‹ Discours à l'étranger et au CanadaChapitre 25 sur 113 · XL INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION

à remuer le fond de force brutale et d'orgueil latent dont est pétrie l'âme du peuple anglais ? Personne ne savait user plus effectivement de ce langage emporté, méprisant pour les adversaires, — ces little Englanders — pour lesquels il n'avait pas assez de dédains. En revanche, comme ses tirades enflammées exaltaient, chauffaient à blanc le patriotisme des masses pour les aveugler et pour oblitérer en elles le sens du juste et de l'injuste ! Qu'importe ces exagérations, pourvu que l'Union Jack étende de plus en plus ses plis sur la surface du monde.

Le poète Rudyard Kipling, avec sa rudesse voulue, ne s'était-il pas aussi révélé à temps ? Il fit glorifier, par Tommy Atkins, les gloires de l'impérialisme futur, créa, par ses couplets, chantés aussi bien à Londres qu'à Melbourne et à Toronto, une communauté de sentiments exaltés et popularisa le cri de guerre de la nouvelle croisade !

Jos. Chamberlain et Rudyard Kipling, tels furent donc les deux leviers qui achevèrent de soulever l'opinion impérialiste laquelle, dès lors, fit le tour du monde anglais. Pendant que le poète claironnait ses tirades sonores, exaltait l'orgueil britannique, devant lequel toute puissance devait s'effacer ou s'éclipser comme devant l'éclat d'un éblouissant soleil, M. Chamberlain sonnait le rappel autour de sentiments plus pratiques. " Le commerce anglais, s'exclamait-il, est en danger. Seule, une réorganisation de l'Empire peut le sauver. "

Au fond de l'affaire ne trouve-t-on pas en définitive que l'intérêt commercial ; n'est-ce pas là ce qui obsédait M. Chamberlain? Le commerce de la Grande-Bretagne semble

l'impérialisme xli

péricliter devant la concurrence envahissante de l'Allemagne. Est-ce que l'industrie allemande ne se montre point la rivale redoutable sur tous les marchés du monde, où l'article de Birmingham et de Manchester ne rencontrait pas jadis de compétiteurs ? Aujourd'hui, non seulement l'Allemagne, mais les Etats-Unis lui font une concurrence redoutable, lorsqu'ils ne le déplacent point.

" Quel est le plus grand de nos intérêts, disait M. Chamberlain au Canada Cluh f C'est le commerce impérial. '' Voilà ce qui importe le plus au monde. Tout autre facteur de la civilisation, tout autre élément susceptible d'apporter à l'humanité de nouveaux moyens de rendre la vie plus supportable, ne compte pour rien, au regard de cet intérêt supérieur de la nation. La construction du canal de Suez n'a-t-elle pas été une des grandes conquêtes de la science moderne mise au service du commerce mondial, un moyen de rapprocher les royaumes et les empires ? Pour M. Chamberlain il aurait mieux valu que le génie de Lesseps ne se se fût pas attaqué à cette barrière élevée entre la Méditerrannée et la mer Eouge.

" L'ouverture du canal de Suez a diminué nos profits et changé tout notre commerce. Elle nous a enlevé la situation d'entrepositaires que nous avions jadis. Je pense que le monde aurait été mieux sans ce canal. Je sais que je vais paraître réactionnaire, mais sûrement nos intérêts maritimes s'en trouveraient mieux aujourd'hui. " Ainsi s'exprimait Chamberlain à l'enquête sur la dépression commerciale.

Si l'intérêt gouverne les hommes dans le cours de la vie,

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