‹ Discours à l'étranger et au Canada [microforme]Chapitre 34 sur 83 · RAISONS DU SUOCS DB SIR WILFRID LXXIII · texte numérisé non relu

RAISONS DU SUOCS DB SIR WILFRID LXXIII

le comprend, mais elle l'admire surtout parce qu'elle se sent dominée par une intelligence supérieure, C’est par là qu’il est un entraîneur d'hommes,

Ce qui le met hors de pair, c’est cette pénétration aiguë du sens intime des choses, qui lui permet de faire jaillir du fond même du sujet une signification cachée aux yeux ordinaires et toute naturelle en apparence, une fois mise en lumière. Personne autre, ni parmi les écrivains, ni parmi les grands orateurs du pays n'aurait pu tirer des démonstrations de Londres et de Paris leur véritable expression, avec un relief aussi saisissant, Voilà pourquoi sir Wilfrid restera longtemps pour la postérité le prince de nos orateurs : Primus inter pares.

Le propre de la politique n'est-il pas trop sonvent d’engendrer des haines et de soulever des animosités? Comment, sous l’empire de ces sentiments qui obnubilent l’esprit de justice, un homme engagé dans la lutte peut-il respecter ses adversaires, tenir compte de leur pensée ? Trop souvent, un mépris exaspéré flétrit les opinions opposées et leur suppose les pires mobiles. I1 faut une grandeur d’Ame peu commune pour se soustraire à ces petitesses inséparables des passions humaines. Grâce à Dieu, sir Wilfrid a trouvé dans le fond de sa généreuse nature la force morale de s’incliner devant le talent d’où qu’il vienne et de respecter toute opinion. Si violente que se soit montrée la critique de ses actes, jamais elle ne lui a arraché une expression qu’il ait eu lieu de regretter. Prenez garde que même au milieu de la tempête de 1896, alors que l’attaque se déchafnait autour de lui, rageuse, injuste parce qu’elle était

LXXIV INTRODUCTION

avoue, sa modération est allée jusqu'à la déférence pour dis dénonciations sans mesure, Sur la tombe de si: J, À, Macdonald, n’a:t:11 pas répandu des éloges que, par l'élé. vation des idées et la générosité des sentiments, l'on se serait attendu à trouver plutôt chez un ami que dans la bouche d'un adversaire politique. On verra plus loin avec quelle largeur de vues il a aussi apprécié l'œuvre de Cartier, cet implacable ennemi de ‘ibéraux,

Ce qui caractérise l'homme d'Etat, c’est l'art de prévoir les événements et de se préparer à faire face aux éventualités qu’ils apportent, de savoir Proportionner les moyens au but à atteindre et de diriger les courants de lopinion, tout en paraissant y obéir. Rarement le vent a soufflé d’un point quelconque de l'horizon, sans que sir Wilfrid en ait eu la prescience, A mesure que l’évolution du pays ou la marche des affaires exige la collaboration des pouvoirs publics, 11 prévient, devance les exigences du progrès national, Telle fut sa politique, en ce qui regarde le second chemin transcontinental],

En très peu de temps, l'exercice du pouvoir a développé chez lui la notion des choses positives, le sentiment exact du nécessaire et du possible. Quelle habileté de diplomate de carrière n’a-t-il pas dépensée pour prévenir ces chocs d’opiunions religieuses ou nationales si néfastes dans un pays comme le nôtre ? A voir le cours régulier et harmonieux des événements depuis treize ans, ne dirait-on pas qu’il n’y a ici qu’une seule nationalité communiant en une seule foi? Cette paix que le pays lui doit n'est-elle pas le triomphe de l'équilibre ?

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