‹ Discours à l'étranger et au CanadaChapitre 48 sur 113 · LXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXVIII INTRODUCTION

Voyez aussi la belle ordonnance de ses harangues ; la phrase rythmée, la cadence des mots, la gradation des raisonnements pour amener l'effet voulu. L'exorde, préparé avec art, amène, selon les règles, l'exposé du sujet qu'il traite, pour finir en une péroraison où l'orateur concentre tout son élan. C'est un pur classique, plus captivant à lire qu'à écouter, le plus littéraire de nos orateurs.

Tout est contraste dans la variété des talents des hommes. Chapleau ne ressemble ni à Chauveau ni à Papineau, sans rappeler Laurier. C'est une nature exubérante, la plus richement douée qui soit, mais une nature débridée, sans frein, un torrent que l'art et l'expérience n'ont pas toujours canalisé. Doué de la plus belle voix dont on ait le souvenir, on pourrait l'appeler le ténor de la tribune, si cette expression n'était pas désobligeante. Il y avait toujours plaisir à l'écouter, même sans le comprendre, tellement sa parole caressait l'oreille de sons harmonieux. En face du peuple sur le husting, il fut incomparable. Ses succès sur le tréteau populaire n'ont jamais été égalés. Il avait tout pour séduire, entraîner les masses : traits d'une distinction patricienne, avec une abondante chevelure tombant jusqu'aux épaules, une tête olympienne, telle que les artistes de l'antiquité en imaginaient pour figurer leurs dieux, enfin tous les dons du théâtre. Sa présence imposait • si d'occasion, il se trouvait en face d'une foule rebelle, son prestige avait vite raison de cette colère. Maîtriser, dompter un auditoire mal disposé n'était qu'un jeu pour Chapleau.

Les gens qui ne parlent jamais s'érigent en juges impla-

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