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DISCOURS SUR L'AFFAIRE DES JESUITES

La même poussée de fanatisme et d'intolérance qui devait, l'année suivante, engager M. McCarthy à demander la suppression de l'usage de la langue française dans le Nord- Ouest, lui suggéra en 1889 l'odieuse idée de blâmer le gouvernement fédéral de n'avoir pas désavoué l'Acte de la législature de Québec, réglant l'affaire des Jésuites. Rappelons en peu de mots les faits qui se rapportent à cette question.

En 1773, le gouvernement anglais qui avait jusque-là laissé les Jésuites du Canada en possession de leurs biens, apprenant que le Pape avait supprimé cet ordre religieux, confisqua toutes leurs propriétés. Dans la suite, il les transporta à la législature du Bas-Canada qui en appliqua les revenus aux fins de l'instruction publique. A leur retour au Canada et après avoir été constitué par le Parlement en corporation pour les fins civiles (1847), les Jésuites réclamèrent la restitution de leur avoir. Les autorités firent la sourde oreille à cette réclamation. Convenons que, sous le régime de l'Union, avec une majorité protestante au Parlement, il n'aurait pas été facile d'y faire droit. Après la Confédération, la position s'étant profondément modifiée avec les institutions nouvelles, les Jésuites reprirent confiance et renouvelèrent leurs instances auprès des différents gou-

yernements qui se succédèrent à Québec depuis 1867 jusqu'à l'arrivée de M. Mercier au pouvoir.

Après de longs pourparlers et des négociations avec le^ autorités religieuses, M. Mercier eut le mérite et l'honneur de réussir dans une entreprise où ses devanciers avaient échoué. Le règlement qu'il effectua, avec l'agrément du Pape, et à la satisfaction des protestants de la province de Québec, fut un coup de maître. Un acte du Parlement de Québec intervint pour le confirmer et le rendre exécutoire. C'est cet acte dont M. McCarthy et une faible minorité de députés vinrent réclamer le désaveu à la session de 1889. Le gouvernement Macdonald repoussa la proposition de M. McCarthy. M. Laurier prêta main-forte au pouvoir et profita de l'occasion pour invoquer, en un plaidoyer remarquable par la logique et l'éclat de la phrase, le respect des droits des provinces.

Voici ce discours :

(traduction)

Monsieur l'orateur,

Il n'arrive pas souvent que la gauche ait l'occasion d'appuyer la politique du gouvernement ; mais dans le cas présent, lorsque le gouvernement est attaqué par un certain nombre de ses propres partisans, et que sa conduite a déjà provoqué une agitation qui, malheureusement, n'est pas exempte d'animosité religieuse, je ne dirai assurément rien qui soit de nature à augmenter ce fâcheux état d'esprit ; et, répétant ce qu'a dit cette après-midi le député de Bothwell (M. Mills), dans son admirable discours, je déclare que le parti libéral, sauf quelques exceptions que je respecte, approuve entièrement l'attitude du gouvernement sur la question qui fait l'objet de ce débat. D'ailleurs, M. l'Orateur, nulle autre ligne de conduite de la part de la gauche ne serait conforme à la politique que nous défendons depuis quinze à vingt ans, ou, plutôt, depuis la confédération. Aussi, je m'empresse de féliciter le gouvernement d'en être enfin arrivé à admettre la vraie politique qu'il a souvent combattue, savoir : que le seul moyen d'administrer

avec succès les affaires de la confédération est de reconnaître le principe des droits provinciaux. Et je dois dire que si le gouvernement est aujourd'hui en butte à ces difficultés de la part de ses propres amis, s'il se trouve en présence de l'agitation qui règne actuellement dans la province d'Ontario, et dont nous n'avons pas vu la fin, d'après ce que nous a déclaré hier l'honorable député de Simcoe-Nord (M. McCarthy), c'est dû entièrement à sa fausse politique, devant les conséquences de laquelle il est enfin obligé de reculer ; c'est dû entièrement à la manière dont il a gouverné le pays, et aux moyens dont il s'est servi pour obtenir la majorité qui l'appuie.

Ceci, M. l'Orateur, n'est pas une question de parti, c'est tout au plus une querelle de famille ; c'est simplement un désordre domestique dans les rangs du parti consei-vateur. Une fraction de ce parti veut aujourd'hui que le gouvernement applique, quoiqu'il puisse arriver, la doctrine du désaveu qu'il a enseignée, et qu'il a plus d'une fois demandé à ses partisans d'appuyer. Or, le jour de la rétribution doit, tôt ou tard, arriver, et je crois qu'il s'annonce pour le gouvernement. Les deux principales provinces de la confédération diffèrent considérablement entre elles. L'une est française, et l'autre anglaise ; l'une est catholique, et l'autre protestante. Chacune d'elles a ses préjugés particuliers à sa race et à sa croyance. Je dis préjugés à dessein ; et je n'emploie pas cette expression comme terme de mépris, car tout le monde admettra que les hommes à convictions fortement enracinées, sont généralement portés par une exagération de sentiment à dépasser les conséquences légitimes de leurs convictions. Or, j'accuse le gouvernement et le parti conservateur de n'avoir réussi, depuis 1854, Ti garder le pouvoir, presque sans interruption, qu'en exploitant les préjugés de ces deux provinces. Dans la bonne province catholique de Québec, où je demeure, les partisans du gouvernement se sont toujours donnés pour les champions de la cause catholique romaine- Ils ont toujours dénoncé leurs adversaires, les libéraux d'origine française comme moi, comme des hommes à doctrines et à tendances dangereuses. Ils ont toujours représenté les libéraux d'Ontario comme des hommes mus dans tous leurs actes et dans toutes leurs inspirations, par la haine de tout ce qui était français et catholique. En même temps, dans la bonne province protestante d'Ontario, le même parti a toujours été représenté comme le parti du protestantisme inflexible et inconci-

liable, et aujourd'hui, la presse conservatrice prétend que les honorables députés de l'opposition courtisent bassement l'influence de l'élément français et catholique.

Ce double jeu a longtemps réussi, mais avant d'aller plus loin, je me permettrai de rappeler que l'attitude du parti conservateur d'Ontario a toujours été telle que je viens de la décrire, comme le savent parfaitement tous ceux qui m'écoutent. Ce que l'on ne sait peut-être pas aussi bien, par exemple, c'est que les conservateurs de la province de Québec accusent les libéraux d'Ontario, non de courtiser l'influence catholique, mais de lui être hostiles, et de cette manière, les accusations portent des deux côtés. Dans une province, les libéraux sont accusés d'une chose, et dans l'autre, on porte contre eux une accusation diamétralement opposée.

Je pourrais citer articles sur articles de la presse qui appuie le très honorable premier ministre, pour prouver ce fait, mais je vais me borner à un court paragraphe- La question scolaire dans Ontario est une question brûlante. Hier l'honorable député de Bruce (M. McNeill) n'a guère parlé d'autre chose. H y a quelques jours, un débat a eu lieu sur cette question, dans la législature d'Ontario. Le parti conservateur accusait le cabinet Mowat de favoriser indûment l'enseignement de la langue française dans les écoles d'Ontario. Dans la province de Québec, on a commenté cette discussion, et la Minerve, un des journaux qui appuient le gouvernement fédéral, un organe du parti conservateur, en a parlé comme suit :

" La motion du député de Durham-Est nous a valu une réplique très brillante, très fortement pensée, très large d'idées et fort concluante de la part de l'honorable M. G. W. Koss, ministre de l'instruction publique- M. Eoss est un grit de la plus belle eau, mais nous sommes trop habitués aux dénonciations francophobes de ce parti et à leur intempérance de langage quand il s'agit de la province de Québec, pour ne pas nous réjouir de tout ce qui, de près ou de loin, peut ressembler à une conversion ".

Vous voyez le but de cette déclaration. La Minerve affirme donc que le langage de M. Eoss était une exception, tandis que le parti conservateur d'Ontario accusait le gouvernement, au nom duquel parlait M. Ross, de ce qui est regardé ici comme une exception dans le cas de ce dernier. Il en a toujours été ainsi. Le

parti a toujours eu deux faces, la face austère du protestantisme dans l'ouest, et la face dévote du catholicisme dans l'est. Dans la province d'Ontario, le cri de ralliement du parti a toujours été: " Protestants, méfiez-vous des grits ; ce sont de faibles protestants ".

Quelques VOIX : 'Non, jamais.

M. LAURIER : Parmi les habitants de la province de Québec, le cri a toujours été : " Catholiques, méfiez-vous dos libéraux, ce sont de mauvais catholiques ". Ce double jeu a réussi pendant longtemps, mais il n'en peut pas être toujours ainsi, et je dis que le jour de la rétribution approche.

Je dis que la présente motion est très regrettable sous plusieurs rapports, et j'approuve tout ce qu'a dit l'autre jour l'honorable député de iSTorthumberland (M. Mitchell). Tout son discours me paraît empreint d'une grande sagesse, mais je ne puis me défendre de la conviction que le gouvernement ne fait que recueillir aujourd'hui ce qu'il a semé. Il a habitué une classe nombreuse de la population protestante d'Ontario à le considérer comme le champion du protestantisme. Il a proclamé la doctrine du désaveu parmi cette classe, et aujourd'hui, celle-ci s'écrie: "Nous vous avons toujours considéré comme le champion du protestantisme ; voici une législation que nous regardons comme hostile aux intérêts protestants, et aux intérêts du pays en général, et nous vous demandons d'exercer ce pouvoir de désaveu, que vous avez si souvent exercé par le passé ".

Quant au parti libéral, son attitude sur cette question était connue avant qu'elle eût été expliquée dans le présent débat. Il envisage toujours ces questions, non pas au point de vue catholique ou protestant, mais à un point de vue qui embrasse tous les diffélents intérêts religieux.

Parmi les diverses questions qui ont divisé les deux partis, il n'en est aucune au sujet de laquelle la jiolitique des deux partis ait été aussi clairement tranchée que dans le présent cas- Le parti conservateur, dirigé par le très honorable premier ministre, a toujours prétendu avoir le droit de réviser la législation des législatures provinciales. Pour notre part, nous avons toujours soutenu que le seul moyen de maintenir la confédération est de recon-

naître que, dans sa sphère, dans la sphère que lui assigne la constitution, chaque province est aussi indépendante du contrôle du parlement fédéral, que l'est ce dernier du contrôle des législatures provinciales. L'honorable premier ministre, au contraire, a prétendu maintes fois, dans cette enceinte, et par ses actes administratifs, qu'il avait le pouvoir de reviser la législation provinciale,, d'examiner si elle était bonne ou mauvaise, et de la désavouer, si elle était en conflit avec ses idées. La Chambre se souvient de la fameuse loi des cours d'eau. Qu'est-ce que l'honorable premier ministre a dit à ce sujet? Il a soutenu que c'était une question purement locale, qu'elle était clairement de la compétence de la législature d'Ontario, et cependant, il a pris sur lui de désavouer cette loi. Et pour quelle raison ? Simplement parce qu'elle était en conflit avec ses notions du juste et de l'injuste. Voici ses propres paroles :

" Mais ici, où les diverses provinces forment un seul et même pays, où nous allons d'une province à l'autre, comme nous allons d'im pays à un autre et d'une ville à une autre, doit-on supposer que les lois reconnues par les sociétés civilisées, que les lois qui distinguent la civilisation de la barbarie, qui protègent la vie, la réjjutation, et la propriété puissent être différentes ; que ce qui constitue un mérite dans une province soit un crime dans ime autre, et que des lois différentes doivent exister.

Dans cette occasion, l'honorable premier ministre a pris sur lui de reviser la loi de la province et, trouvant qu'elle n'était pas conforme à ce qu'il croyait être juste, il l'a désavouée. Sa conscience délicate était offensée de ce que la législature d'Ontario eût décrété que M. Caldwell n'avait pas le droit de flotter ses billots dans ce cours d'eau, qu'avait amélioré M. McLaren, sans payer de droit, bien que le Conseil privé ait décidé dans la suite que, sans cette loi, M. Caldwell aurait pu profiter de ces améliorations, sans rien payer. L'honorable premier ministre en arrive maintenant à la doctrine que nous avons maintes fois prêchée dans cette Chambre, qu'il n'a pas à s'occuper si cette loi provinciale est bonne, mauvaise ou indifférente ; qu'elle est entièrement de la compétence de la législature provinciale de Québec, et, partant, qu'elle doit suivre son cours. Examinons le rapport du ministre de la justice d'alors, sur le bill des cours d'eau, et comparons-le

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avec celui fait par le ministre de la justice sur la loi qui uous occupe. Le ministre de la justice a dit alors :

" Je crois que le pouvoir de la législature locale d'enlever à un particulier ses droits pour en investir un autre, comme ou le fait par le présent acte, est extrêmement douteux. Mais en supposant que ce droit existe rigoureusement, je crois qu'il incombe au gouvernement fédéral de voir à ce que ce pouvoir ne soit pas exercé, en violation flagrante des droits privés et de la justice naturelle, surtout, lorsque, comme dans le cas actuel, outre qu'il empiète sur le droit particulier de la manière indiquée, l'acte met de côté un jugement d'un tribunal compétent, en déclarant rétroactivement que la loi a toujours été et est encore différente de ce que le tribunal a prétendu qu'elle était ".

Examinons maintenant le rapport du ministre de la justice dans le présent cas. Il est extrêmement concis. Le ministre de la justice, faisant allusion à des pétitions demandant le désaveu de la loi, dit simplement :

" Avant que ces pétitions eussent été soumises à son examen, le soussigné avait déjà recommandé à Votre Excellence de laisser cette loi suivre son cours. Les pétitions en question n'ont pas convaincu le soussigné de l'opportunité de modifier cette recommandation. La matière de l'acte est d'intérêt purement provincial, se rapportant à une question financière qui est entièrement du ressort de la législature de Québec ".

Voilà, M. l'Orateur, la saine doctrine libérale ; c'est celle que l'opposition a toujours prêchée et appuyée, et j'offre encore une fois à l'honorable premier ministre mes remerciements et mes félicitations, pour avoir enfin adopté le vrai et l'unique moyen de maintenir avec succès notre constitution. Il faut néanmoins bien nu temps pour qu'un principe juste entre dans l'e?prit, je pourrais dire perverti, des honorables ministres. ÎTon, je me trompe, ii ne faut pas toujours beaucoup de temps ; dans certains cas l'opération se fait aussi promptement qu'elle est lente dans d'autres occasions. Il n'y a que trois semaines, nous avons donné au gouvernement un conseil sur la manière dont il devait traiter nos amis les Américains, à propos du modus Vivendi. Notre conseil a été reçu avec mépris, et les honorables ministres ont dé-

claré que le peuple canadien accueillerait notre proposition avec dédain ; et cependant, trois semaines plus tard, ils ont changé d'opinion et ont adopté la politique que nous avions suggérée. Tant que le gouvernement continuera à agir de cette façon, à rejeter d'abord la politique de l'opposition et ensuite à l'accepter, le pays n'y perdra point.

Avant de me résoudre à parler sur cette question, je me suis demandé si je devais me borner à faire ces déclarations, mais je ne jouis regarder, — comme tous ceux qui ont à cœur les intérêts du pays, la paix et l'harmonie du Canada, — avec indifférence l'agitation qui règne en ce moment dans la province d'Ontario. Enfant de la province de Québec, membre de l'Eglise catholique et partisan du gouvernement qui a passé cette loi, je ne puis m'empêcher de regretter profondément que l'on essaie aujourd'hui de soulever nos concitoyens protestants de la province de Québec contre cette législation. Permettez-moi de dire, ce qui doit être évident pour chacun d'entre nous, que si nous, examinons la présente question ou toute autre question, au point de vue des opinions religieuses que nous professons respectivement, nous sommes exposés à nous placer sur un terrain très étroit, très peu sûr et très dangereux, car l'histoire nous enseigne que c'est toujours au nom sacré de la religion que les passions les plus violentes du genre humain ont été excitées, et que les crimes les plus effroyables ont été commis.

Je ne puis oublier que, dans le cas actuel, on a essayé de soulever les passions de la province d'Ontario. Mais j'espère que cette tentative ne réussira pas, et qu'un sentiment plus sage prévaudra; j'espère que le langage modéré de la raison que nous avons entendu aujourd'hui sera compris, et que, bien que cette loi puisse déplaire à certaines personnes, tout le monde reconnaîtra que, dans ces questions, nous devons avoir de l'indulgence pour les sentiments des autres.

Quelle est la cause de l'agitation qui règne aujourd'hui ? Quelle est la cause de la législation qui a provoqué ces difficultés? La voici: il est regrettable que les nations européennes, les Français et les Anglais, en venant sur notre continent, aient emporté avec elles non seulement leurs lois et leurs institutions, non seulement leur civilisation, mais encore leurs haines. Aujourd'hui, et depuis plus de soixante-dix ans, la France et l'Angleterre vivent en paix, et il était réser^^ê à notre génération d'assister à un spectacle qui

aurait semblé improbable, pour ne pas dire impossible, quelques années auparavant. Xous avons vu la France et l'Angleterre liguées contre un ennemi commun, et pour nous, sujets anglais d'origine française, sujets anglais qui avons appris à aimer l'Angleterre, qui apprécions sa bienfaisante domination, qui ne voudrions pas retourner à l'allégeance de la France, mais qui nourrissons toujours dans nos cœurs l'amour du pays de nos ancêtres, rien ne pouvait être plus consolant que de voir les drapeaux de la France et de l'Angleterre flotter ensemble sur les bords de l'Aima, sur les hauteurs d'Inkerman et au milieu des ruines de Sébastopol. Il en est de même, aujourd'hui- Il n'en était cependant pas ainsi lors de la découverte de l'Amérique, lors de l'établissement des postes anglais et français sur ce continent. A cette époque, les Français et les Anglais étaient depuis des siècles engagés dans des querelles mortelles. Ils emportèrent avec eux ces querelles, ces animosités qui les avaient divisés en Europe ; et ici, sur ce continent, ils se poursuivirent à travers les rivières et les lacs, les montagnes et les forêts, et s'attachèrent à se faire réciproquement le plus de mal possible. Ils avaient devant eux l'immense étendue de ce continent encore vierge, et cependant ils se livrèrent une guerre mortelle pour se disputer la possession des misérables huttes qui composaient leurs premiers établissements. Ce long duel se termina, comme nous le savons, sur les Plaines d'Abraham. La guerre fut cependant prolongée encore une année par le chevalier de Lévis, mais sans autre résultat que l'obtention de conditions de capitulation plus généreuses de la part du vainqueur.

On a parlé de ces conditions, et je n'ai pas besoin d'y revenir. Les communautés religieuses furent maintenues dans la possession de tous leurs biens, aussi librement que si elles fussent restées sous la domination du roi de France. L'honorable député de Muskoka (M. O'Brien) a dit en ouvrant le présent débat que les termes de la capitulation avaient été modifiés par le traité de Paris. Pour ma part, je ne vois là aucune différence; mais si différence il y a, je suis parfaitement prêt à accepter l'intreprétation qu'en a donnée le gouvernement anglais lui-même. Pour ce qui est de la manière dont le gouvernement anglais a traité ces communautés auxquelles on avait promis une immunité spéciale, je ne vois aucune différence dans leur position sous lo régime

français et sous le régime anglais. Le gouvernement anglais a

traité ces communautés et toute la population, sous le rapport des intérêts religieux, avec la plus grande générosité- Toutes les communautés religieuses, sauf les Jésuites, ont été maintenues dans la possession de leurs biens. On a fait une exception pour les Jésuites, et pourquoi ? Est-ce par droit de conquête, comme Ta affirmé M. McCarthy ?

M. McCARTHY : L'honorable député voudrait-il me permettre de l'interrompre? Je n'ai pas affirmé cela. C'est en vertu de l'introduction de la loi anglaise dans le pays lors de la conquête, et nullement par droit de conquête, que ces biens ont été confisqués au profit de la couronne.

M. LAURIER: Quoi qu'il en soit, je tiens compte de l'observation. Je n'ai pas l'intention de traiter le côté légal de la question, parce que, suivant moi, il ne se présente pas dans le cas actuel. Mais quand même, comme l'a dit l'honorable député, le gouvernement anglais aurait pris possession de ces biens en vertu de l'introduction de la loi anglaise dans le pays, cela aurait pu s'appliquer tout aussi bien aux autres communautés qu'à celle des Jésuites. Pourquoi a-t-on fait exception? Pourquoi ces autres communautés religieuses ont-elles été maintenues dans la possession de leurs biens, et les Jésuites exceptés ? Je crois que le ministre de la justice a donné hier la vraie raison de cette exception, lorsqu'il a dit que c'était grâce à la convoitise de lord Amherst, qui, en 1770, avait obtenu du roi la promesse que ces biens lui seraient concédés.

Si, plus tard, l'ordre n'eût pas été aboli par le Pape, je crois fermement que les Jésuites auraient été maintenus dans la possession de leurs biens, comme les autres communautés religieuses. Mais l'ordre fut aboli, et après la mort du dernier Jésuite, le gouvernement anglais prit possession des biens.

Plus tard, comme nous le savons, les héritiers de lord Amherst réclamèrent ces biens, en vertu de la promesse faite, en 1770, par le roi. Mais les protestations furent si vives, non seulement de la part des anciens habitants, mais, aussi, des nouveaux habitants ; non-seulement, de la part des anciens sujets du roi, mais, aussi, de ses nouveaux sujets, qu'il fut impossible au gouvernement de céder ces biens aux héritiers de lord Amherst, comme il en avait l'intention.

D'un autre côté, bien que le gouvernement eût pris possession de ces biens, et qu'ils eussent été promis au général Amherst le gouvernement ne put les inclure dans le fonds général et il les constitua en fonds spécial.

Mais que les lois anglaises aient, ou non, été introduites dans la colonie, que les anciennes lois soient, ou non, restées en vigueur, il faut se rappeler que les anciennes lois françaises continuèrent à subsister comme auparavant. Et, il ne faut pas oublier, non plus, qu'en vertu des lois de Québec, en vigueur sous le régime français, des biens de la nature de ceux des Jésuites, seraient retournés à l'Ordinaire du diocèse, après la suppression de l'ordre par le pape. C'était la prétention de l'Eglise, à cette époque, et jusqu'à ce jour, les autorités ecclésiastiques de la province de Québec n'ont jamais cessé de réclamer ce droit, comme leur appartenant. Les protestations se sont continuées depuis lors jusqu'à ce jour, dans l'ordre suivant :

" 1. 4 février 1793, par les citoyens de Québec 2. 18 novembre 1799, par Sa Grandeur Jean-François Hubert, évêque de Québec. 3. Vers l'année 1835, par Sa Grandeur Joseph Signai', évêque de Québec ; Sa Grandeur Pierre-Flavien Turgeon, évêque de Sydime, coadjuteur de l'évêque de Québec ; Sa Grandeur Jean Jacques Lartigue, évêque de Telmesse, gTand vicaire du district de Montréal. 4 janvier 1845, par Sa Grandeur Joseph Signai', archevêque de Québec, et par les évêques de Montréal, Kingston et Toronto. 5 juin 1847, par le clergé des diocèses de Montréal et de Québec. G janvier 1874, par le Révérend Père Théophile Charvaux, supérieur général de la mission des Jésuites au Canada. 7. 9 octobre 1878, par l'archevêque de Québec et les évêques des Trois-Rivières, de Rimouski, ^lontréal, Sherbrooke, Ottawa, St-ITvacinthc et Chicoutimi. 8. 2 janvier 1885' par l'archevêque de Québec ".

On voit donc que depuis que le gouvernement anglais a pris possession de ces biens, les autorités religieuses de la province de Québec n'ont pas cessé de les réclamer comme leur propriété. Pouvait-on laisser les choses dans cet état? Etait-il possible que, dans un pays catholique comme la province de Québec, ces protestations n'eussent aucun résultat? Bien des fois, vous le savez, le

gouvernement de Québec a essayé de disposer de ces biens. M. Mercier n'est pas le seul chef de cabinet qui ait entrepris de régler cette question. A plusieurs reprises, ses prédécesseurs avaient aussi tenté de rendre justice aux Jésuites. Il y avait une raison pour cela. Ces biens sont évalués aujourd'hui par M. Rivard, qui en a la surveillance, à $1,200,000. Ils ne rapportent que $22,000 de revenus, soit moins de 2 pour cent. Une partie des biens n'a aucune valeur annuelle. L'ancien collège des Jésuites, par exemple, au centre même de la ville de Québec, en face de la basilique, ne rapporte pas un sou de revenu, mais, au contraire, il constitue une charge pour le trésor de la province, tandis qu'il se vendrait un bon prix s'il était mis en vente. Le gouvernement de Québec a souvent essayé d'en disposer, mais chaque fois les autorités religieuses ont réclamé et fait échouer la vente.

Les choses devaient-elles rester éternellement dans cet état ? Plus d'une fois, la question a été amenée sur le tapis. En 1876, M. de Boucherville a essayé, mais en vain, de la régler avec les autorités religieuses de la province. On a affirmé plusieurs fois dans les journaux, bien que la chose n'ait jamais été annoncée officiellement, que M. Chapleau était entré en négociations avec les autorités religieuses lorsqu'il était premier ministre, et qu'il était allé jusqu'à leur offrir $500,000 en règlement de leurs réclamations sur ces biens. J'ignore jusqu'à quel point cela est vrai. Je ne parle que d'après ce qu'ont dit les journaux. Mais il est certain que M. Ross, qui lui a succédé comme premier ministre quelques années après, a entrepris de régler la question. Les négociations n'ont abouti à rien, et pourquoi ? Parce qu'il fallait du courage pour régler cette question, parce qu'il était certain que celui qui la réglerait aurait à affronter beaucoup de préjugés, comme l'ont prouvé les faits. M. Mercier a eu ce courage, et il l'a réglée, et quand même la carrière de M. Mercier ne présenterait rien autre chose de remarquable, le courage qu'il a eu de régler cette question suffirait pour lui donner droit au titre d'homme d'Etat.

Cette question, je crois, devait être réglée. Comment l'a-t-elle été? Elle a été réglée de la façon la plus raisonnable pour tous ; elle a été réglée par compromis. M. Mercier, en effet, a dit aux autorités religieuses : Je suis en possession de ces biens, en ma qualité de représentant de la couronne ; le droit appartient à la province de Québec ; nous avons un titre légal ; je n'admets pas

que vous ayez un titre légal, bien que vous le prétendiez. Quoi qu'il en soit, dit-il, faisons de part et d'autre le sacrifice de nos prétentions ; je suis en possession de tous ces biens et vous les réclamez tous ; faisons un compromis et réglons la question pour toujours. Je le demande à tout membre de cette Chambre, quels que soient ses préjugés ; je le demande à l'honorable député de Muskoka (M. O'Brien) lui-même, en l'esprit de justice de qui j'ai la plus grande confiance; a-t-on jamais adopté, pour régler une question publique, un moyen plus équitable que celui que l'on a adopté dans ce cas ? Naturellement, il est bien facile pour le journaliste, dans son fauteuil ; il est bien facile pour le publiciste, dans son bureau ; il est bien facile pour le membre du clergé, dans son cabinet ; de régler les questions d'après les théories établies. Mais l'homme public, au pouvoir ou dans l'opposition, ne peut pas régler une question d'après les théories établies. Il doit consulter, non seulement les désirs, mais aussi les passions et les préjugés des gens avec lesquels il doit traiter. Et, dans un pays comme la province de Québec, où il y a plus de 1,000,000 de catholiques, avec une hiérarchie régulièrement constituée, avec une réclamation que les autorités catholiques pouvaient présenter, pouvait-on dire que cette question ne serait jamais réglée et que l'on ne disposerait jamais de ces terres pour l'avantage du trésor de la province ? Il me semble que, sur cette question, je puis encore en appeler au témoignage de tous ceux qui examineront la chose Hans un esprit libre de tout projugé. Après tout, M. l'Orateur, l'on n'a, jusqu'aujourd'hui, trouvé qu'un seul moyen, pour gouverner les hommes d'une façon satisfaisante, et ce moyen consiste à les gouverner conformément aux désirs exprimes par l'opinion publique. Je ne veux pas dire que l'opinion publique soit toujours juste, que l'opinion publique soit toujours l'interprète de l'éternelle paix ou de l'éternelle vérité ; je ne veux pas dire que l'opinion publique soit toujours l'écho de la sagesse ; mais si vous gouvernez le peuple conformément à l'opinion publique, vous êtes siirs de voir régner la paix et l'harmonie dans le pays ; et lorsque cette question a été réglée, elle l'a été conformément aux désirs de l'opinion publique de la province de Québec, et en agissant ainsi, vous faites régner la paix et l'harmonie dans le pays. Or, si vous cherchez à contrecarrer les désirs connus de la population de la province de Québec, au lieu de l'harmonie et de la paix, vous susciterez probablement un mécontcntomcnt, dont je ne

veux pas envisager les conséquences. Voilà pourquoi cette question a été réglée comme elle l'a été.

Mais le député de Simcoe (M- McCarthy) et quelques autres membres de cette Chambre ont insisté sur le fait que cette législation est vicieuse au point de vue protestant. Cependant, chose étrange ! la minorité protestante est représentée dans la législature de la province 'de Québec. Si je me le rappelle bien, il y a encore douze députés protestants à la législature provinciale. Lorsque cette question est venue sur le tapis, deux députés seulement ont protesté ©t leurs protestations ont été très faibles. Et ils ont protesté contre quoi ? Contre une seule partie de l'acte, contre le fait que le nom de Sa Sainteté le Pape paraissait dans le préambule. M. Mercier leur a fait, alors, la réponse même faite hier par le ministre de la justice et leur a dit : Si vous ne voulez pas du nom du Pape, dans cette affaire, veuillez me proposer le nom d'un autre, pour que je le mette à sa place-

C'est un compromis fait avec les autorités religieuses de la province de Québec, et M. Mercier a, je crois, agi équitablement et prudemment avec le chef de l'Eglise catholique romaine. Ses arguments ont été si concluants, que l'on n'a pas insisté sur ces objections ; l'acte a été adopté unanimement, et M. Mercier a pu parler dans les termes suivants de l'attitude prise par ses collègues protestants :

" Je remercie les députés protestants de la modération qu'ils ont montrée en discutant cette question. C'est d'un bon augure. L'unanimité, qui existe maintenant, est une preuve que les différentes races dont se compose notre population, vivent en paix et en harmonie et étudient les questions les plus délicates avec cet esprit de conciliation qui fait des merveilles, lorsqu'il est convenablement dirigé ".

Mais cette législation ne donne pas satisfaction à nos amis protestants d'Ontario. Cependant, puisque les protestants de la province de Québec sont satisfaits, qui peut trouver à redire ?

J'ai compris que le député de Huntingdon (M. Scriver) avait dit, il y a un instant, que les protestants de la province de Québec ne sont pas tous satisfaits. Il peut arriver, en effet, qu'ils ne soient pas tous satisfaits. Il est très rare que sur une question qui se présente, des hommes de même croyance, de même race

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goient complètement satisfaits ; mais si des hommes ont le droit de parler pour la minorité protestante de la province de Québec, est-ce que ce ne sont pas ceux qui sont élus par le peuple de cette province pour les représenter dans la législature ? Et si ceux-là ne font aucune représentation, si, au contraire, ils disent qu'après tout, cette question a été réglée et approuvée, personne n'a le droit de se plaindre. Mais le député de Simcoe (M. McCarthy) n'a, paraît-il, aucune confiance en ceux qui représentent ses compatriotes dans la province de Québec. Si j'en crois ce qu'il a dit, hier, il n'a qu'une triste opinion de ceux à qui ses co-religionnaires de cette province ont confié le soin de surveiller leurs intérêts dans la législature. Voici les paroles qu'il a prononcées hier :

** Est-ce que cela signifie que les protestants de la province de Québec voulaient et désiraient au plus haut point que cette législation restât dans le statu quo? Ou bien, est-ce que cela ne signifie pas que, si l'on donnait un encouragement raisonnable à la minorité protestante de cette province, elle obtiendrait jamais justice — et elle n'a pas droit à autre chose de plus, et j'espère qu'elle ne demandera jamais autre chose que justice — du parlement de ce pays ? Puis, les protestants chercheront à obtenir leur part de cette législation, mais dans la législature de la province de Québec, telle qu'elle est composée aujourd'hui, ils ne peuvent pas l'obtenir. Ce n'est que depuis peu que les protestants ont eu un représentant dans le cabinet de cette province, et lorsqu'il a été nommé, il a fallu le faire élire malgré le vote de la minorité protestante ".

Sans en citer plus long, je désire, sur cette question, exciper de la prétention émise par le député de Simcoe-ÎTord (M. McCarthy), lorsqu'il a dit ici que le colonel Rhodes n'avait pas été élu, dans Mégantic, par la minorité protestante. Le comté de Mégantic est un comté mixte. Le colonel Rhodes, le ministre de l'agriculture, a été élu deux ou trois mois après l'adoption de cet acte, et les électeurs ont dû s'occuper de cette question. Le colonel Rhodes a eu la majorité des Canadiens-Français et des catholiques, mais j'affirme aussi qu'il a eu la majorité des votes protestants. Sur ce point, je ne pré.'^cnte pas mon propre témoignage. Il ne m'a pas encore été donné d'examiner les chiffres. Mais j'offre le témoignage du colonel Rhodes lui-même qui, le jour do l'élection, a télégraphié qu'il avait été soutenu par la majorité des électeurs pro-

testants du comté de Mégantic. Le député de Simcoe-Nord (M. McCarthy) dit encore :

" Je puis comprendre que, s'il y avait, en cette Chambre, un lutteur comjne l'honorable député qui dirige ici le tiers-parti, l'on pourrait espérer obtenir quelque chose qui ressemblerait à de la justice, mais des hommes qui possèdent cette habileté et dés connaissances parlementaires suffisantes pour le seconder, de tels hommes, dis-je, ne se rencontrent pas tous les jours, et nous ne jugeons pas les représentants protestants de la province de Québec d'après un modèle aussi élevé ".

Et pourquoi pas, " d'après un modèle aussi élevé ? " Peut-on croire que les protestants de la province de Québec, qui sont à la tête du commerce du pays, sont cependant tellement arriérés, sous ce rapport, qu'ils ne puissent pas envoyer à la législature un homme assez habile pour les représenter ? Peut-on croire que les protestants de la province de Québec sont obligés de se mettre sous la tutelle de mon honorable ami le député de Simcoe? Peut-on croire qu'ils ne peuvent pas administrer leurs propres affaires ? Peut-on croire qu'ils ne peuvent pas surveiller leurs propres intérêts ? J'ai plus de confiance que mon honorable ami dans l'habileté des représentants protestants de la province de Québec, car j'ai l'avantage de les connaître personnellement et je sais que ce sont des hommes d'habileté, et quelques-uns sont d'une très grande habileté. Mais, M. l'Orateur, c'est l'opinion que l'honorable député a de ses compatriotes et coreligionnaires de la province de Québec ; s'il les croit tellement incapables de surveiller leurs propres affaires, que les protestants d'autres provinces soient obligés de venir à leur rescousse, il sera peut-être intéressé à connaître l'opinion émise par quelques-uns des protestants de la province de Québec, au sujet de ces protestants trop zélés d'Ontario qui veulent se battre pour eux. J'ai ici un extrait d'un journal publié dans les Cantons de l'Est, VAdvei^tiser, de Waterloo, rédigé par un disciple et un ami de feu M. Huntington ; c'est un protestant aussi bon et aussi convaincu que les meilleurs. Voici ce que dit ce journal:

" Tout Canadien patriote doit déplorer le débat regrettable provoqué par le bill des Jésuites. Le projet est devenu loi, et aucune

discussion ne peut changer le fait accompli- La chose regarde uniquement la province de Québec, et toute intervention du dehors constitue simplement une immixtion impertinente dans nos affaires provinciales. Les ministres et les orangistes d'Ontario se 6ont donné la main pour faire la guerre aux catholiques de Québec. La législature a réglé, d'une manière satisfaisante pour le peuple, l'ancien différend qui existait au sujet des biens des Jésuites. On a fait disparaître, une fois pour toutes, une source d'irritation et de mécontentement. Le bill des Jésuites a été virtuellement adopté à l'unanimité par la législature. Les représentants élus de la minorité protestante l'ont appuyé, comme étant le règlement équitable d'une question fâcheuse. Le règlement demandait une dépense des deniers publics, et, pour éviter toute possibilité de jalousie de la part de la minorité protestante, une forte compensation a été en même temps votée pour l'éducation protestante. Cela était juste et raisonnable, et la minorité l'a compris ainsi.

" La minorité protestante de cette province peut parfaitement surveiller ses affaires. Dans les questions purement locales de la province, elle ne demande aucun secours, et n'attend aucune sympathie du dehors. A tout considérer, la minorité a été traitée avec justice par la majorité. Il peut arriver qu'il y ait eu irritation, mais il n'y a pas, dans l'histoire de la province, d'exemple où les forces de la majorité aient été employées pour opprimer la minorité ou lui nuire. Puisque les catholiques et les protestants peuvent vivre ensemble, en paix, pourquoi la province d'Ontario interviendrait-elle ? La minorité protestante, en règle générale, ne se plaint pas et ne s'est pas plainte du règlement de la question des biens des Jésuites- Les hommes patriotes et â vues larges admettent que ce règlement est la meilleure chose que l'on pouvait faire dans les circonstances ".

Telle est l'opinion qui règne dans les Cantons de l'Est, au moins, chez une partie de la population. Or, mon honorable ami, le député de Huntingdon (M. Scriver), a parlé, il y a un instant, de la façon dont on traite la minorité dans la province de Québec. Comme mon honorable ami le sait, j'ai le plus grand respect pour tout ce qu'il dit et je suis sûr qu'il admettra une chose : Si la minorité protestante de la province de Québec a quelque raison de se plaindre — et j'ai écouté ce que l'on pourrait appeler la série des

griefs que nous a lue aujourd'hui l'honorable député de Norfolk- Nord (M. Charlton) — si la minorité protestante, dis-je, a quelque raison de se plaindre, je le demande : N'en est-elle pas elle-même responsable ? Dans toute cette liste de griefs que l'on nous a lue, est-ce qu'il y a un seul acte de législation contre lequel elle a protesté ? N'a-t-elle pas toujours appuyé le parti conservateur qui a toujours été au pouvoir, et est-ce que chacun de ces actes auxquels on a donné le nom de griefs, n'a pas été adopté par le parti conservateur que les protestants de Québec ont toujours appuyé ? Parlant comme Canadien-Français, M. l'Orateur, je dirai simplement que si mes concitoyens d'origine anglaise ont des griefs réels ou imaginaires, qu'ils s'adressent à la législature de Québec ; et bien que je n'aie pas de siège dans cette législature, je puis dire que j'y ai quelque influence — je n'ai même pas besoin d'influence — et je sais que la majorité de cette Chambre, comme du reste, la minorité conservatrice, sera toujours disposée à leur donner la législation qu'elle croira devoir remédier à ce dont ils se plaignent. Avant ces jours derniers, je n'avais jamais entendu dire que la minorité protestante eût à se plaindre de la façon dont la traitait la majorité de la province de Québec; et si elle avait eu des griefs sérieux, peut-on dire, dans ce parlement, que ces griefs n'auraient pas été portés à la connaissance des représentants du peuple ?

Je répéterai ce que j'ai dit, il y a un instant: Il est très facile au journaliste dans son fauteuil, au membre du clergé dans son bureau ou à toute autre personne qui n'est pas responsable envers le public en général, il leur est très facile de régler des questions par des théories établies ; mais c'est autre chose de les régler conformément à la volonté du peuple, et je n'admettrai pas qu'il existe des griefs sérieux, tant que l'on n'aura pas fait connaître ces griefs à la législature provinciale.

L'honorable député de Simcoe (M. McCarthy) a dit aussi quelque chose, hier, au sujet de M. Joly. Il a prétendu que M. Joly avait été obligé d'abandonner la vie publique ; je ne sais pas pourquoi, mais je suppose qu'il a voulu dire que c'est le parti libéral qui l'a ainsi obligé d'abandonner la vie publique.

M. McCARTHY : Ecoutez ! écoutez !

M. LAURIER : M. Joly a été au pouvoir pendant environ dixhuit mois, et on l'en a chassé par la guerre la plus malhonnête que

l'on ait encore faite à un homme public en ce pays. M. Joly a été chassé du pouvoir en grande partie par le fait que ce parlement a violé la constitution, et l'honorable député de Simcoe a été lui-même un des auteurs de cet acte. Si l'on avait donné franc jeu à M. Joly, je crois qu'il serait encore au pouvoir dans la province de Québec. M. Joly n'a jamais rien eu à souffrir de la part du parti libéral ; au contraire, M. Joly est un homme pour lequel nous avons le plus grand respect. Nous avons différé d'opinion avec lui sur une seule question, sur la question du Nord-Ouest. M. Joly a envisagé cette question à un point de vue différent de celui auquel nous nous sommes placés pour l'envisager. Je ne traiterai pas de nouveau cette question, mais je dirai seulement au député de Simcoe que, lors de la dernière élection qui a eu lieu dans Mégantic, alors qu'un membre protestant du cabinet Mercier était devant le peuple, et alors que la question même qui nous occupe aujourd'hui devait recevoir l'épreuve du scrutin, M. Joly est venu appuyer le candidat et le programme du gouvernement.

Il est évident, M. l'Orateur, d'après la discussion qui se fait dans ce parlement depuis hier, que, bien que cet acte soit répréhensible pour certaines gens — et je ne blâme pas le député de Muskoka, je ne blâme pas mon honorable ami, le député de Simcoe, de nourrir les idées qu'ils ont exprimées ; je crois que c'est leur conscience qui les fait agir, je crois que, dans leur opinion, ils agissent pour le mieux, qu'ils font ce qu'ils jugent être de l'intérêt du peuple en général — il est évident, dis-je, que, bien que cet acte soit répréhensible pour certaines gens, que leur jugement a été très préjugé, par le fait que le nom des Jésuites a été introduit dans cette législation. Il me semble évident que ce nom a réveillé un sentiment d'hostilité qui s'est manifesté contre cet ordre célèbre, dans plusieurs pays et pendant longtemps. On dit que ce sont des hommes dangereux. Supposons que tout ce que l'on dit soit vrai, est-ce que cela serait une raison pour leur refuser la justice à laquelle ils ont droit ? Supposons qu'ils soient aussi dangereux qu'on les représente ; cela serait peut-être une raison pour leur refuser les droits civils, pour refuser de les reconnaître. Mais ils ont été constitués en corporation, il y a deux ans, par la législature de Québec, et l'acte qui les a ainsi constitués, a reçu l'approbation de l'un de ces tièdes protestants dont parle le député de Simcoe, lesquels représentent la minorité à la

législature de Québec. M. Lynch, un ami politique de l'honorable député de Simcoe, parlant en cette circonstance, s'est servi de ce langage remarquable :

" M. Lynch, à propos du bill constituant les Jésuites en corporation, a dit que, malgré ce que l'on pourrait penser dans certains quartiers, le bill n'avait rien d'alarmant de sa nature. Nous vivons, dit-il, dans un siècle où la sagesse prévaut; nous vivons dans un siècle où la liberté est censée exister dans tout l'univers ; et, nulle part, dans tout l'empire de Sa Majesté, la liberté ne régne plus que dans la province de Québec. Avec cette équité dont font toujours preuve les membres de la Chambre, certaines parties du préambule ont été retranchées en comité. Est-il possible que l'opinion publique intelligente de la province de Québec refuse à ces Pères Jésuites les droits civils que nous avons accordés à tous les autres ? Si cette question a quelque caractère religieux, cela doit être réglé ailleurs que dans cette Chambre- S'il y a, dans ce bill, quelque chose contre les droits civils, retranchons-le. Tant que l'on ne m'aura pas démontré cela, je suis disposé à appuyer ce bill ".

Et le bill a été appuyé et adopté. Dans ces circonstances, il me semble que les plaintes que nous avons entendues, aujourd'hui et hier, se font entendre bien tard. Mais, M. l'Orateur, tout homme, qu'il soit l'ami ou l'ennemi des Jésuites, doit au moins admettre qu'ils repoussent et nient toutes les accusations portées contre eux ; ils repoussent les doctrines dangereuses qu'on leur prête.

Je ne toucherais pas un seul instant à cette question, n'étaient les remarques faites aujourd'hui par mon honorable ami le député de Norfolk-lSTord (M. Charlton) ; mais je ne saurais laisser passer sans commentaires des idées comme celles qui ont été exprimées, bien que ce ne soit ni le lieu ni le temps convenables pour défendre ou attaquer les Jésuites. Tous ceux auxquels la littérature française est familière, savent que Pascal, dans ses célèbres " Lettres provinciales," a cité plusieurs paragraphes très répréhensibles qu'il attribue aux Jésuites. Il m'a été impossible, pour ma part, de découvrir les extraits ; j'ai souvent cherché dans les livres d'où on était censé les avoir tirés ; mais je n'ai pu les trouver et je ne puis pas dire s'ils sont vrais ou faux. Mais je sais ceci : c'est que des écrivains aussi éminents que Pascal, ont affirmé à maintes

el maintes reprises que tous les énoncés sitr lesquels Pascal basait son accusation, avaient été réfutés plus d'une fois par les membres de l'ordre des Jésuites. Or, les Jésuites, on l'admet, forment un corps d'hommes capables et, on doit l'admettre aussi, ils sont im corps d'hommes vertueux, reconnus par leur science, par leurs hautes connaissances ; mais ce sont des hommes ; ils sont faillibles et il serait étrange, en vérité, que, dans un ordre aussi nombreux, il n'y en eiit pas quelques-uns qui aient écrit des choses répréhensibles. Mais dans l'hypothèse où l'on constaterait qu'un membre de cet ordre a écrit des choses répréhensibles, s'en suivraitil qu'il faudrait en tenir tout l'ordre responsable, comme un député l'a dit ? Arriverez-vous à la conclusion que, parce qu'un membre de l'ordre écrit des choses répréhensibles, tout l'ordre doit être condamné ? Ce serait aussi juste que de condamner tous les théologiens protestants d'Ontario, parce que le révérend Dr Wild a dit, il y a quelques jours, que le fait de tuer un Jésuite ne constituait pas un crime.

Je ne poursuivrai pas ce débat, M. l'Orateur. Je prétends que ce n'est pas ici que l'on doit attaquer les Jésuites, ou les défendre. En ce qui concerne ce bill, la législature de Québec était le lieu où il pouvait convenir d'attaquer les Jésuites. Quant à la question de savoir si un homme est l'ami ou l'ennemi des Jésuites, il me semble que leur histoire au Canada, quelle qu'elle ait été dans d'autres pays, a été telle qu'elle commande, non-seulement l'admiration, mais la plus grande admiration. Ils ont été les pionniers de ce pays. D'après le langage d'un grand historien, l'on n'a pas doublé un cap, l'on n'est pas tntré dans una rivière qu'un Jésuite n'en ait tracé la voie. Chaque pouce du sol d'Ontario a été foulé par leur pied, au moins cent cinquante ans avant qu'il y eut im colon anglais dans cette province. J'ajouterai que le sol même de cette province a été consacré par le sang qu'ils ont répandu, en cherchant à gagner des âmes à celui qui est le Dieu des protestants comme des catholiques. Je n'ai rien de plus à dire des Jésuites, Il ne convient pas, comme je l'ai dit, de traiter ici cette question ; si elle doit être traitée, elle doit l'être ailleurs qu'ici.

La résolution affirme qu'ils ont été expulsés. Le député de Simcoe a dit hier qu'ils ont été expulsés de plusieurs pays, et le député de N^orfolk-Xord dit aujourd'hui qu'ils l'ont été de vingt pays différents. Cela est vrai, M. l'Orateur ; mais ce qui est

également vrai, ils n'ont pas encore été expulsés d'un pays libre. Ils ont été expulsés de pays où les vrais principes de la liberté humaine, tels que nous les comprenons dans les pays anglais, n'étaient pas compris. L'honorable député nous a dit, hier, qu'ils avaient été expulsés d'Allemagne en 1872. Pourquoi, dans un parlement anglais, nous demanderait-on d'imiter l'exemple de l'Allemagne ? L'honorable député prétend-il que, parce que les Jésuites ont été expulsés d'Allemagne — l'Allemagne est gouvernée par un homme de génie, mais un despote, après tout — im pareil exemple devrait être suivi ici ?

On nous a dit que les Jésuites avaient été expulsés de France en 1880. Oui, ils l'ont été, et cela soit dit à la honte de la république française. Mais ce ne sont pas les seuls qui aient été expulsés par ce gouvernement. En 1880, six ou sept différentes communautés religieuses ont été expulsées. On a expulsé les Sœurs de la Charité, des anges sur la terre, s'il y en a, des femmes qui renoncent au bonheur que la vie peut donner, pour passer cette vie à secourir tous les jours les pauvres, les délaissés et ceux qui souffrent. ISTon-seulement ces communautés religieuses, mais les princes de la maison d'Orléans ont aussi été expulsés de France, les princes d'Orléans, des hommes qui étaient l'élite de la France, des hommes dont, il y a plus de quarante ans, le prince de Metternich disait, lorsqu'ils étaient encore enfants : " Ce sont des jeunes gens comme il y en a peu et des princes comme il n'y en a pas ". Le duc d'Aumale, l'un d'eux, a été expulsé ; c'était un des plus braves soldats de l'armée française, un homme dont l'âme est tellement élevée, que la seule façon dont il s'est vengé du traitement cruel qu'on lui avait infligé, a été de faire don à cette nation ingrate du château de Chantilly et de toutes ses richesses artistiques. Je répondrai simplement ceci à l'honorable député qui apporte de tels arguments. Je suis mille fois plus fier de mon pays natal, qui peut traiter les Jésuites justement et généreusement, que du pays de mes ancêtres, lequel, bien qu'il soit aujourd'hui administré par un gouvernement républicain, montre un esprit si rétrograde dans l'application de sa constitution et la pratique de la liberté, qu'il bannit ceux qui ne s'élèvent pas au niveau de ses propres idées. A ce sujet, je me rappelle que l'honorable député de Simcoe (M. McCarthy) a dit, hier, que les Canadiens-Français oublient parfois que le Canada est un pays anglais. Voici ses paroles :

" Nous ne devons jamais oublier, dit-il, et je crains que quelques-uns de mes amis de la province de Québec n'oublient parfois que le Canada est un pays anglais, que la fortune des armes a voulu que la plus gi-ande moitié de ce continent passât à la couronne anglaise ".

Qu'est-ce que l'honorable député a voulu dire par là ? Je voudrais qu'il en eût dit un peu plus ou un peu moins. J'aurais voulu qu'il n'eût pas fait d'insinuation, mais que, s'il avait une accusation à porter, il eût le courage de la porter. Je dirai ceci à l'honorable député : je suis d'origine française et je suis fier de mon origine, et je connais trop bien mes concitoyens de race anglosaxonne pour savoir que, si je n'avais pas dans le cœur l'orgueil de mon origine, ils ne me regarderaient jamais qu'avec le mépris que je mériterais. Je suis d'origine française, mais je suis sujet anglais. Le député de ISTorfolk-Nord (M. Charlton) a dit, il y a un instant, qu'il ne devrait y avoir qu'une seule race ici.

M. McCAKTHY : Ecoutez! Ecoutez!

M. LAURIER : Eh bien ! quelle serait cette race ? Est-ce le lion anglais qui doit faire disparaître l'agneau français, ou l'agneau français qui doit dévorer le lion anglais ? Il peut y avoir plus d'une race, mais il ne doit y avoir qu'une seule nation. L'Ecosse n'a pas oublié son origine, autant que je sache ; cependant l'Ecosse est anglaise. Je n'ai pas l'intention d'oublier mon origine, mais je suis Canadien avant tout. Je me permettrai de dire encore à mon honorable ami : je suis fier de mon origine ; je comprends la force du sang qui coule dans mes veines, mais, comme le poète latin, je dis :

Homo sum; humani nihil a me alienum puto-

Je suis homme ; et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ; mais en même temps, bien que je ne voudrais jamais oublier la langue de ma nationalité, ma langue maternelle, je déclare à l'honorable député que si j'avais le choix de revenir à l'allégeance française, je n'y consentirais jamais. En parlant ainsi, je n'exprime pas seulement mes propres sentiments, mais je me fais l'écho des sentiments de tous mes compatriotes, des délégués de la

gauche ; je suis sûr aussi que j'exprime les sentiments des députés Canadiens- Français de la droite quand je dis que si aujourd'hui une consultation populaire avait lieu dans la province de Québec et dans tout le Canada, pour décider entre l'allégeance à l'Angleterre et l'allégeance à la France, il n'y aurait pas im seul vote en faveur du retour à l'allégeance française. Nous voulons rester sujets anglais ; mais parce que nous sommes sujets anglais, doit-on compter que nous allons nous montrer traîtres à notre origine, traîtres à tout ce qui donne du prix à la vie ? Que serait la vie si im homme n'avait pas dans les veines et dans le cœur une sympathie instinctive pour ceux de sa race ? L'honorable député nous a dit hier qu'il est Irlandais. Voudrait-il renier la patrie de ses ancêtres ? Je le plaindrais de tout mon cœur, s'il y était disposé. Mais après tout, si jamais nous oublions que nous sommes d'origine française, je suis sûr que l'agitation qui se poursuit en ce moment dans la province d'Ontario nous le rappellerait, car il ne se passe pas de jour ni de semaine qu'une certaine presse nous demande, à nous d'origine française, à nous libéraux d'origine française, de voter pour le désaveu du bill des Jésuites. De jour en jour, dans une certaine presse, on a fait appel aux libéraux de la province de Québec en leur demandant de voter contre le gouvernement sur cette question. J'ai ici un des derniers numéros d'un journal dont le rédacteur, après avoir ressassé toutes les vilenies dont on accuse les Jésuites, poursuit en disant :

" On peut donc dire en toute sûreté que si les libéraux d'Angleterre ou de France se trouvaient dans la position de M. Laurier et de ses partisans, ils n'hésiteraient pas un instant à mettre à néant ce complot de Québec. Fussent-ils d'avis que les actes ne sont pas absolument inconstitutionnels, ils voteraient pour qu'ils fussent désavoués comme contraires à l'intérêt public ".

En ce qui concerne les libéraux de France, je suis convaincu que ce journal a parfaitement raison. Sans aucun doute, si les libéraux de France avaient à voter sur cette question, ils voteraient pour le désaveu du bill ; mais je dois dire que je ne suis pas, que nous ne sommes pas ici des libéraux de l'école française. J'ai déclaré dix et vingt fois dans ma province que je suis un libéral de l'école anglaise, que mes amis et moi, nous n'avons rien de commun avec les libéraux de France. Il m'a fait peine d'en-

tendre, il y a un instant, mon honorable ami le député de Norfolk- Kord (M. Charlton) exprimer le regret — c'est du moins ce que j'ai compris — qu'il n'y eût pas de parti protestant à Québec. Il y a dans ma province des hommes partageant mes convictions religieuses et appartenant à ma nationalité, qui sont de l'avis de l'honorable député et qui désireraient qu'il y eût un parti catholique. Je me suis toujours élevé contre cette doctrine, et dès 1877, parlant en français, devant un auditoire français, dans la ville que j'ai l'honneur de représenter, la bonne vieille ville de Québec, je disais à ceux qui, comme mon honorable ami, voudraient diviser les hommes au nom des croyances religieuses :

" Vous voulez organiser tous les catholiques comme un seul parti, sans autre lien, sans autre base que la communauté de religion, mais n'avez-vous pas réfléchi que par le fait même, vous organiserez la population protestante comme un seul parti, et qu'alors, au lieu de la paix et de l'harmonie qui existent aujourd'hui entre les divers éléments de la population canadienne, vous amènerez la guerre, la guerre religieuse, la plus terrible de toutes les guerres " ?

Tels étaient mes sentiments il y a dix ans, tels ils sont aujourd'hui. Mon honorable ami le député de ITorfolk (M. Charlton) a dit que nous ne devrions pas laisser cet acte entrer en vigueur, parce que les Jésuites sont les ennemis de la liberté- Une telle déclaration ne me surprendrait pas dans la bouche d'un libéral de la France, mais je suis surpris de l'entendre formuler dans ce parlement. Parce que des hommes sont ennemis de la liberté, est-ce à dire qu'on ne leur donnera pas la liberté ? D'après nos doctrines et notre manière de voir, la liberté luit non-seulement pour les amis, mais aussi pour les ennemis de la liberté. Nous n'établissons pas de distinction, et en ce qui concerne les libéraux d'Angleterre, je suis sûr d'une chose, c'est que s'ils étaient ici, ils ne voteraient pas comme le rédacteur du Mail suppose qu'ils voteraient. Depuis plus d'un siècle, les libéraux anglais ont été les champions de la liberté dans tout le monde, et si nous avons la liberté aujourd'hui, telle que nous la comprenons dans ce pays et dans notre siècle, c'est en grande partie aux efforts du parti libéral d'Angleterre que nous le devons. Il y a longtemps qu'ils ont compris que la liberté n'est pas seulement pour les amis de la liberté,

mais pour tout le monde. Il j a longtemps qu'ils ont compris que la sécurité de l'Etat dépend absolument de la plus entière liberté accordée à toutes les opinions, que chacun doit avoir la liberté de son opinion, qu'elle soit bonne ou mauvaise, et qu'il faut accorder la plus entière liberté à toutes les opinions et laisser le jugement du peuple décider entre le grain et l'ivraie, choisir l'un et. rejeter l'autre- Voilà le principe que, dans la mesure de mes forces, j'ai essayé depuis des années d'inculquer dans l'esprit de mes concitoyens d'origine française. Ce principe, joint à une fidélité inébranlable aux principes les plus larges de la liberté constitutionnelle, c'est l'étoile qui me guide et que, dans la position que j'occupe aujourd'hui et dans toute position que je pourrai occuper pendant ma vie, je m'efforcerai toujours de suivre.

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