LA SAINT-JEAN-BAPTISTE A QUEBEC
Ce que l’on a prononcé de discours à la Saint-Jean-Baptiste dans notre province depuis 50 ans, c’est quelque chose d’inouï ! Il est devenu à peu près impossible de n'être pas banal sur un sujet si rebattu. M. Laurier, appelé à son tour à prendre la parole, le jour de notre fête nationale à Québec, en 1889, lors des grandes démonstrations organisées en lhonr de Jacques Cartier et des premiers missionnaires français .a Canada, sut sortir des sentiers trop fréquentés. Il parla avec cette élévation d'idées, caractéristique de tous ses discours, de nos gloires nationales et fit un appel à la concorde qui doit régner entre les Canadiens d’origine française et les autres nationalités qui les entourent. On aura r'aisir à lire cette belle harangue que voici :
MONSIEUR LE PRÉSIDENT, MEsDAMES ”T MESSIEURS,
J’ai souvent pensé, et après l’éclat des fêtes d’aujourd’hui, plus que jamais je pense, qu’il ne devrait y avoir pour tout le pays qu’une seule célébration de la Saint-Jean-Baptiste, et que cette célébration devrait avoir lieu dans la bonne vieille ville de Québec. J'ai toujours pensé, et plus que jamais je pense, que Québec devrait être, pour les Canadiens d’origine française, ce que la Mec-
DISCOURS que est pour l’Arabe, la ville par excellence, la ville ; toutes.
qu’un Québec, Des villes comme Montréal, avec des r droites, régulières, tirées au cordeau, si j'étais Irlandai: qu’il y en a à toutes les portes.
mais, je le répète, il n’y a qu’un de Québec, c’est la variété, c’est que pas que vous faites, la scène déroule à vos Jeux, aussi ravissant que le précédent,
faits qu’ils ne savent je fisamment apprécier ce qu’ils possèdent.
Mais Québec e un autre charme dont nous, ( d’origine française, pouvons seuls jouir dans toute tude: c’est le charme des souvenirs, Citoyens de Québec, des privilégiés. L’antiquité nous a conservé la mém épitaphe fameuse, où l’on recommandait au passant de parce qu’il foulait la cendre d’un héros: mais vous, ci! Québec, vous vivez, vous respirez dans une poussière de
À chaque pas que vous faites dans votre ville, un monu édifice, une pierre, un coin de ciel au bout d’une rue ét surgir dans votre pensée tout un monde d'événements h Aujourd’hui vous venez d'élever un nouveau monument Pétuera à jamais le souvenir de la croix plantée par l’er
roi de France, pour prendre possession de ce Pays au nor souverain.
Ce pays cependant n’est pas resté terre française, m: sommes toujours restés fidèles au souvenir de notre ancien patrie.
Bien que séparés de la France depuis plue d’un siècle, |
ce, la ville sacrée entre
| faveur de Québec. Si 4 des raisons de Vêtre:
Québec. Nos amis de À it fiers de leur ville, et peut-être: je n'accepte mtréal, le continent en venus des Etats-Unis.
n faut, mais il n’y a À » avec des rues larges, A
is Irlandais, je dirais ont bien leur valeur, Ce qui fait le charme le ses a=pects ; à chanouveau panorama se précédent, mais d’un t le monde en pent , plus que nous peut:
ne savent jamais suf-
ont nous, Canadiens ans toute sa Plénide Québec, vous êtes 6 la mémoire d’une passant de s’arrêter, 8 vous, citoyens de oussière de héros.
le, un monument, un ’une rue étroite fait énements héroïques.
monument qui pertée par l’envoyé du pays au nom de son
ançaise, mais nous otre ancienne mère-
Pun siècle, bien que #
différant d’elle aujourd’hui de plusieurs manières, nous avons toujours conservé son culte dans notre cœur, suivant de loin, mais avec un intérêt qui n’a jamais cessé un seul instant, toutes les péripéties de sa vie tourmentée, prenant notre part de ses joies, de ses triomphes, de ses désastres, de ses douleurs, plus encore de ses douleurs que de ses joies,
L'adversité est l'épreuve de toutes les affections, et j'en appelle à vous tous, n'est-il pas vrai que nous n’avions jamais réalisé combien la France nous était chère avant l’époque de ses revers, dans les fatales années de 1870 et 1871, quand le télégraphe nous
prenait des défaites au lieu des victoires que nous attendions ! FA quund il n’y eut plus à en douter, quand, ayant espéré contre toute espérance, il nous fallut pour nous convaincre lire et relire le texte de la dure loi imposée par le vainqueur, quand l'Alsace et la Lorraine étaient viclemment arrachées au territoire français, je vous le demande, si on nous avait enlevé un de nos propres membres, aurions-nous plus souffert ? ;
Le toast proposé par M. Langelier nous rappelle que notre séparation d’avec la France nous a imposé de nouveaux devoirs, créé de nouveaux intérêts et ouvert de nouvelles affections, Nous sommes Canadiens-Français, mais notre patrie n’est pas confinée au territoire ombragé par la citadelle de Québec. Notre patrie, c’est le Canada, c’est tout ce que couvre le drapeau britannique sur le continent américain, les terres fertiles qui bordent la baie Fundy, la vallée du Saint-Laurent, la région des grands lacs, les prairies de l'Ouest, les montagnes Rocheuses, les terres que baigne cet océan célèbre où les brises sont aussi Gouces que les brises de la Méditerranée. Nos compatriotes ne sont pas seulement ceux dans les veines de qui coule le sang de la France: ce sont tous ceux quelle que soit leur race, ou leur langue, que le sort de la guerre, les accidents de la fortune ou leur propre choix ont amené parmi nous et qui reconnaissent la suzeraineté de la couronne britannique. Quant à moi, je le proclame hautement, voilà mes compatriotes, mais je suis Canadien, Mais je l'ai dit ailleurs, et j’ai plus de plaisir à le répéter ici ce soir, entre tous mes compatriotes, la première place dans mon cœur est pour ceux dans les veines de qui coule le sang de mes propres veines. Je n’hésite pas à dire cependant que les droits de mes compatriotes d’autres races me sont aussi chers, aussi sacrés que les droits de ma propre race, et ai le
malheur voulait qu’ils fussent jamais attaqués, je les défe avec autant d'énergie et de vigueur que les droits de ma race, Je dis moi, ne devrais-je pas dire vous, nous tous Rous sommes trop fils de la France, de cette généreuse nation tant de fois donné son sang pour défendre les faibles, les més, pour n'être pas prêts en tout temps, nous aussi, à dé les droits de nos compatriotes de nationalités différentes, à des nôtres, Ce que je réclame Pour nous, c’est une part ég soleil, de justice et de liberté ; cette part nous l'avons, nous |’ ample, et ce que nous réclamons Pour nous, nous voulons r aux autres,
Quant à moi, je ne veux pas que les Canadiens-Français | nent sur personne, et je ne veux pas que personne domine su: Justice égale, droits égaux. Il est écrit que les sables des sont com ue pas un cheveu de notre tête tombe sars ls mission d’une idence éternelle, éternellement sage. N' pe is de croire, lorsque, dans la bataille suprême livré
P d'Abraham, le sort des armes tourna contre nous ; : il pas permis de croire qu’il entrait dans les desseins de la F dence que les deux races jusque-là ennemies vécussent désor en paix et en harmonie sur ce continent, et désormais ne fi plus qu’une seule nation ? O'est 1à l’idée qui a été la source iratrice de la Confédération. Quand les provinces britanni urent unies sous la même constitution, l'espérance mainte avouée était de donner à tous les éléments épars qui - trouv: le même idéal national, d'offrir au monde le spectacle d’une ns der re cp i , Conservant dans tous ses groupes le pect des traditions de famille ot de race, mais donnant, désor: à tous une unique et même aspiration. Je n’ai pas oublié qu
Confédération, à son origine, ne fut pas acceptée sans terreur nombre de Canadiens d’origine française, Mais il est une € cependant pour laquelle les Canadiens-Français ont droit à l’4 verselle admiration. Le vice des démocraties est d'ordinaire flatter les foules, Je ne sais pas flatter: jamais je ne m’abaiss au rôle de flagorneur, pas plus des foules que des personnes, n c’est simple justice de constater avec quelle admirable soupl les Canadiens-Français se sont adaptés à tous les régimes par quels ils.ont passé: la constitution 1774, celle de 1791, celle 1841, et enfin le régime de la Confédéretion, Je r'ignore x
je les défendrais its de ma propre nous tous ! Oui, ‘euse nation qui a faibles, les oppriaussi, à défendre fférentes, à légal ine part égale de "ons, nous l’avons us voulons aussi
s-Français domidomine sur eux.
sables des mers mbe sars la t N'est-i —. livrée sur ntre nous ; n’estins de la Provissent désormais rmais ne fissent té la source insces britanniques nce maintenant li e’y trouvaient cle d’une nation | le resnent, désormais 8 oublié que la ans terreur par il est une chose t droit à l’éterd'ordinaire de ne m’abaisserai Jersonnes, mais rable souplesse imes par les- > 1791, celle de m'ignore point
plus sont ceux qui n’ont pas d'histoire. Notre histoire
sous la Confédération n'offre
rendent le passé si attachant ; elle a été calme, elle a été heureuse. la paix a aussi ses gloires et ss héros.
Confédération a pu s’enorgueillir d'hommes dont n’importe quelle nation aurait le droit d’être fière. Je ne
diens d’ori ne française ; M. Langelier vous les a ra lésilya un instant. Je choisirai parmi les Canadiens d’ ri 4 et ie ne citerai que deux noms, Le premier
Ilerai est le nom d’un homme dont je diffère toto cœlo, mais ke suis trop de mon origine pour ne pas me faire une gloire, en tout temps, de rendre justice à un adversaire ; le nom que je vous Je n’étonnerai pas mon ami M. Chapais, que je vois parmi vous, si je dis que je ne Partage pas les opinions itiques de sir John Macdonald ; je
Presque totalement ; mais il
faut reconnaître que sir John Macdonald, dans tout le cours de sa longue carrière, a déployé des qualités d’une telle éminence qu’elles se seraient imposées sur les plus vastes théâtres, que En sur ce continent n’a excellé comme Jui à gouverner les ommes, à moins que ce ne soit M. Mercier, L'autre nom que je Vous signale est le nom d’un homme qui a été pour moi un ami et plus qu’un ami, le nom de l'honorable Edward Blake. Il ya déjà quelques années, parlant ici même de M. Blake, jai déclaré que dans mon opinion l'Amérique, à ce moment, n'avait pas son
» et que l’Europe n’avait pas son supérieur.
Tout ce que j’ai vu depuis de M. Blake m’a confirmé dans cette opinion ; jai eu l'avantage de le voir de très près, et j'ai aussi appris que chez lui le Caractère, l’âme, le cœur sont à la hauteur de l'intelligence, Bien d’autres noms que ceux-là, noms de la plus haute éminence, se pressent sur mes lèvres ; je les passe sous silence pour vous rappeler un événement qui résumera tout ce que je pourrais dire, et vous montrera que, {out en restant Canadiens-
» nous sommes Canadiens dans la plus vaste acception du
té : allègrement, sans hésitation, avec l’intr( table soldat qu'il
F fi Les
le cœur — et avec la 5lus pieuse révérence saluait au passage 1 mutilé du major es à na major Short n’est pas de notre roce ; t t notr compatriote, et quel est celui d’entre vous, Canadiens. Fr qui dans cette heure de deuil, au milieu des ruines fumantes d votre ville, en face de ce corps inanimé, mort d’une mort si héroi ge ” est celui d’entre vous qui ne s’est senti fier d’être Cana en
Messieurs, ayons l’orgueil de notre race. Sachons être juste envers tous nos compatriotes, sans distinction de races ni de croy ances, Sachons non seulement être justes, mais sachons êtr | rm ; que toutes nos actions dans la Confédération soien nage x cette gfaérosité qui a marqné la carrière de 1.
urope.
France en