop néglioent j)Oui' vérifier (pioi que ce ÎÙX. A oici la jiièce de Théophile :
Je n'ay repos ny nuict ny jour, Je brasle, je me meurs d'amour ; Tout me nuicl, personne ne m'ayde, Le mal m'oste le jugement.
Et plus je cherche de remède, Moins je trouve d'allégement.
Je suis désespéré, j'enrage.
Qui me veut consoler, m'outrage.
Si je pense à ma guarison
Je tremble de celle espérance,
Je me fasche de ma prison.
Et ne crains que ma délivrance.
Orgueilleuse et belle qu'elle est.
Elle me tue, elle me plaist.
Ses faveurs qui me sont chères.
Quelquesfois flattent mon tourment.
Quclquesfois elle a des choleres Qui me poussent au monument.
Mes amoureuses fantaisies.
Aies passions, mes frenaisies,
(i) Nous les avons indiquées en note.
26 L.V JEUM^SSK DR DKS BAUUEAIX. lOQ^-lGlcS
Qu'ay-jc i)lu.s encore à soullVirP Dieux, Deslins, Amour, ma Maistresse, Ne dois-je jamais ny ^quérir, Ny mourir du liait (|ui me l)lesse ?
Mois suis-je [)oinl dans un tombeau, jMes yeux ont perdu leur ilaml)eau, Et mon amc Iris l'a ravie, Encor voudrois-je que le sort Me lisl avoir plus d'une vie.
Afin d'avoir jdns d'une luoil.
Pleust aux Dieux qui me firent naistre, Qu'ils eussent retenu mon estre Dans le froid repos du sommeil, Que ce corps n'eust jamais eud'ame.
Et que l'Amour ou le Soleil Ne m'eussent point donné leur flame.
Tout ne m'ai)porte que du mal, Mon propre démon m'est fatal, Tous les Astres me sont funestes, J'ay beau recourir aux autels, Je sens que pour moy les célestes Sont foiblcs comme les mortels.
0 Destins, lirez-moy de peine, Dites-moy si ceste inhumaine Consent à mon alïliction, Je bénira y son injustice.
Et n'auray d'autre passion.
Que de couiir à mon supplice.
Las ! je ne sçay ce que je veux, Mon ame est contraire à mes vœux, Ce que je crains je le demande.
Je cherche mon contentement.
Et quand j'ay du mal j'appréhende, Qu'il finisse Irop |)romptement^.
. (i) f.e.'i OKiivres du sieur ThéopkUe. Paris, Pierre Billaine (pu Jacques QiiesnelJ, 1G21, s. t., p. 23 (partie Poésios;.