LXXIV INTRODUCTION
aveugle, sa modération est allée jusqu'à la déférence pour des dénonciations sans mesure. Sur la tombe de sir J. A. Macdonald, n'a-t-il pas répandu des éloges que, par l'élévation des idées et la générosité des sentiments, l'on se serait attendu à trouver plutôt chez un ami que dans la bouche d'un adversaire politique. On verra plus loin avec quelle largeur de vues il a aussi apprécié l'œuvre de Cartier, cet implacable ennemi des libéraux.
Ce qui caractérise l'homme d'Etat, c'est Fart de prévoir les événements et de se préparer à faire face aux éventualités qu'ils apportent, de savoir proportionner les moyens au but à atteindre et de diriger les courants de l'opinion, tout en paraissant y obéir. Karement le vent a soufflé d'un point quelconque de l'horizon, sans que sir Wilfrid en ait eu la prescience. A mesure que l'évolution du pays ou la marche des affaires exige la collaboration des pouvoirs publics, il prévient, devance les exigences du progrès national. Telle fut sa politique, en ce qui regarde le second chemin transcontinental.
En très peu de temps, l'exercice du pouvoir a développé chez lui la notion des choses positives, le sentiment exact du nécessaire et du possible. Quelle habileté de diplomate de carrière n'a-t-il pas dépensée pour prévenir ces chocs d'opinions religieuses ou nationales si néfastes dans un pays comme le nôtre ? A voir le cours régulier et harmonieux des événements depuis treize ans, ne dirait-on pas qu'il n'y a ici qu'une seule nationalité communiant en une seule foi? Cette paix que le pays lui doit n'est-elle pas le triomphe de l'équilibre ?