‹ Discours à l'étranger et au CanadaChapitre 4 sur 113 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

tante qui ne se présente pas pour tous et qui révèle la valeur d'un individu, elles n'ont pas pesé du même poids sur les destinées du pays.

Le nom de Cartier est devenu synonyme de courage dans la lutte et de sagesse dans l'action ; il rappelle avec quelle prévoyance cet esprit avisé a su enfermer dans l'autonomie provinciale les organes essentiels à notre existence nationale et religieuse. Macdonald a consolidé et complété l'œuvre de l'union des provinces, avec le concours d'hommes de valeur, comme Galt, Tupper, Brown et Chapleau. Mais l'influence de ces hommes n'a pas été analogue à la suprématie de Macdonald, de Cartier et de Laurier ; elle n'a point dominé leur époque.

La prééminence de M. Laurier ne lui est pas venue soudain, comme, pour ainsi parler, le coup de foudre de l'amour. Elle n'a pas pris son essor, ni grandi d'une seule envolée. Non ! Sa puissance s'est édifiée par des efforts continus au milieu d'obstacles à travers lesquels son talent a fait la trouée en s'imposant. Ce qui est encore aussi surprenant que sa marche ascensionnelle, c'est la persistance de son prestige au point culminant. Quoi de plus perfide que la popularité, cette force qui d'ordinaire laisse retomber sitôt sur le Bol ceux qu'elle élève dans les flamboiements d'une gloire fugitive. Certes, le début de M. Laurier à Québec, en 1871, retentit comme l'éclat du clairon ; mais ce n'était encore que la note initiale d'un talent incomparable. Ce talent devait s'affirmer avec une maîtrise révélatrice d'abord à la Chambre des Communes, lors de son discours (1874) sur l'insurrection Riel, mais surtout à sa

l'homme et L'a:UVRE XI

grande conférence sur le libéralisme (1). Plein d'élan dans la phrase oratoire, avec un style d'une belle tenue littéraire, l'orateur sortait ici des banalités d'usage, en vue de clore un chapitre de l'histoire politique du parti libéral canadien et d'en inaugurer un nouveau encore imprévu. C'était une rupture avec le passé. Il ne s'agissait plus des chimères démocratiques qui avaient bercé les rêves, aussi généreux qu'irréalisables, des ultra-démocrates de V Avenir. Le parti libéral allait désormais descendre des hauteurs de la cité nouvelle, asile d'une félicité toujours entrevue par les réformateurs de tous les temps, mais jamais atteinte, pour rechercher les moyens plus pratiques de pousser le pays dans les régions du progrès possible.

Cette conférence coupait les ponts entre les derniers lieutenants de Papineau et le parti libéral régénéré. Dès lors, la population canadienne fut rassurée sur les projets de ce groupe. La lutte entre les deux partis eu présence pouvait s'engager sur le terrain de la pure politique, sans malentendu et sans équivoque. La conférence sur le libéralisme, par sa signification et sa portée, constituait pour son auteur une brillante prise de possession du commandement des libéraux dans la province de Québec. Elle eut l'importance et le retentissement du manifeste d'un chef d'Etat à tout un peuple.

C'est bien l'éloquence qui a porté M. Laurier, d'une étape }\ l'autre, dans la continuité de sa marche victorieuse, du modeste village de Saint-Lin à la législature de Québec, et

(1) Conférence prononcée a Québec au 111013 de mai 1877-

Page 1