‹ Discours à l'étranger et au Canada [microforme]Chapitre 53 sur 83 · LE LIBERALISME POLITIQUE · texte numérisé non relu

LE LIBERALISME POLITIQUE

Mossteur Le PRésinenr,

Mrspaues gr Mssereurs,

je suis tellement pénétré de l'importance qu’il y a pour le parti

opinion publique de la Province, que cette considération a été Pour moi supérieure

une position fausse au point de vue de l’opinion publique. Je sais que, pour un grand nombre de nos compatriotes, le parti libéral est un parti composé d'hommes à doctrines perverses et à tendances dangereuses, marchant sciemment et délibérément à la révolution. Je sais que, pour une portion de nos compatriotes, le parti libéral est un parti composé d’hommes à intentions droites

conduits inconsciemment, mais fatalement, à la révolution. Je sais enfin que pour une autre partie, non pas la moins considérable peut-être de notre peuple, le libéralisme est une forme nouvelle

Je sais tout cela, et c’est parce que je le sais que j'ai accepté de venir devant vous. Je n’ai pas l’outrecuidance de

rien de ce que je pourrai dire ici ce soir, aura l'effet de dissiper aucun des préjugés qui existent aujourd’hui contre nous ; ma seule ambition est d’ouvrir la voie, comptant que la voie ouverte sera suivie par d’autres, et que l’œuvre commencée sera complètement achevée ; ma prétention ne va pas au delà. :

Et que personne ne dise que cette manifestation est inutile ou intempesiive. =

Il n’est ni inutile ni intempestif de combattre les préjugés qui se dressent partout entre nous et l'opinion publique ; il n’est ni inutile ni intempestif de définir nettement notre position telle qu’elle est.

1 est vrai que nous avons été assez longtemps déjà devant Vopinion publique, pour qu’elle ait eu l’occasion de nous connsitre et de nous apprécier. Mais il est également vrai que si, cr.nme

parti politique nous avons été attaqués. Des ennemis que nous avons, les uns nous ont systématiquement dénigrés, les autres nous ont de bonne foi calomniés. uns et les autres nous ont représentés comme professant des doctrines dont l'effet, prévu et calculé Pour certains d’entre nous, non entrevu, mais fatal pour les autres, serait le bouleversement de notre société, la révolution avec toutes

D’après ma manière de voir, le moyen le plus efficace, le sel moyen de mettre à néant ces accusations, de défendre nos idées et nos principes, cest de les faire connaître. Oui, j’en suis convaincu, la seule exposition de nos principes en sera la meilleure comme la plus éloquente apologie.

t quand nous nous serons fait connaître tels que nous sommes, quand nous aurons fait connaître nos principes tels qu’ils sont, nous aurons, je crois, obtenu un double résu'* t. Le premier sera d’amener à nous tous les amis de la liberté js ceux qui, avant comme après 1837, ont travaillé Pour nous vbtenir le gcu- Vernement responsable, le gouvernement du peuple par le peuple, et qui, cette forme de Bouvernement établie, se sont éloignés de nous, par crainte que nous ne fssions ce que l’on nous représentait, par crainte que la réalisation des idées qu’on nous attribuait, n’amenût la destruction du gouvernement qu’ils avaient eu tant

AN D AT NPD

quand les actes seront jugés d’après les pensées qui les inspirent, et les pensées d’après leur valeur Propre ; quand on ne craindra plus d’accepter ce qui est bien ou de rejeter ce qui est mal, de peur qu’en acceptant ce qui est bien, en rejetant ce qui est mal, on ne

Je veux dire ceci ; si la lutte tourne contre nous, l'opinion exprimée sera la libre expression du peuple; mais j'en ai la conviction, un jour viendra où nos idées, jetées en terre, germeront et porteront leurs fruits, si la semence en est saine et juste.

Oui, j'en ai la confiance, j’en ai la certitude, si nos idées sont justes comme je le crois, si nos idées sont une émanation du vrai éternel et immuable, comme je le crois, elles ne périront pas ; elles peuvent être rejetées, honnies, persécutées, mais un jour viendra où on les verra germer, lever et grandir, lorsque le soleil aura fait son œuvre, et suffisamment préparé le terrain.

J’ai déjà signalé quelques-unes des accusations que l’on fait circuler contre nous, je reviendrai encore sur ce sujet, car c’est là le point le plus important. Toutes les accusations portées contre nous, toutes les objections à nos doctrines, peuvent se résumer dans les propositions suivantes: 1° le libéralisme est une forme nouvelle de l'erreur, une hérésie déjà virtuellement condamnée par le chef de l'Eglise ; 2° un catholique ne peut pas être libéral.

Voilà ce que proclament nos adversaires,

M. le Président, tous ceux qui me font en ce moment l’honneur de m’écouter me rendront cetto justice que je pose la question telle qu’elle est, et que je n’exagère rien. Tous me rendront cette justice que je reproduis fidèlement les reproches qui nous sont tous les jours adressés. Tous admettront “que c’est bien là le langage de la presse conservatrice,

Je sais que le libéralisme catholique a été condamné par le

chef de l'Eglise. On me demandera: qu'est-ce que le libéralisme catholique? Sur le seuil de cette question, je m’arrête, Cette question n’entre pas dans le cadre de mon sujet ; au surplus, elle n’est pas de ma compétence. Mais je sais et je dis que le libéralisme catholique n’est pas le libéralisme politique. Sil était vrai que les ccnsures ecclésiastiques portées contre le libéralisme catholique, dussent s’appliquer au libéralisme politique, ce fait constituerait pour nous, Français d’origine, catholiques de religion, un état de choses dont les conséquences seraient aussi étranges que douloureuses.

En effet, nou; Canadiens Français, nous sommes une race conquise. C’est une vérité triste à dire, mais enfin c’est la vérité. Mais si nous sommes une race conquise, nous avons aussi fait une conquête : la conquête de la liberté. Nous sommes un peuple libre; nous sommes une minorité, mais tous nos droits, tous nos privilèges nous sont conservés. Or, quelle est la cause qui nous vaut cette liberté? C’est la constitution qui nous a été conquise par nos pères, ct dont nous jouissons aujourd’hui. Nous avons une constitution qui place le gouvernement dans le suffrage des citoyens ; nous avons une constitution qui nous a été octroyée pour notre propre protection. Nous n’avons pas plus de droits, nous n’avons pas plus de privilèges, mais nous avons autant de droits, autant de privilèges que les autres populations qui composent avec nous la famille canadienne. Or, il ne faut pas oublier que les autres membres de la famille canadienne sont partagés en deux partis: le parti libéral et le parti conservateur.

Maintenant, si nous qui sommes catholiques, nous n’avions pas le droit d’avoir nos préférences, si nous n’avions pas le droit d’appartenir au parti libéral, il arriverait de deux choses lune: ou nous serions obligés de nous abstenir complètement de prendre part à la direction des affaires de l'Etat, et alors, la constitution — cette constitution qui nous a été octroyée Pour nous protéger — ne serait plus entre nos mains qu’une lettre morte ; OU nous serions obligés de prendre part à la direction des affaires de PEtat sous la direction et au profit du parti conservateur, et alors, notre action n’étant plus libre, la constitution ne serait encore entre nos mains qu’une lettre morte, et nous aurions par surcroît l’ignominie de n’être plus, pour ceux des autres membres de la famille canadienne qui composent le parti conservateur, que des instruments et des comparses.

Ces conséquences absurdes, mais dont personne ne pourrait contester la rigoureuse exactituc3, ne montrent-elles pas jusqu’à l'évidence à que} point est fausse l’assertion qu’un catholique ne saurait appartenir au parti libéral !

Puisque la Providence à réuni sur ce coin de terre des populations différentes d’origine et de religion, n’est-il pas manifeste que ces populations doivent avoir ensemble des intérêts communs et identiques, et que, sur tout ce qui touche à ses intérêts, chacun est libre de suivre soit le parti libéral, soit le parti conservateur, suivant que sa conscience lui dicte de suivre l’un ou l’autre partif

Pour moi, j'appartiens au parti libéral. Si c’est un tort d’être libéral, j'accepte qu’on me le reproche ; s1 c’est un crime d’être libéral, ce crime, j'en suis coupable, Pour moi, je ne demande qu’une chose, c’est que nous soyons jugés d’après nos principes. J'aurais honte de nos principes, si nous n’osions pas les exprimer ; notre cause ne vaudrait pas nos efforts pour la faire triompher, si le meilleur moyen de la faire triompher était d’en cacher la nature. Le parti libéral a été vingt-cinq ars dans l’opposition. Qu'il y soit encore vingt-cinq ans, si le penple n’est pas encore arrivé à accepter ces idées, mais qu’il marche le front haut, bannières déployées, à la face du pays !

Il importe cependant avant tout do s'entendre sur In signification, la valeur et la portée de ce mot “ libéral ”, et de cet autre mot “ conservateur ”.

J’affirme qu’il n’est pas une chose si peu connue en ce pays Par ceux qui l’attaquent, que le libéralisme. Il y a plusieurs raisons à cela.

Nous n’avons été initiés que d’hier aux institutions représentatives. La population anglaise comprend le jeu de ces institutions, en quelque sorte d’instinct, en outre par suite d’une expérience séculaire. Notre population, au contraire, ne les connaît guère encore. L'éducation ne fait que commencer à se répandre parmi nous, et pour ceux qui sont instruits, notre éducation frangaise nous conduit naturellement à étudier l’histoire de la liberté moderne, non pas dans la terre classique de la liberté, non pas dans l’histoire de la vieille Angleterre, mais chez les peuples du continent européen, chez les peuples de même origine et de même religion que nous. Et là, malheureusement, l’histoire de la liberté est écrite en caractères de sang, dans les pages les plus navrantes

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que contiennent peut-être les annales du genre humain, Dans toutes les classes de la société instruite, on peut voir, effrayées par ces pages lugubres, des âmes loyales qui regardent avec terreur l'esprit de liberté, s’imaginant que l'esprit de liberté doit produire ici les mêmes désastres, les mêmes crimes que dans les pays dont je parle. Pour ces esprits de bonne foi, le seul mot de libéralisme est gros de calamités nationales,

Sans blâmer tout à fait ces craintes, mais sans nous en laisser effruyer, remontons jusqu’à la source même, et examinons avec calme ce qui se trouve au fond de ces deux mots: libéral, conservateur. Quelle idée cache ce mot de libéral qui nous a valu tant d’anathèmes® Quelle idée cache ce mot de conservateur, qui semble tellement consacré qu’on l’applique modestement à tout ce qui est bien? L'un est-il, comme on le prétend, comme de fait on l’affirme tous les jours, l'expression d’une forme nouvelle de l’erreurf L'autre est-il, comme on semble constamment l’insinuer, la définition du bien sous tous ses aspects? L'un est-il la révolte, l'anarchie, le désordre? L'autre est-il le seul principe stable de la société Voilà des questions qu’on se pose tous les jours dans notre pays. Oes distinctions subtiles. que l’on retrouve sans cesse dans notre presse, ne sont cependant pas nouvelles. Elles ne sont que la répétition des rêveries de quelques publicistes de France, qui, renfermés dans leur cabinet, ne voient que le passé et critiquent amèrement tout ce qui existe aujourd’hui, pour la raison que ce qui existe aujourd’hui ne ressemble à rien de ce qui a existé autrefois.

Ceux-là disent que l’idée libérale est une idée nouvelle, et ceux-là se trompent. L'idée libérale, non plus que l’idée contraire, n’est pas une idée nouvelle ; C’est une idée vieille comme le monde, que l’on retrouve à chaque page de l’histoire du monde, mais ce n’est que de nos jours qu’on en connaît la force et les lois, et qu’on sait Putiliser, La vapeur existait avant Fulton, mais ce n’est que depuis Fulton qu’on connaît toute l'étendue de sa puissance et qu’en sait lui faire produire ses merveilleux effets. C’est la combinaison du tube et du piston qui est instrument dont on se sert pour utiliser la vapeur ; c’est la forme des gouvernements représentatifs qui a révélé au monde les deux principes libéral et conservateur, et cette forme de gouvernement est l'instrument qui leur fait rendre tous leurs effets.

Sur quelque sujet que ce soit, dans le domaine des choses humaines, le vrai ne se manifeste pas également à toutes les intelligences. Il en est dont le regard plonge plus loin dans l'inconnu, mais embrasse moins à la fois; il en est d’autres dont le regard, s’il est moins pénétrant, aperçoit plus nettement dans la sphère où il peut s'étendre. Cette distinction primordiale explique de suite jusqu’à un certain point l’idée libérale et l’idée conservatrice. Par cette seule raison, le même objet ne sera pas vu sous le même aspect par des yeux différents ; par cette seule raison, les uns prendront une route que les autres éviteront, quand cependant les uns et les autres se proposeront d'arriver au même but. Mais il y a une raison concluante qui explique clairement la nature, la raison d’être et le pourquoi des deux différentes idées, Macaulay, dans so7 histoire d'Angleterre, en donne la raison d’une manière admirable de clarté. Parlant de la réunion des chambres pour la seconde session du Long Parlement, sous Charles Ier, le grand historien s'exprime ainsi :

“ De ce jour date l'existence organique des deux grands partis qui, depuis, ont toujours alternativement gouverné le pays. A la vérité, la distinction qui alors devint évidente, a toujours existé, Car cette distinction a son origine dans la diversité de tempéraments, d’intelligences, d'intérêts, qu’on retrouve dans toutes les sociétés, et qu’on y retrouvera aussi longtemps que l'esprit humain sera attiré dans des directions opposées, par le charme de l’habitude ou par le charme de la nouveauté. Cette distinction se retrouve, non pas seulement en politique, mais dans la littérature, dans les arts, dans les sciences, dans la chirurgie, dans la mécanique, dans l’agriculture, jusque dans les mathématiques. Partout il existe une classe d’hommes qui s’attachent avec amour à tout co qui est ancien, et qui, même lorsqu'ils sont convaincus par des arguments péremptoires qu’un changement serait avantageux, n’y consentent cependant qu'avec regret et répugnance. Il se trouve aussi partout une autre classe d'hommes exubérants d’espérance, hardis dans leurs idées, allant toujours de l'avant, prompts à discerner les imperfections de tout ce qui existe, estimant yeu les risques et les inconvénients qui accompagnent toujours les améliorations, et disposés à regarder tout changement comme une amélioration ”.

Les premiers sont es conservateurs ; les seconds sont les libé-

taux. Voilà le sens récl, l'explication véritable et du principe libér. 1 et du principe conservateur, Ce sont deux attributs de notre nature. Comme le dit admirablement Macaulay, on les retrouve partout: dans les arts, dans les sciences, dans toutes les branches ouvertes à la spéculation humaine ; mais c’est en politique qu’ils sont le plus apparents,

insi ceux qui condamnent le libéralisme comme une idée nouvelle, n’ont pas réfléchi à ce qui se passe chaque jour sous leurs Jeux. Ceux qui condamnent le libéralisme comme une erreur, n'ont pas réfléchi qu'ils s'exposaient, en le faisant, À condamner un attribut de la nature humaine.

Maintenant, il ne faut pas oublier que la forme de notre gouvernement est celle de la monarchie représentative, C’est là l'instrument qui met en relief et on action les deux prirsipes libéral et conservateur. On nous accuse souvent, nous libéraux, d’être des républicains. Je ne signale pas ce reproche pour le relever : le reproche ne vaut pas d’être relevé. Je dis simplement que la forme importe peu : qu’elle soit monarchique, qu’elle soit républicaine, du moment qu'un peuple a le droit de vote, du moment qu’il a un gouvernement responsable, il a la pleine mesure de la liberté. Cependant, la liberté ne serait bientôt qu'un vain mot, si elle laissait sans contrôle ceux qui ont la direction du pouvoir. Un homme dont Ja sagacité étonnante a formulé les axiomes de la science Souvernementale avec une justesse qui n’a jamais erré, Junius, a dit: ‘ Eternal vigilance is the price of liberty”. Une vigilance éternelle est le prix de la liberté, Oui, si un peuple veut rester libre, il lui faut comme Argus avoir cent yeux, et être toujours en éveil. Si] s’endort, s’il faiblit, chaque moment d’indolence lui coûtera une parcelle de ses droits. Une vigilance éternelle, de tous les instants, c’est là le prix dont il doit Payer ce bienfait inappréciable de la liberté. Or, la forme de la monarchie représentative se prête merveilleusement, — plus peutêtre que la forme républicaine, — à l'exercice de cette vigilance nécessaire. D’un côté, vous avez ceux qui gouvernent, et de l’autre, ceux qui surveillent, D’ur côté, vous avez ceux qui sont au pouvoir et qui ont intérêt à 7 rester, de l’autre, vous avez ceux qui ont intérêt À y arriver eux-mêmes, Quel sera le lien de cohésion qui unira chacun de ces différents groupes ? Quel sera le principe, le sentiment qui rangera les divers éléments de la popu-

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lation, soit parmi ceux qui gouvernent, soit parmi ceux qui survoillent! Ce sera ou le principe libéral, ou le principe eonservateur. Vous verrez ensemble ceux qu’attire En charme de la nouveauté, et vous verrez ensemble ceux qu’attire le charme de l'habitude. Vous verrez ensemhle ceux qui s’attachent à tout ce ui est ancien, et vous verrez ensemble ceux qui sont toujours disposés à réformer,

Maintenant, je le demande ; entre ces deux idées qui constituent la base des partis, peut-il y avoir une différence morale ? L'une est-elle radicalement bonne et l'autre radicalement mauvaise? N’est-il pas manifeste que toutes deux sont ce qu’on appelle en morale, indifférentes, c'est-à-dire que toutes deux sont susceptibles d'appréciation, de pondération et de choix? Ne serait-il pas aussi injuste qu’absurde de condamner ou d'approuver, soit l’une soit l’autre, comme absolument mauvaise ou bonne!

L'une et l’autre sont susceptibles de beaucoup de bien comme de beaucoup de mal. Le conservateur qui défend les vieilles institutions de son pays, peut faire beaucoup de bien, de même qu'il peut faire beaucoup de mal, s’il s’obstine à vouloir maintenir des abus devenus intolérables, Le libéral qui combat ces abus, et après de longs efforts parvient à les extirper, peut être un bienfaiteur publie, de même que lo libéral qui porterait une main légère sur des institutions sacrées, pourraient être un fléau non seulement pour son pays, mais pour l’humanité tout entière,

Certes, je suis ioin de faire un =eproche à nos adversaires de leurs convictions, mais pour moi, je l'ai déjà dit, je suis un libéral. Je suis un de ceux qui pensent que partout, dans les choses humaines, il y a des abus à réformer, de nouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer.

Du reste, le libéralisme me paraît de tous points supérieur à l’autre principe. Le principe du libéralisme réside dans l'essence même de notre nature, dans cette soif de bonheur que nous apportons avec nous dans la vie, qui nous suit partout, pour n'être cependant jamais complètement assouvie de ce côté-ci de la tombe. Notre âme est immortelle, mais nos moyens sont bornés. Nous gravitons sans cesse vers un idéal que nous n’atteignons jamais. Nous rêvons le bien, nous n’atteignons jamais que le mieux. A peine sommes-nous arrivés au terme que nous nous étions assignés, que nous ÿ découvrons des horizons que nous n’avions pas même

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soupçonnés. Nous nous y précipitons, et ces horizons, exple--s à leur tour, nous en découvrent d’autres qui nous entra, sent encore et toujours plus loin.

Ainsi en seratil tant que l’homme sera ce qu'il ost ; tant que l’âme immortelle habitera le corps mortel ; ses désirs seront toujours je Vastes que ses moyens, s04 actions n'arriveront jamais à la hauteur de ses conceptions. Il est le ’é“itable Sysiphe

la fable ; son œuvre toujours finie est tou jours à recommencer.

Cette condition de notre nature est précisement ce qui fait la grandeur de l’homme ; car elle le condamne fatalerent à 1 mouvement, au progrès ; nos Moyens sont bornés, mais notre nature est perfectible, et nous avons l'infini pour champ de course, Ainsi il y a toujours place pour l'amélioration de notre condition, pour le perfectionnement de notre nature, et pour l'accession d’un plus grand nombre à une vie plus facile, Voilà encore ce qui, à mes Yeux, constitue la supériorité du libéralisme.

En outre, l'expérience constate qu’insensiblement, im tiblement, il se glissera dans le corps social des abus qui finiront Par entraver sérieusement son ascension Progressive, peut-être Par mettre son existence en danger,

L'expérience constate encore que des institutions qui, au début, auront été utiles, parce qu’elles étaient appropriées à l’état de société où elles avaient été introduites, finiront par devenir, par le fait seul que tout changera autour d’elles, d’intolérahles abus. Telle a été parmi nous la tenure signeuriale. Il est incontestable qu'aux débuts de ja colonie, ce système avait singulièrement facilité l'établissement du sol, Mais en 1850 tout avait tellement changé parmi nous que ce système ourait An: par pruduire des complications déplorables, si notre assemblée, sur l’initiative des libéraux, n’avait eu la sagesse de l’abolir.

Corme conséquence de cette loi que j'ai indiquée comme la cause déterminante des idées libérale et conservatrice, il se trouvera toujours des hommes qui s’attacheront avec amour À ces abus, qui les défendront à outrance, et qui verront avec terrcur toute tentative d’y porter la main. Maïlheur à ces hommes, s’ils so trouvent av ir le pouvoir, et s'ils ne savent pas faire le sacrifice de leurs + .éférences ! Malheur à ces hommes, s'ils ne savent pas céder et adopter les réformes proposées ! Ils attireront sur leur Pays des commotions d'autant plus terribles que jvstice aura été

v2 DISCOURS

refusée plus longtemps. L'histoire, hôlas! constate surabondamment que bien pe" de ceux qui gouvernent ont su com ces aspirations de l'humanité et y faire droit. Il y a eu plus de révolutions causées par l'obstination des conservateurs que par les exagérations des libéraux.

L'art suprême de gouverner est de À mg et diriger, en les contrôlant, ces aspirations de l'humanité. Les Anglais possèdent cet art au suprême degré. Aussi voyez l’œuvre du en parti libéral anglais. Que de réformes il a opérées, que d'abus il a fait disparaître, sans secousse, sans perturbation, sans violence ! Il a compris les aspirations des opprimés, il a compris les besoins nouveaux créés par des situations nouvelles, et, sous l'autorité de la loi, et . rs autre instrument que la loi, il a opéré une série de réformes qui ont fait du peuple anglais le peuple le plus libre, le plus prospère et le plus heureux de l’Europe.

Voyez au contraire los gouvernements du continent. La plupart n’ont jamais su comprendre les aspirations de leurs peurles. Quand 1: malheureux relevaient la tête, pour faire arriver jusqu’à leurs poumons quelques souffles d'air et de liberté, ils ont été brutalement repoussés dans un cercle toujours de plus en plus indissolublement resserré.

Mais un jour est venu où les obstacles ont volé en éclats, où ces peuples se sont rués hors des machines qui les paralysaient, et, alors, sous le nom sacré de la liberté, on a vu s’accomplir les plus effroyables crimes. Faut-il s’en étonner ?

S'étonne-t-on quand les nuages, amoncelés sur notre tête, éclatent en grêle et en foudre ? S’étonne-t-on quand la vapeur fait voler en éclats les parois qui la retenaient captive, parce que le mécanicien n’a pas eu la prudence de lever la soupape qui doit la dégager de l’exubérance de sa propre force ! Non, il y a là une loi fatale, qui aura toujours le même effet, dans l’ordre moral, comme dans l’ordre physique. Partout où il y a compression, il y aura explosion, violences et ruines. Je ne dis pas cela pour excuser les révolutions ; je hais les révolutions . je déteste toute tentative de vouloir faire triompher ses opinions par la violence. Au surplus, je suis moins disposé à en faire retomber la responsabilité sur ceux qui les font que sur ceux qui les provoquent par leur aveugle obstination. Je dis cela pour expliquer la supériorité

DE #IR WiLFhip LAURIER 03

du libéralisme qui, comprenant les as irations de }; nature humaine, au lieu de les vins tâche de les diriger Le. ous exemple que si l'Angleterre avais put à refuser aux ca ues leur ancipation ; si elle av t persisté à refuser aux cathol es, aux juifs, ot aux dénominations protesborn qi ne font pas partie l'église établie, la Plénitude des roits ;

droit de suffrage aux classes ouvrières, Pensez-vous qu'un jour ne

serait pas venu où 1 poupe a F6 oran" pour se faire à

lui-même cette justice qui lui aurait été obstinément refusée ?

Pensez-vous que le lion ideux de l’émeute n'aurait pas grondé enêtres

produit explosion, v et ruines. Ces calamités terribles ont 6t6 évitées, grâce à l'initiative des libéraux qui, comprenant le mal, ont proposé et appliqué lo remède, Qu’y «til de plus beau l'histoire du grand parti libéral anglais dans ce alâcle ! Au début, c’est Fox, le , le généreux Fox, défendant la Cause des opprimés, Partout où il y a des oppri- | més. Un peu plus tard, c’est O’Connell, le grand O’Connell, revendiquant et obtenant Pour ses coreligionnaires les droits et les | privilèges de sujets anglais. I] est assisté dans cette anvre par | tous les libéraux des trois royaumes, Grey, Brougham, Russel}, | Jeffrey et une foule d’autres. Puis viennent successivement | l'abolition de l’oligarchie Eouvernemental, le rappel des lois pro- : hibant le commerce des céréales, lextension du su ouvrières, et enfin, pour couronner le tout, l'abolition de l'Eglise d'Angleterre comme religion d'Etat en Ir] lo bien, les libéraux qui opèrent ces réfor:

Pas recrutés seulement dans les classes uns de leurs chefs les Plus illustres sont recrutés d'Angleterre. Je ne sache pas de spect.

neur à l'humanité, que le spectacle de ces ces nobles, de ces riches, de ces puissants, combattant opiniâtrément pour déraciner une foule d'abus séculaires, sacrifiant leurs

privilèges avec un calme enthousiasme pour rendre la vie plus facile et plus heureuse à un plus rË j nombre, A ce sujet, laissez-moi vous citer une lettre de. Macaulay à un de ses amis, écrite au lendemain du vote sur le fameux bill de réforme, qui mit fin au système des bourgs pourris. Cette lettre, suivant moi, fait voir admirablement ce que c’est qu’un libéral anglais. La voici. Je demande pardon de faire cette citation, parce qu’elle est un peu longue :

“Je ne reverrai jamais, je ne m’attends pas à jamais revoir une scène semblable à la division (division) de mardi dernier. Si je devais vivre cinquante ans, l'impression m’en resterait sussi fraîche et aussi vive que si elle venait d’avoir lieu. Cela doit être comme d’avoir vu César poignardé dans le sénat, ou Cromwell enlevant la masse (mace) de la table du Parlement ; une scène qu’on voit une fois et qu’on n'oublie jamais. La foule débordait de la chambre de toutes parts Quand les étrangers eurent l’ordre de se retirer et que les portes eurent été fermées, nous étions six cont huit membres présents, cinquante-cinq de plus au’on n’en avait jamais vus dans aucune autre division précédente, Lis oui et les non furent comme deux volées de canon, tirées des deux côtés opposés d’un champ de bataille. Lorsque l'opposition se fut retirée dans le corridor (lobby), opération qui dura plus de vingt minutes, nous nous répandîmes sur les banquettes des deux côtés de la chambre ; car il y en avait plusieurs parmi nous qui n'avaient pas pu trouver de siège pendant la soirée, Quand les portes eurent été fermées, nous commençâmes à faire des calculs sur notre nombre. Tout le monde était découragé. “ Nous sommes “battus, nous ne sommes au plus que deux cent quatre-vingts. “Je ne pense pas que nous soyons même deux cent cinquante. “ L'échevin Thompson les a comptés. Il dit qu’ils sont deux cent “quatre-vingt-dix-neuf”. Voilà ce qui se disait parmi nous. La chambre, lorsque les ministériels seuls s’y trouvaient, était déjà très remplie, plus même qu’elle ne l’est généralenent dans les débats d’un intérêt considérable. Cependant je n’avais pas d’espérance que nous fussions trois cents. Comme les scrutateurs (tellers) passaient le long de la plus basse rangée gauche, l’intensité de notre attention devint intolérable — deux cent quatre-vingtonze — deux cent quatre-vingt-douze, — nous étions tous debout, le cou tendu, comptant avec les scrutateurs. A trois cents, il y

eut un léger cri de joie ; à trois cent deux, un autre, mais su primé au même instant, car nous ne connaissions pas encore le nombre des forces ennemies ÿ nous savions cependant que si nous étions battus, la défaite ne pouvait pas être considérable. Enfin, les portes sont ouvertes, et les voici qui entrent, Chacun d'eux, comme il entrait, apportait un compte différent du nombre qu’ils étaient, En effet, pressés comme ils l’étaient dans le corridor, il était impossible de se rendre Compte exactement de leur nombre. abord on nous dit qu’ils étaient trois cent trois, puis ce chiffre s’accrut jusqu’à trois cent dix et décrut de suite jusqu’à trois cent sept. Nous étious tous muets d’anxiété, lorsque Charles Wood qui se tenait près de la porte, saute sur un banc en criant: Ils ne sont que trois cent un. Alors nous Poussons un cri qui aurait pu être entendu jusqu’à Charing Cross, nous jetons nos chapeaux en Vair, nous battons des pieds, nous nous frappons les mains.

“ Les scrutateurs peuvent à peine se frayer un passage dans la foule ; la chambre était remplie jusqu'a la table, et une mer de têtes s’y agitait comme dans le parterre d’un théâtre. Mais vous auriez pu entendre tomber une épingle, lorsque Duncannon lut les chiffres. Alors, de nouvelles acclamations éclatent, et plusieurs d’entre nous versent des larmes. Pour moi, je pouvais à peine retenir les miennes. Et il fallait voir la mâchoire de Peel tomber, et la figure de Twiss qui avait l’air d’un damné, et Herries qui avait l’air de Jndas ôtant sa cravate pour la dernière opération. Nous nous donnons des poignées de mains, nous nous frappons dans le dos, nous sortons riant, pleurant, et poussant des hourras. Et à peine les portes sont-elles ouvertes, que d’autres acclamations répondent aux nôtres. Tous les passages, tous les escaliers, toutes les antichambres étaient pleins de gens qui étaient restés là jusqu’à quatre heures du matin, pour connaître quel serait le résultat.

béni!” Et Macaulay finit par une phrase qui indique bien le libéral: “ Ainsi, continuet-il, finit une scène qui n’aura proba-

blement pas d’égale, jusqu’à ce que le parlement réformé ait luimême besoin d’être réformé ”.

Celui qui écrivait ainsi, dans ces termes exhilarants, venait de voter l'abolition du système en vertu duquel il tenait son mandat. Macaulay tenait son mandat de la générosité d’un pair d’Angleterre, lord ; Armes qui l’avait fait élire par le b pourri de Calne. Je connais peu de pages qui fassent plus d'honneur à l’humarité que cette simple lettre qui nous montre ces natures anglaises, calmes et opiniâtres dans la lutte, qui s’émotionnent enfin, pleurant et riant à la fois, parce qu’un acte de justice vient d’être accompli, parce qu’un abus vient d’être déraciné du sol de la vieille Angleterre.

Membres du Club Canadien, libéraux de la province de Québec, voilà quels sont nos modèles! voilà quels sont nos principes! voilà quel est notre parti!

Il est vrai qu’il existe en Europe, en France, en Italie et en Allemagne, une classe d'hommes qui sé donnent le titre de libéraux, mais qui n’ont de libéral que le nom, et qui sont les plus dangereux des hommes, Ce ne sont pas des libéraux, ce sont des révolutionnaires ; dans leurs principes ils sont tellement exaltés qu’ils n’aspirent à rien moins qu’à la destruction de la société moderne. Avec ces hommes, nous n’avons rien de commun ; mais c’est la tactique de nos adversaires de toujours nous assimiler à eux. Ces accusations sont au-dessous de nous, et la seule réponse que nous puissions faire dignement, c’est d'affirmer nos véritables principes, et de faire de telle sorte que nos actes soient toujours conformes à nos principes,

Maintenant, arrivé à ce point de mon exposé, je passerai en revue l’histoire du parti libéral de notre pays. Je suis de ceux qui ne craignent pas de scruter l’histoire de mon parti. Je suis de ceux qui pensent qu’il ÿ a plus à gagner à dire franchement la vérité, qu’à essayer de se faire illusion à soi-même et aux autres. Ayons le courage de dire la vérité! Si notre parti a fait des fautes, nos dénégations n’empêcheront pas les choses d’avoir été ce qu’elles ont ét6 Du reste, si notre parti a commis des fautes, nous trouverons toujours dans l’antre parti assez de fautes pour compenser les nôtres, et au surplus, l’autre parti fût-il immaculé, nos principes n’en seraient, pour cela, ni meilleurs ni pires. Ayons le courage de dire la vérité, et que la vérité dite sur nos fautes passées nous empêche d’y retomber à l’avenir.

Jusqu'à 1848, tous les Canadiens Français n’avaient formé

qu’un seul parti, le parti libéral, Le parti conservateur, ou plutôt le parti {ory, comme on l’appelait, n’était qu’une faible minorité. C'est de 1848 que datent les premières traces des deux partis qui, depuis, se sont disputé le pouvoir. M. Lafontaine avait accepté le régime établi en 1841. Lorsque M. Papineau fut revenu de l'exil, il attaqua le nouvel ordre de choses avec sa grande éloquence et de toute la hauteur de ses idées. Je n’entreprendrai pas ici de faire la critique de la politique respective de ces deux grands hommes. Tous deux aimèrent leur pays, ardemment, passionnément, tous deux lui dévouèrent leur vie ; tous deux, par des voies différentes, n’eurent d’autre but que de le servir ; tous deux furent probes et désintéressés. Restons sur ces souvenirs, sans chercher qui des deux eut tort et qui eut raison.

Il se trouvait, à cette époque, une génération de jeunes gens d’un grand talent et d’une impétuosité de caractère plus grande encore. Désespérés d’être venus trop tard pour jouer leur tête dans les événements de ’37, ils se précipitèrent, avec une alacrité aveugle, dans le mouvement politique de l’époque. Ils se trouvèrent au premier rang des partisans de M. Lafontaine, dans sa &lorieuse lutte contre lord Metcalfe. Ils Pabandonnèrent ensuite pour la politique plus avancée de M. Papineau, et, tout en se rangeant à sa suite, comme il était naturel, ils l’eurent bientôt devancé.

Enhardis par leur propre succès, entraînés par leur propre enthousiasme, ils fondèrent un journal L'Avenir, dans loquel ils se posèrent en réformateurs et en régénérateurs de leur pays. Non contents de s’attaquer à la situation politique, ils s’attaquèrent audacieusement à la situation sociale. Ils lancèrent un pro- &ramme contenant pas moins de vingt-et-un articles, qui commen- Sait par l'élection des juges de paix et finissait par l’annexion aux Etats-Unis, et qui n’était en somme rien autre chose qu’une révolution complète de la province. S’il eût été possible que, par un coup de baguette magique, les vingt-et-un articles de ce programme fussent réalisés dans le cours d’une nuit, le pays au matin n’eût plus été reconnaissable. Celui qui l’aurait quitté la veille €t y serait revenu le lendemeain, n’aurait pu s’y retrouver.

La seule excuse de ces libéraux, c’éta. leur jeunesse ; le plus âgé d’entre eux n’avait pas vingt-deux ans.

Messieurs, je constate des faits, je n’entends pas faire de

2 sé s

reproche à qui que ce soit. Le talent et les convictions sincères ont toujours droit à notre respect Quel est celui d’entre nous, du reste, qui, s’il eût vécu à cette époque, peut se flatter qu’il aurait été plus sage, et qu’il ne serait pas tombé dans les mêmes écarts { Tout prêtait alors à ces exagérations: la situation de notre pays, la situation en Europe.

pays n’était pas encore guéri des blessures de l’insurrection ; on nous avait octroyé une constitution libre, il est vrai, mais la nouvelle constitution n’était pas appliquée de bonne foi par le bureau colonial. Il y avait, au fond de chaque âme, des grondements que comprimait seul le souvenir de la vengeance tirée de l'insurrection. De tous les côtés, du reste, arrivaient jusqu'ici des effluves de démocratie et de révolte, La société frémissait déjà aux premiers souffles de cette grande tempête qui devait éclater quelques années plus tard, presque par tout lo monde civilisé, et qui fit un moment chanceler la société sur ellemême, Les années qui précèdent 1848 sont effrayantes à contempler. On éprouve de l’horreur à constater ce travail sinistre qui se faisait partout et qui jeta dans la révolte, à un moment donné, plus de quatrevingts millions d'hommes.

Cet état de choses devait puissamment agir sur des imaginations jeunes, ardentes et inexpérimentées, Aussi, nos jeunes réformateurs, non contents de vouloir révolutionner leur pays, saluaient avec transport chaque révolution nouvelle en Europe.

Cependant, à peine avaient-ils fait deux pas dans la vie qu’ils s’apercevaient de leur immense erreur. Dès 1851, ils publiaient un nouveau journal. Ils abandonnaient L'Avenir aux énergumènes et cherchaient dans le nouveau journal Le Pays, sans toujours la trouver, il est vrai, la voie nouvelle (..e devaient suivre les amis de la liberté sous la nouvelle constitution.

On ne peut aujourd’hui, en relisant le programme de L’Avenir, s'empêcher de sourire, en retrouvant avec un si grand bon sens quelquefois, tant de propositions absurdes on impossibles, Il serait oiseux de repasser, une à une, toutes les propositions incongrues que contenait le programme de L'Avenir. J'en prendrai une au hasard: les parlements annuels. Je suis certain que chacun des jeunes réformateurs d'alors, qui est arrir $ aujourd’hui à la députation, est fermement d'opinion qu’une élection tous les cinq ans est tout à fait suffisante. Le d’ailleurs, n'est-il pas

manifeste que les parlements annuels seraient une entrave constante à toute législation sérieuse, et une source d’agitation en permanence { Cependant, le mal était fait. Le clergé, alarmé de ces allures ne rappelaient que trop les révolutionnaires d'Europe, déclara e suite une guerre impitoyable au nouveau parti. La population anglaise, amie de Ja liberté, mais amie de l'ordre, se déclara également contre le nouveau parti, et pendant vingt-cinq ans, ce parti est resté dans l'opposition, bien que l'honneur lui revienne avoir pris l'initiative de toutes les réformes accomplies depuis

fautes, la génération des libéraux de 1848 était presque entièrement disparue de l'arène politique, lorsque commença à poindre l'aurore d’un jour nouveau pour le parti libéral. Depuis ce temps, de nouvelles accessions ont été faites au parti; des idées plus réfléchies, plus calmes, ÿ ont prédominé ; quant à l’ancien programme, de toute la partie socialo, il ne reste plus rien du tout, et, de la partie politique, il ne reste que les principes du parti libéral d'Angleterre,

Pendant ce temps, que faisait l’autre parti ? Lorsque la scission entre M. Papineau et M. Lafontaine fut devenue complète, la fraction du parti libéral qui suivit M. Lafontaine finit, après quelques tâtonnements, par s’allier aux fortes du Haut-Canada ; alors, au titre de libéral qu’elle ne pouvait où n’osait pas encore avouer, elle ajouta celui de conservateur. Le nouveau parti se donna le nom de libéral-conservateur. Quelques années s’écoulèrent, et de nouvelles modifications survinrent ; le nouveau parti abandonna entièrement le titre de libéral, et ne s’appela plus que le parti conservateur. Quelques années s'écoulèrent, et de nonvelles modifications survinrent ; je ne sais plus de quel nom nous appelons ce parti. Ceux qui aujourd’hui semblent 7 tenir le haut du pavé, s’appelleront eux-mêmes: le parti ultramontain, le parti catholique. Ses principes se sont modifiés comme son nom. Si

MERE : re

M. Cartier revenait aujourd’hui sur la terre, il ne reconnaîtrait plus son parti. M. Cartier était dévoué aux principes de la constitution anglaise. Ceux qui aujourd’hui, parmi ses arciens partisans, tiennent le haut du pavé, repoussent ouvertement les principes de la constitution anglaise, comme une concession à ce qu’ils appellent l'esprit du mal. Îls ne comprennent ni leur ys, ni leur époque. Toutes leurs idées sont calquées sur celles des réactionnaires de France, comme les idées des libéraux de 1848 étaient calquées sur celles des révolutionnaires de France. Ils se passionnent pour Don Carlos et le comte de Chambord, comme les libéraux se passionnaient pour Louis Blanc et Ledru-Rollin. Ils crient: vive le roil comme les libéraux criaient: vive la république! En parlant de Don Carlos et du comte de Chambord, ils affectent de ne jsmais dire que Sa Majesté le roy Charles VII, Sa Majesté le roy Henri V, tout comme les libéraux, en parlant de Napoléon III, ne disaient jamais que M. Louis Bonaparte.

Certes, je respecte trop l'opinion de mes adversaires, pour ne leur lancer jamais aucune injure ; mais je leur fais le reproche de ne comprendre ni leur époque, ni leur pays. Je les accuse de juger la situation politique de notre Pays, non pas d’après ce qui s’y passe, mais d’après ce qui se passe en France. Je les accuse de vouloir introduire ici des idées dont l'application serait impossible dans notre état de société. Je les accuse de travailler laborieusement, et par malheur tro efficacement, à rabaisser la religion aux simples proportions d’un parti politique.

C’est l'habitude, dans le parti de nos adversaires, de nous accuser, nous libéraux, d’irréligion. Je ne suis pas ici pour frire parade de mes sentiments religieux, mais je déclare que j'ai trop de respect pour les croyances dans lesquelles je suis né, pour jamais les faire servir de base à une organisation politique.

Vous voulez organiser un parti catholique. Mais n’avez-vous pas songé que si vous aviez le malheur de réussir, vous attireriez sur votre pays des calamités dont il est impossible de prévoir les conséquences ?

Vous voulez organiser tous les catholiques comme un seul parti, sans autre lien, sans autre base que la communauté de religion, mais n'avez-vous pas réfléchi que, par le fait même, vous organisez la population protestante comme un seul parti, et qu’alors, au lieu de la paix et de l'harmonie qui existent aujour-

d’hui entre les divers éléments de la population canadienne, vous amenez la guerre, la guerre religieuse, la plus terrible de toutes les guerres ?

Encore une fois, co: ervateurs, je vous accuse à la face du Canada de ne comprendre ni votre pays ni votre époque.

Nos adversaires nous font encore un reproche : ils nous reprochent d'aimer la liberté, et ils appellent l'esprit de liberté un Principe dangereux et subversif,

Est-il quelques raisons à ces attaques f Aucune, sinon qu’il existe en France un groupe de catholiques qui poursuivent la liberté de leurs imprécations. Certes, il n’y a pas en France que des ennemis de la liberté qui la regardent avec terreur. Les amis les plus ardents de la liberté la contemplent souvent avec le même sentiment. Rappelez-vous le dernier mot de Madame Roland. Elle avait ardemment aimé la liberté, elle l'avait appelée de tous se8 vœux, et son dernier mot est ce mot navrant: O liberté! que de crimes on commet en ton nom! Combien de fois les mêmes paroles n’ont-elles pas été répétées aussi sincèrement, par des amis aussi sincères de la liberté!

Je congois très bien, sans cependant les partager, les sentiments de ces Français qui, regardant ce que la liberté leur a coûté de larmes, de ruines et de sang, appellent quelquefois pour leur Pays un despotisme vigoureux 3 je conçois leurs anathèmes ; mais que ces anathèmes contre la liberté soient répétés parmi nous, c’est ce que je ne saurais comprendre.

Eh quoi ! c’est nous, race conquise, qui irions maudire la liberté! Mais que serions-nous donc sans la liberté? Que serionsnous maintenant, si nos pères avaient eu les mêmes sentiments que les conservateurs d’aujourd’hui ? Serions-nous autre chose qu'une race de pariasf

J’avoue bien que la liberté, telle qu’elle a été généralement comprise et pratiquée en France, n’a rien de séduisent. Les

Gais ont eu le nom de la liberté, ils n’ont pas encore eu la liberté. Un de leurs poètes, Auguste Barbier, nous a donné une idée assez exacte de la liberté qui a quelquefois passé en France, et qu’on a vue pour la dernière fois à l’œuvre en 1871. Illa représente comme une femme

Si la liberté était bien cette virago sinistre, je comprendrais les anathèmes de nos adversaires, et je serais le premier à m'y associer, Mais ce n’est pas là la liberté. Un poète anglais, Tennyson, a chanté la liberté, la liberté de son pays et du nôtre. Dans son poème Fou Ask Me Why, Tennyson s’adresse à un ami qui lui demande, Pourquoi il ne va pas chercher dans les Îles des mers du Sud, un climat plus doux, et Pourquoi, malgré sa santé altérée, il persiste à rester sous le ciel brumeux de l'Angleterre. Et le poète lui répond:

“It is the land that freemen till,

That sober-suited Freedom chose,

The land where, girt with friends or f0es, À man may s the thing he will ;

“A land of sett!ed government,

A land of just and old renown, Where Freedom slowly broadens down, From precedent to precedent :

“ Where faction seldom gathers head,

But by degrees to fullness wrought,

The strength of some diffusive thought Hath time and space to work and spread ”,

Le poète répond à son ami, qu’il ne veut pas s'éloigner de Angleterre, parce que:

“ C’est la terre des hommes libres, c’est la terre choisie par la liberté calme et modérée, }, qu’il soit environné d’amis ou d’ennemis, un homme peut dire ce qu’il vent dire.

“Une terre d’un frerenement stable, une torre d’un juste et ue renom, où la liberté s’épand lentement de précédent en p ent, “ Où les factions lèvent rarement la tête, où la force de toute pensée féconde, s’élevant par degrés jusqu'à ja maturité, a Je temps et l’espace pour se développer ”’, Telle est la liberté dont nous Jjouissons, telle est la liberté que nous défendons et que nos adversaires attaquent sans la comrendre, et tout en en Possédant les bienfaits, Jean-Baptiste re dans une de ses odes, parle de peuplades barbares qui, un jour, dans un moment d’inconcevable folie, se mirent à insulter le soleil de leurs cris et de leurs imprécations, Le poète ‘aractérise d’un mot cette inepte impiété :

Le Dieu poursuivant sa carrière, Versait torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs,

Ainsi en est-il Parmi nous de ceux qui attaquent 14 liberté, La liberté les couvre, les inonde, les protège et les défend jusque dans leurs imprécations.

Le Dieu poursuivant sa carrière, Versait torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.

Mais nos adversaires, tout en nous reprochant d'être les amis de la liberté, nous reprochent encore, par une inconséquence qui serait très grave, ai l'accusation était fondée — de refuser à PEglise la liberté à laquelle elle a droit. Ils nous reprochent de vouloir fermer la bouche au corps administratif de l'Eglise, au clergé, de vouloir l'empêcher d'enseigner au peuple ses devoirs de citoyen et d’électeur. Ils nous reprochent, pour me servir de la Phrase consacrée, de vouloir empêcher le clergé de se mêler de Politique et le reléguor dans la sacristie,

Au nom du parti libéral, au nom des principes libéraux, je repousse cette assertion |

20 | rene ar oo rt

à pas un soul libéral canadien qui veuille est xs aux affaires politiques, si le Part aux affaires politiques.

Au nom de quel Er les amis de la liberté voudraient-ils refuser au prêtre le droit de prendro part aux affaires politiques ! Au nom de quel pr'.cipe les amis de la liberté voudraient-ils refuser au prêtre le droit d’avoir des opinions politiques ot de les exprimer, le droit d'approuver ou de désapprouver les hommes publics et leurs actes, et d’ensei au peuple ce qu’il croit être son devoir! Au nom de quel p ncipe le n’aurait-il pas le droit de dire que si je suis élu, moi, la religion est menacée, lorsque j'ai le droit, moi, de dire que si mon adversaire est élu, l'Etat est en danger ! Pourquoi le prêtre n’aurait-il pas le droit de dire que si je suis élu, la religion va être infailliblement détruite, lorsque j'ai le droit de dire que si mon adversaire est élu, l’Etat s’en va droit à la banqueroute? Non, que le prêtre parle et prôche comme il l’entend, c’est son droit. Jamais ce droit ne lui sera contesté par un libéral canadien.

La constitution que nous avons invite tous les citoyens à prendre part à la direction des affaires de l'Etat ; elle ne fait

ot pour Chacun a le droit, non seulement d'exprimer son pl ere mais d’influencer, s’il le pent, par l’ex-

pression de son opinion, l'opinion de ses concitoyens. Ce droit-là existe pour tous ; il ne peut y avoir de raison pour que le prêtre en soit privé. Je suis ici pour dire toute ma pensée, et j'ajoute que je suis loin de trouver opportune l'intervention du clergé dans le domaine politique, comme elle s’est exercée depuis quelques années. Je crois au contraire que le prêtre a tout à perdre, au point de vue du respect dû à son caractère, en s’immisçant dans les questions ordinaires de la politique ; cependant son droit est incontestable, et s’il croit bon de s’en servir, notre devoir à nous, libéraux, est de le lui garantir contre toute conteste.

Cependant, ce droit n’est pas limité. Nous n’avons parmi nous de droits absolus. Les droits de chaque homme, dans notre état de société, finissent à l'endroit précis où ils empiètent sur les droits d’un autre.

Le droit d'intervention en politique finit à l’endroit où il empièterait sur l’indépendance de l'électeur.

La constitution de notre pays repose sur la volonté librement

tend que rs Volontairement, comme es électeurs d'u ot que, par suite de | rs hom des pa auront entendues où dos q lus, ]

e intervention, cependant, l’o riment sst bien celle qu'ils veulent ex L- ; la Constitution

fraude, vous les f expriment n’est

iolée, La const tuti nion de chacun soit Moment qu’il l'exprim

opinions individue form ment du pays, La loi veille d’un œil jaloux à ce que l'opinion de l'électeur soit exprimée telle qu’elle Os, que si, dans un comté, l'opinion lecteurs n’est Pas s0n opinion réelle, par la crainte, par la fraude ou par la ulée.

changer l'opinion de es autres A l'intimid

persu pinion qu’il terreur, vous forcez lé] Opinion ; faites propre, Opinion exprimée de la majo-

entraves la constitution, le vernement responsable n'est plus qu'un vain mot, et tôt ou tard, £ lei comme ailleurs, la compression Muse L'esplodes, la em et les dr ais il no manquera gons qui diront que le o a droit de dicter pri Ph sont pol hr a ui + À plement que nous sommes ici sous le gouvernement de la Roino d'Angleterre, sous l'autorité d'une constitution qui nous a été acordée comme un acte de justice ; et que, si l'exercice des droits que vous réclames devait avoir pour effet d’entraver cette constitution et de nons exposer à toutes les conséquences d’un pareil acte, le clergé Miele n'en voudrait pas.

Je no suis pas de ceux qui so donnent avec affectation comme les amis et les défenseurs du clergé. Cependant, je dis ceci : comme la plupart des jeunes Sens, mes compatriotes, j'ai été élevé par des prêtres, et au milieu de jeunes gens qui sont devenus des Piôtres, Jo me flatte que je compte parmi eux uelqres amitiés sincères, et à ceu-.]à du moins je puis dire, et je dis: “ Voyez s'il Y 4 sous le soleil un pays plus heureux que le nôtre ; voyez s’il y a sous le soleil un pays où l'Eglise catholique soit plus libre et plus privilégiée que celui-ci, Pourquoi done iriez-vous, par la revendication de droits ee avec notre état de ao, exposer ce pays à des agitations dont les conséquences sont impossibles à 2

Mais, je m'adresse à tous mes compatriotes indistinetement, et je lour dis:

“Nous sommes un peuple heureux et libre ; et nons sommes heureux et libres, grâce aux institutions libérales qu nous régissent, institutions que nous devons aux efforts de nos pères et à la sagesse de 1n mère-patrie,

“ La politique du parti libéral est de protéger ces institutions, de les «ifendre et de les Propager, et, sous l’empire de ces institutions, de développer les resources latente de notre pays, Telle est la politique du parti libéral; il n’en a pas d’autre ”.

Maintenant, pour apprécier toute la valeur des institutions qui nous régissent aujourd’hui, comparons l’état actuel de notre Pays avec ce qu’il était avant qu’elles nous eussent été octroyées.

[ya maintenant quarante ans, le pays se trouvait sous le

DE sin WILFRID LAURIER 107

lon flévrouwe, on proie À une plus tard, éolatait on insu ne fut maintenue dans le Canon, Et

i Ces institutions Yalement ;

tannique flotte sur la le au

ense, r la liberté ot la *Ous son ombre, len qui, COMparant son Paÿs aux pays même » n0 #0 sentirait for des institutions qi le protègent ? le Canadien qui, l arrivant au m À

nom du vaineu ot hon ême degré, occupant

ière bataille que rappelle a mitraille semait la mort » lorique les deux héros que la virent enfin la victoire leur

re, ils virent AUX mains de ] doute leur se ; sans doute alors, il est cri de déses.

que le voile de ciel permit que dans V'inconnn ; s’il le front ha

voir, dans la vieille cathédrale, le banc d’honneur des gouverneurs français occupé par un gouverneur français ; s’ils purent voir les flèches des églises s’élançant de toutes les vallées, depuis les eaux de Gaspé jusqu'aux plaines de la Rivière Rouge ; s’ils purent voir ce vieux drapeau, qui nous rappelle la plus belle de leurs victoires, Promené triomphalement dans toutes nos cérémonies publiques ; s’ils purent, enfin, voir nos libres institutions, n'est-il pas permis de croire que leur dernier soupir s’éteignit dans un murmure de reconnaissance pour le ciel, ot qu’ils moururent consolés ?

Si les ombres de ces héros planent encore sur cette vieille cité pour laquelle ils sont morts, si leurs ombres planent ce soir sur la salle où nous sommes réunis, il nous est permis de croire à nous, libéraux, — du moins nous avons cette chère illusion, — que leurs sympathies sont toutes avec nous.

PAGES D'HISTOIRE nn LA REINE VICTORIA

sir Wilfrid a Prononcés de Ja reine Vic-

Les éloges que toria, de M. Gladstone, de J. A. MacDonald, et sa critiqu. des discours de Cartier, forment une suite d’études qui resteront comme de belles Pages d’histoire Que l’on sera heu. reux de trouver plus loin.

Au milieu des

Unis, lorsqu’ell

Avec quelle touche délicate et avec quelle parole émue sir Wilfrid ne parle-t-il pas aussi des qualités de la femme . dont elle embellit son foyer, de son attachement à son mari qui la porta après la mort du Prince Albe

rt à le pleurer toujours. Il était impossible de rappeler ce deuil avec plus

de tact qu’en citant ce beau vers si bien en situation

“Dans sa première larme elle noya son cœur, ”

Pour peindre la douleur dont la reine s’enveloppa dans son veuvage. Nous ne croyons Pas qu'il ait été écrit en Angle-

terre sur la reine une Page plus éloquente et plus touchante.

(TRADUCTION)

M. 1e Présipexr,

Je me lève pour propose hier et qui semble de mise d sommes réunis. La Chambre » ot assemblée à l’ombre de la mort qui a causé le deuil le plus universel dont l’histoire fasse mention. Ces paroles ne renferment pas d’exagération sion de l’exacte vérité. Le Rryaume-Uni, les colonies, et plusieurs des îles et Les continents qui forment partie du vaste empire sur lequel la reine Victoria étendait sa suprématie, sont en deuil, Ce ent ressenti, dans les manoirs des grands et des riches, comme dans les chaumières des pauvres et des humbles ; car la reine à toujours été, jusqu’à la fin de son long règue, pieusement vénérée par tous ses sujets, riches ou pauvres, puissants ou misérables, Toutes les nations de lPEurope regrettent sincèrement la mort de la reine Victoria, car toutes, elles avaient appris à estimer, à admirer et à envier ses nombreuses qualités, ses multiples vertus publiques et domestiques qui

DE SIR WiLFkip LAURIER 111

de ses sujets, Elle est sincèrement regrettée CA Par la nation Voisine, par ce peuple de soixante-quinze millions d'habitants, de Ja même race que ses sujets, qui a toujours, et dans

aYs étaient tendus au point de menacer de se rompre, le pnète ittier à fidèlement exprimé le sentiment de ses compatriotes en s’écriant :

We bowul the heart, if nc’ ‘he knee, To England's Queen, God biess her,

beaucoup de respect, et considéré Comme un symbole de justice, même par ceux qui luttent contre ses trou] et peut-être comp-

La mort de Certains Personnages dont parle l’histoire à peut-

la reine Victoria, On peut dire, sans exagération, que la trmbe vient de se refermer sur ce des plus grandes figures de l’histoire.

2 quoi consiste la grandeur ? I] est d'usage d’appeler grands, ces Personnages exceptionnels que le ciel a gratifiés de ses

issent l'univers par le rs facultés, développées à Un point phénoque celles-ci sont déperées p

le flambeau lumineux d’un Ugement calme sont des dons qui rencontrent aussi r i plus éblimissantes, excellents sent l’a 1 exerce l’autorité suprême et id se trouvent alliés à une âme

esseins Sénéreux, à des v

e prolongé de Louis XIV, qu’il épassera Peut-être en splendeur aux yeux des âges à venir, n jetant un regard Ï

es circonstances ui

qui a éveillé l’admile anglais, et à remplir l’univers entier d’un éclat

ais je crois que l’on peut dire la littérature de là

» Sans crainte de se tromper, que re victorienne réflète à un certain degré

TE er d Mani x PE Qu

DE Sir WILFRID LAURIER 113

P craindre que le Cœur se gâte pendant que l'esprit s’embellit, Voilà ce qu'a été, selon moi, la littérature de l'ère victorienne. A mon sens, nous devons ce bienfai » En grande Partie, à l'exemple et à

= , tout ailleurs, l’infinence di: souverain déteint vivement sur les ettres de son épique. Autre ois, quand Jes SOuverains étaient

e la vie de Ja Cour étant Pure, les lettres OLt été également Pures, S’il est vrai qu’il existe un lien entre es Mœurs d’une cour royale et les lettres d’une époque, je puis dire, sans hésitation, que la reine Victoria a répandu non seulement sur SON pays, mais sur à à ; ; &

reco À Mais i] ÿ à des choses que l’on peut attribuer à Ja seule influence de la reine Victoria, et si l’on me demandait mon opi-

nion à cet égard, je dirais que son règne été des Plus heureux is rapports,

pe affirmer, sans exagération, que, jusqu’à l’avènement de la reine Victoria, l’histoire d'Angleterre n'eut à enregistrer que des conflits

ne prirent même Pas fin lors de Ja révolution de 1688, Si, depuis cette époque, la lutte ne fut jamais violente, elle n’en Continua pas Moins À subsicter d’intrigues et de Complots ; le Souverain cher-

chant à gouverner À sa guise, ct le Parlement persistant à vouloir Î Bouverner suivant les désirs du peuple.

| reine Victoria fut la remière de 1ous les souverains qui sut faire entièrement abstract on de sa pe: sonnalité, en politique, s’entend, Quand il s’est agi de l’abolition des lois concernant les ; céréales, de la guerre de Crimée, de l'extension du droit de | suffrage du disestablishment q

n'a laissé Percer son opini

Ceux qui étaient res et le poids du blâme. Cette sage conduite porta, de bonne heure, des fruits qui furent de plus en Plus abondants. ” La reine en fut : récompensée non seulement par la reconnaissance et l’amour de

Courroucés des passicns Populaires, l’Angleta calme et vaisible, Les trônes s’effondraient Comme des clochers renversés par des tremllements de terre, mais le trône de la reine d’Angleterre, lui, nc fut Pas ébranlé ; il était soutenu par l'affection de ses sujets. Plus ë geait, plus ses sujets étaic:

Un grand service à 8 agitations socialistes, et la

urant les soixante années de son règne,

Ce n’est pas tout. L'événement le plus remarquable du règne de Victoria — événement qui se nroduisit sans bruit et sans éclat — fut Je développement merveilleux des colonies, qui, repo-

DE SIR WiLFRip LAURIER 115

sant sur l'autonomie locale, a eu Pour résultat final l'agrandissement de l'empire,

ppelons-nous que, dans la Première année du règne de la reine, ve Pays même était en rébellion, 1] Y avait une révolte dans la colonie alors la plus importante de toutes celles de Ja

orce, impatientes du joug et mécontentes ”, Si, au contraire, quelqu'un avait alors dit: Vous vous trompez tous; quand ce

Phétie eût été accueillie comme une hallucination de rêveur et de

visioanaire, Pourtant, M. le Président, ce rêve est aujourd’hui

réalisé, cette prédiction s’est accomplie, De nos jours, les colonies 7 formen i

Quelle fut la cause de ce merveilleux changement ? La cause Première, ce fut la Personnalité même de la reine Victoria. Sans

Parlementaire responsable et la Concession de l'autonomie aux colonies,

Evidemment, jamais ; vernement responsable :u

1 n’aurait Pu exister de véritable pou- Canada s’il n’eût régné en Angleterre

t pas joui du plein développement du gouvernement constitutionnel dont il bénéficie

Grande-Bretagne, mais encore dans les colonies,

Il est un autre as du règne de la reine dont on ne tient guère compte aujourd’hui, mais qui, À mes enseignement dont on n’a Pas encore saisi to: Peut-être toute la portée pour l'avenir, Vers la fin du dixhuitième siècle, toutes les colonies de l'Angleterre en Amérique,

sauf la colonie française de Québec, réclamèrent leur indépendance et l’obtinrent pai la force des longue et ar.

actuellement entre l amitié qui se fortifi

son avènement au trône, la reine n’ donner des preuves

l'Angleterre, de toucher le cœur et l'esprit

DE sin WILFRID Lu

l'Etat, elle s'acquitta do ses devoirs de

a, l'affection de 1ous OUx qui étaient présent Wellington exprima son app

vieux mil!taire en faisant rver que si c'eûx 6t6 sn ropre fille, i en a été ainsi du Premier au dernier jour de

Reine, elle était aussi épor

a ete.

arge part . Elle aima, elle souffrit, Peut-

Ïl nous à été donné d'a es yeux des reines ”, une des plus nobles qu’il soit ible de mer en un mot: elle fut Lens Mais trop tôt, ln mort,

’une main implacable, | reiue le noble

A dater de ce moment, jusqu’à la fin de ses jours, elle Vemeura inconsolable comme Rachel pleurant ses enfants. Quatante années ont pu adouci la faire di spai us pourrions lui appliquer ce beau Vers du pète français :

7 Pa0e se prem dre larme elle noya son ceux

Elle n’est plus, que dis-je ! Elle vit toujours dans le cœur

e ses sujets ; elle vivra dans l’histoire. t À travers la révolution

des siècles, à mesure que sa noble figure se dessinera davantage à

l'horizon du temps, la postérité atifiera le jugement de ses sujets : elle a rehaussé ]a royauté,

À ennobli l'humani meilleur depuis qu’elle ya é

té, et le monde est passé,

de marcher us n'avions pas jesté, pour savoir rée et des nobles

de la part de Sa Ma

age et ft

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