LXXXII SOUVENIRS
de se faire élire pour le parlement fédéral ; il consentit et fut élu.
Choisi, à la session de 1874, pour proposer en français l'adresse en réponse au discours du Trône, il s'acquitta de sa tâche de manière à justifier la réputation qu'il s'était faite à Québec. Mais obligé de se renfermer dans le cadre étroit de l'adresse et de parler une langue incomprise par les trois-quarts de la Chambre, son succès ne fut pas complet. Les circonstances ne devaient pas tarder à lui permettre de donner la mesure de son talent.
Louis Riel, le chef des Métis qui avaient pris part à l'insurrection de 1870 sur les bords de la rivière Rouge, était revenu des Etats-Unis avec la ferme résolution de forcer le gouvernement conservateur à remplir les promesses de pardon et d'amnistie qui avaient été faites par plusieurs ministres afin d'engager les Métis à mettre bas les armes. Il s'était porté candidat dans le comté de Provencher, avait été élu, s'était rendu secrètement à Ottawa, avait réussi à signer le rôle de la Chambre sans être reconnu, et voulait hardiment prendre son siège. Lorsque la nouvelle de ce qui s'était passé transpira, une tempête d'indignation éclata parmi la population et la députation anglaises. Des milliers de voix s'élevèrent pour crier qu'il ne pouvait être permis à un traître, à un meurtrier de braver ainsi l'opinion publique. D'un autre côté, la population canadienne-française d'Ottawa et de Hull se prépara à entourer Riel et à l'accompagner jusqu'à la Chambre pour l'aider à prendre son siège, à le protéger au besoin.
La situation était critique, dangereuse. Les conseils des