PREMIER DISCOURS DE SIR W. LAURIER
DISCOURS SUR L’ADRESSE EN RÉPONSE AU DISCOURS DU TRÔNE, LE 10 NOVEMBRE 1871, A QUÉBEC
Nous terminerons ce choix de discours de sir Wilfrid Laurier, en donnant celui qu’il a prononcé à l’Assemblée législative de Québec en 1871. C'était le premier effort d’un débutant. Nous le mettons sous les yeux des lecteurs pour qu’ils puissent mesurer la grande distance qui sépare le travail des premiers jours de la puissante floraison de l’âge mûr.
Ce discours de 1871 attira l’attention sur le jeune député ; sans doute, il n’y avait pas lieu de crier an prodige, mais on trouvait dans la forme de ce premier essai, dans la tenue et la diction de l’orateur, quelque chose qui marquait un éclatant point de départ. Les ho es sérieux augurèrent dès lors favorablemeit du débu at et le regardèrent comme un futur ministre, sans cependant entrevoir sa marche ascensionnelle si brillante.
M. Laurier s'était attaqué dans son discours à la politique générale du gouvernement Chauveau. Sa critique se fit mordante et parfois dépassa le but, surtout lorsque
faisant une peinture de l'exode des Canadiens aux Li Unis, il assimilait les émigrés aux gladiateurs qu cruauté des empereurs romains Vouait à la mort et entraient dans l’arène en disant : Ave, Cœsar, mor te salutant ! Le Bouvernement Qu jour ne pouvait
tenu responsable du mouvement migratoire, et du reste
tière, M. Chauveau se sentit piqué au vif Par ce trait juste, Le Premier ministre n’aurait dû Y voir que l'ex: ration d’un jeune homme encore saturé des souvenirs
l'expérience, Vont inspirer à M. Laurier ces pensées d’une
Puis longtemps, Sa parole a pris toute son ampleur et écla: chaque fois que les circonstances le demandent
“Comme un Srand vol d'oiseaux qu’on ne retient Plus ”,
Monsieur L'ORATEUR »
Les honorables députés qui ont Proposé l’adresse ont fait de la situation du Pays le tableau le plus attrayant. Il se sont com-
08 yeux ce qu’ii: ont Pompeusement appelé nos i C
Pays de Cocagne ; tout Ÿ est pour 1; mieux dans le meilleur des mondes, et nous n’avons qu’à rendre grâce à la Providence et au,
ens aux Etats.
ateurs que la a mort et qui '@sar, morituri Pouvait être et du reste, les Tsant la fronar ce trait in.
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ortait de la as encore, il e l’éloquence rvation des 8 de l'Etat, sées d’une gi …jours d’une uence, De.
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DE SIR WILFRID LAURIF4 457 Ce tableau est-il bien l'expression de la vérité ? Je ne saurais accepter cette manière de voir.
Pour quiconque a étudié la situation du pays ailleurs que sur le papier et du fond de son cabinet ; pour quiconque a pu voir de près notre agriculture routinière, notre commerce vacillant et craintif, notre industrie étiolée, la brillante image évoquée par les honorauies députés qui ont proposé l’adresse n’est qu’un vain mirage, ce n’est pas la réalité.
S'il ne s'agissait que du côté purement politique et social de la situation, j'accepterais sans réserve tout ce qui a été dit par les honorables députés.
Au pur point de vue politique et social, notre situation, grâce au principe fondamental de notre constitution, au principe du gouvernement libre et représentatif, est excellente ; c’est grâce à ve principe que les éléments disparates qui constituent notre population ont pu se réunir pour former un tout compact et homogène, tout en laissant à chacun de ces éléments son caractère propre et son autouomie, Certes, c’est un fait dont nous pouvons être justement fiers, que tant de races différentes, tant de croyances opposées aient pu se concentrer sur ce petit coin de terre, et que notre constitution se soit trouvée assez large pour que toutes aient pu s’y mouvoir à l’aise, sans se gêner, sans se heurter, pour que chacun ait pu parler sa langue, pratiquer sa religion, conserver ses coutumes, pour que toutes enfin aient pu avoir une égale part de liberté et de soleil.
Moi-même, j'ai l'honneur de représenter un comté où sont groupées toutes les nuances de race et de religion, et je suis heureux de pouvoir constater et constater hautement cet état de choses.
Mais il y a un autre côté à la situation, il y a le côté économique, et celui-là me paraît sombre, très sombre.
On nous dit que nous sommes riches et prospères. Le sommesnous vraiment ? Interrogez toutes les classes de la société, le négociant, le banquier, le marchand, l’homme des professions libérales, l’agriculteur, le simple artisan, et partout, sans exception, vous constaterez une gêne, un malaise, un état de souffrance et de langueur dénotant qu’il y a mal quelque part.
On dirait que ce pays est placé sous une immense machine pneumatique et qu’il fait de vains efforts, s’agite et se démène
inutilement pour faire arriver jusqu’à ses poumons quel celles d’un air de plus en plus rardéé. . ch
Voilà la vérité ! Voilà la véritable situation !
mr ses qui ne la voit pas ! Coupable qui, la voyant, ne pas
Cependant, on nous répète sans cesse que nous avons des du bois, des ressources de toutes sortes, que nous sommes enfin. Il y a richesse et richesse,
Tantale était riche. Il avait toujours devant lui un abondamment, somptueusement, plantureusement servie. | hsur est qu’avec tout cela il se mourait éternellement de fa
Nous aussi, comme à Tantale, il nous semble qu’une mai nale nous retire nos richesses quand nous voulons y touche
Celui qui dans le désert trouva un sac de poudre d’or é homme riche. Mais quelque temps après, lui aussi se mou faim sur son trésor, et disait sans oute avec amertume eimple morceau de pain l’eût sauvé.
ous aussi, nous nous éteignons sur nos trésors, et année le flot va toujours grossissant de ceux qui abandonn richesses et s’en vont aux Etats-Unis chercher le morceau « qui les sauvera.
Encore vne fois, telle est la véritablo situstion. A D plaise que je veuille en rendre le ministère uniquement : sable. Les causes de cet état de choses sont multiples et to: sont pas sous son contrôle. Mais ce que je reprocherai au tère c’est, ou de ne pas voir la situation, ou, s’il la voit, de oser l’aborder,
J'ai été désappointé hier en entendant le discours du Son Excellence nous avait fait l'honneur de nous convoque l'expédition des affaires; nous arrivons, nous écoutons a pieux recueillement, et lu seule affaire que Son Excellenc invite à dépêcher, c’est. ..., quoi ? de féliciter le gouvern eur les heureux travaux du dernier parlement. Puis c’est li Pas une mesure proposée, pas une réforme suggérée.
Oui, je le répète, j'ai été cruellement désappointé. Je tendais à voir le ministère nous dire qu’il avait étudié la sit: et qu’il nous indiquerait à la fois la cause du mal et le remi
La principale cause du mal dont nous souffrons, c’est qu qu’ici la production de ce pays n’a pes égalé la consommatio
mons quelques par-
voyant, no l’avoue
18 avons des mines, us sommes riches
ant lui une table mt servie, Le malment de faim.
qu’une main inferns y toucher,
udre d’or était un ussi se mourait de > amertume qu’un
trésors, et chaque i abandonnent nos » morceau de pain
ion. À Dieu ne iiquement respontiples et toutes ne
erai au rainisla voit, de ne pas
scours du Trône, 18 convoquer pour écoutons avec un | Excellence nous le gouvernement Puis c’est là tout, érée.
pointé. Je m’attudié la situation l et le remède.
ns, c’est que jusnsommation, Le
ministère pouvait d'autant mieux l'avouer qu’il n’est pas seul à en porter la responsabilité; cette responsabilité pèse eur la nation entière.
C’est un fait humiliant à avouer qu'après trois siècles d’existence ce pays ue peut pas encvre se suffire à lui-même, et que, quand la nature lui a prodigué tous les dons pour en faire un pays industriel, il soit encore obligé de s’approvisionner en pays étranger.
Avant 1837, il y a bien des anneés, le grand patriote que nous venons de perdre, l’hon. L.-J, Papiusau, cherchant un remède à nos maux d’alors, résumait sa politique à ce sujet dans ce simple précepte: Il ne faut rien acheter de la métropole. Je suis d'opinion Fe cette politique s'impose à nous aujourd’hui avec autant de
orce qu’à l’époque même où elle était formulée,
C'est pour nous, nous surtout Canadiens d’origine française, un devoir de créer une industrie nationale.
Nous sommes environnés d’une race forte et vigoureuse, d’une activité dévorante et qui a pris l’univers entier pour champ de travail.
Je suis certes, blessé, en tent que OCanadien-Français, de nous voir éternellement devancés par nos compatriotes d’origine britaunique. Nous sommes obligés d’avouer que jusqu'ici nous avons été laissés en arrière. Nous pouvons l'avouer et l’avouer sans honte, parce que le fait s'explique par des raisons purement politiques qui n’accusent chez nous aucune infériorité. Après la conquête, les Canadiens, jaloux de conserver intact leur héritage national, se concentrèrent en eux-mêmes, sans conserver avec le dehors aucune relation. La conséquence immédiate fut qu’ils restèrent étrangers à toutes les réformes qui s’accomplissaient tous les jours au-delà de leurs frontières, et qu’ils demeurèrent fatalement enfermées dans le cercle de leurs vieilles ehéories. D’un autre côté les nouveaux colons arrivaient du pays le plus développé en fait de commerce et d'industrie qui fût sous le soleil. Ils apportaient avec eux la civilisation de leur patrie, ils se retrempaient sans cesse, par un courant continue] d'immigration, qui ajoutait sans cesse non-seulement à leur nombre, mais à leurs connaissances et à leurs idées. Nous pouvons avouer sans honte que nous avons été devancés par de tels hommes dans de telles circonstances. Man, les temps sont changés et le temps est venu d’entrer en
lantes, N le réunis sous Je e drapeau, ae ne livrons plu Combats que ceux d’ émulati nou mutuel}, le commerce, dans l'industri dans les et les arts de la
Prestige américain, Nous Pouvons né oins, je peus introduire joi une imm; tion industrielle, Je n ’enten Pas parler de simples ouvr i iers et des Petits is qui peup Pe. La raison Qui les décidera à venir
leur travail et leurs itaux, c’est que
ne telle immigration, il me semble, donnerait à notre indu trie une impulsion extraordinaire,
dre Purement économique, il
ordre politique que nous espérions voir annon
dans le discours d Trône. Au nombre de €n a deux que lopinion réclame
temps, sur Ja loi
impéri 'usement depuis long.
des élections et sur l'éducation.
migra-
a ti r Population agri
mporte quelle ; ce sont des ngleterre, des Ouvriers alle.
notre indus-
omique, il y Voir annon.
epuis Les
sl
sTotre loi d'élection est déplorablement en arrière de celle des autres provinces et même de la Puissance, 11 y a longtemps que l'opinion réclame une loi calquée sur celle d'Ontario, où les élections se font toutes le même jour, Notre loi à nous conduit à dd funestes abus et à l'intervention directe du gouvernement dans l'exercice du suffrage populaire. Aux dernières élections, le gouvernement a pu tout d
que, se porter en force au secours de ses amis qu’il croyait ex-
Cette conduite est abusive. Si nous sommes un peuple ibre, il faut que le suffrage du peuple s'exerce librement, et que exacte expression de le volonté populaire sorte de l’urae élec-
Je ne parlerai qu’incidemment de la question de l'éducation.
Sur ce point nous avons depuis longtemps attendu et nous attendons encore l’action du premier ministre,
passer dans la législation les observations et les connaissances, fruits de son expérience et de ses recherches. Cependant depuis quatre ans, comme sœur Anne du haut de la tour, nous regardons, mais nous ne voyons rien venir.
Jai entendu dire ailleurs : A quoi bon ces réformes ? La richesse publique en sera-t-elle augmentée ? La prospérité du pays en sera-t-elle le moindrement accrue ? Songez que dans un état libre, tout se lie et tout s’enchaîne ; la législation, le commerce, l'industrie, les arts, les sciences, les lettres sont les membres d’un même corps, le corps social, Quand l’un des membres souffre, tout le corps s’en ressent ; quand il y a un abus quelque part, tout le corps social en est plus ou moins paralysé: quand il y a quelque part quelque chose à faire qui n’est pas fait, l’ordre normal en est troublé.
© C’est parce que l’Angleterre a bien compris ce principe qu’elle est devenue si grande. Jamais chez elle aucune question n’a langui. Aussitôt qu’un abns était signalé, une réforme demandée, Immédiatement lo gouvernement qui était au pouvoir, quel qu'il
fût, wh:g ou tory, t la chose on main ; il prenait l'in de la question, et elle n’était abandonnée que lorsque l’abu 6t6 détruit et la réforme accomplie,
Nous au contraire, nous ne savons que flatter nos préj: notre amour-propre ; jamais nous n’aurons le courage d’
ue nous ne sommes pas parfaits, mais qu’il y a chez nous q
086 à faire,
Je reconnais volontiers qu’il peut y avoir au fond de cett duite une pensée ou plutôt un excès d'amour patriotique. ce n’est pas là un patriotisme de bon aloi, et ce n'est pas le Mon patriotisme à dures vérités, qui contribueront à le
le faire entrer enfin dans la voie du véritable progrès et de la table prospérité,
prenait l'initiative rsque l'abus avait
nos préjugé: ot Courage d’avouer hez nous quelque
ond de cette conitriotique. Mais l'est pas le mien, TABLE ANALYTIQUE > À mon pays de sa léthargie et à rrès et de la véri.
ALBERTA — (Voir provinces.) <
CLL LI ACADÉMIE FRANÇAISE—{(Toast à l°)Par Sir Wilfrid Laurier 429 ANGLETERRE (Sin Wirnin Laurten 2x)
Discours à Liverpool, Comparaison entre le Canada d'il y s soixante ans et le Canada au jubilé de la Reine .…. 5 Les habitants du Canada forment aujou:i’hul une nation 6 Tableau de la conférence intercoloriale d'Ottawa... 7
RL LLECEOPOEEEERRSR
Lord Durham et le Canada tons Lord Elgin et la liberté ‘constitutionnelle..…...... 1
Quel sera l'avenir des colonies anglaises ? Macaulay et le
Sentiments des Canadiens-français l'égard de l’Angleterre... Me sonner resennen notes snnne csv nsesonenesee noce 18-20 Jubilé de la Reine, Discours de Sir Wilfrid Laurier à Lendres, “ Le Canada est une nation Posssvosrese es sssotee | OÙ L'r aité de l'Empire existe... rare 25 L sbleau imposant que présentent à Londres les délégués de toutes les colonies britanniques... 26 BLAKE (Enwaro). Son DOTE. re eee secs ÆVIT
BOSTON (Discours de Sie WiLrrin à) — Voir Etats-Unis...
464 TABLE ANALYTIQUE BOLDEN (in F.) Son attitude à Londres sur Question de la d navale seen see 5000000 290008 à
BOURASSA (Hawni)Attaque la politique du Souvernement à propos de la Suerre des Boers, Motion À ce sujet, DRODEUR (Ho, L, P.) Son attitude à Londres sur questlou de la défense navale. .….., SOS 0520006 700 Négocie traité franco-canadien....... COTTON CARTIER (Bin Gaonoss Eriewws) Son opinion sur la question des écoles... esse 000 srssss 00 Eloge de Cartiv: par Sir Wilfrid... CECI TEEN Traits principaux de sa Personnalité, Son cou se CHAUVEAU (J. O.) Son portrait. ns 005 0605600000 00
CHEMIN DE FEK GRAND TRONC PACIFIQUE (Voir
tinenta]) CHAPLEAU (8m J. A.) Son portrait CORTE CONFERENCES IMPERIALES a —
Rôle de Sir Wilfrid à ces réunions, I! résiste aux projeta de M. Chamberlain, Attitude à prendre sur cette question, ® sennese nr se tn ns secs o0s so 08
DAVID (L'hon. L. 0.) Souvenirs sur la carrière de Sir VE ns sinon sons corn der sé sons 4e v000
DEBUT de M. Laurier ; son premier discours à Québec. Critique la politique du Bouvernement Chauveau..…… Triste état de la province au point de vue industriel
et économique... CLCLITET SEEN seborene rss se vos
L'instruction publique négligée..…..
ECOLES (Question des) Manitoba, Nouveau-Brunswiok. Sas.
katehesan oi Âïberta. Voir questions scolaires
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EMPIRE (Défense de l') Discours de Sir Wilfrid... . ses ETATS-UNIS (&in Wivrnin aux Etats- Unis) Discours à PONTS sc Explique la situation du Vanada comme colonie britanni. Exprime je vœu que le pouvoir soit donné au Canada de négocier lui-même ses traités de commerce... ” La raison, l'intérêt des deux pays, leur position respective demandent entre les deux pays des relations comciales plus étendues... nn nee Anomalies de l'état de choses actuel Le remède... ns ins ue ve
FRANCAIS (Le) Proposition de l'abolir. Voir langue française.
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FABRE ( L'uon. Haoron) Commantaires sur la conférence “Le libéralisme politique”... se rsnnes
FRANCE (Sim W. Launtun en) Discours à ls chambre anglaise de commerce de Paris, 1897. L'empire britannique repose sur les assises de ‘a liberté civile, politi. 900 08 r0ligle une... ns sons snse monosicrree
Attitude des Canadiens-français à l'égard de l'Angleterre Sentiment des Anglais du Canada à notre égard Loyeuté des Ca
CLCCOEPEEE TE
Mie ste noise pass ltie-cress Coup d'œil sur notre histoire, Raisons de notre force... :
Politique de LaFontaine, ses AVARIATOS 00 5006008 680000 Relations commerciales qui pourruient s'établir entre le
Canada et la France... nes Discours à Paris, 1902.
Passe
di
es. ire
FRÉCHETTE (Louis) démonstration en l'honneur de —.
Sir Wilfrid porte un toast à l’Académie française en cette orcasion …. CETTETINEE EN
GLADSTONE (Eloge de). . 00008 18066;
Son Tang parmi les grande hommes du dix-neuvième nitolé..:." À
Son œuvre...
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