‹ Discours académiquesChapitre 28 sur 31 · iti'M'oNsi': m: hiscoi us dk iti'ccKi'rioN · texte numérisé non relu

iti'M'oNsi': m: hiscoi us dk iti'ccKi'rioN

loiil à riiciirc; c'csl (|iril n'y en a pas (|iii (l(''linissoTil nii(Mi\ lim (]{'<■ as|)('cls de voli-c lalciil. V(»ii> ne, failcs poitil de Itniil.cl il vous scmlilt'l'ail iiK'Ié^anl d'en l'aire. NOiis ne |ii'(''V(mi('Z poinl les iit'iis (1(^ vos audaces : il vous siiriil do les avoir ost'cs. Mais, loiil li :ui(|uilloinonl, avoc une inlr(''|>idilt'' de coni) d'oMl cl une l'cnnch' de main qui resseml)lenl à celles du chirurgien, c'est à peu près ainsi. Monsieur, que vous débridez les plaies et que vous oj)érez les vices de uotre société... Je ne j)nis songer sans (|iiel([ne ("loniieinenl (jne l'on a souvent parle'' de vous comme d'un roniaru'ier bien « parisien », et d'un peintre attilri^ des <'légances mondaines. Quelle erreur! et comment vous avait-on lu? Assurément, le « Parisianisme», puisqu'il faut l'appeler par son nom, ne fait pas défaut dans vos romans, et l'élégance y est d'autant plus exquise qu'elle y est moins affectée ! Mais, dans Peints par eux-niruirs^ quel taldeau vous nous donnez du monde; et, — supposé que les traits n'en soient pas un peu exagérés, — quelle vulgarité, quelle grossièreté d'appétits, quelle bassesse de sentiments, quelle j)erversion du sens moral s'y dissimulerait sous le vernis du luxe. Ah ! Monsieur,

Vous n'en épargnez point, et chacun a son tour; y compris même les gens de lettres, en la per-

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sonne de ce romancier « populaire », qui c'crit si drôlement à son frère, le peintre à la mode : « Quant à mon travail, je ])oursuis mon roman sur les caissiers. Garriard dit déjà que ça va être épatant. Il m'a d'ailleurs lui-même donné quelques bons détails sur des coups que le second mari de sa mère a faits avant de filer en Belgique. » Ce Garriard n'est-il pas admirable. Il y a encore M"* Vanaut de Floches, et sa lettre à son mari, M. Vanaut de Floches, maréchal des logis de dragons en service de réserve à Mortagne : « Je vous préviens, — lui écrit-elle en lui annonçant l'arrivée du baron Munstein et de sa fille au château de Pontarmé, — je vous préviens que je renonce a faire aucune espèce de frais pour ces Munstein. Du reste, c'est facile de voir qu'on ne peut compter devant leurs millions que quand on commence à avoir trente-deux quartiers de noblesse. Eh bien! ils verront ce qu'ils compteront devant moi! D'autant qu'il nie semble qu'ils ne nous serviraient à rien. Enlin, vous médirez pourtant votre opinion là-dessus. >> C'est le grand avantage de la forme épistolaire que, comme le promettait le titre de votre roman, vos personnages se chargent de s'y peindre eux-mêmes : et, cette forme, je ne crois pas. Monsieur, qu'on l'ait jamais mieux maniée que vous, avec plus de naturelle aisance. Je ne crois pas, dans une intrigue où concourent une

^Qi ui;i'()Nsi'; M Discoi us m: ni:(.i;i'ri()N

(loii/aiiic t!i' |)iM'S()iiii;ij2:<'s, (iiTon les ail ('•coiilt's |)liis (locilciiiciil |i;irl('i', ni (pic Idii ail su coiisci- M'v |)liis lidclcincnl à cliacim le laiij^ajic, lo slylc, je (lirais VDlonlicrs Torlliogi-aplio de sa comlilion. h]llo osl plus corrccle ([uc hnir condnilo, cl leur « écriture » vaut mieux <|uc leurs seuliinenls.

Mais je no veux pas a|)puyer sur ce |ioiiil... Uacouler, après vous, celte iuli'ii;ue ou ce drauic, ce sérail <-i la fois vous trahir cl m'exposer moimême à la plus désavantageuse des comparaisons. Ce serait courir aussi le i-isr|ue de donner de Peints par en.£-?}in}ie,s une iuipr-cssion qui ne serait pas entièrement conforme à la vérité. Je veux dire que tous ces sujets un peu hardis, qui sont la matière hahiluelle du roman de mceurs ou de la tragédie domestique, — et qui lélaient déjà du temps de« Atrides et des Labdacides, — on les fait paraître immoraux, dès qu'on essaye de les résumer ou de les réduire au fait divers qui leur sert de support. Si l'on y réduisait l'histoire de Mo/isiciir de Camors ou de Jiiiia de Trécœiir^ et que l'on commençât par les transcrire pour cela dans le style de la Gazette des Tribunaux, ne serait-ce j)as outrager la mémoire de celui qui fut peut-être le plus noble de nos romanciers contemporains? et ne serait-ce pas faire preuve de quelque étroitesse d'esprit? Je ne raconterai donc pas, après vous, la criminelle et douloureuse aventure de M"'' de Tré-

meiir et de M. Le Hingle. Si quelqu'un ici Tignorait, qu'il la lise! Qu'il y reconnaisse, dans un sujet difficile a traiter entre tous, je ne dis pas seulement la tenue littéraire, je dis, et je n'exagère point, la gravité du style ! Qu'il y admire cette pleine possession de vous-mcmc qui est encore l'un des caractères de votre talent ! et, bien loin de m'en vouloir, qu'au contraire il me soit obligé, en n'en disant pas plus long, de ne lui avoir pas envié la surprise de son plaisir.

Ce que l'on pourra seulement se demander, Monsieur, c'est vraiment si le monde ressemble à l'image que vous nous en tracez. Oh ! vous vous y connaissez certainement mieux que moi! C'est pourquoi, quand vous m'assurez, par la plume de l'un de vos personnages, (jue « l'utilit»^ d'un salon n'est que d'être inutile » ; qu'il n'y faul voir qu'un lieu « par*' pour de perpétuelles parades, oij tous les actes sont oisifs et toutes les paroles convenues » ; et qu'enfin le triomphe de l'art y est « de dissimuler ses besoins, de maquiller ses laideurs, de voiler ses vices, de réprimer ses vertus, de feindre par le visage et de mentir pour causer », je vous en crois. Monsieur, c'est-à-dire pour autant que vous r^'pondiez des boutades de votre Guy Marfaux. Je vous entends, et je ne m'attends point à une berquinade. Et quand son frère, Cyprien Marfaux, le bohème et le romancier « populaire »,

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lui (l(MHaiule l;i-<lessus (|UL'lles raisons l'aitireiit dans un pareil milieu, jo conçois encore 1res bien que Guy lui dise : « Gela, mon garçon, c'est ma fantaisie : Fronit'iilin juM'lV-rail le Saliel ; d'autres se complaisent devant le carreau des Halles, peignent des scènes du Vatican ou des é(|uij)es de canotiers. Liberté à tous! Sainle Liberté des autres, je te salue, »d passant mon cliemin, je vais vers ce qui est de mon goût, par exerapb», les nuances et les formes d'un bal en habits de couleurs. » C'est un peintre qui parie, et je l'anpi"ouve de pr('ierer .àlout les formes el les nuanc(^s. J'en conçois môme de sa peinture une id(H> favorable. Mais ces habits de couleurs ne recouvrentils toujours que des comédiens? Entre deux figui'es de cotillon, si l'on n'a peut-être pas le loisir d'agiter de très hauts problèmes, est-ce qu'il n'y a pas quelquefois, dans un bal, des gens qui ne danseraient point? Est-ce que même, de danser, cela nous empêcherait, — le matin, [)ar exemple, — de penser à autre chose? d'avoir d'autres qualités que celles qui servent dans le monde? et pourquoi pas, au besoin, des vertus ? Honoré de Balzac, lorsqu'on lui posait de semblables questions, y répondait en énura-rant ce qu'il avait clairsemi' de vertus parmi les héroïnes de sa Comédie Immaine. Si vous vouliez faire à votre tour une pareille énunieration, ne serait-elle pas un peu brève? et

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si la plupart de vos mondains n'ont que de petites âmes, des âmes falotes et méprisables, devonsnous donc entendre. Monsieur, qu'à votre sens le « monde » serait ainsi fait que, sous sa « perpétuelle parade », on ne saurait y découvrir quoi que ce soit de sain, d'honnête et d'innocent?

Non, sans doute, Monsieur, ce n'est pas ce que vous avez voulu dire, ou nous suggérer. Mais, de vos « mondains » il vous a plu, comme c'était votre droit, de ne retenir, pour uniquement le peindre, que ce qu'il y avait en eux de «mondain ». Vous en faisiez à l'instant la remarque, en nous parlant de l'emploi des vicomtes et des baronnes dans le théâtre ou dans le roman : de môme qu'Edouard Pailleron, — et nos classiques avant lui, — vous avez en besoin de «types dont le naturel ne fût pas influencé par les spécialités d'une profession » ; et c'est pour ce motif que, comme lui, vous avez titré vos mondains. Le titre, aux mondains du théâtre ou du roman, est un certificat, non d'origine, mais de condition. Nous sommes avertis par lui de ne voir en eux qu'euxmêmes et de les tenir, pendant toute la durée de notre lecture ou de la représentation, pour soustraits aux exigences et aux nécessités de toute autre profession. Ou encore, Monsieur, vos «mondains » ne sont pour vous que la représentation de leur milieu ; ce n'est pas eux, c'est leur mi-

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lieu que vou-; avez voulu leur fain^ peiudre; vous les av(V, (loue voulus dépouillés, il(''l)arrassés, ('•pures de tous les caractères (jui n*^ seraient pas eu eux un aspect de leur vie uiondaiiu'. Et la grande raison (|ue vous en ave/ (»ue, c'est (ju'à mesure que vous ave/ étudié le luoiule vous ue vous êtes j)lus coulenlé {Vri) élrc l'obscrNaleur et le peintre iudiiïéreut ou désintéressé, le psychologue attentif et curieux, mais vous vous en êtes senti devenir le juge ; et un moraliste s'esl éveillé ou réveillé eu vous : j'ai j)resque envie de dire un sociologue.

Nous devons rAr/untia-c h cette évolution et à ce nouveau progrès de votre talent. C'était l'amour qui faisait encore le sujet de Pc'nils par ni.i-nirnics ; — l'amour... et tout ce qui se déguise ordinairement, sous son nom, de commerces assez peu délicats. Mais en étudiant le monde, vous avez cru vous apercevoir, qu'eu tiépit de l'esthétique habituelle du roman, ce n'était pas ou ce n'était plus aujourd'hui l'amour, ni ses contrel'açons, qui formaient le vrai lien de l'association mondaine. Bon cela! du temps de Cléopâtre,et duGrand Cyrus, et de l'idéale bergère Astrée! Mais l'amour, ou la galanterie, ne sont plus aujourd'hui que le prétexte ou le décor de l'association mondaine, et c'est l'argent, si nous vous en croyons, qui en ferait le ressort intérieur, la force et la solidité.

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L'argent, voilà Tiilole à qui le monde rendrait son culte ! Et, pour nous montrer les ce'rémonies et la raison de ce culte, vous écriviez le très beau roman, dont cette idée est elle-mêrne Tarmature, oii Ton retrouve toutes les qualités à^Peuits par eux-mêmes^ et. jointes à elles, d'autres qualités, plus fortes, qui communiquaient à votre œuvre antérieure une signification nouvelle.

Le récit commençait par le compte rendu, dans le somptueux hôtel du baron Satire, d'une représeniation mondaine. On jouait ce soir- là une pastorale en vers, dont« l'originalité, nous dites-vous, était l'impossibilité de comprendre en quoi consistait son action»; et cela même en faisait le charme. « L'auteur était un homme du monde qui, pour plus de correction, ne voulait pas être nommé, se contentant de savoir qu'il était unanimement deviné. Et d'ailleurs on lui pardonnait de s'amuser si laborieusement à de la poésie, parce que l'on avait l'assurance que, du moins, rien de ses à-propos rimes ni de ses saynètes de si bon ton n'irait trainer en dehors des salons de premier ordre, de quelques ambassades, ou des cercles les plus fermés. » Mais, si l'on reconnaissait là, dès le début du récit, les traits de votre ironie coutumière, l'action s'engageait promptement, — une action dont l'auteur n'était plus un « homme du monde »! — et on ne tardait pas à voir que,

.'tio UKi'oNSi'. At] nisdorus di-; rkcrption

si vous {)laisaiilicz, e(^ ir('lail plus, Monsieur, pour If [)laisir un peu vain de rii'o, ot que, si vous i"raj)pic/, ce irélail pas |)()iii' le plaisir cruel de ("aire admirer votre adresse. Vous aviez votre objet et vous y tendiez, l ne émotion, une indi^nalion contenue vous animait ([uand vous dénonciez les ridicules ou les ci'imes de vos personnages. Point dedéclanuitions d'ailleurs ni dej^randsg'esles ! Votre sang-froid ne vous abandonnait pas. Vous observiez et vous constatiez : vous expliquiez aussi. « Pour soutenir la famille, nous disiez-vous, pour contenir la société, pour f(Hirnir à lout ce beau monde la tenue que vous lui voyez, il y a une armature en métal qui est faite de son argent. Cette armature est plus ou moins dissimulée, ordinairement tout à fait invisible, mais c'est elle qui empêche la dislocation quand surviennent les accrocs, les secousses, les tempêtes imprévues, quand l'étoffe du sentiment se déchire et que se fend la devanture des devoirs et des grands principes... C'est elle qui reste en permanence pour maintenir scrupuleusement la forme et l'apparence des foyers domestiques, et pour recevoir les réparations dont la façade mondaine a besoin. » Vous vous appliquiez à nous le faire voir. Vous trouviez, pour le montrer, des scènes d'une singulière vigueui'. Votre conclusion vous ramenait à votre point de départ. L'action se dénouait, presque aussi sim-

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plemenl qu'elle avait commencé. Sous nos yeux, par des moyens si naturels qu'on inclinait à les approuver, la coalition des intérêts refaisait ce que le heurt tumultueux des passions avait iailli détruire, et, pour la plupart de vos personnages, l'existence reprenait son cours, « qu'une explosion de nature n'avait fait que déranger » ! Je cite vos propres expressions. C'est le dernier mot de r Armature ; et certes il n'est pas consolant, mais n'est-ce pas en cela même qu'il est d'un « moraliste »? Les moralistes, en général, ne sont pas consolants.

Au moins ne faut-il pas les prendre tous pour des pessimistes, et votre théâtre en est la preuve: les Paroles restent, mais surtout les Tenailles et la Loi de rhomnie. C'est toujours une redoutable épreuve que de hasarder au théâtre une réputation conquise par le livre, etd'illustres romanciers, — tels : Balzac et Flaubert, — ne se sont pas très bien trouv('s d'en avoir tenté l'aventure. On aurait pu le prévoir pour eux et les en détourner. On leur eût dit que ni l'art de combiner savamment une intrigue, ni la vérité de l'observation, ni l'éclat ou l'individualité du style, ne suffisent à faire un auteur dramatique. Il y faut de plus. Monsieur, ce qu'entre vous autres, auteurs dramatiques, vous appelez le <lon; et ce don n'est pas incompatible avec celui du romancier; mais il en dilfère, et je

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ne craindrais pas d'uvanccr (|iril en est précisémont le conli'aire. Ce qni est c roiiianes([iie », c'est cr (|u'il y a (l"iiivolontaire,d'indéIibéré denolreparl, d'illogique siirloiit dans les avcnhircs (|iii nous arrivent, c Pourquoi ces choses, et non d'autres?» Mais ce qui est dramatique», c'est le spectacle d'une volonté qni s'aflirme, qni se déploie, qni s'insurge contre les circonstances ou ;i reiic()nlr(Ml'uu(Nmlre volonté. Kt, comme il semble bien que celte opposition du romanesque et du dramatique réponde à deux manières de concevoir la vie, — l'une, la première, un peu fataliste, et l'autre, la seconde, presque béroïque, — ce qui est surprenant. Monsieur, c'est que vous ayez pu passer, du romanesque au dramatique, avec autant d'aisance et de souplesse que de rapidité. Si le roman est la peinture de ce que la force des choses, le pouvoii- de l'exemple et la contagion du milieu peuvent faire d'un être humain, je ne connais guère de romans plus romanesques, en ce sens, que l'Armature et que Peints par eux-mêmes. Mais, si le drame est la représentation de ce que peuvent des volontés Ibrtes, combien le théâtre contemporain nous a-t-il donné de pièces aussi dramatiquesque les. Tenailles et la Loi (le F homme? Nous voyons encore dans ces deux pièces, — oii tout l'eflort des volontés ne semploie qu'à redresser ou à braver ce que vous croyez être l'iniquité de la loi, — nous voyons

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rétroite liaison que le théâtre peut avoir avec la morale; nous y voyons comment le moraliste a suscité en vous Fauteur dramatique; et nous y voyons enfin qu'on n'est pas un pessimiste, quand on trouve que tout va mal, si l'on travaille en même temps à faire que quelque chose aille mieux. Je ne discuterai pas avec vous. Monsieur, la thèse ou les thèses que vous avez soutenues dans ces deux drames. Qui donc a dit qu'un « dénouement n'était jamais une conclusion )>? La mort tdle-môme, souvent, n'en est pas une! A plus forte raison, le dénouement imaginé, selon le besoin qu'il en a,parrauteurdramatique ou par le romancier ! Les Idées de Madame Aubraii n'expriment que les idées personnelles d'Alexandre Dumas, et tout ce Q^w^'i^xQMSQwXles Faux Ménages^ c'est qu'Edouard Pailleron ne partage pas les idées de Dumas et de jyjme A^i^iiiray. Pareillement, Monsieur, tout ce que vous avez prouvé dans les Tenailles^ c'est qu'il y a de mauvais mariages ; et, vousdirai-jela « conclusion » qui ressort pour moi àa la Loi de rfiomme? C'est qu'une loi n'est pas si mauvaise quand il suffit de l'invoquer, et de l'appliquer, pour sauvegarder, comme dans votre pièce, aux dépens d'une rancune de femme, l'honneur d'une autre femme, la vie de deux hommes et le bonheur de deux enfants? Autant dire que j'ai le regret de ne partager votre opinion ni sur les vices de l'institution

'M\- lU'I'ONSi-: M) iHscoi its hi'] m'CKi-rioN

(lu mariage, ni sur le réniiiiisme, ni sur lludividualismo. Si le uiariago n'est pas indissoiiihlo, je vois à jM'iuc (jU(;l en sorail rohjel. J'ai (railleurs toujours cru qu'on ne l'avail iu veillé (juedansi'inh''rrl, (le la Icnime. La loi de riiouime est une })récaution que l'homme a prise contre sa propre inconslancc... Et nous sommes tous de pauvres ("'Ires! hommes et femmes, qui ne vivrions pas un d(Mni- (|uart d'heure d'accord si chacun de nous, en toute circonstance, revendiquait impiloyablement la lolalih'î de ce ([u'il appelle son droit. SiiniDitini jus, summaiiijiirift. Vous, Monsieur, qui nous avez si bien montré ce que celle revendication avait de lyraniiique lorsque c'est le mari qui s'en autorise, comment n'avez-vous pas vu qu'elle n'a rien de moins inhumain quand c'est notre femme qui prétend l'exercer? Et, si la Loi de la femme se substituait à la Loi de lliomme^ que croyez-vous qu'il y eût de changé dans le monde?

Mais, quel que soit l'intérêt de ces questions, — qu'on ne saurait résoudre en trois temps ni peutêtre en trois actes, — la valeur des Tenailles et de la Loi de F homme ne dépend sans doute pas de la contrariété ou de la conformité de nos opinions respectives... Vous rappelez-vous le pharmacien Ilomais, d'immortelle mémoire, qui, «tout en blâmant les idées d'Athalie, en admirait le style »? Et rien ne semblait plus ridicule à Flau-

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bert. Cependant il avait beau rire, c'était ce qu'il faisait lui-même, aussi souvent qu'il parlait de George Sand, par exemple, et de Victor Hugo : il " blâmait les idées, mais il admirait le style » ; sa correspondance est là qui nous le prouve ; et, le moyen de faire autrement, si l'impartialité critique ne commence qu'avec ce genre de distinctions ?

Ce que je ne suis donc nullement empêché d'admirer et de louer dans /es Tenailles ou dans 1(1 Loi (le riiomme^ c'est. Monsieur, un retour du drame à la tradition classique; et, — sous une forme nouvelle, adaptée par le romancier de r Annal lire aux exigences de son temps, — c'est une renaissance de la tragédie. On a longtemps confondu la tragédie classique avec ce qui n'en est que le cadre, ou le costume; et je ne jurerais pas que, pour beaucoup de gens, elle ne consiste, encore aujourd'hui, dans l'application de la r'-gl;' des trois unités à des sujets babyloniens, grecs, romains, — et sanglants. Il n'y a pas de méprise plus étrange ! Mais une action simple, et « chargée de peu de matière», comme on disait jadis, une action directe et rapide, qui ne se laisse détourner ou distraire de son but par aucun épisode inutile, ou seulement agréable; — mais une succession de scènes qui s'enchaînent sous la loi d'une logique intérieure, ou plutôt qui se de-

I!i:p()nsk Al' mscoi lis di; uKcr.piioN

duisonl, (|iii s'i'n^ciKlroiil les unes des aulros, qui se « coiidilionneiil ». cl (|iii se comni.indent ; — mais une qualité d(^ slylr (jiii ir.ulinel ni le mélange lies tons, ni rinlcrvention de la personne de lanleur dans son cruvre, ni la rage ([u'il a li'op souvent de briller aux (l<''j)ens de son sujet, si ce sont l;i quel(jues-uns des traits essentiels, et profonds, de la tragédie classique, la Loi 'le F/uininit' et /rs- Truailh's sont vraimeni des h'agédies. Oui, s'il y a quelque chose de tragique dans le théâtre contemporain, ce sont ces volontés qui se débattent sous l'étreinte de la loi sociale ! Tout(^ la dillerence est qu'au lieu de reléguer l'anHijuc fatalité à l'arrière-plan du drame, vous l'avez l'approchée de nous, en lui donnant le (^ode pour organe. Mais c'est elle, c'est bien elle; nous la reconnaissons à son masque glacé, dans le dénouement des Tenailles comme dans celui de la Loi de l'iwituiifi ! Elle y préside, impassible et muette. Ni les calculs de I^obert Fergan, ni les révolles de Laure do I^aguais ne peuvent rien contre elle. Il faut qu'ils plient, dussent-ils en mourir! et, ce qui achève la sévère beauté de la catastrophe, s'ils en mouraient, ils ne sei'aient pas plus complètement effacés du nombre des vivants qu'ils ne le sont, et pour toujours, par cette démission de toutes leurs volontés. " Vous êtes une coupable et je suis un innocent ", dit Robert Fergan à sa

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femme, et elle lui répond : « Nous sommes deux malheureux. Au fond du malheur il n'y a plus que des égaux. » C'est la capitulation du désespoir; et, — je ne vous le demande plus à vous, Monsieur, mais à ceux qui mécoutent, — y a-t-il rien de plus fort en sa simplicité, ni qui nous rende mieux l'accent de la tragédie.

Avec et par ces qualités, il n'est pas étonnant que ces deux pièces aient opéré, si je ne me trompe, dans l'histoire de notre théâtre contemporain, une espèce de révolution. Sans doute on vous avait préparé les voies, et, — sans parler des vivants, — vous-même, qui les avez comme moi connus et admirés l'un et l'autre, vous ne me pardonneriez pas si j'oubliais de rappeler ici le nom d'Henri Becque el celui d'Alexandre Dumas. Ni l'un ni l'autre toutefois n'avait entièrement affranchi le drame de la formule où il persistait à s'emprisonner depuis un demi-siècle. Sous le prétexte spécieux que le théâtre est une imitation de la vie, et que, dans la réalité de la vie, le tragique et le comique ne sont séparés l'un de l'autre que par l'intervalle d'une minute ou l'épaisseur d'une cloison, — ce qui est d'ailleurs absolument faux, — on continuait de les mêler ou de les enchevêtrer dans une même intrigue; de faire «contraster» les scènes ; et ainsi de donner alternativement, ou quelquefois ensemble, à rire et à pleurer. Denise,

318 Ri';poNSE AT niscorns dk hi';ception

rEtrangt'fc^ Fi-dncillon, sont coik^uos dans ce système, cl il no me paraît pas (jiio les Corhrax.r en soient tout à fait dégag('>s. (^cpcndanl, (liin autre cùti', les Iculalives du 'riiéàti-c-l.iln-e, — et ce que j'en dis n'est pas pour mécounaiire ou rabaisser l'intérêt de qu(dques-unes d'entreelles, — n'avaient qu'à moitié réussi. C'est sur ces entrefaites, Monsieur, que les Ti'iKiillrs ont paru sur la scène de la (Comédie-Française, |)our èlre hienlot suivies de la Loi (le r homme. La manière dont la critique accueillait ces deux pièces eût sufli toute seule à nous en déclarer le sens et la portée. Vous hrisiez un ancien moule. Et on pouvait discuter le caractère de ces deux tragédies domestiques; on en pouvait contester la thèse ; on en pouvait attaquer les tendances! On n'en pouvait nier le grand elîet, ni de cet effet méconnaître la cause. Vous renversiez quelque chose, et vous mettiez quelque chose à la place de ce que vous renversiez. Ouoi que l'on put penser, au fond, des Tenailles et de la Loi de Vhomme, on était obligé d'avouer que la forme en était encore plus nouvelle. Révolution ou transformation, — car je ne voudrais pas que le mot dépassât ma pensée, ni qu'il fît trop de violence à votre modestie, — vous vous étiez assuré l'honneur de marquer une « époque » dans l'histoire du théâtre contemporain. C'est un honneur qu'on ne vous contestera pas, et je ne sais s'il y a des

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litres [Ans académiques, je ne le crois pas, mais il me parait bien qu'un auteur dramatique n'en saurait produire ni souhaiter de plus glorieux.

Nous espérons, Monsieur, nous comptons qu"à tous ces titres vous en ajouterez beaucoup d'autres encore, et nous sommes impatients de les enregistrer. Est-ce que déjà cette heureuse fortune ne vous est pas réservée, — sur la scène de la Comédie-Française relevée de ses ruines et rendue à son public universel, — d'inaugurer prochainement le théâtre du xx' siècle? Vous remporterez sans doute une nouvelle victoire, et nous en réclamerons orgueilleusement notre part. Votre succès sera le nôtre. Nous nous ferons peut-être l'illusion d'y avoir aidé! Vous nous le permettrez, Monsieur, car vous ne verrez là (ju'une preuve nouvelle des sentiments de haute estime et de confraternité littéraire avec lesquels nous vous invitons à occuper aujourd'hui parmi nous la place qui vous attendait. Il faut pardonner aux très vieilles personnes ces airs d'affectueuse protection... Soyez, Monsieur, le bienvenu ! Et, eu dépit de l'usage, que « la vieille personne » m'excuse et me pardonne, à son tour, s'il ne m'est pas possible, en achevant ce compliment, de cacher le grand plaisir que j'éprouve davoir été choisi, par le sort, pour vous l'adresser.

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