M. LAURIER AUX ÉTATS-UNIS
iSir Wilfrid dut, à maintes reprises, figurer aux Etats- Unis dans de grandes assemblées, d'abord en qualité de chef de l'opposition, puis comme premier ministre. Sa parole émue, au souffle puissant, sa manière claire et précise de présenter une question produisirent chez nos voisins le même effet qu'en Angleterre et en France. La réputation d'orateur de notre premier ministre est aussi bien établie à Washington, à Boston et à Chicago que chez nous. Il ne se contenta point dans ces circonstances particulières de faire des discours d'apparat, de l'éloquence académique. Le? relations du Canada avec les Etats-Unis, ce qu'elles sont, ce qu'elles devraient être, furent presque constamment le fonds de ses discours. Avec une maîtrise sans pareille, et sans avoir l'air d'y toucher, il fit voir que la politique américaine à notre égard est rétrograde et contraire aux intérêts bien entendus des deux pays. Une réciprocité commerciale s'impose entre le Canada et les Etats-Unis.
C'est ce qu'il représenta au banquet de Chicago, en présence du Président McKinley. Cet appel est malheureusement resté sans réponse. L'accord sur ce point entre les deux pays est encore à venir, et les Etats-Unis semblent s'ingénier à jeter des digues en travers des deux courants naturels d'affaires qui vont à la rencontre l'un de l'autre. En dépit de ces obstructions, le montant global des échanges canadiens-américains monte toujours.
Indiquer le mobile auquel obéit à notre égard le gouvernement américain est chose assez difficile. Espère-t-il nous réduire par la famine pour nous amener ensuite à une union politique ? Si tel est son calcul, il se trompe grandement, car l'orientation de notre système douanier, résultante de l'hostilité américaine, démontre que nous pouvons nous passer de lui. Il se peut aussi que Washington, tout en trouvant que les Etats limitrophes profiteraient d'un traité de réciprocité, est d'avis qu'il ne tournerait pas à l'avantage du pays en général.
Il y a à retenir, dans les discours de M. Laurier aux Etats-Unis, un point important : la déclaration qu'il fit à Boston en 1891. Elle allait à dire que le Canada jouissait d'une indépendance très large que le parti libéral viserait à compléter à son arrivée au pouvoir, en obtenant de la mère-patrie le droit de conclure nous-mêmes nos traités de commerce. Le jour où sir Wilfrid retournera aux Etats- Unis, il lui sera bien permis de constater devant nos voisins voisins, la réalisation de cette promesse.
Cette importante déclaration se trouve dans le discours qu'il prononça à Boston en 1891, à un banquet offert par des Canadiens habitants de cette ville.
Nous ne pouvons donner de ce discours, qu'une analyse d'après un rapport peu complet d'un journal américain.
de sir wilfrid laurier 69
Monsieur le Président,
Messieurs,
Je dois tout d'abord exprimer mes plus sincères remerciements pour l'accueil plus que cordial que m'ont fait mes compatriotes de la ÎTouvelIe- Angleterre. Il est vrai que je ne devais pas m' attendre à moins de la part de ceux que je vois réunis autour de cette table. Ils sont Canadiens de naissance, et Américains par adoption ; mais bien qu'ils aient prêté serment d'allégeance à la République, je suis convaincu que leurs nouveaux concitoyens ne croiront pas incompatible avec leurs devoirs civiques, le souvenir toujours constant, toujours vivace, qu'ils conservent dans leur cœur du pays où ils sont nés: le Canada. (Bravo!) Et je suis convaincu que j'exprime le plus cher de leurs désirs en proclamant conmae leur suprême espoir, qu'entre leur pays de naissance et leur pays d'adoption, il règne une paix, une harmonie et une amitié toujours croissantes. Je suis très heureux dans la circonstance présente de voir le Canada honoré comme il est par la présence à cette table de tant d'Américains distingués. Je ne saurais dire combien j'ai été touché des paroles de Son Excellence le gouverneur de l'Etat M. Eussell, le titulaire d'une charge déjà illustrée par tant d'hommes éminents qui ont fait connaître le Massachusetts au monde entier, comme le champion de la civilisation et de la liberté.
Le Canada est encore une colonie, mais c'est un pays libre, et comme dans tous les pays libres, sa population se divise en partis politiques. Ceux-ci, dit-on, sont une nécessité ; et s'ils sont nécessaires, ils doivent être considérés comme un bien, quoique, chez nous, l'on ne puisse peut-être pas les considérer comme un bien sans mélange. (Appl.) Ils ont cet avantage toutefois ; dans un Etat comme le Canada, où la population est à peu près également divisée entre les différentes races et croyances, ils ont cet avantage, qu'ils forcent les citoyens à se diviser, non pas suivant les races et les croyances, mais d'après les opinions que les hommes peuvent avoir sur les questions publiques.
Je dois dire, M. le Président, que rien ne m'a été plus agi'éable que ces mots que vous avez prononcés il y a un instant en mentionnant les services que le parti libéral s'efforce maintenant de
rendi*© à la cause de la civilisation : Vous avez reconnu tous les avantages que des relations plus cordiales entre votre pays et le mien rendraient à cette cause. (Appl.)
Le Canada est encore une colonie, et c'est la destinée des colonies de devenir des nations indépendantes. (Appl.) Mais comment et quand le Canada deviendra-t-il une nation indépendante ? C'est là un problème qui ne préoccupe pas en ce moment le peuple du Canada. Vous savez, Messieurs, et tous ceux qui suivent les événements savent que 1© lien qui unit une colonie à la mère-patrie est toujours très fort du côté de la colonie. Votre histoire démontre cette vérité. Il fut un temps où les colonies anglaises, mères de votre grande république, n'avaient aucune idée de rompre leurs relations avec la mère-patrie, et ce ne fut que la tyrannie de l'Angleterre qui les força graduellement à rompre leur allégeance. Mais les temps sont changés. L'Angleterre accorde aujourd'hui au Canada et à toutes ses colonies les droits et privilèges qu'elle leur refusait autrefois. De nos jours se réalise la vérité proclamée par Charles James Fox au siècle dernier, que le seul moyen de conserver les colonies britanniques est de leur donner le plein pouvoir de se gouverner elles-mêmes. D'accord avec cette règle, le gouvernement britannique ne cherche pas à nous grever d'impôts ou à forcer l'entrée de ses marchandises dans nos ports. I^ous sommes sur ce point libres, et nous avons le droit de taxer les marchandises et les produits du Royaume- Uni. Je le dis avec orgueil, bien que le Canada soit encore une colonie, le Canada est libre.
Le seul lien qui unisse le Canada à la mère-patrie est un sentiment d'affection. Mais cette dépendance ne durera pas toujours. Déjà le Canada et l'Angleterre ont des intérêts très différents, et un jour viendra — nécessairement — où ils devront se séparer. Je fais cette déclaration, bien que je sois sujet britannique et bien que, comme tous mes concitoyens, à quelque race qu'ils appartiennent, je sois sincèrement attaché à l'Angleterre, car il m'est agréable de le reconnaître, durant les derniers cinquante ans, elle nous a traités avec justice et générosité. Aussi lorsque sonnera l'heure de la séparation, nous nous quitterons en amis, sans éclat, comme lorsqu'un fils quitte la maison de son père pour devenir lui-même le chef d'une nouvelle famille. Bien que l'on ne désire pas l'indépendance du Canada en ce moment, le
parti libéral croit que les pouvoirs du gouvernement responsable que nous possédons à l'heure présente ne suffisent plus à notre développement actuel. Nous croyons qu'on devrait nous conférer un autre pouvoir: celui de négocier nos traités de commé^rçe. Nous n'avons pas encore réussi à obtenir cette réforme que nous réclamons depuis des années, mais le moment du succès n'est pas éloigné, et cette réforme sera l'une des premières que nous demanderons au gouvernement britannique à notre arrivé© au pouvoir. Je suis convaincu que nous ne rencontrerons aucune opposition, car cette liberté de relations commerciales libérerait le " Foreign Office " d'une foule d'embarras et d'ennuis, surtout dans nos rapports avec le gouvernement des Etats-Unis. Nous réclamons le pouvoir de négocier nous-mêmes nos traités de commerce, parce que nous croyons que l'intérêt du Canada nous oblige à trouver des marchés à l'étranger. Si vous consentez à nous ouvrir vos marchés, nous sommes prêts, pour notre part, à vous rendre la réciproque pour tous les produits, tant naturels que manufacturés. (Appl.)
En effet, la politique que nous avons adoptée, terrain de nos combats récents, et pour laquelle nous combattons en ce moment, pour laquelle nous combattrons jusqu'au triomphe, est celle de rapports plus étroits avec les Etats-Unis nos voisins, de relations commerciales plus libres et plus amples. Nous voulons vous ouvrir nos marchés à la condition que vous nous ouvriez les vôtres. Ce serait un avantage mutuel. Nous produisons certaines choses plus que nous n'en pouvons consommer ; d'un autre côté, notre production est au-dessous de nos besoins, de sorte que nous avons à exporter et à importer. Il me semble qu'il ne manque pas d'indications que le mal économique dont souffre maintenant le Canada affecte aussi les Etats-Unis, quoique d'une façon moins sensible, évidemment, en raison de leur plus grand développement. Il me semble que la tendance de l'opinion publique aujourd'hui, d'un bout à l'autre de votre pays, est de tenir compte du fait qu'il ne suffit plus à consommer ce qu'il produit et qu'il doit chercher un marché au dehors. Le sentiment me paraît si fort, si universel sous ce rapport, que dans le tarif adopté l'an dernier par le Congrès, tarif qui a rendu le nom de son auteur célèbre dans le monde entier, il est pourvu à la réciprocité commerciale avec certains pays des Indes Occidentales et de l'Amérique espagnole.
Nous sommes loin d'être aussi puissants que vous. Votre population atteint 60,000,000, tandis que la nôtre n'est pas encore de 5,000,000. ISTous avons d'immenses ressources agricoles, forestières, minières et maritimes. Quelques-unes de ces ressources sont à peine développées et déjà nous produisons plus que nous ne pouvons consommer. Voyez ce que l'on a fait l'année dernière, j^otre ministre des finances entreprit un voyage pour établir des relations de commerce réciproque, avec qui ? Avec les Antilles, les mêmes pays auxquels le tarif McKinley offre la réciprocité. Il est donc évident que les deux peuples qui se partagent ce continent, la grande nation et la faible colonie, ont exactement le même besoin économique. Tous deux cherchent en ce moment à établir des relations commerciales avec des pays plus éloignés, et chacun refuse la même offre à son voisin. Il y a place pour des échanges réciproques, et cependant l'un et l'autre élèvent soigneusement des barrières qui, si elles étaient enlevées, permettraient au commerce de suivre son cours, comme l'eau d'une rivière coule dans son chenal naturel lorsque les digues construites par la main des hommes sont abattues.
Quelles peuvent bien être les causes de cet état de choses anormal ? Etudiez la géographie de ce continent. La disposition géographique est telle que le cours du commerce, malgré tous les obstacles législatifs qui l'entravent sur des centaines de milles de frontière, veut se diriger des deux côtés du St-Laurent et des grands lacs. Les villes sur une rive invitent le commerce des villes de la rive opposée. Voici la rivière î^iagara, frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Le gouvernement du Canada a placé un robuste douanier à une extrémité du pont qui la traverse, et le gouvernement des Etats-Unis a placé un douanier lui aussi à l'autre extrémité pour prélever, chacun, l'impôt sur tout homme assez hardi pour profiter des avantages qui s'offrent, soit d'un côté, soit de l'autre. Sur des milliers de milles, la frontière entre nos deux pays ne peut être découverte qu'en consultant les étoiles. Mais le commerce, je dois le dire, entre les deux voisins, l'un américain, l'autre sujet britannique, dont les maisons sont à un jet de pierre l'une de l'autre, ce commerce, dis-je, est réciproque et constant. (Hires et applaudissements.). Vos rivières coulent sur notre territoire, nos rivières coulent sur le vôtre. Les centres de production dans un pays sont situés de telle façon par rapport aux centres de
consommation dans l'autre que l'échange commercial devient inévitable. Les mines de bouille de la Pennsylvanie touchent à la frontière d'Ontario et les bouillières de la Nouvelle-Ecosse sont aux portes mêmes de Boston. Votre pays produit beaucoup, mais non pas notre orge, et vous en avez besoin. De même notre sol ne donne pas votre maïs, qui nous est cependant nécessaire. Dans nos chantiers nous avons besoin de vos machines. Vos grandes villes recherchent notre poisson ; bien plus, les pêcheurs de ce pays ont besoin de toutes les facilités de pêcher dans le golfe St-Laurcnt. Voilà l'état de choses au moment actuel. Eh ! bien, malgré tous les obstacles inventés par la législation des Etats-Unis et du Canada, l'année dernière, le volume de leur commerce s'est élevé presque à $60,000,000. Ceux qui, dans mon pays, s'opposent à la réciprocité de tarif, disent qu'elle ne serait j^as un avantage parce que les produits des deux pays sont les mêmes, et ne pourraient se vendre. Les chiffres actuels de notre commerce prouvent le contraire. — ]\Ialgré tous les obstacles, nous sommes contraints d'acheter chez vous, comme vous êtes obligés d'acheter chez nous. Et la raison en est que, bien que les produits des deux pays soient les mêmes, la distribution géographique de ces produits rend leur échange inévitable. Prenons un article, la houille. ÎSTous avons chez nous des champs de houille tout aussi étendus que ceux des Etats-Unis, mais ils se trouvent sur les côtes de l'Atlantique et du Pacifique. Nous n'en avons pas dans les grandes provinces d'Ontario et de Québec qui sont le véritable centre du Canada ; il nous faut importer la houille de la Pennsylvanie. En même temps, je crois qu'il serait à l'avantage des manufacturiers du Massachusetts d'obtenir le privilège d'acheter leur charbon dans la Nouvelle- Ecosse. (Appl.) Sur les côtes du Pacifique, il vous faut acheter le charbon de la Colombie Britannique. Voilà pourquoi nous prétendons que la réciprocité contribuerait à la richesse des deux peuples, quoique certains de leurs produits soient les mêmes.
Mais, Messieurs, il y a une raison plus puissante que celle-là. Ce sont, après tout, les hommes qui font le commerce. Le peuple des Etats-Unis appartient à cette grande race, la plus grande commercialement que le monde ait jamais vue, la race anglo-saxonne; et. Messieurs, le gros de la population du Canada appartient à la même famille. Ce seul fait démontre qu'il y a plus à gagner par la réciprocité entre les Etats-Unis et le Canada qu'entre le même
nombre d'hommes appartenant à une race moins énergique. (Applaudissements. )
Eh! bien, Messieurs, en présence de ces faits, lorsque tant d'avantages sont à notre portée, à la seule condition que nous tendions une main amicale par-dessus la frontière, pourquoi les Etats-Unis, pourquoi le Canada, chercheraient-ils à nouer des relations de réciprocité avec des pays plus éloignés. Notre condition et nos besoins ne démontrent-ils pas la nécessité d'une liberté absolue de commerce entre ces deux grands pays ?
L'orateur parle alors du Traité de réciprocité de 1854 et du refus des Etats-Unis de le renouveler au bout du terme de dix ans, et dit que sans doute ce défaut de renouvellement était dû en grande partie au sentiment d'hostilité causé par la conduite de l'Angleterre pendant la guerre civile, conduite qu'il n'hésite pas à dénoncer. Il prétend que le sentiment des masses en Angleterre, quel que pût être celui des classes privilégiées, était en faveur du Nord dans la guerre civile, et il fait remarquer avec orgueil que 40,000 Canadiens combattirent dans les armées de l'Union, prodiguant leur sang et leur vie dans cette lutte mémorable. Puis il ajoute :
Pourquoi, me direz-vous, rappeler ces faits ? La raison en est bien simple: lorsqu'ime administration libérale sera établie à Ottawa — elle le sera un jour, et plus tôt que tard, suivant moi (AppL), — si elle voulait s'adresser à Washington en présentant un projet raisonnable de réciprocité, j'espère que toutes ces querelles des temps passés seront oubliées pour faire place à de plus nobles pensées. De notre côté, le parti libéral a inscrit sur son programme: relations commerciales plus étendues avec les pays situés au sud de nous. On nous a dit quelquefois que cela n'était pas sage, qu'il était téméraire de poser un principe dont l'adoption par le peuple canadien ne résoudrait pas un problème, puisqu'il faudrait encore qu'il fût adopté par le gouvernement des Etats. Je crois que, lorsque nous viendrons avec une offre de réciprocité complète, nous recevrons de la part du gouvernement américain un accueil sympathique, — c'est-à-dire que si nous faisons une offre juste et avantageuse au point de vue commercial, elle sera acceptée pour le plus grand bien de tous. Nous avons fait de ceci une question de parti. Je me hâte de dire que je n'espère ni ne désire qu'on en fasse une question de parti aux Etats-Unis.
D'abord, la question ne peut avoir pour le peuple des Etats-Unis la même importance qu'elle a pour nous. Nous ne sommes qu'une population de 5 millions d'habitants échelonnés sur la frontière nord ; tandis que vous êtes un peuple de GO millions qui, par sa grandeur même, doit traiter des questions d'une bien plus haute importance pour lui.
Voici la situation ; la proposition que nous voudrions offrir au peuple américain en est une que nous refusons au reste du monde. En disant cela je n'oublie pas que je suis sujet de la couronne britannique ; mais un citoyen sincère et loyal du Canada, en ce qui regarde les conditions actuelles, cependant, il est impossible qu'entre un pays jeune et croissant comme le Canada et un pays ancien comme l'Angleterre, il y ait toujours identité d'intérêts. L'Angleterre a ses intérêts, le Canada a les siens ; et lorsque le jour viendra où, comme Canadien, j'aurai à choisir entre les intérêts de l'Angleterre et ceux du Canada, ai- je besoin de vous dire que je serai de tout cœur pour ceux de ma patrie ? (Applaudissements vigoureux.) Je laisse les intérêts du peuple anglais au parlement d'Angleterre, sachant bien qu'il est parfaitement en état de les protéger ; mais comme membre du parlement canadien, comme chef d'un gi'and parti, que dis-je, comme simple citoyen, il est de mon devoir de ne connaître que les intérêts de mon pays natal. En ce qui regarde nos conditions économiques, je dis qu'elles sont identiques à celles des Etats-Unis (Applaudissements.), et c'est sur la large base du libre-échange continental que je place la question et que je la livre à l'étude du peuple de votre grande république. (Applaudissements.)
On m'a souvent dit au Canada que nous ne pourrions faire un arrangement de ce genre sans renoncer au contrôle de nos propres affaires, lequel reviendrait au Congrès américain. Je n'ai jamais pu comprendre la force de cette objection. Si elle comporte un appel à l'orgueil de nos compatriotes, je réponds que tout en désirant ardemment le libre-échange entre le Canada et les Etats-Unis, si ce bienfait devait être acheté au prix du moindre sacrifice de dignité nationale, je n'en voudrais pas. (Applaudissements.) Mais je n'ai aucune telle crainte, et je ne crois pas que cette grande nation, parce qu'elle compte 60,000,000 et nous moins de 5,000,000, prendrait une attitude arrogante envers un voisin plus faible qui vient à elle avec un sentiment juste de sa propre
dignité. (Applaudissements.) Je dis donc que nous sommes maintenant prêts, malgré toutes les objections que nous avons à combattre dans mon pays, à nous rapprocher de nos voisins américains sur le terrain de la réciprocité la plus large, dès qu'une administration libérale régnera à Ottawa. (Grands applaudissements.)
Avec ceux qui disent que la réciprocité serait un obstacle à l'annexion ou qu'elle j conduirait, je refuse absolument de discuter. Les deux argmnents sont injustes envers le peuple canadien. Si nous ne pouvons la discuter simplement comme question économique, je dirai immédiatement: n'allons pas plus loin, séparons-nous et allons chacun de notre côté. Mais il me semble qu'il serait puéril de ne pas user les uns et les autres d'un moyen avantageux. Considérons la question simplement au point de vue de l'économie politique et des avantages mutuels.