‹ Discours à l'étranger et au CanadaChapitre 24 sur 113 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

possible de changer notre politique douanière, répondait John Bull. " C«tte réponse fut la note discordante dans le concert des déclarations amicales de la première effusion.

De ce fait, les colonies, mises en présence de la mère patrie par la voie de leurs représentants aux réunions du British Empire League, se trouvèrent bientôt dans une impasse ; si leurs aspirations de grandeur se montraient identiques, les moyens de les réaliser ne concordaient nullement. D'un côté, le protectionisme de l'Australie et du Canada, et de l'autre le libre-échange. L'Angleterre se retranchait dans le vieux dogme de Cobden ; les colonies, nullement doctrinaires en économie politique, ne pouvaient renoncer aux recettes douanières nécessaires à leur développement. S'il y avait divergence dans cet ordre d'idées entre la Grande-Bretagne et ses colonies, n'y avait-il pns aussi des écarts d'un tarif colonial à l'autre ? On fit le calcul, à l'époque, que pour ajuster une union douanière par l'égalisation des droits à l'importation de l'Australie, du Cap et du Canada et autres colonies, il faudrait harmoniser une vingtaine de tarifs. Plus tard surgit l'idée d'une fédération fiscale douanière, renouvelée du Zollverein allemand, dans laquelle la Grande-Bretagne accorderait une préférence aux colonies. Lord Salisbury, premier ministre à ce moment, pressenti sur ce projet, lui porta le coup droit. " Il est impossible à l'Angleterre, répondit-il en résumé, de décréter une législation douanière par laquelle on courrait le risque d'élever d'un demi-farthing le coût du déjeuner de l'ouvrier anglais. " En face de cette intransigeance de lord Salisbury, la ligue de la fédération déclara sa mission ter-

l'impérialisme XXXIX

minée. Ce serait bien peu connaître le tempérament anglais que d'escompter son découragement, après un échec. La poussée de la vague impérialiste n'en fut pas même ralentie. Il parut de nouveaux chefs, plus ardents que ceux de la League, de véritables excitateurs d'énergie, comme l'on dit aujourd'hui ; et la croisade panbritannique fut prêché*- {•vec plus d'enthousiasme que jamais.

Il fallait à la grande conception un prophète et un poète, pour souffler l'idée dominante du moment au cœur des masses et la faire pénétrer dans les dernières couches sociales. Ils se présentèrent dans la personne de Chamberlain et de Kipling. L'ancien lieutenant de Gladstone entra le premier en scène. C'était le dernier homme, cependant, que l'on attendait à l'avant-garde de l'armée nouvelle. Radical par tradition de famille et par conviction personnelle, il s'était, jusque là, attaqué à la condition sociale de l'Angleterre. Partisan des réformes les plus avancées, il réclamait pour les masses une influence agrandie au parlement, une participation plus étendue à la somme des privilèges réservés aux classes riches. Il était sur la frontière du socialisme.

Avec quelle surprise ne le vit-on pas se séparer de Gladstone, prétextant que les libertés, que le vieux libéral proposait d'accorder à l'Irlande, mettraient en grand danger le Royaume-Uni. Son horreur vraie ou simulée du Home Rule fut le tremplin qui lui permit de sauter au premier rang des meneurs populaires. C'était bien l'avocat qu'il fallait à la cause ; ses défauts, encore plus que ses qualités, le mettaient en évidence. Qui, plus que lui, était de taille

Page 1