‹ Discours à l'étranger et au Canada [microforme]Chapitre 52 sur 83 · Q] DISCOURS · texte numérisé non relu

Q] DISCOURS

C'est ce qu'il représenta au banquet de Chicago, en ! présence du Président MecKinley. Cet appel est malheu- … rousement resté sans réponse. L'accord sur ce point entre

les deux pays est encore à venir, et les Etats-Unis semblent

s'ingénier à jeter des digues en travers des deux courants

naturels d'affaires qui vont à la rencontre lun de l’autre.

En dépit de ces obatructions, le montant global des

échanges canadiens-américains monte toujours,

Indiquer le mobile auquel obéit à notre égard le gouvernement américain est chose assez difficile. Espère-t-i1 nous réduire par la famine pour nous amener ensuite à une union politique ? Si tel est son caleul, fl se trompe grande. ment, car l'orientation de notre système douanier, résul- | tante de l'hostilité américaine, démontre que nous pouvons nous passer de lui, 11 se peut aussi que Washington, tout en J trouvant que les Etats limitrophes profiteraient d'un traité de réciprocité, est d'avis qu’il ne tournerait pas à l'avantage | du pays en général.

Il ; a à retenir, dans les discours de M. Laurier aux | Etats-Unis, un point important : la déclaration qu’il fit à | Boston en 1891. Elle allait à dire que le Canada jouissait | d'une indépendance très large que le parti libéral viscrait à compléter à son arrivée au pouvoir, en obtenant de la mère-patrie le droit de conclure nous-mêmes nos traités de | commerce, Le jour où sir Wilfrid retournera aux Etats- | Unis, fl lui sera bien permis de constater devant nos voisins | voisins, la réalisation de cette promesse, |

Cette importante déclaration se trouve dans le discours qu’il prononça à Boston en 1891, à un banquet offert par | des Canadiens habitants de cette ville.

| Nous ne pouvons donner de ce discours, qu’une analyse Î d’après un rapport peu complet d’un journal américain.

Monmeun Le PRÉSIDENT, Messinuns,

Je dois tout d’abord exprimer mes plus sincères remercie ments pour l'accueil plus que cordial que m'ont fait mes compatriotes de la Nouvelle-Angioterre. Il cat vrai quo je no devais pas m'attendre À moins de la part de ceux que je vois réunis autor: de cette table, Ils sont Canadiens de naissance, et Américain: ee adoption ; mais bien qu'ils aient prêté serment d’al 4

République, je suis convainou que leurs nouveaux concitoyens n° croiront pas incompatible avec leurs devoirs civiques, le souvenir toujours constant, toujours vivace, qu'ils conservent dans leur cœur du pays où ils sont nés: le Canada. (Bravo!) Et je suis convaincu que j'exprime le plus cher de leurs désirs en proclamant comme leur suprême espoir, qu'entre leur pays de naissance ot leur pays d'adoption, il règne une paix, une harmonie et uno amitié toujours croissantes, Je suis très heureux dans la circonstance présente de voir le Canada honoré comme il est par la présence à cette table de tant d'Américains distingués. Je ne saurais dire combien j'ai été touché des paroles de Son Excellence le gouverneur de l'Etat M. Russel}, le thulaire d’une charge déjà illustrée par tant d'hommes éminents qui ont fait connaître le Massachusetts au monde entier, comme le champion de la civilisation et de la liberté,

Le Canada est encore une colonie, mais c’est un pays libre, et comme dans tous les pays libres, sa population se divise en

partis politiques, rheh à dit-on, sont une nécessité ; et s'ils sont nécessaires, ils doivent être considérés comme un bien, quoique, chez nous, l’on ne puisse peut-être pas les considérer comme un bien sans mélange. (Appl) Ils ont cet avantage toutefois ; dans un Etat comme Je nié. où la population est à peu près également divisée entre les différentes races et croyances, ils ont cet avantage, qu’ils forcent les citoyens à se diviser, non pas suivant les races et les croyances, mais d’après les opinions que les hommes peuvent avoir sur les questions publiques.

Je dois dire, M. le Président, que rien ne m’a été plus agréable que ces mots que vous avez prononcés il y a un instant en mentionnant les services que le parti libéral s’efforce maintenant de

rendre à la cause de la civilisation: Vous avez reconnu tous les avantages que des relations plus cordiales entre votre pays et le mien rendraient à cette cause, (AppL.)

Le Canada est encore une colonie, et c’est la destinée des colonies de devenir des nations indépendantes. (AppL) Mais com-

vent les événements savent que le lien qui unit une colonie à la mère-patrie est toujours très fort du côté de la colonie. Votre histoire démontre cette vérité. Il fut un temps où les colonies anglaises, mères de votre grande république, n’avaient aucune idée de rompre leurs relations avec la mère-patrie, et ce ne fut que la

vérité proclamée par Charles James Fox au siècle dernier, que le seul moyen de conserver les colonies britanniques est de leur

grever d'impôts ou à forcer l'entrée de ses marchandises dans nos ports, Nous sommes sur ce point libres, et nous avons le droit de taxer les marchandises et les produits du Royaume- Uni. Je le dis avec orgueil, bien que le Canada soit encore une colonie, le Canade est libre.

Le seul lien qui unisse le Canada à la mère-patrie est un sentiment d’affection. Mais cette dépendance ne durera pas toujours. Déjà le Canada et l’Angleterre ont des intérêts très différents, et un jour viendra — nécessairement — où ils devront se séparer. Je fais cette déclaration, bien que je sois sujet britannique et bien que, comme tous mes concitoyens, à quelque race qu’ils appartiennent, je sois sincèrement attaché à Angleterre, car il m’est agréable de le reconnaître, dursnt les derniers cinquante ans, elle nous a traités avec justice et générosité. Aussi lorsque sonnera l’heure de la séparation, nous nous quitterons en amis, sans éclat, comme lorsqu’un fils quitte la maison de son père pour devenir lui-même le chef d’une nouvelle famille. Bien que lon ne désire pas lindépendance du Canada en ce moment, le

parti libéral croit que les pouvoirs du gouvernement responsable que nous possédons à l'heure présente ne suffisent plus à notre dé t actuel. Nous croyons qu’on devrait nous conférer un autre pouvoir: celui de négocier nos traités de commérce. Nous n’avons pas encore rénssi à obtenir cette réforme que nous réclamons depuis des années, mais le moment du succès n’est pas éloigné, et cette réforme sera l’une des premières que nous demanderons au gouvernement britannique à notre arrivée au pouvoir. Je suis convaincu que nous ne rencontr.. ns aucune opposition, car cette liberté de relations commerciales libèrerait le “Foreign Office” d’une foule d’embarras et d’ennuis, surtout dans nos rapports avec le &ouvernement des Etats-Unis, Nous réclamons le pouvoir de négocier nous-mêmes nos traités de com- Inerce, parce que nous croyons que l'intérêt du Canada nous oblige à trouver des marchés à l'étranger. . Si vous consentez à nous ouvrir vos marchés, nous sommes prêts, pour notre part, à vous rendre la réciproque pour tous les produits, tant naturels que manufacturés. (Appl.)

En effet, la politique que nous avons adoptée, terrain de nos combats récents, et pour laquelle nous combattons en ce moment, pour laquelle nous combattrons jusqu’au triomphe, est celle de rapports plus étroits avec les Etats-Unis nos voisins, de relations commerciales plus libres et plus amples, Nous voulons vous ouvrir nos marchés à la condition Que vous nous ouvriez les vôtres. Ce serait un avantage mutuel. Nous produisons certaines choses

d’indicativas que le mal économique dont souffre maintenant le

d'un bout à l’autre de votre Pays, est de tenir compte du fait qu’il ne suffit plus à consommer ce qu’il produit et qu’il doit chercher un marché au dehors. Le sentiment me paraît si fort, si universel sous ce rapport, que dans le tarif adopté l’an dernier par le Con-

, tarif qui a rendu le nom de son autcur célèbre dans le monde entier, il est Pourvu à la réciprocité commerciale avec certains pays des Indes Occidentales et de PAmérique espagnole.

Nous sommes loin d’être aussi puissants que vous. Votre population atteint 60,000,900, tandis que la nôtre n’est Pas encore de 5,000,000. Nous avons d'immenses ressourcs agricoles, fores-

tières, minières et maritimes, Quelques-unes de ces ressources

chacun refuse la même offre à son voisin. Îl y a place pour des écianges réciproques, et cependant l’un et l’autre élèvent soigneusement des barrières qui, si elles étaient enlevées, permettraient au commerce de suivre son cours, comme l’eau d’une rivière coule dans son chenal naturel lorsque les digues construites par la main des hommes sont abattues,

mal f Etudiez la géographie de ce continent, La disposition

aphique est telle que le cours du commerce, mulgré tous les obstacles législatifs qui l’entravent sur des centaines de milles de frontière, veut se diriger des deux côtés du St-Laurent et des grands lacs. Les villes sur une rive invitent le comruerce des villes de la rive opposée. Voici la rivière Niagara, frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Le &ouvernement du Canada a placé un robuste douanier à une extrémité du pont qui la traverse, et le gouvernement des Etats-Unis 8 placé un douanier lui aussi à Vautre extrémité pour prélever, chacun, l'impôt sur tout homme assez hardi pour profiter des avantages qui s'offrent, soit d’un côté, soit de l'autre. Sur des milliers de milles, la frontière entre nos deux Pays ne peut être découverte qu’en consultant les étoiles. Mais le commerce, je dois le dire, entre les deux voisins, l’un américain, l’autre sujet britannique, dont les maisons sont à un jet d. pierre lune de l’autre, ce commerce, dis-je, est éciproque et constant. (Rires et applaudissements.). Vos rivières coulent sur notre territoire, nos rivières coulent sur le vôtre. Les centres de production dans un pays sont situés de telle façon par rapport aux centres de

consommation dans l’autre que l’échange commercial devient inévitable. Les mines de houille de la Pennsylvanic touchent à la frontière d’Ontario et les houillières de la Nouvelle-Fcosse sont aux portes mêmes de Boston. Votre pays produit beauoup, mais non Pas notre orge, et vous en avez besoin, De même notre s0] ne donne Pas votre maïs, qui nous est cependant nécessaire, Lans nos chantiers nous avons besoin de vos machines. Vos grandes villes recherchent notre poisson; bien plus, les pêcheurs de ce pays ont besoin de toutes les facilités de pêcher dans le golfe St-Laurent, Voilà l’état de choses au moment actuel. Eh! bien, malgré tous les obs-

gré tous les obstacles, nous sommes contraints d’acheter chez vous, comme vous êtes obligés d’acheter chez nous. Et la raison en est

Mais, Messieurs, il ÿ à une raison plus puissante que celle-là. Ce sont, après tout, les hommes qui font le commerce. Le peuple des Etats-Unis appartient à cette grande race, la plus grande commercialement que le monde ait jamais vue, la race anglo-saxonne ; et, Messieurs, le gros de la population du Canada Appartient à la même famille. Ce seul fait démontre qu’il y a plus à gagner par la réciprocité en

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nombre d'hommes appartenant à une race moins énergique, (Applaudissements, )

L’orateur parle alors du Traité de réciprocité de 1854 et du refus des Etats-Unis de le renouveler au bout du terme de dix ans, et dit que sans doute ce défaut de renouvellement était dû en grande partie au sentiment d’hostilité causé par la conduite de l'Angleterre pendant la &uerre civile, conduite qu’il n’hésite pas à dénoncer, Il prétend que le sentiment des masses en Angleterre, quel que pût être celui des classes privilégiées, était en faveur du Nord dans la guerre civile, et il fait remarquer avec orgueil que 40,000 Canadiens combattirent dans les armées de l'Union, prodiguant leur sang et leur vie dans cette lutte mémorable. Puis il ajoute :

Pourquoi, me direz-vous, rappeler ces faits ? La raison en est bien simple: lorsqu'une administration libérale sera établie à Ottawa — elle le sera un jour, et plus tôt que tard, suivant moi (Appl.), — si elle voulait s’adresser à Washington en présentant un projet raisonnable de réciprocité, j'espère que toutes ces querelles des temps passés seront oubliées pour faire place à de plus nobles pensées. De notre côté, le parti libéral a inscrit sur son programme: relations commerciales plus étendues avec les pays situés au sud de nous. On nous a dit quelquefois que cela n’était pas sage, qu’il était téméraire de poser un principe dont l'adoption par le peuple canadien ne résoudrait pas un problème, puisqu’il \ faudrait encore qu’il fût adopté par le gouvernement des Etats. Je crois que, lorsque nous viendrons avec uno offre de réciprocité complète, nous recevrons de la part du gouvernement américain un accueil sympathique, — c’est-à-dire que si nous faisons une offre just: et avautageuse au point de vue commercial, elle sera accoptée pour le plus grand bien de tous. Nous avons fait de ceci une question de parti. Je me hâte de dire que je n’espère ni ne désire qu’on en fasse une question de parti aux Etats-Unis

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D'abord, la question ne Peut avoir pour le peuple des Etats-Unis la même im qu’elle a pour nous. Nous ne sommes qu’une population de 5 millions d’habitants échelonnés sur ‘a frontière

; tandis que vous êtes un peuple de 60 millions qui, par sa grandeur même, doit traiter des questions d’une bien plus haute importance pour lui,

Voici la situation ; la Proposition que nous voudrions offrir au

natal En ce qui regarde nos conditions économiques, je dis

arrangement de ce genre sans renoncer au contrôle de nos propres affaires, lequel reviendrait au Congrès américain. Je n'ai jamais

5,000,07, prendrait une attitude arrogante envers un voisin plus faible qui vient à elle avec un sectiment juste de sa propre

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dignité. (Applaudissements. ) Je dis donc que nous sommes main-

tenant À rev malgré toutes les objections que nous avons à combattre dan:

gie canadienne, tant à cause du charme du style que de l'inspiration élevée qui

traverse ce vigoureux plaidoyer de la première ligne à la dernière, Plaidoyer, disons-nous, car c’en est un véritable qui a vengé le parti libéral des calomnies dirigées jadis

clat et de force de raisonnement les droits d’un groupe d'hommes à l'existence politique que ne l’a fait M. Laurier, Lorsqu'on a achevé la lecture de cette défense admirable, on se trouve en face d’un parti libéral complètement réha. bilité.

C’est le 26 juin 1877 que M. Laurier mettait en relief son vigoureux talent de polémiste, et au mois d’octobre suivant, il entrait dans le Cabinet Mackenzie. Sa défense lui aurait ouvert les portes du Conseil privé, si ses talents ne lui eussent pas déjà donné des titres à en faire partie. Cette Conférence eut un retentissement par tout le pays ; elle prit les proportions d’un manifeste d’une importance extra-

ordinaire, M. Hector Fabre sut, dans le temps, l’apprécier à toute sa valeur et il rendit un compte exact de l’impression que cette étude d’une si haute portée produisit par tout le pays dans l'article qui suit de l’Evénement:

Jamais, depuis les grands triomphes oratoires de M. Pa pineau, on n’avait vu un pareil auditoire, un public aus intelligent, aussi cultivé et éclairé, se précipiter au devar: d'un orateur venant lui parler de libertés politiques et 11: exposer la vraie théorie du régime constitutionnel, ce régime aux progrès successifs, mûrement élaborés, lents et sûrs, expression raisonnée, ferme et pacifique de la marche d’un peuple vers des destinées meilleures,

Depuis de longues, oui, de bien longues années, nous avions perdu l'habitude d’entendre un homme public parler d'autres choses que de ses adversaires, des mérites de son parti, des crimes de ceux qui lui font opposition, des mille petites chicanes qui sont la monnaie courante des discoureurs. Il nous manquait la théorie, le sens des principes constitutionnels, la thèse qui établit, qui démontre et qui élucide,

En un seul jour M. Laurier s’est placé à la hauteur de l’homme d'Etat et nous a ramenés aux notions saines et viriles qui, d’Age en âge se développant, ont fait du régime constitutionnel le modèle de tous les gouvernements.

L’auditoire semblait avoir été choisi, tant il y avait de notabilités de tout genre se pressant, se disputant une place pour entendre le chef désormais accrédité des libéraux canadiens, pressentant l'immense portée de ses paroles et toutes prêtes à les recueillir comme la formule éloquente, comme le code précis, net et lumineux de nos institutions.

On était venu de toutes parts, de tous les districts environnants, et jusque de St-Hyacinthe et de Montréal, pour assister à cette fête unique dont le spectacle a été aussi imposant qu’instructif. Les premiers hommes du pays, appar-

tenant à la magistrature, au barreau, à toutes les professions libérales, au commerce, à l’industrie, aux métiers, — Car il n’y avait pas d’exceptions pour ce que l’on considérait comme une grande démonstration nationale, — s'étaient donné rendez-vous Pour encombrer la salle où M. Laurier faisait sa conférence et pour mêler leurs applaudissements, sans distinction d'opinions, de Partis, ou de tendances,

11 y avait plus de deux mille personnes rassemblées dans une salle qui en contient à peine douce cents dans les occa. sions les plus chères au public ; les gardiens des portes, envahis par un flot montant et grossissant sans cesse, avaient renoncé à recevoir les billets d’entrée ; la foule était trop nombreuse et trop avide pour attendre ; on ne Pouvait pas la contenir ni la soumettre aux règlements ordinaires, il a fallu de bonne heure lui laisser libre cours et lui abandonner toutes les issues ; la grande porte centrale elle-même, toujours fermée, même dans les plus attrayantes circonstances, et qui ne mesure Pas moins de vingt pieds de largeur, avait dû être laissée toute grande ouverte, et les gradins, qui mènent de cette porte au plancher de la salle, étaient littéra'ement inondés d’auditeurs qui se prêtaient

appui pour tenir le plus profond silence, afin de ne rien perdre des paroles qu’ils venaient entendre.

contenait malgré elle, pour ne rien perdre de ce qu’il lui disait, de ce qu’il Jui démontrait ; car le discours de M. Laurier a été une démonstration en même temps qu’une harangue ; il a été une exposition éclatante et vivante de ce que sont les véritables principes libéraux, si méconnus, si dénaturés, si calomniés, et que l’on veut assimiler en vain aux élucubratiors funestes du libéralisme crropéen.

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On peut dire que ce discours ouvre une ère nouvelle dans notre politique, 11 l’affranchit des coteries, de toutes les misérables petitesses qui constituent l'aliment quotidien des partis qui se disputent sur des riens ou pour des satisfactions passagères ; le libéralisme, envisagé à ce point de vue, devient une grande et féconde thèse qui le débarrasse des accusations vexatoires, et lui rend son action salutaire en même temps qu’il l'élève à la hauteur d’une théorie s0ciale.

L'événement du 26 juin est pour nous surtout, Canadiens- Français, un sujet d’orguell et de superbe encouragement, On nous a crus jusqu'ici impropres à la vie parlementaire, et l’on a eu trop souvent raison, tant' notre éducation est peu de nature à nous donner le tempérament nécessaire, tant notre conduite dans les circonstances politiques trahit cette lacune de l'éducation, et tant notre presse, presque uniquement occupée de querelles secondaires où les personnes sont seules en cause, semble en avoir peu l'intelligence., — Mais il ne faut pas confondre une certaine inexpérience avec de l’inaptitude, et les Canadiens-Français ont démontré, dans la soirée désormais mémorable du 26 juin, qu’ils pouvaient, tout aussi bien que leurs concitoyens d’origine anglaise, comprendre le jeu et saisir la portée des institutions représentatives, lorsqu’elles leur sont exposées avec la clarté, la méthode lumineuse, l'argumentation calme autant qu’éloquente, en un mot avec le sens exact qu’a déployé M. Laurier dans tout le cours de sa confé. rence,

Cette conférence n’a pas été une simple plaidoirie en faveur d’un parti politique, comme on pouvait s’y attendre eu toute justice, elle a été une définition des choses, des choses depuis si longtemps oubliées pour les mots, et nous a ramenés par l’histoire, par l'exemple des libéraux de la Grande-

Bretagne, et par l'aperçu de la marche progressive des institutions, au sentiment des principes, guides indispensables dont nous contemplons tristement le naufrage de plus en plus profond dans les chicanes journalières de la vie publique,

C'est de la reconnaissance que ses compatriotes doivent maintenant à M. Laurier, après l'hommage éclatant qu'ils lui ont rendu. Ils lui devront d’avoir soulagé la conscience populaire des accablantes doctrines qu'on veut lui imposer, et qui sont la négation absolue de tout principe constitutionnel; ils lui devront d’avoir ouvert une vole et montré la route à suivre, bienfait inestimable pour un peuple égaré dans toute espèce de broulillards, en proie à toutes les incertitudes ; ils lui devront enfin de les avoir rendus au sain amour du libéralisme, ce glorieux et immortel penchant qui a été le salut des peuples et auquel ses adversaires ont rendu hommage, dans tous les âges, par la concession des réformes nécessaires et par la reconnaissance de droits populaires, longtemps combattus et désormais inaliénables.

C’est done une sorte d’apostolat dont M. Laurier a jeté les premières semences dans la soirée du 26 juin, A nous d’en suivre avec un soin jaloux les développements et de les recueillir au temps de la moisson. A nous de marcher sans crainte et sans hésitation, “ le front haut ”, comme dit l’orateur libéral, et avec l’orgueil de nos principes. Nous savons où nous allons désormais ; nous n’allons pas aux cataclysmes révolutionnaires ; le libéralisme est dégagé de ses aspects farouches, de son caractère antisocial et antireligieux, et il ne garde plus que sa physionomie véritable, celle de l’amonr des libertés légitimes et nécessaires, des libertés progressives qui résultent des conditions naturelles du progrès, et non des brusques poussées en avant que veulent imprimer des esprits dangereux.

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Voilà la physionomie qu'a le libéralisme Canadien, celle que M. Laurier a indiquée, et celle que nous devrons à l’aveair savoir lui Conserver,

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