‹ Discours à l'étranger et au CanadaChapitre 3 sur 113 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

dans le système anglais adopté au Canada. Ainsi, quoi de moins raisonnable, en apparence, que la critique violente qui éclate dès que Tautorité décrète un acte administratif? A peine est-il rendu public, que les propos les plus hasardés remplissent Pair. La décision ministérielle est absurde, sans raison d'être, voire même susceptible de conduire le pays à la ruine. Comment fixer son jugement au milieu de cette Babel d'opinions divergentes, de ce conflit de raisonnements spécieux ? L'observateur impartial regarde, déconcerté. Mais vienne le calme après la lutte ; toute cette poussière de mots qui, pour l'obscurcir, charge l'atmosphère, se dissipe comme la baie au souffle du crible, et s'envole pour ne laisser que le bon grain : à savoir les faits sérieux de la politique gouvernementale. Le recul de quelques années suffit pour qu'aussitôt les faits se dessinent en relief précis, dans la vraie lumière qui permet de les voir avec impartialité.

La politique de tous nos gouvernements a subi cette épreuve de la critique acerbe, de la critique quand même. Malgré ses exagérations, malgré souvent son injustice, elle rend des services signalés en servant de modérateur et de contrepoids à un pouvoir qui, sans cet examen, serait exposé à verser dans les pires abus. Heureusement, il y a toujours appel, après quelques années, des jugements trop hâtifs ou mal inspirés.

Le temps est-il arrivé d'apprécier l'œuvre du gouvernement Laurier ? Pouvons-nous, dès à présent, prévenir le jugement de l'histoire ? Il semble que, sur bien des points, il soit loisible de devancer l'opinion de la postérité, car

l'homme et l'œuvre IX

l'opiniou la plus intëress(% — celle des contemporains — laisse entendre que la solution donnée aux problèmes passés est de toutes la plus l()<>ique et la plus équitable qu'il était bien possible de trouver. En vain cherchei ait-on tl en indiquer une autre, mieux adaptée aux nécessités, aux inéluctables vicissitudes de la situation, si périlleuse par son instabilité, en raison même des conflits d'opinion et des doctrines propres à chaque province, à chaque nationalité.

Le régime Laurier, éclairé par les lumières d'un esprit large et prévoyant, a donc fait vivre le Canada, depuis treize ans, dans une atmosphère de sereine prospérité. On sent qu'une main ferme autant que modérée ne cesse de donner le coup de barre qui tient le vaisseau en dehors des récifs et loin des parages dangereux. Le pilote qui le dirige est bien connu; nul homme politique, à raison des qualités de son esprit et de la dignité de son caractère, n'a pénétré plus avant que M. Laurier dans l'affection du peuple canadien. C'est sur ce sentiment universel que repose sa puissance, osons dire sa dictature; car lorsque le peuple sollicite la domination d'un homme et s'y soumet, avec enthousiasme, comme on Va vu rechercher celle du premier ministre, c'est bien une dictature ; mais combien différente de celle qu'évoque d'ordinaire ce terme!

Depuis quarante ans, trois personnages ont soutenu leur rôle, avec grand éclat, sur la scène politique. A côté des figures marquantes de sir J. Macdonald, de Cartier et de Laurier se rangent sans doute des personnalités de premier ordre; mais, soit à cause des circonstances ou de l'absence de cette occasion, de cette heure, de cette minute si impor-

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