RAISONS DU SUCCÈS DE SIR WILFRID LXXV
Il y a ou cependant des bourrasques : dans l'ordre politique, elles sont inévitables ; mais d'une parole — coup de trident de Neptune — il a su les apaiser sur place. Non seulement il possède les qualités d'un homme d'Etat, mais il en a aussi le tempérament : la sereine indifférence en face de quoi qu'il advienne. Si un homme d'Etat subissait le contre-coup de toutes les surprises, de tous les heurts qu'entraine le fonctionnement de nos institutions, l'usure de la vie serait foudroyante. Aussi les événements défilent sans surprise sous ses yeux. Il accueille la hausse et la baisse des choses avec le même demi-sourire ; il sait de longue date que la mauvaise humeur n'est pas un état d'âme politique favorable. Cette impassibilité n'est-elle pas la marque très démonstrative d'une âme bien portante ?
Le premier ministre est le dernier survivant de la pléiade des grands hommes politiques. Il les a vus assez longtemps pour se pénétrer de leurs idées, et ses talents le placent bien dans leur lignée. Peut-on dire qu'il représente le crépuscule des dieux ? Nous ne voulons pas le croire, bien qu'à l'heure présente, notre ciel politique semble assez désert. Nous avons heureusement assisté, ces dernières années, à des débuts assez heureux pour faire attendre prochainement des astres de premier ordre et de dignes continuateurs de l'œuvre de Laurier. Tels de ses collaborateurs sont déjà de fortes promesses de l'avenir.