LA RÉUNION DLS ÉGLISES
à prouver combien l'idée a fait de chemin durant ces dernières années, même dans les milieux protestants.
Ce n'est pas d'ailleurs que M. Bnmetièrè se dissimule la gravité des obstacles qui, longtemps encore sans doute, s'opposeront au rapprochement souhaité. Ces obstacles sont, d'après lui, de trois sortes. Ils se rapportent, les uns à la différence d'éducation intellectuelle et morale que la Réforme, depuis plus de trois siècles, a mise entre protestants et catholiques ; les autres, à la tendance jalousement nationale, et même « nationaliste », qu'affectent certaines communions chrétiennes ; les autres , enfin , aux divergences proprement dogmatiques. Mais ces divergences doctrinales, il faut aussi le reconnaître, ont diminué de siècle en siècle et de génération en génération. A l'heure actuelle, elles ne portent guère que sur deux points : la question de l'Eucharistie et, surtout, celle de l'Église. Et, à ce propos, M. Brunetière esquisse une très originale et profonde théorie, — qu'il reprendra sans doute quelque jour avec tous les développements qu'elle comporte^ — et qui, fondée tout entière sur les
rapports de date qui existent entre les Evangiles et les Épitres de saint Paul, établit l'antériorité historique de l'Église sur l'Évangile, ; et ruine quelques-unes des objections les plus
graves que les protestants ont adressées à leurs adversaires.
Sur quoi, cependant, M. Brunetière fonde-t-il le plus d'espérances pour opérer ou pour hâter la réunion? Sur ce qu'il appelle le récent avènement du christianisme social. Social, certes, le catholicisme l'a toujours été ; mais il Test devenu plus particulièrement de notre temps, en raison des circonstances où il vit. Et quant au protestantisme qui, lui, ne l'a pas toujours été, il est en train de le devenir, ainsi que le prouvent des déclarations très significatives de MM. Harnack, Wilfred Monod etHerron. Or, le christianisme ne peut être ou devenir social sans tendre nécessairement à l'unité, c'est-à-dire au catholicisme. Et ce sont les nécessités de l'action sociale qui feront de mieux en mieux comprendre aux protestants la légitimité des dogmes catholiques qui leur répugnent le plus, celui de l'infaillibilité, par exemple.
Pour conclure, l'orateur ajoute que le retour à l'unité chrétienne est d'autant plus désirable que seule la religion est capable de sauver notre civilisation occidentale du naufrage dont la menacent l'invasion noire et l'invasion jaune : ces nouveaux Barbares auront le nombre, donc la force ; il? s'assimileront notre science; nous ne leur résisterons qu'en les faisant chrétiens.
Telle est, bien imparfaitement résumée, cette